‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 177 sur 222 · LE BARON DE COLONCES · texte numérisé non relu

LE BARON DE COLONCES

Je suis de ceste oppinion

Que à Orléans devez aller 1 4,985

Avecques la fille de nom.

Cela je vueil bien conseiller Et que vous devez regallcr Voz villes d’environ Orléans,

Et faire Anglois tant reculler '*-99°

Qu’i 11’y reviengnent de mil ans.

Après, pour la Pucelle entendre,

Pour vous mener à Rains sacrer.

Je croy que y devez entendre

Et n’en devez point différer. ''‘<995

Elle est à priser et aymer;

Ghascun d’elle bien en proppose :

De toutes gens est à louer Et de Dieu est, je le suppose.

DUC D'ALANSON.

Faictes la Pucclle venir, »5.ooo

Que la voir1 d’un chascun est telle Si est que voloir acomplir Le bon voloir qui est en elle.

Et que par vous on luy rcvelle

Vostre vola n té en ce cas; «5,oo5

Si la trouverrez bonne et belle.

Qu’elle ne vous desdira pas.

LK ROY

Messcigneurs, par vostre ordonnance Faire vueil, et selon voz dis;

Si feray venir en presence 1 5,010

La Pucelle de très bault pris,

Qui n’a encore en riens mespris,

Mès chascun la craint et la double.

Et n’est nul ne grans ne petis

Que de ses dis chascun l’escoute. i5,oiô

Messagicr, va diligemment Devers la Pucclle, et luy dy Qu’elle viengne à nous prestement.

Sans tarder, et que je l’etnpry.

MBSSAGIBR.

Chier seigneur, tantoust devers lui »5,oao

Vostre messaige à la Pucelle

Pour tvix, opinion ?

Par moy sera fait et acompii, Que bref en orrez la nouvelle.

Pose.

Madame, Dieu vous doint honneur,

Joye, santé et bonne vie! is.oa»

Le Roy si vous pry de bon cueur Qu'aillez vers luv sans larder mie.

LA l»l CELLE.

Sa volante sera acomplie,

Mon ebier amy, incontinant.

Vat en devant, et je t'emprie, ij.o.io

Sans arrester ne tant ne quant.

MESSAGIER

Plaise vous savoir que je viens.

Chier Sire, de vers la Pucelle,

Laquelle verrez en presant

Par devers vous, plaisant et belle. «f.,u35

Lor# y a pose. — El dit

LA PUCELLE

Noble roy. Dieu vous dont salut Et à tout vostre seigneurie,

P 377 r*. Du liault paradis le tribut,

Ouquel si est joye infinie!

LH IIOÏ.

Grant mercy, ma fille et amye. i5,o4o

Sachez que je vous ay mandée Pour nous tenir cy cornpaignic,

Et pour savoir vostre pencée.

Nous sommes icy assemblez Touchant ce que nous avez dit.

Pour en faire et en deviser Tout selon voslre bon esdit;

Et sommes tous sans contredit A en faire à vostre ordonnance,

Et de nul 11e sera escondit Voslre bon voloir et plaisance.

Vous les voyez ci en presence, Lesquclz sont d’un commun accort A vostre grant sens et science,

De l’acomplir sans nul déport;

El ung chascun d'eulx se fait fort De compagnie vous tenir Où vouldrez aller ù l’efort,

Et avec vous vivre et morir.

Pour tant, fille, si est concleu,

Sauve qui vous plaise le faire.

Tout bien considéré et veu Que c'est chose neccessaire;

Que sus la rivière de Loire Au tour d’Orléans a plusieurs places Que tiennent Anglois pour frontières, Pour faire des mauix et falaces :

C’est Jargucau , Meung et Baugenci.

Vous savez, Anglois sont dedans.

Et comme chascun sait aussi Que il ne sont point loing d'Orléans, Et y pevent faire amast de gens Pour Orléans encore défier,

Bon seroit les gecter de leans Et aullre part les envoyer.

Je ordonne duc d’Alanson

iô,of>o

LE Ml ST ERE DU SIEGE D’ORLEANS.

Four mon lieutenant general, Avecques gens de grant façon.

