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F*a*5r\ POTON.
Aujourd’uy il est samedy,
XII* jour de février.
Que la journée, comme je dy, Nous a donné tel cncombricr; Jamès ne fut tel deslourbicr Es François, ne si maleureux.
Mais quoy! pensons de nous logier Jusques à demain pour le mieulx, Puis après nous aurons conseil De nostre cas, de noslre affaire.
Nous avons héu grant travail,
Ainsi comme chascun peut croire; Que on pense de soy retraire- Jusques demain au point du jour, En supportant nostre misaire Et nostre très griefvc doleur.
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ss«r.
Lors icv y a pause. — Et apportent les corps à Orléans, et sout mis à Sainte Croix en terre. Puis dit
FACESTOT.
O très nobles vaillans seigneurs Remplir, de vertu et proesse,
F* »«5>\ Vous devez eslevcr vos cueurs Et prandre plaisir et liesse,
Quant par voslre grant hardiesse Vous avez soubmis les François,
Et occis toute leur noblesse,
Tout par voz mains et par voz drois.
Hz estoienl plus de dix contre ung; La chose si est merveilleuse.
Dieu nous a proveu au bcsoing.
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Par son euvre miraculeuse.
De vostre force sumptueusc Dont leur armée avez destruicte,
El par proesse vertueuse Vous les avez mis a la luitc.
LE BAILLY U’KSVREUX.
Les François à tout leur oultraige Nous cuid[oi]ent bien faire morir;
Hz ont rabessé leur coraige Et honteusement sont fouiz.
Leurs principaulx y sont fmiz Et sont demeurez en la place;
Es François pourra souvenir A tous jours mès de cesle chasse.
PREVOST DE PARIS
Sus les champs y font la grimasse Tout à l’anvers et estenduz;
On les peut bien suyvre à la trasse De leur sang qu’ils ont respandnz.
Ne se sont si bien defîenduz •
Qui n’aycnt la mort ensuivye;
Mieulx leur vaulsist estre rendus A mercy, pour sauver leur vie.
MESSIRE THOMAS RAMETON.
François ne cuidoicut pas faillir De nous avoir à leur plaisance:
Mais ilz sont cy venuz morir Par leur orgueil, par leur oultrance.
Trop mieulx leur fust en pacience Eulx estre tenuz à Orléans,
Sçioo
■Jifi v*.
Lors icy y
Que avoir monstré leur vaillance
Ancontre nous icy devant. 89Ir.
FACESTOT.
Il nous fauit choisir proprement De noz gens pour les enterrer,
Et Iessez les leur sur les champs Es loups, s’i les veullent mengier.
Puis pensons aussi de mener
Vers nostrc oust tout nostrc mesnage,
Pou r noz bons amis solayer Et leur rafrachir le coraige.
a pause. — Et vont arriver en leur houst. Dont dit
* TALLEBOT.
Mcsseigncurs, j’ay ouy nouvelles
De noz gens venant de Paris, s<j»5
Qui nous sont très bonnes et belles,
Dont devons estre resjouyz.
Les François fort caulx et soubti;
Estoicnt allez au devant;
Mais noz gens les ont tous occiz 8güo
Et sont demeurez sur les champs.
ESCALLES.
Tallebot, voy les cy venir :
il nous fauit aller au devant En grant joye les recueillir,
Qu’il ont bien desservy y tant; 8935
Plus de six mille tout contant Ont mis à mort par leur proesse,
Et si ont, ainsi que j’entant.
De France occis tout la noblesse. '
F* a»7 i*. SUPPORT.
James ne fut telle journée, Sg6o
Ainsi comme on m’a rapporté.
De telle destrousse gaignée Par ung cas de nécessité;
Que les François pour vérité
Estoient de huit à dix mille, *$45
Que noz gens ont tout surmonté,
Aussy vray comme l’Evangille.
Lors arriveront joyeusement à trompeles, clairons; Tallebol et autres vont au devant. Puis dit
TALLKBOT.
Mcsscigncurs, bien venus soyez Et toute vostre compaignic!
Vous avez eu grant destourbier SgSo
Et en grant dangicr de la vie;
Mais je ne le savoye mie,
Que secours vous eusse envoyé,
Et moy mesmes, je vous aflie • Que de bon cucur y fusse allé;
Mais vous avez très bien besoigné,
Ainsi qu’est venu la nouvelle,
P* 337 v*. Et si très grant honneur gaigné;
La gloire en sera perpétuelle.
Bien appert que juste querelle • *360
Nous avons, comme je le dis,
Que la chance est tournée ylellc Que vous les avez desconfis.
i»8 tr.
MESSIRE JEHAN DK LA POLLE.
