‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 196 sur 222 · JAMET DE TILLAY · texte numérisé non relu

JAMET DE TILLAY

Beau cousin, vous ne devez pas Delesser ceste charge cv,

Que la chose est pour vostre cas Hors de dangier, la Dieu mercy.

Que se besoing aviez icy.

Ou gens qui vous vousissent close, N’en ayez en vous nul soucy;

Secours aurez sus toute chose.

LA PUCELLE

ÇA, messire Jehan Thudual,

Y vous l'ault garder ceste place;

Vous estes chevalier loyal

F* s 1 8 v*. Et de chascun estes en grâce.

N’ayez peur que nul vous inefface; Que s’aucun est qui viengne à vous, Nous ferons après telle chace Qu’i ne retorront pas trestous.

Croyez nous, ne vous lairons point De loing sans avoir voz nouvelles,

Et des nostres, à toutes fins,

Y vous seront continuelles.

El s’aucuns vers vous sont rebelles, Ou que mestier ayez de nous,'

Nous nous trouverons soubz voz elles Incontinent et devant tous.

TIIDDUAL.

Vous, dame, et tous messeigneurs,

f»/i8 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Qu’i vous a pieu de moy eslire,

Vous remercye de voz honneurs Sans plus vous vouloir contredire.

Combien pour la chose conduire En sont cv de plus suffisant Et plus savant, je le veil dire;

Mais vous veil estre obéissant.

Et du tout au miculx que pourray Je feray, ne vous doublez mie.

Et la place vous garderay Soigneusement et sus ma vye.

En priant Dieu qifi vous conduic F* ftui r\ Et vous face tousjours joyeux,

Et en tous lieux, à chere lie,

Puissiez estre victorieux.

Pose.

LA Pl'CELLE.

Çà, messeigneurs, sans plus enquerre, Que chascun tire vers Orléans,

Et tant par caue comme par terre.

Partez, mes amis, il est tant; N’arestons plus ne tant ne quant.

Sus, trompetes, venez en place.

Nostre artillerie quant et quant , Faictes qu’après nous on la cliace.

Lors trompetas sonneront. El pnrtiront tous en belle ordonnance, et chascun enmerra scs prisonniers, le conte de SufTort, Messirc Jehan de la Polie et plusieurs autres. Puis cculx d’Orieans dient ce qui s’en suit :

LE BECEPVEUR.

Messeigneurs et mes compagnons,

f' il g

F° h ao r”.

Vous savez assez les nouvelles De noz gens et que fait il ont Euvres très puissantes et belles,

Qu i n’en fut onques les pareilles,

Ne fait de guerre si vaillant:

Sembloil qu’i fussent immortelles.

Ainsi que disent les passant.

Et est vray, comme vous savez,

La ville de Jargueau est prise,

Les gens de dedans pris, tuez, Prisonniers et fait à leur guise.

Par les haulx fais et vaillantise De la noble excellant Puccllc :

A la paine qu’elle y a mise Jargueau est de nostre querelle.

MO

iC.7«5

PREMIER BOURGEOIS

Y n’en failli point faire de double Que tout ce fait par sa conduite; Ce que dit et fait, somme toute.

Est toute besoigne d’elite.

C’est Dieu qui la nous a produite Et envoyée en ce pays.

Que par elle et par sa mérité Sont confonduz nos anemis.

Touttcfoiz, il est grant nouvelle Que aujourd’uy vient à Orléans, Et tous les princes d’entour elle.

Qui sont très nobles et vaillant.

Si conseille que au devant Nous y aillons les saluer,

Quant des anemis anciens

Y nous ont volu délivrer.

Il* BOURGEOIS.

C’est raison, on y doit aller Et les mercycr humblement.

Que il ont esté travaillez i6,8i5

Et mitrayez bien longuement.

Aussi ont il honteusement Deschacé par force et puissance Les Anglois, qui villainement

Ont tenu le pays de France. i6,Sao

Il ont usurpé le pays A tort, sans cause et sans raison,

Cuidanl guaingner la Qeur de liz Qui est de si noble maison.

Où y n’avoient nul achoison i6.s*s

Y venir en nulle maniéré.

Si l’ont tenue longue saison;

Mès plus n’y feront leur repere.

Pose. — El trompetas sonneront cl se appresscront de la ville; et, à l’entrée, dit le reccpveur :

F'üaoV. LE RECEPVEUR.

Dame, bien soyez vous venue.

Et tous messcigneurs que ci sont; it».83o

A joyc vous serez rcceue De tout ce que faire pourrons.

Et de telz biens que nous avons Cy en nostre ville d’Orléans,

Faire plaisir vous en voulons, i6,835

Ainsi comme il vous appartient.

LA PUCELLE

Mes amis, je vous remereye;

Tenue suis à vous grandement.

Dieu vous rende la courtoisie Et vous rémunéré voz biens!

Chascun pregne pour le présent Son logis pour soy reposer,

Puis demain, ainsi que j’entant.

Voudrons quelque edit proposer.

Pose. — Et puis dit uu messagier anglois :

MESSAGIBR.

Or, me convient sans arrester Un r\ Aller en toute diligence

Devers messeigneurs, raconter La doleur et la grant ofifcnce :

Que François, par oultrecuidence.

Ont la noble ville destruite De Jargueau, et la grant puissance Ont mis à mort et à la fuyte.

On m’a dit que dedans Estampes Est messire Jehan Facestot,

Et sont en armes excellantes Avec le sire Tallebot :

Lesquieux ensemble par complot Venoyent Jargueau secourir;

Mès les princes tous en ung blot Ont esté perduz et meurtriz.

