‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 202 sur 222 · LE SIRE DE LA TOUR D’AUVERGNE · texte numérisé non relu

LE SIRE DE LA TOUR D’AUVERGNE

Chere dame, quant vous verrez L’eure et le temps qu’i sera bon,

Faictes vos trompetes sonner :

Incontinant prest nous scron, i8.oi>5

Et vostre plaisir nous feron Par vostre bon sens et advis,

Que acomplir tous nous voulon Voz bonnes parolles et dis.

LA PUCELLE

Il est aujourd’uy mccredy 18.070

Du mois de juing le .xv*.,

Et demain qui sera jeudy Que nous disons le .xvic.

Dont j’espoir que à nostr’esme

Pervcndrons et à bonne fin, 18,075

Ne plus en France n’auront cresme Anglois, mès de bref prendront fin.

Demain donques, au point du jour,

Vous serez prest, et vous emprie.

Prenez ung petit de séjour,

Vous reposant ceste nuytéc; Quant je verray l’eure acomplie Que il sera tans de partir.

Soyez prest et la compnignic Pour à nostre cas parvenir.

Messeigneurs, chascun se repose Jusques ce qu’il faille partir.

Et vous reposez à loisir Sans desarmer, sur toute chose.

BASTARD D'ORLEANS

Dame, chascun se dispose Vostre volante acomplir.

LA IIIRE.

Messeigneurs, chascun se repose Juques ce qu’i faille partir.

DUC D’ALANSON.

Dame plus plaisant que la rose.

En laquelle est joye et plaisir.

De tous François le souvenir.

Et où est leur amour enclose.

VENDOSME

Messeigneurs, chascun se repose Juques ce qu’i faille partir,

Et vous reposez à loisir Sans désarmer, sus toute chose.

Lors icy y a pause longue. — Et puis après, dit le cappitaine de Baugenci :

LE MISTERE DU SIEGE D ORLEA.NS.

LE GAPPITAINE DE BAUGENC1.

Messeigneurs, voici grant merveille De ces nouvelles advenus I F* aa 8 »*. Onquesje n’ouy la pareille;

Je croy que sommes tous perdus.

Més d’où procédé ces abus,

Les griefvesmes pertes et essoines?

11 y a cent ans, voire plus, Qu’Anglois n’eurent de si villaines.

Esbay suis dont vient ceci,

Nous vois telle desconfilure,

Ne comment nous perdons ainsi Noz corps et biens oullrc mesure.

Que ce n’est d’Anglois créature Qui François ose plus atandre,

Que devant eux n’est nul qui dure :

Ce cas yci ne puis entandre.

Or, ay ge veu depuis .x. ans Qu’i ne furent que .xx. Anglois,

Qui deroquerent de tous sans La quantité de cent François;

N’en réchappa ne deux ne trois Que tous ne fussent à l’epée,

Fors aucuns qui furent de pris :

Par ranson fut leur vie sauvée.

De présent va bien autrement; Jargueau nagueres a esté pris,

Où d’Angleterre entièrement Estoient chevalliers de pris;

En moins d'un jour estre sommis Et y faire tel desarroy F* aa9 r*. Que tout a esté mort ou pris

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F* ft/19 »*.

En ung moment, comme je croy.

Puis en après le pont de Meung,

Là où estoit la garnison Si très noble que d’un chascun De toutes gens avoit le non,

Fortifiiez de tel façon,

Guidant que nul le pcust surprandre :

Eli ce cas n’est nulle raison Ne ce fait je 11c puis comprandre.

Il est bien vrav que onques puis Que cesle mauldictc Pucclle Vint en France et en ce pais.

Guerre nous a esté rebelle;

Si croy quelle soit infidclle Ou engendrée de l’Antecrist,

Voire ou ung deable en lieu d’elle,

Et que Lucifer la conduit.

