F> 176 LE SIRE DE CRAVILI.K
Armer ce fault incontinent,
Qu’i marchent pour il y venir.
Monstrez vous aujourd’huy vaillant, Qu’i vous convient vivre ou morir.
Chascun pense de soy tenir Sur les murs chascun en sa garde,
Et de l’artillerie fournir Pour la gecler à l’estrade.
Lors y a pause de Irompctcs. — Puis dit
BASTARD D’ORLEANS
Régnault Guillaume et vous, Vernade, Y vous fault aller au devant;
Vous et voz gens ferez l’avant garde.
Et vous monstrcz fors et puissans.
Vous, mareschal noble et vaillant.
Avec le sire de Bueil,
Vous yrcz vous deux quant et quant, Pour les Anglois faire requeii.
Puis, sire Jaques de Chambannes,
Et vous, monseigneur de Cliaulmonl, 1*377 r*. Je vous pry que tenez vous termes1 Allcncontrc de ces Gordons,
Qui assailliz nous ainsi ont A tort, sans cause et sans raison;
Nous devons bien du cucur parfont Defiendrc la noble maison.
Vous, Tbcaulde de Vaillepaigne,
Avecq le sire de Thouars,
Je vous pry que nul ne se luigne :
Soyez hardiz comme Repars,
Deffendez vous de toutes pars,
Que nous ayons sur culx victoire.
Et pour Dieu ne soyons couars; Garder devons nostre repere.
Poton, le sire de Gra ville,
Bien vous convient résister;
Pensons de garder nostre ville Dont on nous veult déshériter.
Vous aussi, vueillez vous bouter,
1 Sic, sans doute pour ferme*.
1 O.fjOO
Le cappilaine de Villars :
Aujourd’uy nous failli surmonter Les croix roiges et les liepars.
Aussi le sire de Guitry,
Avccq le sire de Couras,
Monstres la puissance aujourd’uy,
La force qui est en voz bras.
Et que de guerre n’estes las;
K* 377 *'• Mais prenez corraige et vigueur.
Que les Anglois soient mis au bas.
Pour acquérir ung grant honneur.
Or sus, partons, il en est temps,
Et allons, que Dieu nous sequeure!
Noz anemis tiennent les champs Et seront près en petit de heure.
Pour la ville , fault qu’i demeure Les habitans pour la garder.
Et sur les murs chascun procure Entendre à soy et regarder.
Lors icv les Irompetes sonneront des François et pareillement les trompetes des Anglois. Et viendra le sire de Grez poser son eslandart sur la dove des toussez, et doit on tirer ung canon d’Orléans qui tue le dit sire de Grès, et demeure mort. Puis après, ses gens rccullemnt et Vernadc et Régnault Guillaume poursuivront les Anglois; et les deux batailles des Anglois viennent, qui cnclorronl les ditz Régnault Guillaume et Vernadc, tueront tous leurs gens et prendront prisonnier le dit K* «78 r’. Régnault Guillaume et Vernadc. Puis après, le baslard d'Orléans et tous < les François viennent et saillent sur les dits Anglois, et là y a ung beau faitd’annes, et , en lu fin , beaucoup de mors d’une part et d’autre, dont de chascun coustd fait son deul tant François que font les Anglois. El seront contrains les François de eulx rctraire en leur ville, et poursuivys seront jusques aux portes de la ville. Puis dit
TALLEBOT.
Mcsseigneurs, chascun s<; rctraye,
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Voicy merveilleuse rencontre!
Les François ont eu froide joyc
Qu’i est mort d’eulx un très grant nombre;
Leur ville fault turabcr et fondre Avant qu’i soit six jours entiers.
Y sont venuz faire une monstre Dont n’est pas reschappé le tiers.
CONTE DE SUFFORT
Bon mestier y leur a esté Avoir trouvé portes ouvertes ;
Je cuide que de cest esté Ne les verrez faire penades.
Il ont eu deux grosses pertes.
Compris la journée des Harans;
Mieulx leur vaulsist jouer es cartes Que d’eulx estre mis si avant.
D’ESCALLES.
Je croy que vous ne savez riens Du sire de Grès, qui est mort,
Qui c’estoit mis jusques dedans Leur ville par son grant effort,
Son estandart mis sur le bort Des foussez, auprès de la porte:
* Mès est venu par mesebant sort Ung canon qui sa teste emporte.
