MARESCHAL SAINTE SUAIRE
Messeigneurs , adverti je suis
D’une besoigne très doubteuse,
Par quoy bien dire je vous puis Que nous peut estre dommageusc.
Vous avez veu la sumplueuse Deffence qu’Anglois nous ont faictc.
Qui a esté moult merveilleuse Et encontre nous mal extraicte,
Et dont y se teunenl si fors;
Je vous diré chose pourquoy, Comme j’é ouy les rappors Et comme on le dit tout de vray :
Si est qu’i leur vient grant charroy De vivres et de très grant demaine De devers Paris, et le croy;
Chascun le dit et acertaine.
Si me semble qu’i scroit bon De lever le siégé d’yci,
Et que audevant nous aillons,
Que nous ne faisons rien yci Fors y estre en paine et souci,
Voir tuer noz gens à foison :
Bien avons le cueur endurci De souffrir telle desraison.
FLEURANT D'ILLIERS
Il est commune renommée Que secours leur vient voirement.
Et sont deux mille en l’assemblée, Tous gens de fait certainement;
Si nous pourroient encombrement Donner, se cy les atandons,
Et vaudroit mieulx faire autrement :
Si est que vers eulx nous aillons,
LE MISTERE DÜ SIEGE D’ORLEANS.
Que y sont leans pour tenir
D’icy à ung mois ou à deux, 15,98b
Et povons avoir dcsplaisir,
Se une foiz sommes surpris d’ouix.
Vous voyez qui sont corageux,
Qu’is atandent bien le secours;
Si dy que le cas est douteux 15,990
Et que on n’en doit avoir pours.
JAMET DE TllLAY.
De cela n’est rien plus ccrtin.
Que inessire Jehan Facestot Conduit l’armée et tout le train,
Et inessire Jehan Tallebot. <5,995
Si dy que nul ne soit si sot Soy plus tenir devant la ville,
Que on nous pourrait en ung hlot Tous tuer icy à la fille.
Mès pour aller au devant d’eulx 16,000
Les dcroquer aucunement,
Me semble que ce serait le mieulx Sans le voloir faire autrement.
Vous voyez icy clairement
Que riens n’y povons conquestcr. 16.00.5
Môs noz gens morir à forment,
Les ungs blessez et degastez.
THUDUAL, le Bourgeois.
On dit que la chose est certaine ,
Qu’i sont deux mille combatant,
Et que Facestot les amaine 16,010
Avecques vivres largement.
Par quoy me semble bonnement
Que nous devons desamparcr Plus tous! que tenir longuement,
El nous y devons préparer.
Vous aurez veu la griefve paine Qu’il a convenu endurer;
Il n’y a eu ne ner ne vaine Qui n’y ait falu labourer.
De noz gens plusieurs sont blessez Et mors une grant quantité:
Dont de plus icy se amuser 11 n’est point de neccessité.
DUO D’ALANSON.
Messeigneurs, vous dictes tous bien,
Que pas n’avons eu le miileur;
Mè$, comme je croy et soustien,
Point n’y avons de deshonneur.
Chascun y a fait grant labeur,
Et tant d’un cousté comme d’autre;
Eu ont la moictié de la peur Et n’y ont riens gaigné du nostre.
Mès pour desamparer ce siégé,
Je n’en say bonnement que dire;
Voslre voloir voulanticrs ferè ge,
El ne veil nul aucun dedire.
Toutes foiz faut il bien elijt D’un chascun les oppinions.
Faire tant que doyve soulïire,
Puis faire les conclusions.
Ung de mes amis y est mort,
Et estoit d’Anjou proprement.
Dont j’en ay deul et desconfort Et m’en desplaist bien grandement.
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1 fi, 0 1 5
F* boo y*.
Et. sans atandre longuement,
Mès que Dieu inc preste santé, Quelq’un en fera le paiement,
Se je puis, à ma volanté.
VENDOSMB.
Mcsscîgneurs, nous ne faisons rien; Y fault savoir de la Pucelle,
Que, s’i vient inconvénient,
Tout le resort tournera sur elle.
Elle est si très savante et belle Et en ses diz, qu’i n’est riens mieulx Que à son plaisir m’apareille,
Et luy obbayr en tous lieux.
