LE CONTESTABLE D'ESCOSSE
11 les nous convient assaillir,
Sans actendrc qu’i soit plus tart.
FACESTOT.
Messeigneurs, entendons à nous Ou autrement nous sommes mors :
Incessamment leur vient secours Et de nully n’arons recors.
11 nous convient venger noz corps A ce coup, je voy qu’il est heure:
Soyons vaillans, roides et forts.
Que en peu de heure Dieu labeure.
BAILLY D'ESYREl'X.
Je congnois que il ont coraige De nous assaillir prestement .
Si ne nous auront davantaige,
Que clos nous sommes grandement.
Et si avons pareillement Force vivres et artillerie.
Que pour ung huit jours plainement Céans ilz [ne] nous auront mie.
PIIEVOST DE PARIS
Nous sommes très bien artillez.
Piques et d’aullrcs abillement.
Et sommes bien avitaillez Pour tenir icy longuement.
Se nous povons aucunement Le faire assavoir à Paris Et à Chartres, tout promptement Secours aurions de nos amis.
MESSIRE THOMAS RAMESTON.
Messeigneurs, nous sommes surpris Et sommes mors sans nulle doutte :
J’ay veu lit hault, ce m’est ad vis,
Des François merveilleuse roctc,
Et croy qu’i sont, en somme toute,
Du nombre de cinq à six mille.
Regardez, ne voyez vous goûte?
Voi les là venir à la fille.
FACETOT regarde :
Messeigneurs, il nous fault saillir Sans alcndre la grant bataille.
Aussi ne povons que morir;
Qu’on s’eschappe vaille que vaille.
Gardez que le cueur ne vous faille Et criez pour les espouentez.
Puis frappez d'estoc et de taille Sans regarder de nulz coustez.
BAILLY D’ESVREUX.
Seigneurs, y nous fault ainsi faire :
Saillir nous fauldra à une Ilote Qu’i ne demeure riens derrière.
PREVOST DE PARIS
Seigneurs, il nous fault ainsi faire.
RAMESTON.
Chascun dcsployc sa bannière, Et garde bien cbascnn sa rocte.
FACETOT.
Ixirs les Irompctes sonnoroul d’une part «t d'autre, et iiicoutinaul les Anglais sauldront tous à une dote, cryant cl bruyant et frappant ainsi comme enragez, et tueront graul nombre de François, et les font descnrler. Puis dit
LA HIRK.
Ha! messeigneurs, prenez coraige,
Râliez vous, je vous emprie;
Encoires avez vous l’avanlaige S;ôo
Se vous voulez, quel que nul die.
Avant! fleur de chevalerie,
Vous lercz vous ainsi morir?
Suyvez moi tous, je vous supplie,
Et retournons sur culx courir. 6755
Seigneurs, il nous fault ainsi faire Saillir nous fault à une Ilote.
ESTUART, connectable cTfetotte.
Messeigncurs, sus, droit et avant!
Que nous vaull tant le séjourner?
Ung chascun se boute en son ranc Comme on a volu ordonner.
Or sus, archiers, allez donner Dedans pour le[s] faire saillir; Vostres sont et abandonnez A en faire voslre plaisir.
LE MISTEIIE DU SIEGE D’OKLEANS.
F* j-jm Puis La Dire et plusieurs seigneurs viendront, et se renouvellera la
bataille; et n’ont point de secours les François du conte de deremont ne de ses gens, mais les regardent sans coup ferir et les voyent mûrir et tuer devant eulx. Puis sonneront les François une relraicte ets’cscartent, et les Anglois après en tes tuant, et y a une grosse bataille, et demeure le liainp es Anglois et ont la victoire. Puis dit
LE BASTART D'ORLEANS
Mes bons amys, retrayez vous :
Voicy la nuyt qui fort nous baste,
Et tirons à Orléans nous tous:
Je voy que tout sc pert et gaste.
Hé Dieu et la Vierge benoiste, i>jg<
Voicy diverse destinée!
Fault il dont que [je] gousle et taste Telle douleur, telle journée?
K* ïi-, v*. LA 11 IRE.
Il fault aller diligemment
A Orléans et sans mener bruit, 876a
Que les Anglois aucunement N’en puissent savoir pour meshuit.
