AMBROISE DE LORÉ
Madame, à vostre bon plaisir ¥" 286 r°. Nous sommes à Blois arrivez.
Pour vous et voz gens refraichir Et tous voz bons amys privez.
Plusieurs sont, comme vous savez, 11,275 Qui viennent après vous à tille, Lesquelz n'estoient pas abillez, Mès viendront tous en ceste ville.
LA PUCELLE
Es Anglois je vueil envoyer
Ung herault tout présentement, 11,280 Que y vueillent deremparer Leur siège tout entièrement.
Et une lectre aussi comment De par moy je leur rescripray.
Si escrivez diligemment 11,283 Ainsi que je vous nommeray.
Adont ung clerc escripra unes lectres, et y a pause. — Puis après dit
LA PUCELLE
Mon amy, lisez moy les lectres Tout hault, que chascun les entende, F° 286 v°. Et pour savoir s'i sont bien faictes
Ainsi comme je les demande. 11,290 Je vueil qu'on saiche que je mande
Es Anglois, et que chascun l'oyt, Comment, en nom Dieu, leur commande Qu'i deppartent hors de la voye.
Adont le clerc prandra les lectres, et les doit lire tout hault. Et y a ce qui s'en suit, et y a en marge escript : Jhesus, Maria.
Roy d'Engleterre , faites raison au Roy du ciel de son sang royal : rendez les clefz à la Pucelle et toutes les bonnes villes que vous avez enforcées. Et elle est venue de par Dieu pour reclamer le sang royal et est toute preste de faire paix, si vous voulez faii'e raison, par ainsi que vous mectez jus et paiez de ce que l'avez tenue. Roy d'Angleterre, se ainsi ne le faictes, je suis chef de guerre; en quelque lieu que je actendré voz gens en France, se ilz ne veullent obeyr, je les ferai yssir, vueillent ou non; et s'i veullent obeyr, à mercy je les prandray. Croyez que s'i ne veullent obeyr, la Pucelle vient pour les occire. Elle vient, de par le Roy du ciel, corps pour corps, vous bouter hors de France. Et vous promects et certiffie la Pucelle qu'elle y fera si gros hahay que depuis mil ans en F° y,87 r". France ne fut veu si grant, se vous ne luy faictes raison. Et croyez fermement que le Roy du ciel luy envoyera plus de force, à elle et à ses bonnes gens d'armes, que ne saurez avoir à cent assaulx, entre vous archiers, compaignons d'armes gentilz et vaillans,qui estes devant Orléans. Allez vous en en vostre pays, de par Dieu, et, se ainsi ne le faictes, donnez vous garde de la Pucelle, et de voz dommaiges vous souviengne. Ne prenez mie vosti'e oppinion que vous ne tendrez mie France du Roy du ciel, du filz de saincle Marie; mais la tiendra Charles, vray héritier à qui Dieu l'a donnée, qui entrera à Paris en belle compaignie. Se vous ne croyez les nouvelles de Dieu et de la Pucelle, en quelque lieu que vous trouverrons, nous ferrons dedans à horyons, et si verrez lesquelz meilleur droit auront de Dieu ou de vous. Guillaume de la Polie , conte de Sufibrt, Jehan sire Tallebot, Thomas sire d'Escalles, lieutenant du duc de Betthefort, soy disant regent du royaulme de France pour le roy d'Angleterre, faictes responce se vous voulez faire paix ou non à la cité d'Orléans. Se ainsi ne le faictes, de vos dommaiges vous souviengne. Duc de Bethefort, qui vous dictes regent de France pour le roy d'Angleterre, la Pucelle vous requiert et prie que vous ne faciez mye destruyre. Se vous ne luy faictes raison, elle fera tant que les François
feront le plus beau fait qui oncques fut fait en la Xristieneté. Escript le mardi en ia grant sepmaine. Entendez les nouvelles de Dieu et de la F° 287 v°. Pucelle. — Au duc de Rethefort, qui se dit regent du royaulme do France pour le roy d'Angleterre ^
LA PUCELLE
Y sont faictes comme je vueil, 11,295 Et vueil que présent on les porte A Tallebot, à son conseil* A tous les princes de la flote.
Hérault, mon amy, vien et note:
En l'oust des Anglois porteras ii,3oo Ces lectres, et puis m'en rapporte Responce , plus bref que pourras.
HERAULT
Madame, je n'y fauldray pas A bien faire vostre messaige,
Et de présent, tout de ce pas, ii,3o5 Je vois vers eulx de grant coraige.
LA PUCELLE
Que tu soyes prudent et saige A rapporter ce qui diront; Que s'i ne font à mon langaige.
Je les yray voir front à front. ii,3io F' 288 r\ HERAULT.
Dame, ne vous doublez de riens Que vostre messaige feray, Et es Anglois, devant Orléans,
' Le texte de la lettre de la Pucelle aux renée avec celui que I on trouve dans le chefs anglais n'offre presque aucune diffé- Journal du siège. ( Cf. Quicherat , IV , 1/10.)
!xk=l LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.
Voz lectres je leur porteray,
Et avecques ce leur diray ii,3i5 Comment à Blois estes venue.
