FLEURANT D’ILLIERS
Quant, à moy je conscilleroye N’en faire plus pour le présent.
Et qu’on deremparast la voyc,
Et pour peur d'inconvenient.
Je regarde que tous noz gens Sont de cest assault tant lassez Qu’i ne peuvent plus tirer avant.
Les ungs mors, les autres blessez.
V1LLARS.
C’est une chose difficille
I)c soustenir cest assault cy,
Qui trop fort nous préjudicié*
Et pour l’avoir trop de soucy.
Fortifiiez sont par ainsi • 3.i y5
Que pour culx est fort defTensable;
Je le vous dy à tous dessy Que elle nous est imprenable.
LA PUCFLLE.
Mes bons amis, je vous supplie Que ne vucillez desamparcr K* 334 v*. Et très humblement vous en prie Que me vuiiicz obtempérer.
Leur bouloart recouvrerez Et Tourelles, n’ayez doubtance.
Buvez et vous refraichissez ,
Et ayez tous bonne espcrance.
De ma blessure ne vous chaille;
En nom Dieu , ce ne sera riens.
Ne delessez ceste bataille,
Et ne vous csmayez de riens;
Que je scay bien ce que je sens :
Je ne suis point si fort blessée Que je n’y retourne en tous sens.
Et en bannière desployée.
Lors boivent et menjuenl, et y a pause. — Puis dit la Pucelle à Jehan de .Mes :
LA PUf.F.LLE.
Jehan de Mes, gentil escuier, i3,u5
Entendez à moy je vous prie.
Et faictes de bon cueur entier
En interligne , on lit celle correction : prejudicille.
1 3,soo
1 3.io5
i3.no
Ce que vous ne reffusez mie :
C’est que mon estandart jolie.
Que vous voyez là droicternent, i3,as»
Soyez soigneux, je vous supplie;
La regardez incessamment.
Et dessi toust que la verrez,
Aprcssez près de la muraille.
Entendez bien et regardez, i3,**5
P 335 1“. Celle y touchera sans nulle faille;
Et se vous voyez qu’elle y aille L’estandart, et que soit si près Qu’elle y touche, comment qu’il aille.
Venez à moy tout par exprès. i3,«3o
Je ne seray pas loing d'icy;
Derrière les Augustins Me Irouverrez, n’ayez soussy,
Et là venez à toutes fins.
Entendez y de point en point, i3,a35
Amy, et le me venez dire
Incontinant, et sus ce point
Qu’elle y touchera, mon très doux sire.
JEHAN DE MES
Dame Jehanne, je le feray,
Ne vous doubtez aucunement; »3,aAo
A vostre estandart regarderay.
Que se il touche nullement,
Savoir le vous feray bonnement.
Ainsi que chargé le m’avez.
LA PUCELLE
Je vous en pry parfaitement, i3,*A5
Ainsi que faire le savez.
fi 5.
Ixirs la l’ucclie se va mectre à genou Ix et dit :
O Dieu du ciel, où du tout je me fie, k* 335 v*. Vostre puissance eternelle, infinie!
A ce besoing, las! ayez souvenance,
Que les François vous ne delessez mie ; i3,a5o
Que la victoire par vous soit acomplie.
Et que Anglois n’ayent sur eulx puissance.
Donnez leur dont qu’ils ayent recouvrance De ce dangier et dont sont en doubtance ,
Et que par vous ayent miséricorde. i3.»&5
Ne les ayez point mis en oubliance ;
Secourrez les, par la vostre prudence,
En acquérant la victoire et concorde.