FACESTOT.
Vous nous dictes grant desconfort De la mort du sire de Grès,
Le plus vaillant et le plus fort
to.gAS t 0,960
I Ci,yfio
Qui fui onques ne sera jamès.
De iuy trop fort y me (lesplait,
Et trop desplaisant suis du fait.
F Ï79 r*. Orléans, Orléans! le comparest1.
Et en serez dcstruit et défiait.
UESSIRE JEHAN DE LA POLLE.
J’en av dcul et grant desplaisancc Du sire de Grès, vrayeinent.
Or a esté par sa vaillance Qu'il est mort oullrageuscment;
Mès en morra finablcment
Pour sa mort des François dix mille,
El Orléans mis à finement,
Que rasée en sera leur ville.
TALLEBOT.
11 estoit ung prince vaillant, Honneste en fais et en dis,
Et de sa mort fort desplaisant Et très dolent, pensez, je suis.
Y fault qu’en un seurccur* soit mis, Puis de son obit penserons, L’envoyer en nostre pays.
Ou se icy l’enterr[er]ons.
Je vous pry qu’on le voise querre.
Et les autres que nous avons De noz bons amis d’Englctcrre,
K' *79 Ceulx que trouverrez qui en sont.
Puis, au seurplus, nous penserons Ung bien peu de nous refraichir,
‘ Sic, jiour le compnrrcz, le paiera.
4 Cercueil.
LE MISTER E Dll SIEGE D’ORLEANS. 429
Puis après nous retournerons Derechief, pour les assaillir.
Nous avons eu ung grant doinmaige,
Et de noz gens beaucoup perduz.
Des plus vaillans et bon coraige Et qui plus avoient de vertus.
Plusieurs princes et bien csleuz Y sont demeurez des premiers;
Nous en avons esté deçeuz De saillir hors de noz terriers.
GRAVILLK.
Nous avons eu du tout le pire En reste derniere bataille.
De plus saillir nous doit suflirc;
Nous ne faisons chose qui vaille. n.oio
Tenir nous fault, comment qu’il aille,
Nostrc cité close et fermée.
Et entendre à nostre muraille Quelle soit tousjours bien gardée.
LE SIRE DE SAINTRAILLKS
Je voy cculx d’Orléans esbayz Pour leurs aniys qui y sont mors;
Femmes pleurent pour leurs mariz Qui y ont lessé ame et corps.
De plus saillir delà dehors.
Plus n’eu suis de consentement;
J’en voy plusieurs grans desconfors,
Femmes en grans gémissement.
t i.oae
1 1 %oo5
CHABANNES
Encore ne savez vous rien De la perte que avons eue Des bourgeois, manans, babitans, Lesquelz avoient fait yssuc.
Quant A la retraicte venue,
Qu'il a convenu se retraire.
Les Anglois l’ont tant poursuiveue Qu'i nous ont fait grant vitupéré.
SAINTE SUAIRE
Je croy cecy n’est gueres moins Que de la journée des Harans.
p a8o »\ Que y tiennent entre leurs mains De noz princes des plus vaillans :
Régnault Guillaume, le puissant.
Et Vernade sont mors ou pris:
Furent enclos incontinant Et ne les vit on onques puis.
POTON
Je cuide bien qu’i soient pris,
Que ung Anglois, que pris avoye,
Es enseignes que y me dis,
Des nouvelles luy demandove :
Si me dist qu’i vit par la voye Des François emmener plusieurs.
Si coitgneu, c’est bien chose vraye,
A ses dis que c’estoient iceulx.
VTLLARS.
1 1 ,os5
n,oA5
H y a eu grand desarroy,
Et sommes trop sailliz à foulle,
Que nul n’a peu, comme je voy,
Revenir à son prcembolle. n,o5o
Les mors sont mors, Dieu les absoille!
De leur obbiz nous fault penser.
Une foiz la mort tout cngoulle:
Y nous convient tous la passer.
THEAULDE DE VALLBPAIGNE.
Il convient les faire enterrer n,o5$
Et faire prière pour culx,
Sans les lamenter ne plourer:
Nul prouflit n’en est pour eulx.
