ME5S1RE THOMAS RAMETON
Messeigneurs, c’est à vous grant honte De vouloir avoir ce reproche;
Comme bergiere vous surmonte,
Et si grant deshonneur vous touche.
Y semble que en une poche Vous mettroit se elle vouloit;
Ne convient souffrir qu elle approche En armes pour faire aucun fait.
PREVOST DE PARIS
Or pert il bien évidemment Que François n’ont plus de puissance,
D’eulx atendre tant scullement En elle avoir recouvrance.
Mieulx vous fust, dea, de lesser France, 13,07s
Et la paillarde remener
En son pays et demorance, Puisque en estes abusez.
TALLEBOT.
Garce, de très vilain coraige Tu nous es venue ataingncr.
Sorcière et remplie de rage,
Au gibet te fcray traingncr.
Mieulx y te vaulsisl pourmcner En ton pays, par quelque guise, Que de voloir venir rogner Cy en France, en ta paillardise.
LA Pl'CELLE.
Tallebot, or[d], vilain paillart, Mcnteux et rempli de laidure, Desbonnetc comme un soiilart,
Et dont de toy n’ysist que ordure. Ton ort parler et ton injure Te tournera en desarroy,
Et congnoistras ta forfaiture,
Que tu morras des gens du Roy.
Et vous tous autres, cappitaines,
F* 3o8 r". Vous rccongnoistrez la follyc De voz folles parolles vaines,
Dont vous me dictes villannie, Laquelle chose n[e] est mie;
Mès mentez malcurcusemenl Et en perderez vous tous la vie Et deflncrcz piteusement.
Si vous deffenderay le povoir De conqucstcr nul heritaige;
En France n’aurez nul manoir
i 9,ofcâ
1 9, t oâ
Ne n’y aurez nul avantaigc.
Mès du tout à vostrc dommaige Je vous en feray deppartir,
Sans plus jainès avoir coraigc
Ne puissance mès de finir. »,n«
Admit sc descend et retourne à Orléans, et va ouyr vespres à Saincte Croix. — Et y a pause.
LA PUCELLE
En nom Dieu , j’ai grant voulcnté Après disner que nous aillons Voir le bien et honnesteté Des Anglois, qui à Saint Loup sont.
En m’a dit que du mal y font,
F* 3o8 »*. Que par là nul François ne passent Qui ne soient pris, mis à ransons,
Et que tout alentour tout gaslent.
Bastard d’Orléans, je vous supplie Que nous les aillons visiter,
Les assaillir, quel que nul die,
Pour les vouloir dehors bouter.
11 est temps les persécuter,
Que il ont lcans trop esté;
Si vous vueiüez tous aprester Et armer pour la seureté.
Dame , à vostre voulenté Ce qui vous plaisa nous ferons;
Mès y sont très grant quantité.
Ainsi que rapporté nous ont,
Bien cinq cens, tous fors compaignons, . Par quoy y seront fors à prandre;
1 2,1 la
fiU LE MISTERE DU SIEGE D’ORLEANS.
Et bien fortifiiez ce sont,
Ainsi comme je puis entendre.
LA Pt CELLE.
En nom Dieu, si yrons nous vois Comme nous les pourrons avoir;
Y sont leans comme en ung bois,
Et ne font riens que larronner.
F* 3og r*. Seigneurs, faictes vostre devoir :
Laliire, soyez des premiers Et vous y vueillez esprouvoir;
Vous, messire Fleurant d’Illiers,
Alan Giron, vous et voz gens.
Et aussi Jamet du Tillay,
Monstrez vous aujourd’uy vaillant En armes et bien esveillay.
Soyez prest et appareillé De bien voz anemis combatre.
Que aujourd’buv les assauldray Pour vouloir leur orgueil abatre.
Vous, Monseigneur le mareschal.
Baron de Colonccs, Graville,
Vous garderez en general Avecques les gens de la ville,
Et sauldrez près la bastille
De Saint Poair1, vous et voz gens tous.
Que Anglois ne saillent à la fille Pour leur vouloir donner secours.
Or sus, mcsscigncurs et amys,
Faictes trestous, je vous emprie.
