I.E MESS ACIER
Messeigneurs, puisqu'il ne vous plaist.
Je veul en vostre oust publier,
De par monseigneur, mon arrest Et à tous le signiffier.
TALLEBOT.
Publie fort et le fais cryer;
Je n’en donne pas une maille.
S’en voise qui vouldra aller,
Tu n’enmenras chose qui vaille.
Mcssagier sonne une troinpetc et dit :
De par monseigneur de Bourgoigne,
Je fais cy à tous assavoir
Que chascun s’en voise et s’éloigne,
Et le siège desamparer; 9675
Plus aussi de n’y comparer . Tous ceulx de ses pays et terre.
Ne plus nullement eulx trouver Désormais pour y mener guerre.
Lors te messagicr retourne au duc de Bourgoigne, ot y a pause. — Et dit
P s46 r‘. MESSAGIEB.
. Monseigneur, j’ay tout acomply Et fait vostre commandement,
Et es Anglois, je vous afly.
Leur ay dit vostre mandement :
Qu i voulsisscnt totalleinent Lever leur siégé et en aller,
Dont très mal gracieusement M’ont respondu, comme savez.
M’ont dit qu’i n’en partiront point,
Et que Orléans ainçois auront,
Et que de vous ne leur chault point.
Et pour vous riens y n’en feront.
Et que assez puissant y sont Sans voz gens, et qu’i n’en ont cure, Et qu’il auront à toutes Gns Orléans, où il ont mis leur cure.
ntic DF. B0URG01GNB.
Comment! ont il dont respondu
Contre moy inreveramment?
En ma vie je ne l’eusse creu.
Desobeyr mon mandement !
Mieulx leur vaulsisl certainement 9700
Avoir ung cent mille perdu;
Desplaisant en suis grandement,
F“ a46 v’. Et leur rendray en place et lieu.
Pose. — Lors la Pucelle et ses gens arriveront à Chilien; et dit
JEHAN 1)K MHS.
Dante Jehanne, la ntercy Dieu,
Nous sommes à point arrivez 9705
A Chilien , et ou propre lieu Où le bon Roy devons trouver.
LA PUCELLE
Jehan de Mes, comme vous savez,
Au Roy yrez premièrement
Dire que nous volons parler 9710
A luy, s’il luy plaist bonnement.
JEHAN DE MES
Dame, très débonnairement Au Roy je vois faire assavoir De vostre venue, et comment
Y luy plaise vous recevoir. 9715
Lors va devant le Roy, et dit
JEHAN DE MES
Celuy qui a sur tous povoir Vous doint du tout sans contredire F* 147 r*. Acomplir bon vostre voloir.
F* aS7 >*.
Ainsi que vostre cucur desire.
Des nouvelles je vous viens dire, Que une pucclle amenons,
Juste et bonne, très chier sire,
Et de certain nous le créons.
Que en elle trouvé avons Toute parolle véritable,
Dont en elle nous espérons Qu’elle soit très digne et notable; Laquelle veult parler à vous.
Sire, se c’est vostre plaisir.
Que dire vous veult son propoux Et aussi qui l’a fait venir.
Si vous plaise donques d’ele ouyr, Devers vous viendra en présence.
LE ROY
Amy, tu me fais esbayr Qu’i soit en elle tant science.
Vous luv direz que bien me plaist Et voulenticrs parleray à elle;
Mès qu’elle attende, s’i luy plaist, Jusques à demain ma nouvelle.
Pour aujourd’uy, la chose, est telle Que je suis ung peu eoipesché; Mès vous direz à la Pucclle Son fait sera demain despeché.
JEIIAN DE MES.
Sire, voulenticrs luy diray Que demain à elle parlerez.
Et vostre rapport lui feray,
Ainsi que dit vous me l’avez.
97Ao
LE Ml STERE DU SIEGE D’ORLEANS.
LE ROY
Qu’elle se vueille reposer Pour aujourd’uy, et je l’empric;
De mes biens luv vueil envoyer.
Et que ne les espargne mie.
Julian de Mus vient à In Purelle, ut dit
' JEHAN DE MES
Dame Jehanne, je viens vers vous,
Et au Roy j’ay fait le mcssaige.
Dit que prenez vostre repoux Aujourd’uy, comme bonne et saige.
Que, pour ce jour, en son bornage Il a ung bien peu ù besoigner;
Si supportez vostre voyage Jusque à demain, sans osloigner.
E* 348 r*. t.A PLCELLE.
Puis qu'i luy plaist, c'est bien raison; Mès le delayer riens n’y vault.
Que y fust bien temps et saison De parler à luy sans detTault.
Je voy que le bcsoing nous fault Et croist tousjours la maladie;
Par quoy, se au Roy ne luy chault.
Sa voulcnté soit acomplie.
le noï.
Or çà, inesseigneurs et barons,
Je vous pry, entendez icy :
De ce fait conseillez moy dont
Que je doy faire tout ainsi.