Puis nous convient estre soigneux,
Résister au demourant, u.otio
El estre fors et vertueux Pour garder la cité d’Orléans.
CUAULMONT.
11 fault aller choisir noz gens Qu’i ne demeurent là dehors;
Ils les lerroient es chyens n,o65
Devorer sans miscricors.
El nous fauldra avoir rappors De cculx qui auront cognoissance Des plus excelians et plus fors,
Et pour en faire ramembrance. » 1.070
LE RECEVEUR
Messeigneurs, nous avons perdu Plusieurs hahitans de la ville.
Dont il nous est mal advenu,
F* 5»i »*. Par une façon orde et ville.
Y sont tous sailliz à la fille, 11,07s
Comme sans ordre et sans mesure.
Par voye et par mauvais stille,
Qui nous est tourné à laidure.
BASTARD D'ORLEANS
Il est vray, c’est chose mal faicte
Et mauvais conseil en ce cas; n.oS»
Mès, quant la chose est ainsi faicte,
Plus n’en fault parler hault ne lias.
Quant, de fait, vous ne povez pas
Y remédier autrement.
ting autre fois, mieulx par compas n.osr.
On y ouvra plus sagement.
Lors icy y a pause. — Et puis dit
LE ROY
Or oà, Jehanne, gentc Pucelle,
J’é fait penser de vostre estât.
Que je voy que vous estes celle
F* a8a r*. Qui nous donra joye et esbat. u.ogo
Mon royaulme si est ou clymat Et en dangier des anemis;
Mès vous osterez le débat Par vos puissans fais et hardis.
Fille, voicy vostre harnois, n.og5
Et vos chevaulx pour vous monter;
Vous le povez vestir, et voir S’il y fault méctre ou ouster.
Essayez le de tous cousiez
Et le vestez, je vous emprie, n.ioo
Que s’il y fault riens appoincter,
Fait sera, ma fille et m’amye.
l’ose. — Lors sera vestue d’un liarnoii tout blanc devant le Roy; puis dit
LE ROY
Dame Jehanne, que dictes vous.
Le harnoiz est il à vostre aise?
S’il y a riens, dictes le nous, u.ioG
Et n’endurez point de malaise.
Prenez harnoiz que il vous plaise A vostre disposition,
Et n’en prenez qui vous desplaise,
Mès selon vostre intencion. n.no
K” a8a LA PUCELLE.
Sire, le harnoiz m’est bien faict,
Ne le vueil en riens contredire;
Il est honneste et bien complait,
Dont je vous remercyc, chier sire.
LE ROY
Puisqu’il vous plaist, me doit sullîre, n,u5
El en suis, fille, bien joyeux,
Qu’en riens je ne vous vueil desdire,
Mès bien vous complaire en tous lieux.
Puis, fille, regardez icy:
Voicy vostre espée abillée. u.iao
Vous est elle bien faicte ainsi,
Et à vostre gré ordonnée?
Soignez la, ma fille et aymée,
Et, s'i vous plaist, ainsi garnie,
De par moy vous sera livrée » >i.«a5
En ordre de chevallerie.
Voici les espérons dorez Pareillement que je vous baille,
Ainsi que ung bon chevalier Qui est ordonné en bataille.
Et n’ayez peur que je vous faille,
Ma lille, tant que je vivray;
Tant que j’aye denier ne maille,
Dame Jehanne» ne vous fauldray.
Après voyez vostre estaudart Ainsi que avez devisé;
Regardez le de part en part,
S’il est bien fait à vostre gré.
Et, pour vous servir, bailleray Jehan d'Aulon, de noble lignaige;
Et pour paige vous ordonnera)- Loys de Contes, noble et saige;
Et pour vous conduire voz gens Aurez le mareschal de Rais,
Et ung gentilhomme vaillant ,
Ambroise de Loré arés,
Esquclz je commande exprès Où il vous plaisa vous conduisent,
En quelque lieu, soit loing ou près.
Que vostre voyage fournissent.
Puis, pour evitaller Orléans.
Vous baille vivres abondance,
Que vous tnenrez et vous présent Pour en faire à vostre plaisance.
Et. artillerie à puissance
Que menrez o vous, quant et quant
De mon or et de ma chcvance.
Pour soudoyer vous et voz gens.
