LE MARESCHAL DE HAIS
Dame, que vous plaist il de faire?
Nous sommes au plus près de Blois :
Se vous y voulez point retrairc Et reposer deux jours ou trois,
Pour savoir où sont les Anglois,
Aussi pour refraebir vos gens.
Ou se vous aymez mieulx ainçois Aller droit jusques ù Orléans?
L\ PUCELLE
Monseigneur, je suis bien cou tans Que à Blois donques nous aillons Pour noz gens là contre atendans;
Ce pendant , aussi penserons
* • De noz affaires, et manderons
Es Anglois que devant Orléans
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S’cii voisent, ou combatuz seront,
En nom Dieu, de moy et mes gens.
Lors vont à Blois. Puis dit
AMBROISE DE LORÉ
Madame, à vostre bon plaisir F* 386 r\ Nous sommes à Blois arrivez,
Pour vous et voz gens refraichir Et tous voz bons amys privez.
Plusieurs sont, comme vous savez.
Oui viennent après vous a fille,
Lesquelz n’estoicnt pas abillez,
Mès viendront tous en ceste ville.
LA PUCELLE
Es Anglois je vueil envoyer Ung herault tout présentement.
Que y vueillent deremparer Leur siégé tout entièrement.
Et une lectre aussi comment De par moy je leur rescripray.
Si cscrivcz diligemment Ainsi que je vous nommeray.
Adont ung clerc escripra unes leclres, et y a pause. — Puis après dit
LA PUCELLE
Mon amy, lisez moy les lectres Tout hault, que cbascun les entende,
F* a86 »\ Et pour savoir s’i sont bien faictes Ainsi comme je les demande.
Je vueil qu’on saiche que je mande
Es Anglois, et que chascun l’oyt,
Comment, en nom Dieu, leur commande Qu’i deppartent hors de la voyc.
Adont le clerc prendre les leclrcs, et les doit lire tout liaull. Et y a ce qui s'en suit, et y a en marge cscript : Jiiesis, Maria.
Roy d'Engleterre , faites raison ou Roy du ciel de son sang royal : rendez les clefz à la Pucello et toutes les bonnes villes que vous avez cnforcées. Et elle est venue de par Dieu pour réclamer le sang royal et est toute preste de foire paix, si vous voulez faire raison, par ainsi que vous mectez jus et paiez de ce que l'avez tenue. Roy d’Angleterre, se ainsi ne le faictes, je suis chef de guerre; en quelque lieu que je aclendré voz gens en Fronce, se ilz ne veullent obeyr, je les ferai yssir, vucillcnl ou non; et s’i veullent obeyr, à mcrcy je les prend ray. Croyez que si ne veullent obeyr, laPucelle vient pour les occire. Elle vient, de par le Roy du ciel, coqis pour corps, vous bouler hors de France. El vous promecls cl certiflic la Pucellc qu'elle y fera si gros hahay que depuis mil ans en France ne fut veu si granl, se vous ne luy faictes raison. Et croyez fermement que le Roy du ciel luy envoycra plus de force, h elle et à ses bonnes gens d'armes, que ne saurez avoir à cent nssaulx, entre vous a rehiers, compaignons d’armes gcntilz et vaiilans, qui estes devant Orléans. Allez vous en en voslre pays, de par Dieu, et, se ainsi ne le faictes, donnez vous garde de la Pucellc, cl de voz dommaigcs vous souviengne. Ne prenez mie voslre oppiuion que vous ne tendrez min France du Roy du ciel, du filz de sainclc Marie; mais la tiendra Charles, vray heritier à qui Dieu l’a donnée, qui entrera à Paris en belle compaignie. Se vous 11e croyez les nouvelles do Dieu et de la Pucelle, en quelque lieu que vous Irouverrons, nous ferions dedans à horvons, cl si verrez lesquelz meilleur droit auront de Dieu ou de vous. Guillaume de la Polie, conte de SulTort. Jehan sire Tallebot, Thomas sire d’Escalles, lieutenant du duc de Betlhefort, soy disant rcgenl du royaulme de France pour le rov <1 Angleterre, faictes responce se vous voulez faire paix ou non à la cité d Orléans. Se ainsi ne le faictes, de vos dommaiges vous souviengne. Duc de Belhefort, qui vous dictes regent de France pour le roy d'Angleterre. la Pucelle vous requiert et prie que vous 11c faciez mye des- Iruyre. Se vous ne luy faictes raison, elle fera tant que les François
feront le plus beau fait qui oncques fut fait en la Xristienetc. Esrript le mardi en la grant sepmaine. Entendez les nouvelles de Dieu cl de la F* 287 v*. Pucellc. — Au duc de Bethefort, qui se dit regent du rovaulme de France pour le roy d’Angleterre *.
LA PllCF.LLE.
Y sont faictes comme je vueil, 11,395
Et vueil que présent on les porte A Tallebot, à son conseil,
A tous les princes de la Dote.
Hérault, mon amy, vien et note:
E11 l’oust des Anglois porteras 11,300
Ces lectres, et puis m’en rapporte Responcc , plus bref que pourras.
HERAULT
Madame, je n’y fauldray pas A bien faire vostre messaige,
Et de présent, tout de ce pas, n,3o5
Je vois vers eulx de grant coraige.
LA PUCELLE
Que tu soyes prudent et saige A rapporter ce qui diront;
Que s’i ne font à mon langaige,
Je les yray voir front à front. 1 i,3to
F* a88 r". HERAULT.
