‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 151 sur 222 · r\ FOUQU AUBERGE · texte numérisé non relu

r\ FOUQU AUBERGE

Glasidas, vous avez bien dit :

Par une planche bonne et seure Retrairons petit à petit Noz gens, pour la chose doubtcuse.

François viendront de grant aleuze Et de grant puissance sur nous.

Puis en l’eaue parfondc et creuse Seront noyez leans trestous.

EVRBUX.

Or sus donques, ainsi soit fait.

I^a chose est très bien ad visée,

* Que s’i se trouvent là endroit,

Leur vie n’aura plus de durée.

Faire y fault une grande allée Afin qu’i viengnent à monceaulx.

Que se l’on mange chair sallée,

On leur fera boire des eaux.

MENTE

Faire le fault secrètement Devers la nuyt, comment qui soit.

Sans faire bruit aucunement,

Par bons ouvriers et gens de fait.

Et, qui vouldra, j’en prans le fait 317 v. De ceste chose là parfaire,

ia.A85

1 a.&oo

Et de faire vostre retrait.

Que j’entcnd toute la matière. n.5i«

GLASIDAS.

Monseigneur, mès je vous emprie Qu’i vous plaise en prendre la charge;

Que ceste femme trop m’ennuye El qui nous a fait tant oultraigc.

Mjesmement, si luy meult coraigc, >*.5ia

Elle nous vendra assaillir;

Faisons dont à vostre avantaige Pour les François faire périr.

MENTE

Ne vous en doublez nullement.

Je feray si bien la besoigne Que il en morra largement,

Dont François auront grant vergoigne.

Et se la folle ne s’esloigne.

Elle pourra venir cy près Qu’elle y demourra, qui qu’au groigne,

Et ceulx qui la suyvent après.

Lors yront rompre deux arches du pont, et feront une planche. — Pose longue. — Et puis dit

F’ 3 1 R r". ROSTRE DAME.

O ebier ftlz, doulcement vous prie,

Vueillez conduire la Pucelie;

Que la chose soit acomplie.

Ainsi l’avez promis à elle. >«.53©

Elle vous est très humble et belle,

Obéissant en tous voz dis;

Plaise vous donc par icelle

De recouvrer les (leurs de lis.

C’est vostre petite servante;

Veuillez la, mon chier filz, conduire.

En vous elle met son entante,

Cuminc luy avez fait produire.

Elle est en danger de martire,

Et très grant besoigne entrepris; Secourez la, mon très doulx sire,

A confondre ses nnemis.

SAINT EÜVERTRB.

Mon chier seigneur, tant que je puis, Vueillez vostre fille garder,

Et cculx d’Orléans, vos bons amis, Vueillez en pitié regarder;

Que se ne les contregardez,

Il auront de bref fort à faire.

Pere, se vous n’y entendez,

K,3i8v\ Pourront clieoir en grant misere.

SAINT AIGNAN

O Dieu très digne et glorieux,

. Ayez pitié de vostre fdie,

Laquelle est en dangier périlleux,

Qu’i n’en est de plus difficillc;

Aussi à vostre povre ville,

Dont vous pleust que fusse patron,

Que par fortune iayde et ville Ne soit mis à destruction.

DIEU

J’ay bien à mon intention

La vouloir garder et defiendre.

Et mettre à execution Ainsi que luy ay fait entendre.

Non pourtant quelle est jeune et tendre, Endurra beaucoup de diffame;

Mès, à la fin, je la vueil prendre Et mectrc en mon royaulme son ame.

Ad ce que je dis parveudra,

Dont ne sera sans grant tonnent,

Et beaucoup de peine endurra Pour le royaulme tant scuilement.

Le Roy aura recouvrement Par elle, ainsi que je Pay dit,

Sans que les François nullement Y ayent honneur ne esdit.

Vous Euvertre, et vousAignan,

Allez à Orléans la garder.

Et aydez sur toute rien A la Pucelle et entendez.

Gardez la ville et deflendez Que ne soit gastéc et destruicte,

Et à ceste fin contendez;

Je vous en baille la conduicte.

SAINT EUVEIITRE.

Chier sire, je vous remereye De l’onneur et du grant plaisir Que la cité ne soit perye.

Laquelle estoit en grant péril.

Nous voulons à vous obeyr Et ensuyvrc vostre ordonnance.

Puis qu’i vous plaist la secourir,

C’est par vostre bcgnivolance.

SAINT AIGNAN. '

O Dieu, de divine puissance Quel don faictes vous à Orléans,

Quant leur monstrez tel excellance Et leur conservez tant de biens!

Jamès ne sera eulx ne les siens, »»,5u5

<9 v*- Toute leur génération,

Que de ce ne soyent souvenant Vers vous, en grant devocion.

DIEU

Allez et partez d’icy sus;

Voz anemis convaiuquerez . n,6<>o

Par la Pucelle et subjuguerez,

D’icy à cent ans, voire plus.

SAINT Kl'VERTRE.

Puisque ainsi avez conclus.

Nous yrons Orléans conserver.

DIEU

Allez et partez d’icy sus; < -.1,605

Voz anemis convainquerez.

SAINT AIGNAN

Yostre voloir sera mis sus Et les anemis conjurez.

Qui ne pourront persévérer

A leurs faulx deliz et abus. ia,r.io

DIEU

Allez et partez d’icy sus ;

Voz anemis convainquerez F* 3*o r*. Par la Pucellc et subjuguerez D’icv A cent ans, voire plus.