Je leur vois dire la nouvelle

Et la chose si très piteuse

Qui n’en fut onques point de telle,

Si villaine ne oultrageuse,

Et pour Anglois tant dommageuse Que nului ne saroit pencer

D’euvre qui fust si maleuseuse :

Ne say qui la pourra passer.

Pose. — El s’cn va devers les seigneurs et princes anglois, et dit

MESSAGIKfi.

Mes chiers seigneurs, Dieu vous dont joye F* liai >*. Et acomplir vos bons desizî

Devers vous me suis mis en voye Pour nouvelles vous advertiz;

Que dire vous veil sans mentir De Jargueau, dont je suis venu,

Ung grant deul et grant desplaisir Qui à voz gens est advenu.

TALI.EBOT.

Comment, Vallepas, qui a y?

Quieux nouvelles, que font noz gens?

Dy nous, ne soycs point esbay;

Compte nous tout cy en présent.

MESSAGIER VALLEPAS.

lias! messeigneurs, le cas est grant!

Il est vray que Jargueau est pris;

Tout tué, pillé, mis à sang,

Et d’assaull ont esté surpris.

TALLEBOT.

Harout sandieu! veeci le pis:

Tu me compte dure nouvelle.

K’Aaar'. Des François desloyaulx, l'uytiz.

M’en vengcray, de Fcuvre cruelle.

MESSAG1ER.

Chascun dit que c’est la Pucelle

Qui a conduit ccst euvre cy. 16.890

TALLBBOT.

Comment dy tu? y cstoit elle?

MESSAGIER

Ouy, monseigneur, certin en suy.

Et est le conte de Suflort Prisonnier aveques son frere:

Le vaillant Alixandre mort : iti.895

L’ont occis à grant vitupéré;

Et bien vmc gisant en biere.

Gentils hommes et chevaliers:

Puis ce sont tous allez retraire

A Orléans et leurs prisonniers. 16.900

TALLEBOT.

Messeigneurs, je ne say que dire:

Tant ay de dcul et desconfort,

Et tant ay mon cucur rempli d’ire.

Ne say si je suis vif ou mort.

Et! vaillant conte de Suflort,

Avccques tes freres ensemble.

Au monde n’estoit rien plus fort.

Pour vous subjuguer, ce nie semble,

Fault qu’il y ait eu trayson;

Je ne le croy point autrement,

Que jamès telle déraison Ne vous fust venue nullement.

Vous, qui estiés totalement

La conduite de nostre guerre.

Et tout nostre gouvernement ,

Tout des plus nobles d’Angleterre.

O quel trésor avoir perdu!

O quelle noblesse est soumise!

En vous estoit toute vertu Et nostre espérance mise.

Et je fais veu à sainte église,

Avant qu i soit ung mois entier.

Sur François feray telle prise Cryer mercy leur sera mestier.

Et toy aussi, faulcc Pucclle,

Qui au diable lu t'es donnée.

Tu en auras froide nouvelle,

El en maudiras la journée,

Voire, de quoy tu fuz onc née Et le pere qui t’engendra.

Se entre mes mains es rencontrée, Nului ne te rachètera.

Par toi le vaillant Alixandre,

Tant noble et vaillant chevalier Qu’on peut fincr, tant jeune et tendre, Si loyal, si franc et entier.

As tu eu coraige si fier L’avoir volu ainsi occire?

Que vous l’eussiez pris prisonnier.

J’eusse paié qui deust suffire.

De messire Jehan, vostre frere.

Je ne say s’il est vif ou mort;

Se prisonnier est, n’y sera guiere, • Que je Taré , je m’en fais fort.

Et vous, le conte de Suffort,

A quelque renson soyez mis,

Je vous auray, soit droit ou tort.

Par force d’argent ou amis.

LE SIUR FACBSTOT.

Troublé suis merveilleusement De ccste maudite adventure,

Qui venue est soudainement A noz gens, sans en savoir l’eure.

Allez y fussions sans demeure.

Que nous n’en n’estions pas fort loing, Qui nous est une doleur dure Avoir failly à ce besoing.

K* 'u3 »*. Helas! mès qu’il eussent tenu

Ung jour ou deux tant seullement, Nostre oust à tant y fust venu ,

Je le say véritablement, fias! faultc de gouvernement Ou trayson y a esté,

Croire ne le puis autrement;

Aucuns est qui tout a gasté.

Tallebot, mon loyal ami.

Ne vous en troublez, je vous prie.

Ne en vous n’en prenez ennuy Ne aucune melancollie.

Puisque Sufl’ort si est en vye Et son frere, messire Jehan,

Bien les aurons, n’en doubtez mie;;

Et si ne nous costera rien;

Que j’espoir avant ung mois De me trouver en lieu et place Où rencontreray les François,

, Esquicux feray belle verdase;

Que sur culx feray telle chace

LE MISTERE Ül SIEGE D'ORLEANS.

Que maudiront l’eure et le jour Do leur naissance et leur cntrace.

Ne dont sus nous fissent estour.

Y ne se faull de rien troubler, Seullemenl apectcr vengence Et lieu où nous pourrons trouver Les avoir à nostre plaisance.

K* t Nous avons très grosse puissance

A Meung, Baugenri et ailleurs, Chartres, à Paris l’excellence,

Tous noz princes et les grigneurs.

Ne nous l'ault scullcincnt mander Que il nous envoyent secours,

Ou aultrement le commander.

Vous Tarez ains qu’i soit deux jours; Et des faulx abus et faulx tours Des François et de la Pucclle Vengez serez, par tant de tours Que d’eulx ne sera plus nouvelle.

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