MESS1RE LANCELOT DE LISLK
Quant au regard de vostre emprise.
Elle est licite et raisonnable,
Que vous la devez, sans faintise,
oo5
L’aCbmplir dé cucur accable.
Ne vous n’avcz riens plus notable, C’est France qui est en voz mains.
Ne qui vous soit plus proufiitablc,
Car ce sont noz prochains voisins.
Si ne suis point d'oppinion Que on y doyve différer,
Ne y faire dilacion;
Mais nous y devons employer,
Sans y autre chose gloser,
Ne ymaginer autre chose,
C’est que devez perseverer Et que chascun s’i dispose.
Vous avez les oppinions üuyz, que chascun s’i actjprde,
Et de tous les in tendons,
N’y avez trouvé descorde.
Dont, par vrave amour et concorde, Veuillez acomplir ce voyaige.
Sans que paresse vous remorde.
Et que fait soit de bon coraige.
SALLEBRY.
Messeigneurs, dont, en bref langaige, Je congnois la grant voulenté, '
Que à nostre roy noble et saige Vous luy offrez 'fidelité.
Pour luy saulver son noble hostel.
C’est France qui luy appartient,
Ung chascun est entalanté Luy offrir le corps et les biens;
' Par ce, vueil faire diligence
D’envoyer les nelz aprester, ' •
Pour y aller en ordonnance,
Et pour y vouloir guerroyer, -j6o
Et aussy pour contraryer S’aucuns nous font rcsisteuce,
Ou aucunement varyer Contre nostre noble puissance.
Je. vous remercye humblement Du très bault et du bon vouloir Dont vous oiTrez si amplement A voz anemis guerroyer.
Qui nous ont volu décevoir,
Le temps passé, par leur oultraige; 370
Mais ils en pourront comparoir,
Et rabesser leurrant couraige.
Or sus, messaigier, lieve toy, 4
Va-t-en, tantost et sans adendre.
Au port de Londre, sans delay, 37.'»
Et veille à mon plaisir entendre;
Si est que nous voujons descendre En able' où sont les mariniers,
Que leurs voilles ilz veullent tendre.
Et que incontinent tout soit presl. >8o
Dy leur que demain au matin 7 i*. Nous voulons monter dessus mer,
Que tout -soit prest à quelque fin,
Sans vouloir en riens séjourner:
Que nous ayons, pour gouverner, ssr.
Tous les maistres de ceste terre.
Se tant on en pourra finer En tout le pays d’Angleterre.
A bit j havre.
MESSAGIER
Mon chier seigneur, je y vois grant erre Faire vostre commandement,
Et là où je pourray empierre Des mariniers, certainement,
Tous les bons maistres vrayement.
En feray toute diligence,
sallbbry.
Or, va e[t] faiz diligemment, 190
Qu’il n’y ait nulle Alcffaillance.
Pose. — Le messagier s'en va d’un cousté. Cependant monseigneur d’Orléans dit, estant en Engleterre : • .
F* 7 v*. MONSEIGNEUR D’ORLEANS.
# Dieu très digne et très glorieux.
Qui estes gouverneur des cieulx,
Vous pry que ayez souvenance
De moy, très merancolieux , :»ou
Fort desplaisant et soussyeux,
Et y a assez apparence.
Je suis en pays de souffrance,
Qui deusse avoir magnificence,
Et estre en ma grant. liberté. 3o5
Je vifz en grande desplaisance,
Qui suis des haults princes de France,
Et me voy en captivité. *
Fortune m’a esté rebelle,
Diverse et très fort cruelle, 3io
De m’avoir ainsi au bas mis :
Bien est fol qui se fye en elle,
Qu’i n’est si grant qui 11e chancelle,
LE MISfERE DU SIEGE D’ORLEANS.
On ne scet qui sont ses amys.
Elle m’a de tout point desmis,
Quant ainsi elle m’a soubzmis Qu’i convient que prisonnier soye Entre mains de mes ancmis;
Mais puisqu'il est ainsi permis,
Je pryc à Dieu qu’i m’en doint joye.
A vous. Dieu, du tout m’en atendî Vous estes vray omnipotent.
Donnez moy consolacion.
En vostre ayde je prétend,
Ne autre secours je n’alend Que en vostre protection.
Qu’après ma tribulacion,
Je puisse avoir remission;
Et aussi , de bref allegance ,
Sans estre en desolacion,
Par la vostre permission,
Donnez moi plaine délivrance.
Or, est il que advery suis Que roy Henry a entrepris De vouloir envoyer en France.