Adunl y a pause de tous insfrumens. — Et viendront saint Kuvertc et saint Aignan sur les murs de la ville d'Orléans, et puis feront le signe de la croix par toute la ville, et sur les Anglois les soigneront, et benisloront la Pucelle et les François. Puis dit

LA PICKLLE.

Messeigncurs et nies bons amis, ia,6i5

Il est temps d’icy de partir,

Pour aller voir noz anemis Qu’i sont ainsi voln venir.

Il les fault faire deppartir

Et les chasser d’autre cousté, i*,6«o

Qu’i vous ont fait grant desplaisir Bien huit mois qu’il y ont esté.

Traverser nous fault la riviere,

Puis aller à Saint Jehan le Blanc1,

Desployer là nostre banicre, i»,6a5

Qu i sont fortifiiez dedans.

K* 3*o >*. Soyez vertueux et puissans,

Aujourd’uy aurez fort à faire;

Mès en Dieu soyez confians,

El y vous donra la victoire. 1 9.680

LE BASTARD D ORLEANS

Dame Jehannc, à vostre voloir Nous ferons et vostre ordonnance.

Et chascun y fera devoir A frapper d’espieu et de lance.

Et avons fait grant diligence 1 9,635

1 Village sur la rive gauche de la Loire. <pii touche aujourd'hui au faubourg du Portereau.

LE MISTERE DU SIEfiE D’ORLEANS.

Que on a besoigné cestc nuyt.

Et fait très grande provoyance,

Sans avoir fait noise ne bruyt.

LA HIRE

Quant y vous plaisa partirons,

Que tous voz gens sont appoinctez, ia.6iu

Abiüez, gentilz compaignons,

De quatre mille bien comptez.

Où y vous plaisa les bouter Et employer à vostre guise,

A vous servir de tous coustez Et en faire à vostre devise.

F-3jir*. gravillb.

Vous voyez très belle entreprise,

Dame Jebanne, et bien ordonnée,

De grant façon gens exquise Et tous de très grant renommée Pour vous servir disposée En tous cas à vivre et morir.

Si partez dont, si vous agrée;

Loyaulment vous veullent servir.

En nom Dieu, je prans grant plaisir i»,f>65

Et croy qu’i sont iovauix et bons;

Aujourd’uv pourront acquérir Victoire dessus ces Godons.

Et vous prv que advisez dont A y aller sans plus attendre,

Et comme au droit des Bouterons Nous conviendra là tous descendre.

LE MI ST EH K Dl SIEGE D’ORLEANS.

YLLIERS.

Tout est prest, n’en différez plus.

Et toute vostrc artillerie;

N'est celuy qui ne soit mis sus n.665-

A vous servir à cliiere lye.

F* 3üi v*. Vous avez belle compaignie,

Dame Johanne, et très fort honnestc.

LA PUCELLE

Vous tous, messcigneurs, vous mereye.

De par Dieu! partons; je suis preste. ij.670

Admit icy y a pause de trompetes, clairons. — Et tous, en belle ordonnance, leurs estandars desployez, parlent et yront descendre au droit des Roulerons, et là s'assembleront toul ensemble. Puis dit

LA PUCELLE

Vous, Bastard d’Orléans, je vous prie Que nous pragnions Saint Jehan le Blanc:

Derrière ne les lessons mie,

Que y nous seroit trop nuysant.

Soyez hardy, preux et vaillant, 12.67:.

Et gardez que nul n’en eschappe;

Suyvcz moy, venez en avant.

Que je vois assaillir la place.

F” 3sî F. Puis icy les François feront ung grand cry, et viendra la Pucclle contre Saint Jehan le Blanc et tous les François, qui impétueusement, de force d'armes, prendront Saint Jehan le Blanc; et ce pendant de là saillent ceulx des Torrclles : sonneront leur beffray et se armeront et se metteront tous en belle ordonnance pour venir secourir Saint Jehan le Blanc; mes avant la Pucelle entrera dedans la bastille Saint Jehan (e Blanc, et tueront tous les Anglais de dedans. Puis dit

LF- MISTERE DU SIEGE D’ORLEANS.

GLASSIDAS

Mcsscigncurs, voilà les François

Qui assaillent Saint Jehan le Blanc; 12.680

Ad ce nous y fault bien provois,

Qu i mettront à mort tous noz gens.

Mes amys, soyez diligens.

Et les allons tous secourir,

Si ne soyons négligeas, »*,685

Qu i sont pour les faire morir.

FOUQUAMBERGE.

C’est reste infâme paillarde Qui a les François amenez;

Y nous fault prandre la coquarde.

Qui veult les François gouverner. i»,6go

Or sommes nous mal fortunez Que, pour ceste faulcc truande,

Nous ne savons quel part tourner,

Qui nous est une grande cscande.

BAILLY D’ESVREUX.

Pour y aller pous fault entendre Sans nous effrayer nullement,

Et tacher tous la voloir prandre,

Y entendre soigneusement.

Eu armes tous généralement Nous sommes de cinq à six mille,

Pour les destruire vaillamment Et pour prandre aujourd’uy leur ville.

MENTE

Messcigncurs, tous en ordonnance

vji;

Voy les là vers le champ aux cordes; Monslrcr nous failli nostre vaillance.

N’ayez en vous milles discordes,

Et tuez sans miséricordes Les François, sans les espargner,

Et n’avez pas peur qu’i vous mordent; En leur sanc me feray baigner.

Page 1