‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 201 sur 222 · LA GUETTE · texte numérisé non relu

LA GUETTE

Messeigneurs, je suis bien certin Que ce sont François voirement,

Et viennent à nous pour hutin

A nous donner aucunement, <7,955

Que y chemynent rondement Droit ci et en grant ordonnance.

F* A a A r*. Armez vous tous, que prestement Les verrez icy en presance.

Lors icv marcheront les François près de la bastille de leur pont de Meung. Et alors les Anglois de dedans cryront tous ensemble à l’arme! Et y viendront eeulx de In ville tous armez aveques eeulx du bouloart du pont. Puis dit

LA PIJCF.LLE.

Messeigneurs, je voy là devant Au bout du pont la bastille,

Et Anglois qui sont là dedans;

Si fault aller vois leur setille.

Que chascun soit pront et abille Pour ung assault leur présenter De coraige et de ceur agille.

Et ne veillez de rien doubter.

ALANSON.

Je vois l’assault exécuter Moy et mes gens, sans plus alandre.

Du premier je m’y veil bouter,

F‘ SSA »*. Et à ferir je veil entandre,

Que tous les feray pendre, ou rendre Le pont et la ville de Meung,

Ou ainsi que je puis comprandre D’Anglois il n’en n’eschappera ung. 17.965

Adont icv y a pause de trompetes. — El tous les François assauldront ledit boulouart des Anglois, de lances, haches, canons et artillerie à grant force. Et eeulx de dedans se dépendront vaillamment et tiendront longuement, et y aura grant fait d’armes les ungs contre les autres. Et enfin les François par esclielles monteront dedans la bastille et tueront les Anglois, réservé que plusieurs se relrayront en la ville du dit Meung et fermeront leurs portes sur eulx. Puis dit

LA PICELLB.

Çà, messeigneurs, la merci Dieu,

Nous avons guangné ceste place,

F* 445 r*. Qui estoit pour ung petit lieu Fortifïiée par grant odasse.

Si veil que on la delarasse Sans y lesser riens que la terre.

Afin «pie désormais plus trasse D’Anglois n’y puisse riens conquerre.

Plusieurs nous avons mis à mort Qui nous avoient donné paine Et delTenduz s’estoicnt fort.

Ainsi que c’est chose certaine;

Lesquieux pensoient leur domaine

Y faire il tousjours demourance.

Mes a esté leur pencée vaine.

Mis en ruyne et decadence.

Plus ne nous fault arrester ci,

Mès fault en especial

Faire que ayons Baugenci,

Qui est tout noslre principal,

Que pour ung bien peu de travail Recouvrons Meung, quant nous voudrons; Et seront les Anglois bien mal Ce Baugenci avoir povons.

Demain nous fault au point du jour

Y estre à leurs portes ouvrant,

Sans plus faire ci de ccjour Ne arrester ne tant ne quant.

Nous les trouverrons tous dormant

F' 465 y*. Quant viendra à bailler l’assault,

Qu’i ne sauront quoy ne comment On les aura pris en sursault.

ALANSON.

Dame Jehanne, à vostre plaisir

La chose sera acomplie,

Et quant ii vous plaisa partir ! 8,000

Tous vous suyvrous, n'en doublez mie.

Vous compagnerons à chere lie.

Que tout vostre voloir volons,

Et par voz diz, ma belle amie.

Tout ceste armée nous conduirons. iS.oof»

VENDOSME

Fille, ne croyez autrement Que vostre voloir sera fait,

Et acomply entièrement De coraige et de cucur parfait.

Vous avez conduit cet expiait ig.ou.

Contre le pont de Meung sans doubte,

Que bien peu d’eulx en est retrait.

Au mains est demeuré leur rotte.

BASTARD D’ORLEANS

Y leur devra bien souvenir

Du .xv*. jour de juing iS.mS

Désormais le temps advenir,

Qu’il ont perdu le pont de Meung,

Et n’en est pas réchappé ung Que n’aye esté à l’espée.

Fors ung bien petit de commung 1 8*0^0

Qui ont la ville recouvrée.

LE SIRE DK UVAL.

Y convient que leur bastille Soit ruée et mise par terre.

Qui ne demeure que la ville.

Laquelle nous reviendrons querre,

Et de partir sans plus enquerre Cesle nuyt sans atandre plus;

Puis domain penserons aquerre Baugenci et le mcctre jus.

LOHEAT.

J’en suis de ceste oppinion,

Et n’en devons point différer.

F* ^6»*. Nostre oust si est en unyon En coraige et deliberez;

Par quoy devons persévérer Allencontre toute personne,

Et ne devons rien espargner Quant Peur de fortune nous donne.

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