Je voy que, selle régné plus Par sa faulce et damnable voye,

Nous tous Anglois sommes confus, Que nous métra en malle voye.

Lucifer luy dont malle joye,

Satlian et le faulx Belezebust Et l’etrangle d’une coroye,

Puis es enfers soit son tribust!

Çà, messeigneurs, je vous diray Penser nous fault de nostre affaire.

Vers nous viendront, très bien le say, Pour nous voloir aucun mal faire,

Et pour nous gectcr du repere De Baugenci, là où nous sommes, Pour nous occire et mcctre en bierre, Petitz enffans, femmes et hommes.

LE SIRE D’ESCALLES.

Capitaine, bien je voudroye Que vous n’eussiez point tant de peur : Frayeur souvent Tomme dévoyé Et n’en est on point si fort scur.

Y fanlt que vous ayez bon ceur Pour encontre eux résister,

Soy monstrant remply de fureur Devant voz gens, sans rens doubter.

Vous demonstrant fort et hardi,

Et que François on ne doit craindre, Sans soy se monstrer esbay Envers nui tant que grant ou maindre; Que en ce cas ne se failli faindre,

Mès se tenir très vertueux,

Sans soy voloir doloir ou plaindre,

Ainsi comme victorieux.

P* A5o r*. PREVOST DE PARIS.

Vous doubtez que les François viengnent En bref temps devant ccstc ville,

Comme les heraulx le tesmoignent El comme est le commun setille;

Si fault trouver voye utille Pour encontre eulx remédier.

Par cauteilc bonne, sutille Sonieuscment y ovier.

Premièrement, je vous diray Qu’i sera bon que nous facions Ainsi comme j’é advisay,

Et que ensi faire devons.

Vous savez bien que nous avons

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(>98 LE M1STERE DU SIEGE D ORLEA.NS.

Foison masures et cavernes Qui sont vers la porte du pont.

Caves en façons de citernes Où vous pourez de voz gens métré,

.V. ou .vic. bons corubataut Embuchcr Jeans et sommettre,

Des plus fors et des plus puissant.

François voudront entrer dedans Et y faire leur grant effort,

Puis alors sortiront voz gens

Qui les pourront tous mectrc à mort.

Et quant y ce verront surpris,

F* *5o v'. Croyez qu’i seront esbayz,

Et par ce point seront sommis.

Enclos seront comme berbiz Et ne saronl qué part fouyz,

Que là sera leur semetiere Et en ferez à vostre plaisiz ;

Nulluy ne vous sera contraire.

ROBIN HERON

Ce conseil yci devez croire Et acomplir sans différence,

Si le devez du tout parfaire En toute bonne diligence;

Que, ainsi que je croy et pence Et comme est le dit d'ung chascun, François viendront, et leur puissance, Que desjà sont au pont de Mcung,

Et croyez que n'arresteront guieres A venir juques ci devant.

Trouver fault façons et maniérés Résister quant il est temps,

Afin que inconvenycnt Y ne nous en puisse advenir,

Et que soyons rcsistans Four nous garder d'en encourir.

Si est que devez sans atandrc süi i". Eslirc de vos gens de fait

Et leur baillez le cas entendre,

Qui jour et nuyt seront d’aguct.

Armez de bon harnois comptant, Gens puissant et fors corageux, Pour sus les François faire exploit Tant qu i soyent victorieux.

SENESCIIAL BOYENCY.

Nous autres, nous tandrons année Encontr’culx et résistance A force de lance et espée.

Pour eulx avons assez puissance A tenir l’oust en instance Tant que noz gens soient sailliz, Lesquieux qui à grant abondance Viendront sus les François l’erir, Qui leur sera grant destourbicr Par ce point et très grant oultrage.

Et pourront bien estre en danger, Qui leur sera ung grant dommage.

Pour y perdre leur vasselaige Esbaïz et estre confus,

Quant y verront par tel ouvrage Estre enclos et ruez tous jus.

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