Vous avez à ce coup acquis Par voz faiz honneur et chevance,
Quant avez les François soubmis Sans jamés avoir rccouvrance.
Toute la fleur et excellence De France avez abattue,
Que désormais, connue je pence.
François ont leur force perdue.
FACESTOT.
Il a bien convenu entendre A nostre cas certainement.
Hz nous pensoyenl bien surprendre Et mectrc tous à finement, .
Qu’ilz estoient abondamment Plus que nous et en plus granl folle;
Mais les avons à sacquemcnt Boutez et gaigné leur despoille.
LK BAILLY D'ESYREUX.
Jamès ne sera qui ne souviengne *
Es François y eslre venuz.
Et que aucuns d’eulx ne se plaigne,
Que il ont esté bien batuz;
Mieulx leur vaulsist estre tenuz
En leur logeis courtoisement M5
Qu’eulx estre venuz embatuz,
Pour voloir avoir noz harens.
LE. PREVOST DE PARIS
De noz harens vouloient gouster
Et savoir s’ilz estaient bons;
Mais n'ont eu loisir en tattcr Ne de savoir quel goust il ont.
Désormais bien dire pourrons Que de la journée des harans S'i sont employez trop parlons Et boutez aussi trop avant.
THOMAS RAMKTOY Hz ont esté trop bien seeoux;
Si crov qui naront mès pensée P v. De venir sur nous comme foulx Et par voye desordonnée.
Leur souviendra de la journée Auprès Rouvray Saint Denis,
Des liarens et «le la marée Qu’on leur amcnoit de Paris.
Vous avez eu honneur et pris Sur les François et grant victoire;
Par quoy sera tousjours mémoire De voz haulx faiz ou temps jadis.
FACB8T0T.
De brief, roy Henry sera mis En grant triumphe et en grant gloire.
ESCALLES.
Vous avez eu honneur et pris Sur les François et grant victoire.
SÜFFORT.
Nostre roy sera des fleurs de lis
De cela il est tout notoire,
Ainsi coinine chascun peut croire,
Mès que Orléans ayons souhmis. y» < -r>
K* *19 r*. MESSIRK JEHAN DE LA POLLE.
Vous avez eu honneur et pris Sur les François et granl victoire;
Parquoy sera tousjours mémoire De voz haulx faiz ou temps jadis.
TALLEBOT.
Reposez vous, mes bons amis, y<so
Et ung peu vous refrachissez;
Que voz corps vous soient remis Et que vous puissiez renforcez.
Puis après, nous fauldra pencer
Avoir Orléans, que trop me tarde. yt-a&
Désormais je ne vueil cesser;
Me desplaisl quant je les regarde.
Icy y a pause d'orgues. — Et puis dit
N'OSTRE DAME.
Obier Filz, doublement je vous prie Que la promesse des Prançoiz
Soit par vous faicte et acomplie, 903©
E* sa9 »’• Chier Filz, et y vueillcz provois.
Vous voyez comment les Anglois Sont au dessus et en puissance;
Ayez pitié, vous Roy des Roys,
Du roy et du royaulme de France. .«>35
SAINT EUVERTRE.
Sire, ayez en ramembrance -
Le bon roy Charles et les siens,
Qui est de présent en doubtance,
Que il ne salent plus à riens Sinon à vous, Pere puissant.
En vostre ayde de tout point,
Et pareillement ceulx d’Orléans,
Qui sont. Sire, en bien petit point.
SAINT AIGNaN.
Se sont noz amis bien prochains,
Vous le savez, mon très chier Sire;
Si vous supply à jointes mains Que ne me vucillcz escondire.
Ne les souffrez aussi destruire.
Que jour et nuyt sont en priere;
Dont ne [les] lessez desconfire.
Que y sont gens de bon affaire.
DIEU
Michel, lieve sus et retourne A la Pucelle, et si luy dy Que je vueil ainsi et ordonne Qu’elle voisc dès aujourd’uy <io55
A Baudricourt, et acomply Soit tantoust et diligemment Son voyage; n’aura ccluy Qui la contredie nullement.
MICUEL.
Chier Seigneur, très benignement 9°r>°
Acompliray vostre messaige A la Pucelle, honnestement.
Qui est noble, prudenle et saige.
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DIEU
Les François ont eu grant dommaîge
Aujourd’uy et grant encombrier, 9065
Et ont Anglois grant avantage
De leur faire grant destourbier.
Pose. — Adont l’ange vient à la Pucelle; et dit
P**3o»\ SAINT MICHEL.
Dieu vous sault, Johanne, doulce amie!
