‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 9 sur 154 · XIV PREFACE · texte numérisé non relu

XIV PREFACE

s'était procuré, entre autres accessoires, pour le faire figurer dans le tableau cle la prise des Tourelles sur les Anglais, et que l'on jugea à propos de racheter après son départ pour le faire servir au même usage?

Ce sont là des conjectures sans doute; mais ne sont-elles pas presfpie commandées par les textes que nous venons de rappeler. Elles se présentent si naturellement à l'esprit, et sont au moins si s])écieuses, que le regrettable et estimable auteur d'une notice sur Gilles de Rais, opuscule publié il y a sept ans', s'est à ce propos laissé entraîner sur la pente glissante qui conduit de l'hypothèse à l'aflirmation. En énumérant les prodigalités de Gilles de Rais, son biographe n'oublie pas le séjour prolongé et ruineux qu'il lit à Orléans. ^11 y fait représenter, dit-il, sur la place publique avec plus de magnificence qu'on n'en a déployé à l'entrée île Charles VII à Paris, les grands mystères représentant le siège d'Orléans, avec personnages sans nombre. w Puis il ajoute : 'cUne curieuse recherche à faire serait de vérifier si le texte du mystère qui se trouve au Vatican ne contiendrait pas d'allusion au maréchal , et ne serait pas , en conséquence , la reproduction de celui qu'il fit jouer, v

Comme on pourra le voir, le Mystère du siège d'Orléans contient plus que des allusions au maréchal de Rais; il le met en scène, et si fort en vue, qu'il eût été impossible, selon nous, de représenter la pièce avec un tel personnage après le 27 octobre i4/io, jour où fut brûlé, dans une prairie au-dessus des ponts de Nantes, cet effroyable vamjjire ^ t dont quelques-uns ont voulu faire le type de Barbe-bleue.

' Notice sur Gilles de Rais, par Armand (ruéraud, correspondant du ministère de rinstruction publique, etc. Nantes, i855, l)roch. in-8°, de 7^1 pages, extraite de la Bio-

graphie bretonne j, publiée par M. Levot, de Brest.

' M. Michelet , Histoire de France, t. V.

PRÉFACE. XV

Voilà ce qui nous confirme encore dans notre opinion, que le Mystère du siège d'Orléans fut représenté dans cette ville en i/i35 et en non pas tel qu'il nous est parvenu, mais sous la

l'orme moins développée dont nous avons marqué l'étendue.

Le prologue put être ajouté pour la fête du 8 mai ihko, et le Bâtard d'Orléans salué de son nouveau titre; mais, les années suivantes, qui eût osé faire dire par le roi à la Pucelle :

Et pour vous conduire voz gens Aurez le mareschal de Rais^

Qui eût osé montrer le supplicié de Nantes amenant Jeanne à Orléans^? Aussi voit-on qu'en on représentait, à la fête

du 8 mai, le mystère de saint Etienne.

Dira-t-on que notre mystère a pu être composé beaucoup plus tard, dans le dernier tiers du xv^ siècle, vers 1/170, par exemple, et qu'à cette époque l'impression causée par la mort infamante de Gilles de Rais devait être déjà très-affaiblie? C'est une supposition que nous ne saurions repousser d'une manière absolue, mais qu'il nous répugne d'admettre comme naturelle. Trente ans ne suffisent pas à effacer la trace de forfaits tels que ceux dont la justice demanda compte au maréchal: et si, après ce laps de temps, on se rap])elle encore les noms de criminels célèbres par leurs seuls crimes, à plus forte raison n'aurait-on pas oublié celui de Rais; et de quel œil, en ce cas, l'eût-on vu jouer un rôle honorable dans une pièce où figurait Dieu lui-même.

Nous venons d'avancer, par hypothèse, jusqu'aux environs de l'an 1^70 la composition de notre mystère. Si nous nous arrêtons là, c'est que l'écriture du manuscrit ne semble guère nous permettre d'aller plus loin. Nous ne croyons pas avec M. Quicherat,

P. /43/1. — ' P. -438, m et suiv.

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