Et de degaster le pays Qui est la noble fleur de iiz .
Laquelle si est en doubiance.
J’en ay deul et grant desplaisance.
Que mectre nulle resistence Je ne puis, ainsi que je suis.
Dieu y vueille, par sa puissance,
Y donner bonne pourvoyance.
Comme à scs servans et amys!
Si veul aller par devers eulx ,
Leur requérant de cueur piteulx
;iî5
î'io
Qu’en mon pays [ne en]1 ma terre N’aillent, mais conservent] mes lieux De mal et de dangier périlleux,
Et de confusion de guerre. 35o
Je les voys prier et requerre
Que sur moy ne veuilent conquerre,
P* 8 »*. En nulles de mes régions.
Je suis ici tenu en serre,
Leur prisonnier, en Engleterre 355
Et en leurs dominacions.
Pose. — Lors vient devers eulx estant au conseil et dit :
Messeigneurs, je viens devers vous,
Me présenter devant vous tous,
Très humblement.
S’i vous plaist oyr mon propos, 36o
Qu’il ne desplaise à nul de vous Aucunement.
Vous savez véritablement Que mon corps est totalement
Entre vos mains; 365
• Et en povez certainement
En faire à vostre entendement.
Estes certains.
Doncques, mes chers et bons amvs, .
* Yray est que adverty je suis, 370
Par renommée,
Que voz voulentez avez mis Pour aller en nostre puys.
En grant armée.
Qui est France bien reclamée, 375
Excellente terre louée,
' I a* texle donne nen, qui rend le vers faux.
P <1 r’. Où biens abonde,
[Et très] crainte et très redoubtée.
De tous les royaulmes exaulcèe Par tout le monde.
Si vous vueil humblement prier Qu’en ma terre n’en mon dangier, Que nullement
Vous ne m’y vueilliez travailler.
Ne à mes amys essayer Aucunement;
Et aussi principalement Ma ville et cité d’Orléans Vous recommande.
Que vous n’y allez nullement Pour luy donner cmpeschement ,
Ne nulle esclande.
Vous savez, c’est ma substance,
Men manoir et appartenance • Et heritaigc;
Là où j’ay toute esperance.
Espoir et très grant fiance.
Et mon bernaige.
C’est la fleur de mon vasselaige,
De mon patrimoignc et lignaige, .Vous le savez.
Si vous requier, d’umble coraige.
Que vous n’y laciez nul dommaige F* a »’• Ne encombrier.
Nous m’avez cy en vostre terre.
Ainsi que fortune de guerre Sy l'a voulu;
Sauvez mon corps, gardez ma terre
' Le sens parait demander : gardez mon eoqts. taurez ma terre
3bo
Sy»
'lOO
C’est de ce dont vous vueil requerre Ou nom de Dieu;
Et à vous tous en seray tenu,
A toute placç, et en tout lieu ,
Je vous allie.
Dont, s’i vous plaist, je seray receu Et de ma requeste proveu.
Je vous emprie.
SALLEBRY.
Monseigneur, ne vous doubtez mye, Puisque vous nous en requerrez,
Nous ne vous ferons villaunye,
Ne en voz pays destourbier,
Et de ce n’en veuillez doubter,
A vos subgcctz, n’à vostre terre;
De par nous seron[tj conservez De toute fortune de guerre.
LE SIRE GUILLAUME DE LA POLLE
Puis qu’il vous a pieu nous requerre, Monseigneur, nous vous promectons Que nous ne vouldrons riens conquerre En vos pays et régions;
Mais ainçois garder les volons,
Sans y commectre violence.
Et toutes voz possessions *
Seront gardées sans differancç.
LE SIRE JEHAN DE LA POLLE, sou Ircre.
Monseigneur, n’en ayez doubtance Que vostre terre sera gardée De mal, de dangier et d’offence.
Vos subgcctz et vostre mesgnée;
Ne de nous nulle personne née N’y mesfera ne tant ne quant,
N’en vostre cité renommée, ,
Qui est vostre ville d’Orléans.
MONSEIGNEUR D’ORLBVNS.
Je vous remercie humblement, Messeigneurs, de vostre promesse; Si en suis tenu grandement A vostre très liaulte noblesse.
Et, tant que vivray, je confesse Que du plaisir me souviendra ; Vous m’en donnez joye et lyesse.
Et crov que Dieu le vous rendra.
LE SEIGNEUR D'BCALLES.
Monseigneur, on le vous tendra.
Qu’en vostre terre, nullement.
Nul de nous ne vous y méfiera, Mès gardée sera seurement.