Devers vous, fille, me renvoyé
Que la chose soit acomplic, 9070
Ainsi que Dieu le vous octroyé.
Si est que vous preignez la voye Pour aller droit au Roy parler,
Et que Baudricourt vous convoyé
Ou qu’i vous fasse convoyer. 9075
Les François ont eu très grant perte
Aujourd’uy en ceste journée,
Laquelle eust esté recouverte Se plus toust y fussiez allée.
LA PL'CKLLK.
Seigneur, je suis acertainée 9080
Que Baudricourt n’en fera riens,
- Et le tient à folle pensée.
Ainsi que une chose de néant. ,
MICHEL
Allez y tout incontinent.
Que plus ne vous refusera, go85
Et ne vous desdira de riens;
Vostre voloir acomplira.
K* a3i r\ LA PUCELLE.
En nom de Dieu qui tout créa.
Je m’y en revoys prestement.
MICHEL
Jehanne, avec vous Dieu sera. y°yû
Et allez par tout seuremcnt.
Pose. — Lors la Pucelle va et dit
LA PUCELLE
Capitaine, Dieu vous doint jove!
Je retourne par devers vous,
Que vous vueillcz prandre la voye
Pour en venir avec nous '.'“S5
Devers le Roy courtois et doulx.
Qui est en grant ncccessilé.
En grant dangier et en grant poux Par Anglois plains d’iniquité.
BAUDBICOURT.
Fille, que voulez vous que je face? !>'<■<>
A vous je vueil obtempérer F* »3i »*. En tous lieux et en toute place;
Je ne vous vueil point refuser.
Vueillez vous dont disposer
De m’abiUer en abit d’omme. î*105
Et des gens aussi préposer
*fr
Pour y venir en toute somme.
Si nous fault faire diligence,
Que aujourd’huy, de vérité,
Les François ont eu grant ofl'ence De guerre et grant adversité.
BAUDRICOURT
De riens ne vous vucil contredire;
Mès ainçois vous vueil obeyr.
Et se vous ay volu mesdire.
Vous en requiers pardon ouyr.
Dame, je vueil bien acomplir Vos diz et voz commandcmens,
Et croy bien de.vray, sans mentir.
Que Dieu soit en vous vrayement.
Dame, prenez ces vestemens Et les essayez, s’il vous plaist;
Se faultc y a aucunement Je voi cy ung ouvrier tout prest.
Oultrc plus, voicy Jehan de Mes Et sire Bertrand de Plongy :
Vous conduiront, puis qu'ainsi est Que certes aller je ne puy.
Y sont deux de noble maison,
Honnestes en faiz et en diz;
Voz deux freres vous baillcron Pour vous conduire le pays,
Et me desplaist que je ne pui% ,
Y aller moy mesmes en personne.
Vous savez l'affaire où je suis;
Fault de ce pays que je ordonne.
Lors se abillera en abit d'omrne, et ioy aidera on honnestement de tous les abil lemens à homme. Puis dit • • •
JEHAN DE MES
Monseigneur, je ne puis entendre De la mener devers le Roy,
Ne je ne le puis pas comprandre,
Je le vous dy de bonne foy ;
Et en suis en très grant esnioy,
Qu’i n’est champ, ville ne village Où ne soient Anglois à desroy,
Jour et nuyt gardant le passage.
BERTRAND DE PLONGY.
Capitaine, c’est grant folyc De voloir cccy entreprawlre;
Je scay que nous ne passerons mie Et nous peut venir grant esclandre,
Peut estre nous faire tous pendre;
Qu’i n’est bourc, chastcau, forteresse.
Où ne seront gens pour nous surprendre Et faire morir à destresse.
la me ELLE.
Eniïans, n’ayez de riens soussy;
En nom Dieu nous eschappcrons.
Je le vous promès tout ainsi, N'empcschement ne trouverrons.
JEHAN DE MES
Je m’en esmerveillcray dont.
Et ne puis pas bien cecy croire.
BERTRAND DE PLONGY.
D’icy à trois lieux ne pourriont F* j33 r*. Aller que nous n’ayons à faire.
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BAÜDRICOURT.
Mes amis, en Dieu j’cspere Que vous ne trouverrez que bien.
Vueillcz le voyage parfaire,
Je vous empry sur toute rien;
Et vous pry que la servez bien.
Et faictes ce qu’elle vous dira,
Que en elle et en son maintien Voy bien que tout se portera.
LA PI CELLE
Çà, nies deux frères, je vous prie.
Gouvernez vous honnestement.
Que de vous personne ne die Ne face mauvais jugement.
Portez vous gracieusement Pour avoir vaillance et honneur.
Ne jurez Dieu aucunement Et le servez de bon du cueur.