‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 160 sur 222 · NOSTRE DAME · texte numérisé non relu

NOSTRE DAME

Mon très chier ûlz, vueillez obtempérer A la Pucelle qu’oyez présentement, i3,»6o

Et sa prière, la vueillez exaulcer.

En son affaire victorieusement.

Nécessité y est certainement,

Et le dangier d’elle et de son armée;

Ne l’oubliez, je vous pry, nullement, i3,a6.f>

Et sa prière soit par vous exaulcée.

DIEU

C’est bien raison, ma mere très aymée.

Or sus, Michel, allez diligemment A la Pucelle, que soit reconfortée,

F* 336 r\ Que sa requeste j’é ouye bonnement. <3,»7«>

Si luy direz que vigorcusernent Elle parfera du tout son entreprise ,

Que convaincra les Anglois vrayement.

Et parviendra pour en faire à sa guise.

MICHEL

O Roy divin, tout vostre bon voloir Acompiiray à la noble Pucelle,

Et de par vous luy feray assavoir.

Mon chier seigneur, vostre bonne nouvelle. A vostre lillc, qui est très doulce et belle, Signiflier luy vois vostre plaisir.

DIEU

D’ores en avant ne trouverra rebelle Ses unemis, mès fera définir.

Fille, le Dieu du ciel ra’envoye Par devers vous présentement,

Que vous preignez plaisir et joye, Sans estrc doloureusement.

Voz anemis certainement Subjuguerez à vostre plaisir, p* 336 »\ Et poursuyvez entièrement,

Que désormais n’auront puissance.

LA PUCELLE

O Dieu, la vostre providence,

Très humblement le remercie; Obeyr vueil à sa plaisance Comme sa servante et amye.

MICHEL

Parseverez, ne doubtez mie,

Que vous pervcndrez à vos fins.

i3.aSo

LF. MISTERE I)U SIEGE D'ORLEANS.

LA PUCELLE

Mon amy, je vous regracie Et remercye à toutes mains.

Adont l’estandart touchera de la queue contre la muraille, et viendra Jehan de Mes à In Pucelle, laquelle il trouvera à genoulx, et dit

JEHAN DE MES

Jehannc, ma très honnorée dame,

La queue de voslrc cstandart Touche au murs, je le vous afferme;

F* as? r*. Ghascun le voit de part en part.

LA PUCELLE

Jehan de Mes, amy, Dieu vous gart!

Joyeuse suis de ces nouvelles.

Il est bien gardé qui Dieu gart :

Allons visiter les Tourelles.

Lors viendra en armes et fera souner les trompetes, et puis dit

LA PUCELLE

Messeigncurs et mes bons amis,

Puisque vous estes refraichiz,

Assaillons dont 110.7, anemis Pour les faire d’icy partir. <3,3io

Ne vous peut il point souvenir Qu’il y a jà près de neuf mois Qu’i ne vous ont donné loisir De vous reposer une fois?

BASTARD D’ORLEANS

Dame Jehannc, il n’est pas saison

1 3,3oo

De volloir tousjours batailler;

Il n’y auroit point de raison,

Que noz gens sont tous travaillez.

F* 337 v*. Une autre foiz pourrez bailler Et recouvrer une autre fois;

Mès vous mesmes vous reposerez :

C’est le meilleur, comme je crois.

GRAVILLE

Voulez vous donc recommencer Nouvel assault présentement,

Et né le voulez point cesser? Simplcsse scroit bonnement.

Vous savez véritablement La peine que vous avez eue :

Tant blessez, tant mis à tourment!

Il n’est celuy qui n’en tressue.

LA RIRE

Je ne dy point pour couardie;

Mès je dy qui n’est point mestier De recommancer la saillie.

Que y sont fort fortiüiez.

Nous les avons fort delïiez.

Et baillé maint divers assault;

Si nous ont tous contrariez,

Et n'y avons fait rien qui vault.

D’ILLIRRS.

Je ne pourrais cecy entendre,

F* 338 r*. Si promptement recommancer.

N y n’est nul qui le peut comprandre, Ne qui s’en voulsisl avancer.

>3,3ao

>3,3Ao

Plus de quatre heures sans cesser Avons esté icy devant.

Et comme vous povcz penser Advancez ne sommes de riens.

saintraiij.es.

Noz gens estoient frois, reposez.

Preux, vaillant et victorieux.

Et s’estoient disposez De faire lassaull oultrageux.

Lequel a esté merveilleux;

Mès encore n’y avons riens fait.

