‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 99 sur 154 · MESSIRE AMBROISE DE LORÉ · texte numérisé non relu

MESSIRE AMBROISE DE LORÉ

Messei(jneurs, il fault adviser Quel chemin il nous fault tenir, Et ensemble en disposer, Qui nous en puisse bien venir, Sans nous vouloir aller ôllrir Dedans i'oust de noz anemis; INous pourrions bien eslre destruiz Par inconvénient et pris.

JEHAN DE MES

Vous qui congnoissez le pays Et le dangier, je vous emprie, Que nous no soyons point surpris Ne (jue nous n'ayons villannye.

A dame Jelianne ne cliaull mye Oii elle voist, ne doui)tez riens; Mès je crains fort et nie dcifye De double de inconvénient.

Je scay bien qu elle ne vouldroit Point dilTorer le grant clieniin.

Nedeslourner ne s'en vouldroit:

Que ne demande que hutin Et que de rencontrer à plain Les anemis, pour les combattre, Et ne prétend à autre fin;

Mès ne scay comment m'y esbatre. 11,470

LE SIRE DE RAIS

Je doubte aller par la Beausse :

Le plus fort des Anglois y est, Toute leur puissance et force.

Et tout le pays à eulx est.

Y nous pourroient donner arrest, S'i savoyent nostre venue, Et peut estre graçt interest Seroit à nostre survenue.

Si me semble que vauldroit mieulx

Y aller devers la Sauloigne; Le dangier n'est pas si périlleux Et n'y a pas fort grant esloigne.

Mieulx vault faire nostre besoigne Et le dangier passer ainsi.

Entrer par la porte Bourgoigne^;

F° 992 v'. Et yrons passer à Checy^.

ÂMBROISE DE LORÉ.

Vous avez très bien devisé :

A Checy nous y fault aller.

Et est à vous bien advisé; Vous ne pourriez mieulx conseiller. » 1,490

Si n'en conviendra point parler A la Pucelle nullement,

' La porte Bourgogne ou de Saint-Aignan , à l'est d'Orléans.

^ Bourg situé sur la rive droite de la Loire , à 1 0 kilomèti'es est d'Orléans.

Si non que on la veult mener Droit à Orléans, tant seuHement.

JEHAN DE MES

Faictes à vostre entendement, Messeigneurs : vous avez la charge, Et y besoignez si saigement.

Au mieuix et à vostre advantaige.

Vous congnoissez tous le passaige, Lequel est le bon ou mauvais; Regardez au mains de dommaige :

Vous avez la charge et le fais.

BERTHRAN DE CONTES.

Çà, messeigneurs, estes vous prest?

Y le convient dire à Madame, Que je scay bien que preste elle est.

Ne luy fault ardillon ne lame; Elle n'atant heure ne terme A partir, quant il vous plaisa.

RAIS

Je suis prest aussi, par mon ame, A aller quant elle vouldra.

Dame, se il vous plaist partir, Voicy en point trestouz voz gens.

Pour vostre vouloir acomplir A vous convoyer à Orléans.

En nom Dieu, croy que il est tant Et avons beaucoup demeuré, Que, ainsi comme je Tentend,

Orléans a beaucoup enduré.

Or, mes amys, je vous diray

Gy, avant mon deppartement,

Et en bref vous remonstreray

Par manière d'enseignement :

Si est, que à tous je command

Dévotement vous confesser,

Et que aussi finablement

Vos folles fammes delessez.

Ne jurez plus Dieu ne sa mere;

Ne renyez, ne maugréez

Saints ne saintes, pour nul affaire

Ne quelque chose que ayez.

Delessez tout sans délayer

Voz vices très déraisonnables.

Et aymez Dieu et le priez;

Tous voz faiz seront prouffitables.

Et gardez ces faiz et ces diz;

Si le faictes, comment qu'i soit,

Vous serez à Dieu ses amys

Et vous gardera vostre bon droit,

Ne jamès ne vous delayroit

En gardant ses commandemens.

Et sur tout, pour voir, vous donroit

Victoire et grans accroissemens.

Or, sus, enffans, honnestement

Partons, et que Dieu nous conduye,

Sans plus délayer nullement;

Mes bons amys, je vous emprie.

RAIS

Dame, voyez la compaignie Qui est en point et en bataille.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. ^i51 Pour vous servir à chiere lye

En quelque lieu que aller faille. ii,55o

F" 99/1 t\ Lors partiront , et y a pause. — Et yront du cousté de la Souloigne, droit à Checy. Et dit

RAIS

Dame Jehanne, la Dieu mercy, Vous estes bien icy venue, En ceste ville de Checy, Sans nulle fortune avoir eue.

Vous n'estes pas que à une lieue 11,555

D'Orléans, comme je puis entendre;

Ferons icy une repeue,

Puis à Orléans yrons descendre,

LA PUGELLE.

Chascun pense soy refraichir,

Et puis à Orléans nous yrons )i,56o

Pour bonnement les secourir.

Ainsi que nous espérons.

Je scay bien que joyeulx seront

Aujourd'uy de nostre venue,

Que les pouvres gens, certes, l'ont ij,565 Bien et longuement atandue.

F" agi v°. Lors y a pause. — Puis dit

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