BASTAHD D’ORLEANS.
Mon beau cousin , vous dictes bien :
Savoir fault son oppinion,
Luy obbayr sur toute rien.
Acomplir son intancion.
Remplyc est de dcvocion,
Sainclé et débonnaireté,
Que à tousjours mès mencion En sera de sa sainteté.
Çà, dame Jehanne, que vous semble De ccst assaull ici dernier?
Tant que sommes ici ensemble,
Bon seroit de en adviser.
Plusieurs en sont fort esmayez Dont n’avons esté les plus fors;
Les ungs sont las, au! très blessez,
Et autres plusieurs en sont mors.
Puis on dit qu’i leur vient secours
ift.o'iâ
iS.oôd
i6,oGo
1 6,oG5
F* ioi r*.
De Paris, à très grant puissance;
Plusieurs de noz gens en ont pours
Que surpris soycnt par oultrance, 16,075
Disant qu’an toute diligence
En doit aller au devant d’eulx.
Sans soy tenir ci en doubtance,
Et disent tous que c’est le niieulx.
LA PL'CF.LLE
O mes bons amis vertueux, 16.0S0
Monstrez icy vostre vaillance,
Ne vous souciez, n’ayez peux;
Tout fera bien, n’ayez doubtance.
Ayez en Dieu ferme Gance
A garder le bon loyal droit, 16,085
Et soyez tous en asscurance,
Sans avoir peur de rien qui soit.
Vous, La Mire, que dictes vous?
Ne veillez point desainparer
Et ne vous doublez de secours, 16,090
Que point ne vous pourra grever;
Et avant deux jours vous aurez Ceste ville à vostre bandon,
Où grans avoir y guaingneron.
Ilelas! ne la lessez pas don ! *6,095
Si ne vous devez esbayr
Pour ung seul assault seullemenl.
Vous qui estes à parvenir
En si grans honneurs noblement.
Vous avez fait si vaillamment 16,100
Qu’on peust jamès dire de bouche,
Puis voloir deshonnestement Desamparer à grant reproche!
F” fin* r".
Je vous requiers tant que je puis Que vous ne veillez départir,
Et ayez cueurs preux et hardis Pour voz anemis assaillir.
Aujourd’uy pensez parvenir A aquerir louenge et gloire.
Que à tousjours mès, sans mentir,
De voz grans faiz sera mémoire.
LA JUBE.
Dame Jehanne, ne vous doubtez Que je vous tiendray compaignie.
Et où il vous plaist me boutez;
Je ne vous en dediré mie i6,u5
Ne tous mes gens, je vous aflie.
Pour vostre voloir acomplir,
Y etnploiray mon corps et vie ,
Croyez de vray, et pour morir.
DOC DALANSON.
Certes, dame, j’ay grant désir i«,i*o
De faire à vostre volanté.
Et quel qu’i m’en doyc advenir.
Vous servir suis cntalanté;
Nonobstant que j’ay esté
Très fort pressé en cest assault, 16,1*5
Mès vous proviez de vérité,
Que morir veil, se je vous fault.
VENDOSME
Ne moy aussy pareillement,
Jà n’en veil faire la retraicte.
Combien je say certainement i6,i3o
K' ion
Que aucuns si l’ont desjà faicte.
Mès foie tes sonner la trompeté,
Puis ung chascun s’assemblera.
Et par vous sera la chose faicte;
Ung chascun vous obbayra. » 6, » 35
BASTARD D'ORLEANS
Dame, tout vostre bon plaisir Acompli sera sus toute chose,
Et tous volons vivre et morir Aveques vous, bien dire l’ose.
L’amour de vous si est enclose i6.i4o
Aveques nous si ardamment,
Desobbayr nul ne vous ose Pour vostre hault gouvernement.
SAINTE SUAIRE
Faictes en ce qui vous plaira,
Que à vous du tout m’en atant; iû.iAô
Je ne say comme il en yra.
Se Dieu plaist, bien comme j’entant.
De nous tenir icy devant,
Quant c’est le gré de la Pucelle
De demeurer, j'en suis contant; «<m5o
Je m’en rapporte bien à elle.
FLEURANT DTLLIERS.
