‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 144 sur 222 · LE HERAULT DE LA PUCELLE · texte numérisé non relu

LE HERAULT DE LA PUCELLE

Englois sont pires que chiens; n.«55

Y n’ont pitié de créature.

PREMIER MESSAGIER

Tu peuz bien compter maintenant Et dire de ton adventure.

IP MESSAGIER

Tu es sailly de grant ordure,

D’estre hors des mains des Angiois. n.»6o

PREMIER MESSAGIER

Mort tu fusses de pourriture Avant qu’il cust esté ung mois.

IP MESSAGIER

Y nous fault présent aller voir Madame Jehanne, la Pucelle.

LE HERAULT

C’est bien raison, je m’y en voys; <«,665

C’est une fdle gente et belle.

K* 3oa Lors «’agenoillc devant la Pucelle et dit :

Las! Madame, vous estes celle Qui m’avez recouvert de mort.

LA PliCELLE.

De leur rébellion cruelle

Pugniz en seront de leur tort. 11.87t.

En nom Dieu, je vueil aller voir Les Anglois qui sont es Torelles,

Afin que y vueillent prouvoir Et qu’i sachent de mes nouvelles.

Je scay bien qu’i sont fort rebelles 11.875

Et qu’i n’y vouldront obevr.

LE RECEVEUR

Anglois usent de grans cautelles,

Et, s’i pevent, vous feront desplaisir.

Lors partira la Puceilc toute armdc et plusieurs avec elle à tous inslrumcns. Et viendra sur le bouloart de la Belle Croix sur le pont, puis parlera haull es Anglois qui seront es Torrelles, et dit

F* :tf>3 r'. LA PliCELLE.

Glasidas, puissant cappitaine.

Et vous tous autres grans seigneurs, 1 1.880

Qui prenez et avez tant peine En grans travcil et. grans labeurs,

Delesser vous fault ces erreurs Et en voz pays retourner.

Sans estre plus détracteurs. n,885

Me plus icy 11e séjournez.

Saichez que je suis cy venue De par Dieu, qui est tout puissant.

Vous dire que nulle tenue Me faciez plus ne tant ne quant.

Levez le siège incontinant Sans plus y commectre de guerre, Et vous en allez de présent En vostre pays d’Angleterre.

En France vous n’avez nul droit Ne ne vous competc nullement; C’est au daulphin, qui a le droit A avoir le gouvernement.

Par droit et par vray jugement,

Luy appartient la (leur de liz.

Si vous en allez vistement Et dclesscz tout son pays.

Et se ainsi ne voulez faire,

Je suis celle pour vous combatre.

Et morez tous de mort amcrc.

Ne pensez point en riens rabatre, Que je suis seullc contre quatre.

Et ung seul en combatra dix.

Ne vous lessez donques point balre, El entendez bien à mes dis.

GLASIDAS.

Toy, faulce, truande, vachiere.

Comment ose tu cy' venir,

Ordc, très villainc sorcière,

Nous dire nostre desplaisir?

Par le sang Dieu, te feray morir Et en ung feu ardre et bruller;

Nul ne t’en pourra garantir,

Dont t’es volu ainsi parler.

FAUQUEMBERGE.

Fille, tu es bien oultrageuse

Et bien folle demonyacle.

Bien enragée et maleureuse De voloir tenir tel sinaclc1.

Tu cuidcs dont faire miracle Pour croire en tes diz et clameurs?

Mès va ailleurs vendre triade;

Nous ne sommes pas enchanteurs.

LE SIRE DE MOLINS

Va garder tes brebiz et bestes En Barois, avecques ta more;

K* 3uV r”. Les François à tes diz s’arrestent,

C’est qu’i ne savent plus que faire.

Dezelau, dezelau*, bergiere!

Tu pense garder tes inotons;

Y te fault une panetiere Ainsi comme les autres ont.

BAILLI D'ESVREUX.

' El comment n’as tu point de honte.

Garce, toy armer contre nous?

Veuls tu devenir duc ou conte Ou baron, quel est ton propoux?

Quant ce viendra à donner coups .

Se tu te trouves en meslée.

Je parise que mau repoux Tu auras et niaise nuytée.

LE SIRE DE PONT

Apresse toy que je te voye.

Assavoir se tu as puissance.

Tenir telle assemblée, cénacle'? ou telle marque d'élection, tigtutculum Y 1 Est-ce lit un mol à l'usage des bergers de l'époque, que l’on répété à b dérision ?

Pucelle par

Que trouver te peusse en ma voye.

En fait de guerre, à ma plaisance!

Tu pourras bien dire qu’en France Y es venue en la maleure.

Folle garce, sans demorancc Va t’en garder La nourriture.

F* 3o6 v\ LA PL CELLE.

Vous me dictes beaucoup d’injure,

Messeigneurs, et avez grant tort;

Mès par raison et par droiture Vous en endurrez desconfort.

Vous vous boutez tous en effort 11,955

De moy voloir injuryer;

Mès vous le comparrez si fort Que l’eure vous en maudirez.

GLASIDAS.

Tu es une pulin prouvée,

Je le scay véritablement. 11,960

Telle tu es et réputée;

Chascun le scet certainement.

LA PLCELLK.

Vous avez menti faulsement,

Or[d], vilain paillart, Glasidas!

Infâme! malcureusemenl 11,966

Avant douze jours tu morras.

Adonl se descend du dit bouloarl et riviere comme dessus, à grans inslrumens, à la ville. Puis dit

BASTARD D’ORLEANS

Dame Jehanne, que dictes vous?

Af»7

I 1,<JOO

F* 3«5 1*. Vous avez parlé es Anglois,

Qui ont tousjours ferme propoux Voloir destruire les François. 1 1.970

Vous ont il esté mal courtois?

Qu’en dictes vous, je vous eraprie?

Y sont puissant, comme je croiz,

Et ont grant force artillerie.

LA PUCBLLE.

l’eu de chose est, je vous alfic:

En eulx n’est honneur 11e prudence,

Proesse ne chevallerie,

Mès sont rcmpliz d’oultrccuidence.

Demeure de ce que fol pence.

Et plusieurs foiz en sont deceuz.

On dit par expérience :

L’anfourncr fait les pains cornuz.

Je veuil encore retourner Devers les Anglois, deçà Loire,

S’i se vouldronl point ordonner Aussi de voloir mes dis croire;

Je ne scay qu’il en vouldront faire :

Pour leur meilleur [ils] me croiront Sans voloir aller au contraire.

Et mes dis il ensuyvront.

F- 3o5 >°. LE BASTARD D’ORLEANS.

Dame Jehanue, vous conduisons Où y vous plaisa à aller.

Anglois fort à congnoislre sont :

En eulx ne se fault rigoller,

N’en leur maintien, n’en leur parler; 11,995

Frappent et tuent sans dire gare.

LG MISTERE DU SIEGE D’ORLEANS.

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