‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 192 sur 222 · MESSIRE ALIXANDRE DE LA FOLLE · texte numérisé non relu

MESSIRE ALIXANDRE DE LA FOLLE

Ne vous en chaillc, mon cher frère,

Que se celle folle y retourne,

La venue luy coslera si chcre Que vouldroit estre en Babillonne.

Veu fais à Marie de Bolongne Que, se entre mes mains repere,

Morir la fray de tel vergoigne Plus que Néron ne fist sa mere!

Faictes noz trompetes sonner Pour ralyer tousjours noz gens,

Et sus les murs, sans séjourner.

1 6,3ôo

Soit porté pierres de grant pesant.

Pour acraventer toutes genl Qui voudront monter par cschcllcs; Sans cspargner petit ne grant, Faicles y cuvrcs immortelles.

Lors icy ceulx de la ville feront leurs aprestes de pierre, lances et K* '107 outres habillcmcns de (pierre qui se doivent faire en assault, et y a une pose de tronipetes et taborins, clairons. — Puis après, la Pucelle vient et dit

LA PUCELLE

Au nom Dieu, mes loyaulx amis,

Il est heure les assaillir.

Soyez tous vaillant et hardis

Et prenez coraige et plaisir, » 6,3/5

Afin que puissiez parvenir A acquérir louengc et gloire,

Que Dieu vous donra, sans Jaillir,

Grâce aujourd’uy d’avoir victoire.

Lors icy, après que la Pucelle aura parlé , tous ensemble les François cryrout : à l’assault, à mort! Ceux de dedans pareillement feront ung merveilleux cry et cryeront : à l'arme! sonneront trompetes et clairons; bien effreinent comme en ung assault sonneront. Et cculx de dedans gecteront huilles, sacles, pierres, coulevrines, canons, et durera cest F* A08 r*. assault assez longuement. Puis les trompetes sonneront une rclraicte, et les François se relrayront. Et demourra la Pucelle seullc au pie de la muraille de ladite ville; et ung Anglois prendra une grant pierre forr. grosse et ospéc et la gectera droit sur la teste de la Pucelle. Et de ce coup ladite Pucelle cherra sur les genoux et les mains à terre, et dont ladite pierre se doit emycr eu pièces, combien quelle fust de pierre de taille et pesante, et chascun la doit voir cheoir sur la teste de la Pucelle. Puis dit Monseigneur d’Alanson :

MONSEIGNEt.lt D’ALANSON.

Trompetes, sonnez la retraicle.

■ 6,3(tb

632 LE Ml STERE DL SIEGE D’ORLEANS.

La Pucelle es! morte ou blessée,

Que j’é véu choir sus sa teste Une pierre grosse et carrée,

Pesante et desmesurée,

Qui l’a fait à terre chéoir.

Y convient cjuc soit gouvernée.

Vois aussi quelle peut avoir.

K» AoS ,\ MONSEIGNEUR DF. VENDOSME.

J’é veu la pierre proprement Grant et large comme de fais,

Si suis csmerveillé comment Elle a peu soustenir ce fais.

Allons elle par exprès Et savoir comment elle se porte,

Que je crov, inoy, que loing ou près Qu’elle en mourra, s’elle n'est morte.

Lors viennent et la trouverronl assise au long de la muraille. El dit

LE BASTARD D’ORLEANS

Dame Jehanne, comment vous est De ce coup que vous avez eu D’une grosse pierre de fais?

Choir sur vous chascun l’a véu.

J’en ay le cucur si fort esmeu Que je ne say que dire doye.

Et de vray je suis rcsolcu De vous bouter hors de la voyc.

F’ '.«9 r’. MARESCHAL SAINTE SUAIRE.

J’é esté fort espoventé

Quant j’é véu choir cestc pierre,

LE MISTERE Dü SIEGE D’ORLEANS.

Qui tout droit sus elle a esté;

Mès s’est esgrenée comme ung verre.

Toutesfoiz si est cheute à terre Pour le moins, les genoulx flcchiz,

Et bien pensons sans plus enquerre 16.S10

Quelle deust de ce coup morir.

LA HIRE

Je say bien comment il en va,

Que j’estoys tout au plus près d’elle.