En ce cas, je ne say que dire :
La chose me semble doubtable;
Mès nului je n’en veil dedire;
En soit fait le plus convenable. i6,i5D
La compaignic est tant notable.
Par quoy à vous tous me sommes,
Et à avoir tout agréable
Tous voz beaux diz et tous voz faiz.
JAMET DU T1LLAY.
Pas n'cstoie d’oppinion
Que nous deussions plus demeurer;
Mès je voy la conclusion,
Par quoy je n’y veil dilTerer,
Mès veil «A tous obtempérer Et mesmement en dame Jchanne,
iG,i6o
Que ces faiz sont délibérez De Dieu, comme la sainte manne.
THUDUAL.
J’esloie tout prest à partir Et tous mes gcus ccrtencment;
Mès je vous voy tous subvertiz 16,170
De demeurer entièrement:
Jà à Dieu 11e plaise nullement Que je desampare l’armée,
Lessez ung tel gouvernement
Ne une si noble assemblée. 16.175
LA PUCEILE.
Messeigneurs, je vous remercie De lonneur et du bon plaisir, Que, à l’ayde Dieu, ne sera mye Ne ne tournera à desplaisir.
Et tant que nous avons loisir, Que on charge l’artillerie Diligemment, sans deflaillir,
F* 4o3 **. Et qu’elle soit bien assortye.
Premièrement, devant la tour
âo.'i r\
Y sera assis ia Bergere, « 6. 1 8r»
Et des canons tout à l’antour,
Qu’i n’y demorra pierre entière.
Et moy, presenteray ma banierc Jusques auprès de la muraille,
Et commanceray la première. <6,190
Aujourd’uy, en ceste bataille Ne soyons point ici venuz Que ne facions aucun fait d'armes;
Nous nous sommes tousjoufs tenu/
En fait et en diz trelous fermes. 1C.19O
Nous avons aussi des gendarmes Qui est la fleur de toute France,
Si devons dont tenir bons termes Allcncontre toute puissance.
Se de présent nous rctournyons <6.*oo
Sans ceste ville subjuguer,
Désormais honneur nous n’arions,
Et, de toutes gens évoquez,
Chascun disoit que desroquez
A rions esté de peu de gens, 16,30.',
Qui scroit pour nous desvroquez En nostre deshonneur très grant;
En vous priant tant que je puis Que ung chascun preigne coraige.
Et faire tant que soient sommis, 16,210
Deschassez hors de l’eritaige Du noble roy puissant et saige,
A qui le bon droit appartient.
Voz anemis sont ci en caigc
A en faire à voslre talant; i6.»i5
Croyez qu’i seront esbaîz De nous vois retourner sus eulx ,
Que y sont las et refroidiz Et si n’ont eu guiere de mieulx;
Que j'é vcu de leurs gens plussieux Tuez, navrez et fort blessez :
Si devons dont estrc soigneux De aujourduy les prochasser.
Lors icy y a uue petite pose de tronipetes, ce pendant que chascun soy assortis! son artillerie et préparé pour bailler l'assaut. — Et puis dit
CONTE DE SUPPORT
Mes freres et mes bons seigneurs,
Vous savez les très grans labeurs ■ 6,*i5
En ce présent assault premier,
E* '««A »*• Le traveil et les villains beurs,
Dont plusieurs sont en grans doleurs Tant des mors comme des blessez.
François nous ont fort oppressez, >6,»3u
Très fort matez et fort lassez,
Par une ouvre fort oultragcusc;
Ne say qu’en dire ne penser,
Mès nos malades fault penser
Par une voie très [sjoigneusc. >6,335
Touteffoiz, quant bien je regarde,
Nous avons eu si bonne garde Et gens de si bonne défiance Que les François (que feu les arde Aveques leur faulcc paillarde iG,a/io
Remplie de toute insolance!)
N’y ont eu nulle recou vrance,
Fort maleureté et meschance,
Sans aucune chose y aquerre,
Leurs gens tuez à grant oultrancc,
Navrez et blessez abondance Qu’on en cust peu couvrir la terre.
De retourner je n’en sav plus;
Mes y n’aront pas le dessus De leur desloyalle entreprise.
Y pert bien de leur faulx abus,
De penser cstrc remis sus Par une fdle mal aprise.