LA PUCELLE
Or va, puis après penseray, Mès que leur responce soit sceue.
Lors s'en part et trouve tous les princes d'Angleterre ensemble, et dit
LE HERAULT
A vous, très haulx puissans seigneurs, Ducs, contes de grant baronnie ii,3ao D'Angleterre, et tous les greigneurs Qui ont passé la mer saisie ^ , Pardevant vostre seigneurie.
Je vous viens dénoncer messaige.
F" 288 v'. ' De par la Pucelle jolye, 11,335 Qui est garnie d'un gent coraige, Vous mande que vous deppartiés De devant Orléans, sans atendre, Et que le siège vous levyez,
Sans y commectre aucune esclandre, ii,33o Gomme pourrez voir et entendre Es lectres qu'elle vous envoyé.
Si les vueillez voir et comprandre Ainsi comme c'est chose vraye.
Elle est à Blois, oii elle atant 11,335
Vostre responce, s'il vous plaist.
Que si voulez estre contant,
De vous n'apressera loing ne près
Pour vous faire aucun interest,
Sic.
Mes que ces dis vueiilez parfaire; ii,36o Ou autrement et vous promest Qu'elle vous fera vitupère.
Tallebot prant les lectres et les lit, puis dit
TALLEBOT.
Messeigneurs, voicy grant merveille De ceste truande paillarde !
Qui la meult ne qui la conseille ii,3ù5 De nous mander telle baverde ?
F' 289 r". Mes n'est elle pas bien couarde Faire telle abusion?
Et si fait, quant bien je regarde,
Es François grant confusion. ii,35o
ESCALLES.
C'est leur fin, leur destruction, Gliascun le voit evidamment; Qu'i n'ont plus autre affection Qu'en une fille seullement.
Pensent il donques bonnement 11,355 Qu'en elle avoir recouvrance?
C'est bien faulte d'entendement, Et es François n'est pas science.
CONTE DE SUPPORT
Je n'y congnois nul apparence
De se vouloir moquer de nous. ii,36o
Comment cuide le roy de France
Estre par elle bien recoux?
Pert bien que les François sont foulx
Et qu'i n'ont plus d'espérance ,
Que une pucelle sans propoux Viengne assaillir nostre puissance.
FACESTOT.
On m'en avoit aucunement Touché qu'elie devoit venir.
Je scay de son gouvernement; On ne la doit pour riens souffrir.
Elle s'est voulue deppartir, Et lesser son pere et sa mere Qui n'en savoient comment chevir, Et n'est que une simple bergiere.
PREVOST DE PARIS
Pour luy abesser son coraige Vous ne luy devez riens mander; Gomme vous si noble bernage Ne se doit ainsi abesser.
Et si vueil dire que devez Retenir iectres et herault, Et en vous s'est l'emprisonner D'avoir vers vous parlé si hault,
THOMAS RAMESTON.
Ce qu'i font n'est que moquerie, Et ne le devez soustenir. Pour leur remonstrer leur follie Devez leur herault retenir, Et en voz prisons détenir, Qu'il a parlé arrogamment.
Et le lesser leans morir Pour monstrer leur follyement.
TALLEBOT.
J'en suis de ce consentement Que nulle responce n'aura, Et son herault finablenient En mes prisons le comparra, Ne jamès il n'en partira En despit de la faulce garce; Ne de mort jamès n'eschappera , Se je la puis trouver en place.
Or sus, prenez le vistement Et en noz prisons le boutez; Là y morra vilaynement Par ses faulx dis et cruautez.
Nous viens tu icy apporter Nouvelles en abusion?
Pence tu te venir froter Sans faire reparacion ?
LE HERAULT
Seigneurs, par ma redempcion, Croyez que nul mal n'y pensoye, Et à sa supplication Devers vous me suis mis en voye.
Pour la Pucelle gente et coye J'é voulu faire ce voyage; Gomme herault, mal ne devroye Avoir en faisant mon messaige.
ESCALLES.
Il est garny de mal langaige Et est treffort obstiné; Pour lui abesser son coraige Qu'il soit tantoust emprisonné.
TALLEBOT.
Sus, faictes qu'il y soit mené
Tout en la fosse, au plus parfont, 11,^20 Que pain et eaue lui soit donné.
Que trop fièrement nous respont.
Lors menront le herault én prison. Et Jehan de Mes dit à la Pucelle :
JEHAN DE MES
Madame, j'ay ouy nouvelles De vostre herault, n'en doubtez, F' 391 r". Qui ne sont ne bonnes ne belles. 11,495 Les Anglois l'ont fait arrester Et dedans leurs prisons bouter, Vous desprisant et diffament Et fait beaucoup de cruaulter;
Je le scay véritablement. 11,430
LA PUCELLE
En nom Dieu, y n'ont pas bien fait.
Pour certain s'en repentiront, De bref, de leur mal et melîait; Je croy qu'i le recognoistront.
Or sus, chevaliers et barons, 11,4.35
Aller nous convient à Orléans,
Tout le plus droit que nous pourrons;
Je vous pry, soyons diligent.