Vous savez et avez aussi Sceu des nouvelles de la fille;
A vous m’en rapporte, dessi
Se la chose est bonne et utille. 9775
•Tentant que veuit parler à moy Et touchant le fait de ma guerre;
Dictes moy se faire le doy.
Vous en vueil prier et requerre.
Venue est de lointaine terre, 9780
De Barois, pays de Loraine;
Je 11e scay que cy elle vient querre.
Que de moy j’en suis en grant paine.
PREMIER CONSEILLER
Sire, je vous conseilleroie,
Pour savoir de la vérité, 9785
Que vous feissiez venir en voye Ces deux qui ont icy esté,
Qui vous diront en loyaulté Le cas de ceste fille cy,
Que c’est, ne qui a contracté <»7<io
De l’avoir amenée ainsi.
Il* CONSEILLER.
Avecques elle deux gcntilz hommes.
Sire, sont qui l’ont amenée:
Par iceulx deux vous saurez connues
De la besoigne est commancéc. 9795
Convient qu’elle soit declairée
Pour quoy et le savoir sans pause.
De faire une telle assemblée,
Il fault bien qu’il y ait grant cause.
LE ROY
C’est bien dit. Qu’on fasse venir 9800
F- *69 r'-. Les deux que l’ont cy convoyée.
Et interrogez à loisir Pourquoy y l’ont cy amenée.
Ne qui a la fille enortée
De voloir cy parler à moy. 980.S
Y fault bien que soit esprouvéc,
Que j’en suis ung peu en esmoy.
PREMIER CONSEIL
Mcssagier, va droit au logis De la fille qui est venue,
Et à ces deux princes genlilz 9810
Leur diras ta desconvenue :
Sy est que sans plus d’altendue Viengnent au Roy présent parler.
MESSAGIER
Quant vostre voulenté j’ay sceue,
Tout de présent je y vueil aller. 9815
Alors y a pause. — El dit
MESSAGIER
Messeigueurs, Dieu vous croisse honneur,
F* aAgv". Joye, santé et bonne vie!
Devers vous, princes de valleur,
Ung messaige fault que vous die :
Si est que le Roy si vous prie 98*0
Que vous veignez parler à luy.
Vous deux, en sa chambre jolye ,
Présentement, je vous supply.
JEHAN DE MES
Son bon voloir sera acomply,
Messagier, et de bon coraige; 9s*5
Je ne vouldroyc avoir failly Au Roy, qui est si noble et 9aige.
BERTRAND DE PLONGY.
Messagier, sans plus de langaige Sa voulenté acomplirons.
Et à tout son noble bornage t)g3t,
A tousjours luy obeyrons.
Lors viennent devant le Roy; et dit
JEHAN DE MES
Obier sire, à vostre mandement a5o r*. Sommes venus, puisqu'il vous plaist.
BERTRAND DE PLONGY.
Sire, vostre commandement
Volons obeyr par exprès. 9&35
LE ROY
Bien venuz soyez loing et près.
De parler à vous desiroie.
Que vous me diez pourquoy c’est Vous entreprenez ceste voye.
On dit que amenée avez g84o
Une pucelle fort honneste.
Dont l’abit d'elle, vous savez,
A fille il est deshonneste;
Et est bien chose magnifeste
Que à fille il n’appartient Abit domine. Pour quelle rcqucstc Elle fait, nous n’en savons riens, Ne pourquoy l'avez amenée De si loingtain rie ce pays;
Et aussi rpii l’a ad visée De venir, je m'en esbays.
Vous estes deux princes gcntilz Pour parvenir à grant puissance; Comment vous estes vous dont mis A mener ccste fille en France?
JEHAN DK MES.
Sire, sachez de vérité Que nous avons pris le voyage Tout contre nostre volenté Et tout contre nostre coraige;
Mès est si prudent et si saige.
Nous a convenu l’amener,
Par son beau parler et langaige;
Ne nous en sommes peu garder.
Elle est venue à Baudricourl, Capitaine de Vaucouleur,
Et plusieurs fois luy fist le sourt.
Guidant luy osier son erreur;
Mès, à la fin, le bon seigneur Luy a baillé consentement,
Nous en a chargé par honneur La vous amener doulcement.
Sire, et voiey unes lectrcs Que le dit seigneur vous envoyé.
D'elle ce sont choses sécrétés;
Fors que vous nuliuy ne le voye.
Ne en ma vie je ne pensoie Arriver sans empeschement.
Et avons trouvé plaine voye.
Tousjours Anglois, incessamment;
Mais onques ne se sont offers De nous faire nul desplaisir.
Par passaiges, ports et travers Du tout nous en sommes saiiliz De tout mal et de tous perilz,
Qui est une chose impossible,
Pour voloir à vous cy venir,
El qui est eliosc incoinpasikle.
BERTRAND DE PLONGY.
Certes on ne croiroit ja niés Les dangiers que sommes passez :
Englois, Bourguignons, à grans frais, Tous les jours passans destroussez; Nous ont veu passer, rapasser,
Sans nous voloir dire au contraire.