K* ûH'.i v\
U PUCELLE
En non Dieu, sire, donlcement
Vous me faictes et voulen tiers, 11,160
Et bien en point certainement Je suis A mes désirs entiers.
De voz nobles et chevaliers.
Que me baillez pour moy conduire,
Et de vos gentilz escuicrs u,iG5
Vous remereye, mon très chier sire.
Et de tous les autres biens fais Je vous remereye humblement.
Pour vous je vois porter le fais
De vostre guerre entièrement, 11,170
Et lever tout premièrement Le siège d'Orléans, par exprès,
Et en rebouter laydement Tous voz anemis, se Dieu plaisl.
Puis après je vous conduiray 11,175
A Rains, pour vous mener sacrer;
Moy en personne vous menray Sans trouver aucun cncombricr.
Soyez tousjours bon et entier,
Aymez Dieu; vous donra victoire, 1 1,180
Que vostre royaulme recouverrez,
Qu’il en sera tousjours mémoire.
Sire, il est temps de partir,
Et congiè de vous je vueil prendre.
Vueiüez vous tousjours souvenir n,i85
De Dieu et y vueilliez entendre;
De vostre grâce vous vueille rendre Salut, comme il vous appartient,
Priant Dieu qu’i vueille delTendrc Vostre royauime, tant qu’il est grant.
LE ROY
Jchanne, belle fille et amye,
De vous voir je prans grant plaisir.
En pryant la Vierge Marie Qu’i vous garde de desplaisir.
Tout mon comfort, tout mon désir Si est en vous, doulce Pucelle,
Désirant que puissiez venir A vostrc intencion formelle.
J’ay en vous parfaicte fiance.
Fille, que vous m’ayderez,
Et par vous aurav recouvrance,
Ainsi que promis me l’avez.
Dieu vous doint bien perseverer Et estre tousjours en sa garde.
Que j’espoir de recouvrer
Mon royauime, mès que ne vous perde.
LA PUCELLE
Roy, soyez tousjours humble et doulx Envers Dieu; il vous gardera.
Et de ses biens il vous donra.
A Dieu , je prans congié de vous.
LE ROY
Se bcsoing vous avez de nous,
Mandez, fille; on l’acomplira.
LA PUCELLE
Roy, soyez tousjours humble et doulx Envers Dieu; il vous aydera.
LE ROY
Fille, je n’ay autre propoux u.si5
Que faire ce (ju’il vous plaisn,
Et se Dieu plaist, vous gardera De mal, de dangier contre tous.
LA PUCELLE
Roy, soyez tousjours humble et doulx
Envers Dieu; il vous aydera, «i,mo
Et de ses biens il vous donra.
A Dieu , je prans congié de vous.
Lors icy partiront tous en ordonnance. Et le Roy se mectera à genoulx devant paradis, et dit
LE ROY
O Dieu du ciel, par la vostre puissance Conduisez dont la très noble Pucelle,
Qui pour moy va porter harnois et lance h.sjS
F* a85 F. En soustenant du royaulme la querelle.
Or n’ai ge plus fiance qu’en icelle,
Ne en autruy plus secours je n’atant ;
Mon très doulx Dieu, gardez la jouvencelle
De péril, de mort et d’inconvcnient. n,33o
Se offencé vous ay aucunement,
Je vous requiers pardon, mon vray seigneur;
N’en pugnissez mon peuple nullement,
Supporté soit par la vostre doulceur :
Celuy je suis pour porter la douleur n,a35
Et réparer vostre vraye sentence.
Si vous supply, Sire, du bon du cueur Que de mon fait vous ayez souvenance;
Servir je vueil, doulcement obeyr
El acomplir voz bons commandement.
Faictes de moy à vostre bon plaisir,
Vous requérant mercy bénignement.
Geste pucelle est venue doulcement Par devers moy, pour moy donner secours; Gardez la dont, je vous pry bumblement. Des anemis et de leurs divers tours.
Se je la pers et Orléans soit soubzmis,
Dire je puis que plus n’a y espérance,
Prcst à partir et lesser le pays Et de quicter le bon royaulme de France. O Dieu du ciel, ta divine puissance Demonstre moy, vray Dieu , à ce bcsoing, Quant je n’é plus nulle autre recouvrance p asr» »\ Qu’au ceste fille, qui est venue de loing.