‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 195 sur 222 · SUPPORT · texte numérisé non relu

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Faictcs en à vostre plaisance,

El croy bien que ce sera le mieulx.

Mès j’ay au cueur granl desplaisancc, Que les larmes me cheent des yculx,

De mes freres tant vertueux.

Tant honnestes, tant excellant;

Or ne sai ge où il sont, eulx deux,

Dont je seulTre doleur moult granl.

Du jeune, mon frere Alixandre,

Je doubte qu'i soit mis à mort,

Tant plaisant, tant jeune et tant tandre! Hclas! quel dcul! quel desconfort!

Hardi, corageux estant fort,

Plus que nuluy de sa jeunesse I Hé Dieux! François, vous avez tort D’avoir occis telle noblesse.

A peine que le cueur me fault.

Tant de doleur je suis surpris;

L'un est mort et l’autre autant vault :

Je ne say s’il est mort ou viz.

Mais se il advient que y soit pris,

A son maistre le recommande,

Que d’or et d’argent ung grant pris Il ara, mès qu’i me le rende.

MESSJRE GUILLAUME RENAULT.

Çà, gentil conte de Sutïort,

Venez vous en diligemment, i6/>*5

Que j’é ung basteau sur le port Qui vous merra courtoisement.

Et n’ayez esbaysscment

De voz deux frcres vifz ou mors;

Pensez de vous tant seullement, i6.63o

Et à préserver vostre corps.

Lors le moue, et les Irompetcs sonneront, et sera pillée la ville de Jargucau : vcssellc d'argent, estain, liz, mesnaige, draps, couvertures et tous autres utancilies de mesnaige, qui à prise d'assault se doit taire ou que on a acoustumé de tain;, et pris prisonniers, que ung chascuu lendra son prisonnier lyd de cordes, et mené devant luv, et deschassé P 4 1 6 r*. dcshonnetcincnt. Et après ce, y a pouse. — Et dit la Pucelle :

LA PUCELLE

O nobles et vaillans seigneurs.

Bien devez eslever voz cueurs

Envers le vray Dieu tout puissant

Des grans biens et des gratis honneurs, « 6,635

Que sur terre ne sont greigneurs,

Qu’i vous a donnez de présent.

Dont vous seriez trop mal faisant.

Se vous n’allez rccongnoissant

La belle louenge et gloire i6,b&o

Qu i produicte a de présent.

Quant y vous a fait premenant D’avoir eu si noble victoire.

. Or est il, comme vous savez.

Que ccste ville cy avez iô.sad

Guaingnée, et est à vous soumise.

Si.

Dont très bien garder la devez.

Et de noz bons amis privez Devez lesser tant que suffise;

Et que garnison y soit mise De noz gens, et qu’on y ad vise Au nom du noble roy François,

Afin que plus on ne nous nuyse.

Ne nul n’y boute sa devise Ne autres armes que Valois.

Puis après, je conseilleroye Que ung chascun si prist la voye De retourner droit à Orléans,

Et là y emmener sa proye,

Soit prisonnier, or, ou monnoye,

Que desamparer il est tant.

Duc d’Alanson, soyez contant De voloir commectre des gens A la garnison de Jargueau ,

Que vous y estes suffisant,

Bien expert, saige et prudent;

Faictes comme il vous semblera beau.

Dl'C D’ALANSON.

A y mectrc gens, c’est raison, Avecques ung chef capitaine Qui pourra garder la maison,

Ayant puissance toute plaine,

Voire de la cour souveraine.

Et estre lieutenant du Roy De toute la terre et demaine De Jargueau; ainsi je l’octroy.

Voilà messire Thudual;

Luy et scs gens je luy octroyé

A en faire amont et aval,

A son plaisir, de ceslc voye.

Et autant que nul que je voye,

F° a 1 7 r*. Sans nul bïasmer, est suffisant;

Dont, s’il luy plaist, à très grant joye. De Jargueau sera gouvernant

VENDOSME

Il est bien expédient Garnison y soit ordonnée,

Et y inectre gens suffisant,

A qui la charge soit donnée Pour gouverner cesle contrée.

Dont ma voix si sera baillée Au bon messirc Tbudual,

Et tandray la chose asseurée;

Chevalier est droit et loyal.

BASTARD D’ORLEANS

Messeigneurs, cy en general Avez fait bonne ellcction :

C’est que messire Tbudual Aura ceste commission De garder ceste région;

Et suffisant y est sans faulte ,

Que, selon mon intencion.

On [n’]en doit point elire d’autre.

MESSIRE THl'DUAL.

Messeigneurs, je vous remereye R* * «7 De l'onneur que vous me voloir;

Mès la charge ne accepteré mie,

Que c’est tout contre mon voloir.

Et plusieurs sont pour y provoir, Qui sont que moy plus suffisant Pour gouverner ung tel manoir Que je ne suis, et plus (luisant.

SAINTE SUAIRE

Quant la charge vous est donnée, Plus ne le devez reiïuscr;

Vostrc personne est honnorée Dont on vous y veult imposer.

Aussi y saurez disposer.

Et y estes propre et savant;

Ne vous y veillez opposer,

Que la chose vous appartient.

LA HIRK.

Je vous ayderay de mes gens Moy mesmes, se bcsoing avez; N’en soyez point contredisant,

Que ainsi faire le devez,

Quant honneur aquis y avez.

Et pour ce n’en différez plus; Nous sommes vos amis privez A vous servir de plus en plus.

P Aifii'. MESS1RE FLEURANT U ILLIERS.

Mon cher amy, je vous supplie Que vous veillez obtempérer A cestc charge, et si vous prie Que ne la veillez reffuser.

Je ne vous puis excuser

Que vous ne le doyez bien faire;

Et n’en veillez point différer,

Que c’est à voslre honneur et gloire.

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