Kl tant à piè comme à cheval,

\ ous servir à mont et à val A tout vostre bon plaisir faire, Enjoinct, en especial.

Du tout vostre plaisir parfaire.

Fuis après, tout incontinanl,

Je suis bien content de me rendre Avecques vous dedans Orléans,

Et que vous m’y voulez atendre.

De là yrons couronne prandre A Rains, ainsi que avez dit.

Et se ad ce voulez entendre.

Nous ferons à vostre appétit.

DUC D'ALANSON.

Dame Jcbanne, je suis joyeux Vous faire service et plaisir Et aller à vous en tous lieux;

Croyez que j’en ay grant désir.

Se plus toust j’eusse peu venir D’Angleterre, là où j’estoye.

Voulu vous eusse secourir;

Mès acomplir ne le povoye.

Sachez que le renom de vous Traverse de là Angleterre;

A tous anemis faicles poux,

Que nul n’y sait quel confort querre.

Anglois si ont tenu en serre Le royauhne trente ans plainement; Mais par vous sera leur desserre.

Leur fin et leur definemcnl.

LA PUCELLB.

Vostrc voloir entièrement Vueil acompiir de ma puissance :

C’est que voloir premièrement Mectre Anglois en obbcyssance,

Et les places A délivrance,

Baugenci, Meung et Jargueau.

Bien je suis de ceste acordance Qu’on n’espargne bourc ne chastenu.

DUO DALANSON.

Jebanne, je le conseilleroye.

Et me semble que c’est le miculx.

Vostre plaisir faire vouldroye Plus toust que nul dessoubz les cieulx. Anglois sont en deux ou trois lieux Environnez autour d’Orléans;

De les avoir soyons soigneux Et les desloiger de leans.

LA PUCELLE

Puisque vous estes tous contaus, Desdire n’en vueil vostre entante,

Et à ce faire me consens,

Si en suis aussi bien contante.

Dont 11e ferons ci plus datante,

Et y allons diligemment,

Que bref me lault prandre la saute D’acomplir mon veil bonnement.

LE ROY

Ma fille, sachez, je désir

î.i.iaS

De faire ce qui vous plaira,

El vostre voloir acomplir;

Devers moy, y s’acomplira. i5,i3*>

Le duc d’Àlanson s’en yra Avecques vous, fille très chere.

Et lequel vous obbeyra En tout ce que aurez faire.

K- 379 r*. Or çà, beau cousin, je vous prie iô.iAo

Que la Pucelle conduisez,

Et pour Dieu ne luy fnillez mie Que de dangier la préservez,

En vous priant <pie la gardez

Aussi chiere que vostre enflant. i5,i45

Que j’aroye grand encoinbrier Se mal avoit aucunement.

DUC D’ALANSON.

Croyez que j'en seray engrant El de la garder bien soigneux:

Si seroye trop desplaisant i5,t5o

Qu’elle eust mal, et bien doloureux.

LE ItOY.

Je prie à Dieu le roy des cieulx Qu’i vous liengne tous en sa garde.

Et vous dont que victorieux

Puissez retourner, que qui tarde. iâ.i55

Adonl les trompetes sonneront. Et puis dit

DUC D’ALANSON.

Daine Jehanne, estes vous preste?

Y nous convient d’ici partir.

A moy plus rien y ne me reste De quoy y me peust souvenir.

Donques, se c’est vostre plaisir,

Je crov que de partir est heure :

Tous mes gens j’é fait ci venir;

Pour moy plus nului ne demeure.

U PUCELLE

Sire roy, de vous prans congié,

Vous remercyant de l’onneur;

Et de vostre noble valeur Soyez de Dieu regracié.

LE ROY

Fille, jamès ne vous fauldray;

Je le vous proruès de bon cucur.

LA PUCELLE

Sire roy, de vous prans congié,

Vous remercyant de l’onneur.

LE ROY

En vous, belle, me suis lié Oit je trouve cause et couleur.

Tout bien en vous et tout honneur :

De ce je suis certifiié.

P38or\- LA PUCELLE.

Sire roy, de vous prans congié,

Vous remercyant de l'onneur;

Et de vostre bonne valieur Soyez de Dieu regracié;

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