Dame, ne vous doubtez de riens Que vostre messaige feray,
Et es Anglois, devant Orléans,
1 Le texte de la lettre de la Pucellc aux rcncc avec celui que I on trouve dans le
chefs anglais n’offre presque aucune diffé- Journal du siège. (Cf. Quicherat, IV, 1 ho.)
Voz iectrcs je leur porteray.
Et avecqucs ce leur diray (».3i6
Comment à Blois estes venue.
LA PUCELLE
Or va, puis après pcnscray,
Mès (pic leur responce soit sceue.
Lors s’on part et trouve tous les princes d'Angleterre ensemble, et dit
LE HERAULT
A vous, très haulx puissans seigneurs.
Ducs, contes de grant baronnie ii.3»o
D’Angleterre, et tous les greigneurs Qui ont passé la mer saisie *,
Pardcvant vostre seigneurie,
Je vous viens dénoncer messaige.
p s88 »\ De par la Pucelle jolye, >>.3*5
Qui est garnie d’un gent coraige.
Vous mande que vous deppartiés De devant Orléans, sans atendre.
Et que le siégé vous levyez,
Sans y commcctre aucune esclandre, n,33o
Comme pourrez voir et entendre Es Iectrcs quelle vous envoyé,
Si les vueillez voir et comprandre Ainsi comme c’est chose vraye.
Elle est à Blois, où elle atant »i,335
Vostre responce, s’il vous plaist.
Que si voulez estre contant.
De vous n’apressera loing ne près Pour vous faire aucun interest.
1 Sic.
Mès que ces dis vueillez parfaire; u.3So
Ou autrement et vous promest Qu’elle vous fera vitupéré.
Tallebot prant les lectrcs et tes lit, puis dit
TALLEBOT.
Messeigneurs, voicy grant merveille De ceste truande paillarde !
Qui la mcult ne qui la conseille ",345
De nous mander telle baverdc?
F’ *s9 r*. Mès n’est elle pas bien couarde Faire telle abusion?
Et si fait, quant bien je regarde.
Es François grant confusion. n,35o
ESCALLES.
C’est leur fin, leur destruction,
Chascun le voit évidemment;
Qu’i n’ont plus autre affection Qu’en une fille seullement.
Pensent il donques bonnement '1,355
Qu’en elle avoir recouvrance?
C’est bien faulte d’entendement,
Et es François n’est pas science.
CONTE DE SUFFORT
Je n’y congnois nul apparence
De se vouloir moquer de nous. n.36o
Comment cuide le roy de France Estre par elle bien recoux?
Pert bien que les François sont foulx Et qu’i 11’ont plus d’esperance,
Que une pucclle sans propoux Viengne assaillir nostre puissance.
FACESTOT.
On m’en avoit aucunement Touché qu’elle devoit venir.
Je scay de son gouvernement;
On ne la doit pour riens souffrir.
Elle s’est voulue deppartir,
Et lesser son perc et sa merc Qui n’en savoient comment chcvir, Et n’est que une simple bergiere.
PREVOST DE PARIS
Pour luy abesser son coraige Vous ne luy devez riens mander; Gomme vous si noble bernage Ne se doit ainsi abesser.
Et si vueil dire que devez Retenir lectres et herault,
Et en vous s’est l’emprisonper D’avoir vers vous parlé si hault.
THOMAS RAMESTON.
Ce qu’i font n’est que moquerie.
Et ne le devez soustenir.
Pour leur remonstrer leur follie Devez leur herault retenir,
Et en voz prisons détenir,
Qu’il a parlé arrogamment.
Et le lesser leans morir Pour monstrer leur follyement.
■ i,3So
< l,3<IO
TALLF.BOT.
J'en suis <le ce consentement Que nulle responcc n’aura.
Et son Hérault finablement En mes prisons le comparra ,
Ne jamès il 11’en partira 11,396
En despit de la faulce garce;
Ne de mort jamès n’eschapperu ,
Se je la puis trouver en place.
Or sus, prenez le vistement
Et en noz prisons le boutez; u.Uo
Là y morra vilavnement Par ses faulx dis et cruautez.
Nous viens tu icy apporter Nouvelles en abusion?
î’cnce tu te venir froter 1 i,4o5
Sans faire réparation ?
LE HERAULT
Seigneurs, par ma redempeion.
Croyez que nul mal n’y pensove.
Et à sa supplication
Devers vous me suis mis en voye. u,4to
Pour la Pucelle gente et coye J’é voulu faire ce voyage;
Comme herault, mal ne devroye Avoir en faisant mon messaige.
ESCALt.ES.
11 est garny de mal langaige n,Ai5
Et est trcfïort obstiné;
Pour lui abesser son coraige Qu’il soit tantoust emprisonné.
TALLEBOT.
Sus, faictes qu’il y soit mené Tout en la fosse, au plus parfont.
Que pain et eauc lui soit donné,
Que troj) fierement nous respont.
Lors inenront le horault en prison. Et Jchnn de Mes dit à la Pucelle :
JEHAX l)K MES.
Madame, j’ay ou y nouvelles De vostre herault, n’en doubtez,
K* siji r*. Qui ne sont ne bonnes ne belles.
Les Anglois l’ont fait arrester Et dedans leurs prisons bouter,
Vous desprisant et diffament Et fait beaucoup de cruaulter;
Je le scav véritablement.
LA PUCELLE
En nom Dieu, y n’ont pas bien fait.
Pour certain s’en repentiront.
De bref, de leur mal et méfiait;
Je croy qu’i le rccognoistront.
Or sus, chevaliers et barons.
Aller nous convient à Orléans,
Tout le plus droit que nous pourrons; Je vous pry, soyons diligent.