Aussi nous promist elle assez Que nous passerions sans nul affaire.
Puis dit qu'elle veult parler à vous De voz affaires par exprès;
Et au seurplus, quant est de nous.
Sire , nous ne savons que c’est.
Commis suis avec Jehan de Mes,
La vous amener et conduire;
Eu elle toute bonté est,
Autre chose n’en pourroic dire.
LE ROY
Mes amis, je suis très joieulx
Des nouvelles que vous inc dictes.
Vous avez des dangicrs perileux Beaucoup passé, dont estes quictes;
Vous avez fait bonnes conduictcs Et. estes sains et saullz venuz.
Dont par voz moyens et poursuites.
Vous serez de moy bien reccuz.
Retournez vous en à la fille,
A elle me recommandez.
Et des biens qui sont en la ville Je veulx que vous en demandez;
Et à tous je vueil commander <
Que de tout tant qu’il vous fauldra On vous delivre sans tarder.
Du tout ainsi qu'i vous plaisa.
JEHAN UE MES
Chier sire, nous vous mcrcyons 99*°
De lonneur et du grant plaisir:
A la Pucelle luy dirons Yostrc bon voloir sans faillir.
K*«5»r‘. LEROY.
Je seray demain de loisir.
Et puis je parleray à elle. «19*5
BERTRAND DE PLONGÏ.
La Pucelle yrons resjouyr De vostre très bonne nouvelle.
Puis le Roy parle à ses seigneurs et dit
LE ROY
Or çà, messeigneurs, que vous semble,
Doy ge parler à cestc fille?
Y nous ont icy dit exemple, g#3o'
Chose comme à croire infncille;
De si lointain son domicile Le lesser pour venir à nous!
Si la chose est bonne et utile,
M’en rapporte et metz à vous tous. <jg35
PREMIER CONSEIL
Sire, vous ne povez faillir,
Me semble, de parler à elle, a»*»-. Que elle veult ici quérir
Pour quelque cause, ne querelle.
Elle est une jeune pucelle; ggfo
Et qué mal ferez de l’ouyr1?
Vous savez qu’elle ne peut riens d’elle.
Ne vous peut faire desplaisir.
il*.
Ils sont deux gentilz compagnons Qui en font grand relacion,
Et vous en ont dit tout du long Le cas et leur inlencion,
Et comment y font mcncion Que se a esté chose divine De leur garde et protection.
ni*.
11 me semble que povez bien Parler à elle, très chier sire,
Et sans faire doubte de rien ,
1 Pour Et quel mal ferez de l’mtjrY
Que 11e vous peut sourdre ne nuyre.
Vous oyriez bien ung inolin bruyre Ou ung baleleux par les champs; Vous ne la devez cseondire,
Quant pour une fille n’est riens.
P m53 r'. IIII*.
Je vous diray que on fera Pour l’esprouver, comme je pense :
Aucuns de vostre court fauldra Et que ce soit vostre présence, Savoir s’elle aura congnoissance Que ce ne soit pas vous, chier sire; Derrière oirrez sa loquence Et tout ce qu’elle vouldra dire.
PREMIER CONSEIL
■ Je conseille qu’ainsi soit fait.
Ung autre sera en lieu de vous Et derrière serez en retrait,
Que vous orrez tout comme nous :
Assavoir s’elle muera propoux De ce que luy demanderons.
Cecy ne vous donne ne toult *;
S’i vous plaist, ainsi le ferons.
LE ROY
Quant à moy, j’en suis bien contant Que vous le faciez tout ainsi;
Et prenez de mes vestemens,
Puis la mandez pour venir cv.
p s53 »\ La charge vous baille dessy
1 Ni enlève.
Et du tout pour l’interroger;
Je seray de vous près d’icy.
Que je vueil bien l’ouyr parler.
il*.
Çà, messagier, diligemment Vous yrez devers la Pucelle,
Et la saluerez doulccment,
Que elle est gente, bonne et belle;
Et luy rapportez la nouvelle Qu’elle viengne devers le Roy.
De présent veult parler à elle;
Il atand qu’elle viegne à soy.
MESSAGIER
Je luy vois faire le messaige Le plus loust que faire pourray.
A la dame de hault parage Le voloir du Roy luy diray;
Avecqucs moy l’ameneray Pardevers luy présentement.
il*.
Or va, et icy l’atendray F* a54 r*. Pour la recevoir humblement.
MESSAGIER
Dame, le vray Dieu vous salue!
Le Roy par devers vous menvoye.
Qui desire vostre venue,
Et luy est bien tart qu’i vous voye.
S’i vous plaist, vous mectrez en voye, Que en son palais vous atant.
U PUCELLE
Mon amy, que Dieu vous provoye! io,oor>
Y aller très bien me consens.
('ose. — Puis vient devers le Roy et princes. Dont le II* conseillier dit à l'entrée de la salle ce qui s’ensuit :