Qui de faulcetè est reprise F* Ao5 r\ Et de paillardise surprise :
Cela il est tout évident.
Mes, par la mort Dieu! s’cl’ est prise, Nue comme ung ver, sera mise Toute vive en ung feu ardant.
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Mon très chier frère, je vous prie Que ne vous esmavez de riens; Victoire arez, je vous alïie,
Contre ces desloyanlx chiens.
Que à nous y ne sont puissant, Quant victoire avons eu sur eulx.
Le coup premier vault toujours cent; Qui bien en fait ung en fait deux.
Nous avons de leurs gens à mort Mis, des plus hault et plus vaillant; Je les ay veuz charger au port En ung basleau devers Orléans.
Ceulx là n’apresseront plus avant.
Ne ceulx qui sont en noz fossez,
Qui y gisent là tout edant1,
Murtriz, mors et tous renversez.
1 Sans doute pour atlcns, h plat ventre.
ifi.aâo
ifi.afio
P Ao5 v*.
P Ao6 r'.
Toutes foiz j’é vou la Pucelle;
Mieulx luy fust lillcr sa quenoille Que procéder coste querelle,
Ou qu’on luy monstrat à l’escolle.
Et si n’a pas esté si folle Soy voloir trouver en mon rent;
La teste luy eusse fait molle :
Jamès n’eust esté plus avant.
Ne vous doublez, nous les arons,
Se gueres sont icy devant.
Que noz gens qui vicngnent seront Arrivez cy inconlinant.
Et n’y ara petit ne grans Des François qui s’ose monstrer,
Ne la Pucelle tant ne quant;
Pensera ses bagues trousser.
MESS1RE AUXANDRE.
Je ad vise à leurs façons;
Mès tousjours sont en parlement.
Et ne say se y c’en yront Ou s’i démoliront longuement.
Et si croy, à mon jugement,
Qu’i pourront icy séjourner.
Que partiz en estoit gramment Dont lesquelz j’é veu retourner.
Et selon mon intencion,
Y font une grosse assemblée,
Et sont là comme en ficquecion.
Comme à deviser leur armée.
Leur volciité ne leur pencéc Je ne le puis pas bien savoir;
Mès faire guet jour et nuytée
iG,*85
■ 6,3oo
bo6 v*.
Nous en devons faire devoir.
S’i retournent et nous guaingnons,
Destruiz seront à lousjours mes;
Plus puissance sur nous n’aront >6,3io
Et desconfiz seront désormais.
Que serviz les avons d’un mes Qui pain et potaige a valu;
S’il ont encore ung entremès.
Il [IJaront tous cuit et mollu. >6,3>5
Pensons à nostre artillerie,
Et la charger, comment qu’i soit,
Afin qu’i ne nous preignent mie En desarroy par nul endroit.
Qui bien se garde, bien se voit ><3,3*0
Et bien se trouve bien souvent :
Qui deffault, souvent se déçoit Et en vient inconvénient.
CONTE DE SUFFORT
Messeigneurs, à vous m’en atant :
Faictes tous à vostre plaisir,
Que non n’arreslc tant ne quant A voz volantez acomplir.
Faictcs charger sans delîaillir L’artillerie grosse et menue.
Que quant viendra à l’assaillir, n;,33o
Que leur armée soit confondue.
Puis après, faictcs porter pierres De fais tantoust sus la muraille,
Broches ardant à grosses quarres
Pour percer jascrans à maille, >6,335
Maillez de pion, autre ferraille,
Aussi ars, piques et raillons,
Jusarmes, hallebardes de taille,
Vouges et grant bcc de faucons,
Salades et grans bassinez,
Ovcq arbalestcs de passe,
Lances et fers bien affinez,
Qu’i ne soit riens qu’on ne Irespasse.
Et pour batailler face à face,
Espées fines, dagues d’acier :
De tout ce diligence on face,
D’en fincr qu’il en est mestier.
MESSIRE JEHAN DE LA POLI.E
De tout ce ne vous souciez.
Que en ren n’y aura deiTaull;
De ce que nous avons mestier Fourny en sera bas et liault,
Ne ne say comment il leur chault F’ fir>7 r\ De voloir sur nous retourner;
Y semble qu i ne leur en chault D’eulx volloir faire definer.