L’Anglois qui la pierre laclia Estoit auprès d’une torrelle;

La pierre estoit grosse A merveille Et droit sus sa teste est chouate,

Cuydant luy frucer sa cervelle,

Mès c’est emyée comme paste.

MESSIRE FLEURANT D'ILLIERS

Messeigneurs, je conseilleroie Ghascun retourner en sa tente,

Et puis demain prandre la voye,

Devers Orléans la droicte santé ;

Que je vous asseure et me vente Que icy nous ne ferons riens,

Et n’y perdons que nostre atante,

Morir noz gens en degoustant.

JAMET DU T1LLAY.

Y sont fort leans asseurez,

Et croy qu’i sont grosse puissance;

Si dy que vous vous abusez 16.430

Et y avez folle fiencc.

Vous voyez morir à oultrance,

iG.Aao

Noz gens finer piteusement,

Et si n’y voyez apparence En j)ius que du commancement.

TIIÜDUAL.

Mes pensez l’inconvenient.

Et le daugier de la Pucelle,

Que le dommaige oust esté grant Deshonneur à nostre sequelle,

Et par tout eust esté nouvelle;

Jamès ne fust chcust le chappeau Qu’on u’eust mené Jelianne la belle F* 1 1 o r\ Faire morir devant Jargueau.

Dame Jelianne, y fault tout cesser Et reposer nous et noz gens;

Trois heures a que, sans cesser,

N’avons eu repoux tant ne quant.

Puis vous avez eu traveil grant Du grant coup que receu avez;

Si volons tous sur toutes riens Bien soigneusement vous garder.

VENDOSME

Jelianne, y nous fault retirer,

El vous mesme, de cesle presse.

Anglois ne tachent qu’à tirer Droit à vous, pour vous faire oppresse, Et voy que chascun d'eulx ne cesse De tacher à vous courir seure,

Qui nous seroit deul et destresse,

S’i vous venoit quelque adventurc.

iM>io

LA POCBLLB.

Mes amis, ad ce ne pensez,

Que de partir n’est pas saison.

Quant verray qu’y faille cesser,

Je le vous diray, c’est raison;

Mès perdre si noble maison Qui voslre sera aujourd’uy.

Ce, nous seroit grant déraison Avoir ainsi le cueur failly.

De la pierre dessus mov chcute,

Je a’ous pry que ne vous en chaille; Le mai que m’a fait ne rebute.

Ce n’est riens que à parler faille Que je ne retourne en bataille;

Ne jamès je n’en partiray D’icy auprès de la muraille,

Qu i m’aront ou je les arav.

N’ayez point de peurs, je vous prie.

Et donnez dedans sans atandre.

Tirez la grosse artillerie Et me faictcs la tour descendre, Ceste grosse muraille fendre,

Que nous puissions entrer dedans; La ville vous ferav anuyt rendre Maugré tous les contredisans.

Jà n’en seray contredisant; Faire en veil à voslre devise.

la pucelle.

Messeigneurs, tirez en avant.

i 6.4 fin

i fi, 6 65

I fi/lX'A

1 fi, 485

FM 1 1 r*. VENDOSME.

Je n’en seray contredisant. >

De ia ville et des habitons Ferez anuyt à vostre guise.

LE BASTARD D'ORLEANS

Jà n’en seray contredisant; 16,190

Faire en veil à vostre devise.

Lors icy tous les François retourneront à grand cry, et fera on ung merveilleux assault, tant de dehors que de ceulx de dedans, qui se deffendront vaillamment. Et l’artillerie des François obatra la tour et de la muraille granl partie, et y aura grant tuerie. Et les François et la Pucclle entreront dans la ville de Jargucau. Et en sortira pour guaignier le pont Messire Guillaume de la Polie, conte de Suiïort, Messire Jehan P A 1 1 de la Polie, son frère, et Messire Alixaudre, qui sauldra après; mais sera enclos de François qu'i sera occis avant qu'il soit au pont. Et dit un gentilhomme au dit Alixandre, nommé Guillaume Renault :

GUILLAUME RENAULT

Vaillant chevalier Alixandre,

A ce coup n’vras plus avant;

Pence hardiment de te delTendre;

Pas ne seras le plus puissant. 16.495

Où sont les freres maintenant Qui ne te viennent secourir?

Regarde à ce coup s’il est pesant,

Qu’i le te convient soustenir.

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