LE HERAULT ANGLOIS
Monseigneur conte de Suffort,
Je viens à vous dire nouvelles : i5.fl5«
François venncnl à grant. effort,
Espanduz par champs et ruelles,
Reluisant comme estincelles De blans harnois ainsi que signes;
El si sont leurs volantez telles 15.910
Mectre voz villes en ruynes.
F* 3<j7 r\ CONTE DE SUFFORT.
Comment, herault, les a tu veuz?
Sont il beaucoup? dy moy comment.
Sont il grosses gens ou menuz,
Quel nombre sont il proprement? 10.915
HERAULT
Bien dix mille sont vrayemenl Qui venent devant ceste ville,
Bien en point merveilleusement,
Et vray est comme l’evangille.
CONTE DK SUFFORT.
Çà, messcigneurs, chascun entande : 1S.9-.10
Je voi cy les François venir;
Arcs et arbalestes en bande Nous convient avoir sans faillir.
Et artillerie à plaisir;
En ceste première rencontre 10.93s
Et que chascun à son loisir Son voloir et sa force monstre.
Lors icy arrivera la Pucellc devant Jargueau en belle ordonnance. Et y a pause. — Et puis meclront le siégé devant la ville. Et puis dit
LA PUCF.LLE.
Seigneurs, nous sommes arrivez Devant la ville de Jargueau,
Laquelle fault, comme savez, 15.930
L’enclorre autour pour le plus beau.
Chascun udvisc son créneau
Mctrc au droit son artillerie,
Et de bon trait frais et nouveau
Pour y tirer, je vous empric. 15,93»
Faictes la Dergiere asouoir
Et tous les canons h l’entour
Pour muraille abatre et avoir.
Et au droit de la grosse tour,
Puis y faire assailli gros et lourt 15.9*0
Pour les Anglois espovcntcr.
Qu i 11e sachent par quelque tour Encontre nous résister.
Çà, bailler leur fault ung assault A nostre première venue, 15.9*»
Qui leur soit fort boillant et chaull,
El geclcr h pierre perdue,
Que sus leurs meurs 11e en leur rue Nul d’eulx ne s’i ose trouvoir;
D’artillerie grosse et menue 1 5.95»
Donques servir vous les povoir.
F* r“. Lors les trompetas sonneront el fera on ung merveilleux cry ; que reulx de dedens la ville crycnt à F arme ! les François à f assault ! Et sera gccté trait tant de ceulx de dedans comme de ceulx de dehors, à grant confusion et impétuosité, et plusieurs navrez, tuez; et gectergenset eschclles au bas des fossez, par grant force de couleuvrines el canons de ceulx de dedans et de ceulx de dehors pareillement. Et entre les autres ung noble chevallier du pays d’Anjou, de la compaignie de Monseigneur d’Alanson, y aura esté tué, dont ledit seigneur d'Alanson en fera deul et sera fort desplaisant. Et après ce que l'assault et bataille aura duré longuement, les trompetes des François sonneront une rctraicte, et se retireront à part lesdits François, et ne feront riens contre les Anglois en cesluv assault. Et puis dit