IJ
Vous pryant par grant amytié Que veillez faire diligence De acomplir ce bel traictié,
Estre couronné roy de France.
LE ROY
Fille, de ce n’ayez doubtance.
Vostrc bon voloir je feray,
Croyez, en toute diligence,
Et de bon cueur l’acompliray.
A Dieu, tant que vous reverav.
Aurai double de vostre absence.
LA PtiCELLE.
Tenez vous pour moy asseuré Que Dieu me gardera d’ofience.
Lors s’en part , et dit
Or sus, monseigneur d’Alanson,
Partons d’ici quant vous plaira;
F* 38o v*. H est tant que nous en pansion,
Que je vouldroye estre desjà.
DUC D'ALANSOX.
Trompetes, sonnez çà et là Pour assembler toutes noz gens,
Et tenez le chemin qui va Tout le plus droit jtiques Orléans.
Adonl icy y a une pause de trompetes et autres instruniens. — vers Orléans, et au devant viennent les bourgeois de la ville, et dit
"il viendront
LF. nECEPVEUR.
Dame Jehanne, noble princesse, Vous soyez la très l)ien venue;
De vous vois nous est granl liesse Et très grant joye survenue.
Vous serez à Orléans rcccue,
Aussi monseigneur d'Alanson,
Qu’i ne sera riens soubz la nue Que n’ayez à vostre bandon.
I" BOURGEOIS
Plus de joye avoir ne pcnson ,
Noble dame, que de vous vois,
F* 38 1 r\ N’aultrc chose ne dcsiron.
Vous, le reconfort des François!
Quant par voz armes les Anglois Avez dechacez du pays,
Il y a desjà plus d’un mois,
Ne en ne les a veuz depuis.
Il* BOURGEOIS.
Crvcr Noël, grans et petis,
Devons pour vous tous, noble dame; Et sommes tous à vous soumis De voz servir de corps et d’aine,
Que vous estes celle qu’on clame La réduction de la ville.
Et ung chascun de nous l'afferme :
Le vray est comme l’evangillc.
LA PUCELLE
ib,*to
1 5,ai 5
Mes amis, je vous remercie
De vostre honneur et plaisir,
Et vostre suis, ne doubtez mie,
En ce que vous pourray servir;
Que j’é bon voloir et désir
De vous rendre la courtoisie
Que vous m’avez volu offrir :
Je ne l'ohlirav de ma vie.
F* MS i \*. Lors icv entreront dedans Orléans, lous crynnl Noël. I;
LK BASTARD D'ORLEANS
Noble darne, comment vous va?
De vous vois je suis fort joyeux.
Depuis que ne fustcs deçà,
Avons esté tousjours oyseux.
Que il n’est Anglois soubz les cieulx Qui ose plus sus nous venir,
Et sont de repoux en leurs lieux,
Qu’i ne savent que devenir.
Et vous, monseigneur d’Alanson,
Vous avez fait longue demeure,
Dont, croyez, pas joyeux n’estion De vostre mal, je vous asseure.
Bien soyez venu! je procure Des Anglois, qui vous ont tenu,
Tel en paiera la forfaiture Qui n’en sera en riens tenu.
MONSEIGNEUR DALANSON.
Soyez bien certain en ce cas Que, ainçois qu’il soit peu de temps,
Je metray Anglois si au bas
!( |>ni> dit
Que quelcun n’en sera pas contant.
Et sachez de vray, je prêtant Que de ma ranson et dommaige Aucun qui se fait fort du grant
En paiera partie du voyage; i5.a5r»
Que, par tous les sains, j’emeroye Mieulx morir que n’estre vengé,
Et que je ne me trouve en voye Pour en cslrc desdommaigé.
Jà Dieu ne plaise que songé i5,a6»
J’eusse aullrcmcnt de ce faire,
Et mon coraige fust changé De dclesser ce vitupère.
BASTARD «ORLEANS
Nous vous ayderons à ce faire,
Ne vous douhtez, et de lion cueur; iô,s6ô
Voire et avant qu’i soit guaire.
Quelqu’un en paiera le maleur.
Mès pour estre le conducteur Parler convient à la Pucclle,
Que de vaillanlisc et honneur 13,470
Le vray avons trouvé en elle.
DUC D’ALANSON.
J’en ay ouy dire merveille De son sens et de son savoir,
Si veil estre dessoubz son elle
Et la servir à mou povoir, * 15,475
Que le Roy rn’a prié pour voir Qu’en nulle façon ne la lesse.
Si y feray tout mon devoir De la tirer hors de la presse.
l,K Ml ST ERE DU SIEGE D’ORLEANS.