Y retourner n’est pas le mieulx ; C’est pour nostrc oust, cstrc défiait.

SUAIRE

Dame Jehanne, nul n'est contant De présentement y retourner.

Et aussi, comme je l’entant,

Y fault des blessez ordonner,

Et qu’i soient bien gouvernez, Que les plus vaillant navrez sont.

Si ne vucillcz déterminer Que meshuit beau fait n’v feront.

LA PDCELLE.

Mes amis, c’est mal conseillé,

Et je vous diray bien comment :

Vous avez icy esveillé Et monstré un grant hardement, Où vous avez certainement Travaillé fort vos anemis,

Et les avez en grarit tonnent Boulez plus qu’i ne vous ont mis.

Quant de présent les assauldrez,

Y se trouverront esbayz.

Que y sont beaucoup travaillez,

Qu’i ne savent que devenir.

Et s’esbavront sans mentir Où aurez pris ceste puissance;

Y se Irouverront desconfiz

Et tous boutez hors d’ordonnance.

Vous savez qu’i sont mas et las,

N’v ont plus force ne puissance; Delesser ne les devez pas,

Mès les assaillir à oultrance.

Y ne pevent avoir recouvrance De nul qui soit pour le présent;

Par quoy n’ont nulle esperance Résister aucunement.

POTON

Dame Jehanne, je vous suivray,

F* 339 r*. Et croy en voz dis fermement;

L’assault je reconnuanceray Encor plus oultrageusement.

Faictes sonner diligemment Trompetes et grant bruit ensemble; Les espovcnlez aucunement :

N’y aura d’eulx nul qui ne tremble.

BARON DE COLUNCES.

Je ne demeuray pas derrière,

Quant la Pucelle se présente.

Mes gens, qui sont soubz ma baniere,

Me suivront la droictc santé.

Et y feront bien, je me vante,

Leur devoir, sans nul contredit.

Sy n’en vueil plus faire atante.

Fuis que ainsi a esté dit.

BASTARD D’ORLEANS

Dame Jchannc, puis qu’i vous plaist,

A voz diz on obbeyra,

Et quant vous vouldrcz tout est prest.

Ung chascun de nous vous suyvra,

Et tout le mieulx que on pourra On parfera vostre entreprise,

Ne nul ne vous contredira E* 33g v'1. Que n’en laciez à vostre guise.

LA PÜCELLB.

Messeigncurs, ayez bon coraige, Aujourd’uy serez victorieux,

Et se vous avez ce passa ige,

Jainùs ne sera parlé d’culx.

Si devez bien estre soigneux De voloir avoir ceste place,

Qui vous est le plus doininagcux Et qui plus de mal vous prochasse.

En nom Dieu, je vois commancer,

Et qui m’aymera si me suyve,

Pour noz anemis dechasser,

Afin que du royaulmc on les prive,

Ne qu’i n’ayent nulle baillyve En France, ne ung "seul pié de terre,

Ne que plus nul Anglois y vive,

Mès s’en aillent en Engleterre.

■ 3,6at>

F* 3Ao t*.

F* 3Ao v*.

Lors les trompâtes sonneront de plus fort en plus fort, et seront les Anglois tout esbayz de voir telle puissance revenir sur eulx, et y a ung grant assault. Et ceulx de la ville sonneront et sauldront pour venir secourir la Pucelle et gens d’annes, et feront des planches de bois pour venir aux Tourelles et passer sur les arrhes rompues, et puis viendront ayder au bouluarl de la Relie Croix, et de si grant force d’un cousté et d’autre que les François gaigneront le bouluart des Tourelles. Et se retrayront Glasidas et autres cnppitnines, grand nombre d’ Anglois sur le pont, lequel avoyent rompu; et tout à coup cherra ledit pont soubz losdits Anglois, et seront tous noyez: c’est assavoir Glasidas, le sire de Pont, le sire de Molius, le bailly de Mente et plusieurs autres. Et furent prises les Tourelles d'assault et tout tué, fors que ung peu de prisonniers qu'on amena en la ville. Et puis [après] icelle pause et bataille dit

LA PUCELLK.

Nobles et vaillans chevaliers.

Qui par voz puissans faiz entiers Avez acquis louenge et gloire,

Encontre Anglois félons et fiers, i3,A3«

Qui tant ont fait tic destourbiers,

Il est évident et notoire.

Or est vray et c’est chose voire Que sur eulx avez eu victoire,

Allcncontrc vos anemis; «3,435

Mès doit ung chascun de vous croire Que Dieu a volu cccy faire,

Et par luv les avez soubzmis.