Et allons voir noz anemis •
1 Bastille éleviîc au nord d'Orléans, cl que les Anglois avaient nommée Paris.
ta.iAo
is.iiô
Plains d’orgueil et de villannie.
Il est temps, l’eure est acomplie,
Que nul n’en diffère ne tryve:
Mès ayez tous chiere hardie, n.UJS
Et cil qui m’ayuiera me suyve.
F* 3op »*. Lois les trompetas sonneront, et partiront le Baslard d'Orléans et
plusieurs grant nombre de gens d’armes, bien on point. Et à Saint Loup sonnera une cloiche à l'eiïrov, et cryront à l'arme. Et vient la Pucellc en grant devoir, faisant grant admiration, une cspde nue en sa main. El plusieurs cschcllent leur fortresse à force d’armes, et à force entreront dedans et tueront tout ce qui rencontreront des Anglois tous mors, el feront saillir du hnult de la tour des Anglois à terre, et seront lue* de deux à trois cens, et prisonniers grant quantité. Puis dit
LA PDCELLE.
Enfïans, y fault tout mectre jus.
Bastilles et bouloars,
Qu’i ne puissent plus faire abus.
Et que tout soit brullé et ars. 14,170
Et n’estoient leans que paillars,
Gens de mauvaiz gouvernement,
De roberies de toutes pars,
Lcsquclz ont eu leur paiement.
F* 3 1 u r\ LB BASTARD D'ORLEANS.
Dante Jehanne, voicybcau fait.
Bien besoigné pour commancement;
Pour les Anglois ung mauvais trait Et pour eulx grant encombrement.
Se sont fiez totallement En leur fortifficalion ;
Mès sont tous mors à grans tormens Et à leur grant destruction.
Il, l8o
LA PUCELLE
Il est bien temps de nous retraire.
Voicy la nuit qui est venue.
Noz gens ont éu fort à faire, i»,<85
Et des Anglois bien deflendue;
Mes, Dieu mercy, avons eue Victoire allencontre d’iceulx.
Que rcschappé, ne pié ne queue,
Y n’en est pas ung tout seul deulx. n.igo
Lors viendra à Orléans, et y a pause. — Et tous en belle orduunancc. clairons, troinpetes, amènent grant foison prisonniers à tous les roiges croix lyez; et puis dit la Pucelle :
P 3 1 o >*. LA PUCELLE.
Messeigneurs et mes bous amis,
Trouver fault expédient De despecber noz anemis Qui ont esté par cidevant.
Vous savez, il y a longtemps.
Huit mois y sont bien acompliz Qu’il ont tousjours, comme j’entent,
Volu faire grant desplaisir.
Si nous est chose ncccessaire De les ouster du bout du pont,
Que il ont toute la frontière De la Sauloigne et environs.
Par quoy vous ne povez pas dont Avoir vivres bien à vostre aise.
Pour les ouster de là où y sont.
Je conseille que on y voise;
Que se vous avez les Torrelle6 Et leurs fortiflicacions,
Plus ne vous seront si rebelles Ne plus tant ne vous grèveront;
Que de là gectent leurs canons Qui font des maulx parrny la ville,
Et est de là oà y vous font Plus de mal ad ce domicilie.
Si en vueilicz disposer
Par quel point nous les nssauldrons,
Et tous ensemble propposcr En disant voz oppinions.
Pour aujourd’uy riens n’en ferons Qu’il est jour de l’Ascension,
Mès nonobstant bien pourrons En faire la conclusion.
Et pour dire mon ad vis.
En sauvant l'onneur de vous tous.
Ainsi comme entendre je puis .
Dire je le vueil devant vous.
Si est que, selon mon propoux.
Entre la Tour Neufve et Saint Leu.
Que nous passions demain nostre oust.
Et ainsi comme au point du jour.
11 ont aussi Saint Jehan le Blanc,
Qu’il ont très fort fortillîé.
Et se sont logez là dedans Qui nous a préjudicié;
Si sera demain defyé Pareillement leur bouloart;
Mès que par vous notiflié Y soit présent de voslre part.
BASTARD D’ORLEANS
Dame Jehanne, pour vérité