S’i savoient nostre desconfit Et nostre oust en telle maniéré.
11 en enprandroient grant desduit; 8770
Au aller nous donroient affaire.
Lors les Françoys se relravront à Orléans et La Hire, et viendront à la queue des François bien dolans et en petit nombre. Puis après viendra le conte de Clereinont à toute son armée, qui n’y aura riens frappé, et entreront tous à Orléans sans bruit. Et ceulx des Anglois estans au champ trompilleront, et mèneront grant bruit et grant jnve. Puis dit
BASTART D’ORLEANS
Messeigneurs et mes bons amis,
K* 4*3 i*. Voicy nng moult piteux dommaige;
Qu’il me semble que je transis D’avoir veu fait ce vassclaigc.
Puis1 d’un povre mescliant villaige,
Qui est Rouv[c]ray Saint Denis,
Est mort tout le noble barnaige Qui deflendoit la fleur de lis.
Ha! le connestable d’Escosse,
Le plus vaillant dessus la terre.
Est demeuré à fine force,
Qui estoit tant prudent en guerre.
Ou ne pourroit son bruit exquerre,
Tant estoit vaillant et hardi;
Or le convient il mectre en terre.
Helas! Dieu ait l’ame de luyl M< ;ssire Guillaume Estuart,
Lequel estoit son propre frere.
Et aussi le seigneur d'Orval Est demeuré h grant misère;
Qu i convient icculx mectre en biere Ovec le prince de Verdun Et qui estoit tant débonnaire.
C’est le seigneur de Chaslcaubruu, Messire Guillaume d’Allebrct,
Dont est grant doleur de sa mort ;
F* **3 v*. Plus preux ne vaillant nul n’estoit.
Aussi messire Jehan Chabot;
Sont tous demeurez en une blot
Qui estoit la fleur de noblesse.
J’en ay le cueur sarré si fort , .
Que j’en meurs de dueil et tristesse.
Puis le seigneur de Montpipeau 1 Pui* jiour prit. ■ ;.(M> Ht Î'W
Sis»
h8ùo
aai i*.
Y est demeuré ccste part, • s*o&
Lequel estoit plaisant et beau.
C’est Loys de Rochechouart,
Et tant d’autres de nostrc part Que je ne scav que dire doye.
Mon cueur en est de part en part k*i.>
Navré sans jamès avoir joye !
CLEREMONT.
11 fault tout prandre en pacicuce;
Je ne vous saroie dire inieulx.
Puis qu’il est fait, nul desplaisance
N’en devez, ne estre piteux; S8i5
Que qui pourroit recouvrer eulx
Pour cryer ou pour lamenter,
On en devroit estre soigneux;
Mais riens n’y povez profliter.
SAINTE SUAIRE
C’est grant doleur et desplaisance, *xao
Je n’en pourroye dire autrement :
La fleur et noblesse de France
Y est demeuré proprement.
Et n’en reste plus seullement
Que les prandre et enterrer x*a5
En l'eglise honnorablement ,
Laquelle est dicte Saincte Crois.
Au surplus, il nous fault penser A bien garder le demourant,
Que nous ne soyons destroussez ssao
Ou pris par inconvénient.
Faisons que soyons diligent Pour bien garder ceste cité,
Que les Anglois auront plus grant • • De coraige et de auctorilé.
LOYS DE CÜLAN.
Il fault pencer de recouvrer Les princes et les grans seigneurs.
Et gens y convient envoyer Pour les enterrer en honneurs,
F* ai'i **. Lamentacion et doleurs.
Si sont bien dignes de mémoire, Que onques nulz princes grcigneui's Ne furent de si noble affaire.
LA DIRE
Si ne se fussent mis à pié,
James n’eurent eu ceste force;
Mais le bon prince s’est- fié En sa puissance et en sa force :
C’est le connestahlc d’Escosse, Lequel pensoit avoir secours,
Dont plusieurs n’v onl fait efforcé, Par quoy il ont fine leurs jours.
SAINTRAILLES
Le rovaulme en est fort afoikly Et la puissance des François;
Si voy bien que pour le jour d’uv Le meilleur est pour les Anglois.
J’en suis desplaisant et destrois )u malleur de ceste aventure;
peu du nombre qu’il estoient Ont fait telle desconfiture. .
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