Si ne vous failli plus riens doubler,

Puisque les avez déboutez >3,&An

Des Tourelles et ruez jus,

Et que les avez surmontez;

De leur grant orgueil desmontez Les avez et de leurs abus.

Je dy à ce coup sont confus

sr..

LF. MISTERE DU SIEGE D’ORLEANS.

Que de puissance n’auront plus Encontre vous, lovaulx François.

Y sont tous noyez et perdus Et sont vostres, il est conclus,

Mercy à Dieu, le roy des roys.

Si l’ault adviser nous retraire, Remercyer le Roy de gloire,

Qui a conduit ceste euvre ci;

Puis penserons de nostre affaire,

De nostre entreprise parfaire,

P* 34 1 r\ Pour nous bouter hors de soucy;

Que avant peu de temps d'icy J’é espoir, la Dieu mercy,

Que jamès d’eulx ne sera nouvelle.

Quelque cucur qu’il ayent endurcy,

Y n’en auront autre mercy,

Que il ont mauvaise querelle.

Des Anglois n’est nul réchappé Qui ne soit pris et atrappé,

Ainsi comme est l’oiseau en caige; Leur passaige avez estouppé

Et ung chascun d’eux occuppé Si bien qu’il ont eu le dommaige.

Mesmemenl eulx, par leur oultraige, Ont produit la voye et passaige Pour nous vouloir desavoyer:

Mes souvent qui brasse potaige Ne vient pas h son avantaige,

Car eulx mesmes ce sont noyez.

Et de vray, ainsi que j’entant,

De leurs chefs et tous les plus grans Estoient en leur compaignie,

Les plus nobles, les plus vaillans

Des Anglois estaient lcans,

Lesquels ont tous perdu la vie.

Donques devons à chicre lyc Remcrcyer Dieu et Marie De la grâce qu’i nous a faicte,

F* 3'ji De nous oster telle mesgnie,

Tel gent du royaulme anémié,

Nacion de gens imparfaicte.

BASTARD D’ORLEANS

Certes, Jehanne, vous dictes bien; Nous devons tous mener grant joye Et louer Dieu sur toute rien :

Chascun en doit prandre la voye.

Je voi cy la plus belle proye Qui ou royaulme fust onques faicte.

Et dont à vous l’onneur octroyé.

Que ceste chose avez parfaicte.

LE VICONTE DE TOUARS, sire d’Araboise.

Glasidas est noyé sans doubtc, Avecques luy plusieurs barons Qui avoyent une grant route.

Et tous fors hardiz compaignons,

Les plus vaillans qui furent ont Sailliz et venus d’Angleterre;

Si sont avecques les poissons :

Y ne les fault point ailleurs querre.

K* 34* r\ LE SIRE DE LA TOliR, baron d’Auvergne.

Le sire de Pont est noyé.

Qui estoit avec Glasidas,

i3,4gn

i3,5oo

Prince cruel et desvoyé

Pour faire des maux ung grant tas.

Lequel ne nous espargnoit pas.

Aussi bien le bailly de Mente,

De Mol ins a passé le pas;

11 est en Loire, je nie vente.

MESSIRK LOYS DE CELAS.

Y sont noyez plus de trois cens Comment disent noz prisonniers,

Les plus nobles, les plus vaillans,

Et les plus hardiz chevaliers,

Qui eussent paié grands deniers Quant à renson se fussent mis.

Quant la mort les en a desmis.

LA HIHE.

Nous y avons ung grant dommaige Qu i ne sont dedans noz prisons,

Que d’or et d’argent grant truaige k* ,Vi« v*. Eussent paié pour leurs ransons.

Mès, puisque noyez ainsi sont,

D’iceulx ne nous fault plus enquerre; Leurs compagnons dire pourront Que plus n’iront en Angleterre.

POTON

James ne fut telle conquesto Sur les anemis anciens,

Ne en assault, bruit ne lempeste Ny en fait d’armes si vaillant.

Ànuyt, depuis souleil levant,

N’a onques cessé la bataille ,

s 3,5 io

LE MISTEIlE DU SIEGE D’OHLEANS.

Jusque près de souleil couchant, A frapper d’estoc et de taille.

HESSIRE CERNAY, arrt>çonno>s.

Pucelle, dame de renom,

A vous en appartient l’onneur.

Et le bailler le vous doit on Sans qu’il y ait autre seigneur.

Avez esté le conducteur De ceste besoigne cy faire;

A vous, Pucelle de valleur,

Si en est le lous et victoire.

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