LE CONTE DE RICQ8H0NT
Je congnois que oppressons fort
De Baugenci, car je le voy;
Si veil c’on leur face rapport Comme je vien en l’ost du Boy,
Et le faire assavoir par moy A la bonne et noble Pucclle.
Pour ce, messager, sans deloy Te convient aller devers elle,
Et lui anoncer ma venue,
Aux bons seigneurs pareillement,
Voloir estre en leur retenue Et tous mes gens entièrement,
A les servir totalement Allencontre leurs adversaires.
MESSAGIER
Voz plaisiz et voz mandement Parferay en toutes maniérés ;
F* 46o >*. Si vois faire vostre message
Diligemment, ne doublez mie,
A la Pucelle noble et saige Et à toute la seigneurie.
RICHEMONT
Fais diligence, je te prie,
Et puis viens à nous au devant.
MESSAGIER
< Je le feray à chcre lie.
Et si bien que serez contant.
Lors s’en va , et y a pause.
MESSAGIER
Dieu sault la très noble Pucelle,
i8,6iu
i»,Gi5
<S,6ao
Aussi lous les seigneurs de l’oust!
S’i vous plaist ouyr ma nouvelle, Je le vous diray devant tous :
Si est que présent devers vous Vient le conte de Richemont,
Qui a volonté et propoux Vous secourir par vau par mont; k*46i r\ Et lequel n’est pas loing d'ici.
Qui à vous tous se recommande.
LA PUCELLE
Mon amy, la sienne merci
De son service Dieu luv rende !
Dites luv que, luy et sa bande, Sommes joyeux de sa venue.
Et à chere lie très grande Luy et sa bande sera receu.
MKSSAGIBR.
Madame, je vous remercie De l’onneur et du grant plaisir;
Je m’en revoys, n’en doublez mie, Luy raconter sans deiïaillir Et comment est vostre désir De le vois et sa compaignie.
LA PUCELLE
En ce tu ne pourras faillir, Que en luy très fort je me lie.
FV161 »•.
Pose.
MESS AGI ER
Mon cher et redoubté seigneur,
Vostre message ay acomply Devers la Pucclle d’onneur,
Qui m’a volanliers requeully.
De bon cueur elle m'a ouy Ce dont vous m’avez baillé charge, Et en est son ccur rejouy Dont vous plaist faire ce voyage.
Et desire, fort de vous vois Aveques vostre compaignie,
Que aujourd’uy, comme je crois,
Il y a eu grant baterie.
Que par leur grant chevallerie Dedans Baugenci sont entrés,
Et y a eu très grant tuerie D'Englois mors et acravcntez.
RICHEMONT
Je ne veil plus ci arrester;
Devers eux m’en vois sans atandre Moy et mes gens me présenter,
Pour les conserver et deffandre.
Chascun de vous s’i veille entandre, Que en son fait n’ayt que redire,
Ne que on vous puisse reprandre D’aucune chose ne medire.
Çà, monseigneur de Beaumanoir,
Je voy Baugenci là devant ;
Y nous y fault faire devoir Et y estre tous combatant,
Que reproche ne tant ne quant Aucun de nous ne puisse avoir,
Mes honneur de petis et grans Et gloire y puissons recepvoir.
î K.t’iyo
LE MISTERE Dli SIEGE D’ORLEANS.
BRAUMANOIR.
Mon chier seigneur, croyez pour voir Honneur aurez et renommée.
Que voz gens y feront devoir,
La chose en est bien asseurée.
Plus que nulz qui soit en l’armée, i8,6yo
De cela j’en suis bien certin Que leur désir et leur poncée N’est que se trouver en utin.
Lors y a pose. — El trompetes sonneront, et viendra le conte de Richement devant la Pucelle, et la saluera haultcment , tous arme* et en point; puis dit
RICHEMONT
Johanne, Dieu vous dont bonne vie.
Bien acompiir vostre désir, «8,69»
Et à toute la seigneurie
Luy dont parfaire son plaisir !
De vous vois avoie désir El estre en vostre compaignic,
Prest à y vivre ou à morir 18.700
Et vous suyvre toute ma vie.
Je suis à vous et tous mes gens A faire vostre volanlé,
En bataille et tenir le rant
Comme par vous sera apointé, 18,705
Vous obbayr de vérité Et faire par vostre ordonnance.
LA PUCELLE
De vostre salut et bonté
Vous remercie de ma puissance.
JY; en mon cœur rejouyssance 18,710
De voslrc visitacion,
Que je say que vostre presance Nous donra consolacion.
Aujourd’uy, par permission
De Dieu, sommes céans entrez, 18.715
En très grant variaciou.
Anglois nous cuidoient deroquer.
Et, par une cautelle voye,
Aucuns s’esloicnt èmbucliez
En cavernes, c’est chose vraye, 18.740
Pour nous abatre et subjuguer Et pour nous voioir enfermer,
Saillir sur nous pour nous enclose;
Mès nous les avons dechacez,
Ne nul d’eux plus montrer ne s’ose. 18.735
Et ce sont tous leans retraiz
En ce chasleau et abbaye
Que par artillerie et traiz
Le fault avoir, quel que nul die.
Si volons faire une saillie 18.730
Encontre eulx et un gref assault,
Et sortir nostre artillerie ,
Que ainsi faire le nous fault Si comment les faire saillir
Pour savoir quel puissance il ont 18.735
Et aprement les poursuyvir,
Aussi bien ceulx du bout du pont.
Plusieurs là retrayez ce sont E11 ung petit méchant taudis,
Où de bref il en partiront «8,740
Sans retourner en leur pais.
RICflEMONT.
Dame Jehanne, vous dictes bien,
La chose est bonne ainsi le fere.
Si ne m’espargnez dont en rien, Que du tout je vous veil complaire, Et tous mes gens tenir frontière En quelque lieu qui vous plaira; Sans que nul en die au contraire, ling chascun vous obbayra.
Mès d’une chose je voudroye Vous requérir à toutes fins :
Sy est, si vous trouvez en voye,
Et que vous y trouvez à point, Devers le Roy, ung peu le crains, C’est que par vous ma paix ce face Et que mon cas peust eslre estains, Que pousse retourner en grâce.
Vous me ferez ung grant plaisir Et à vous tout temps scray tenu,
S’i vous plaisoit vous souvenir De mon fait et du contenu.
Et pensez que j’en suis esmeu,
Dont devers luy je n'ose aller;
Mùs par vous je scray reccu A pardon et à grâce avoir.
Si vous prie tant que je puis Que vous plaise luy en parler.
Et que son serviteur je suis;
Partout où y voudra aller Le suivray sans varier,
Tout à son voloir et plaisance,
Ne envers luy pour nul denier
Jamès je ne feray oft’ance.
LA PDCELLB.
Monseigneur, n’en ayez doubtance, Que de bon ceur je le feray,
Voire et de tout ma puissance Très volontiers l’en requerray Et humblement l’en suppliray,
Qu i le fera à mon povoir;
Et devers luy vous ineneray De bon ceur et de bon voloir.
RICHKMONT.
A64v*. Dame, je vous en remercie;
Tenu suis à vous grandement Et le seray toute ma vie,
Vous rcmercyant humblement.
Je scay bien véritablement Que, si toust lui en parlerez,
Vous accordera entièrement;
Rien ne vous voudroit refuser.
DUC D’ALANSON.
Dame Jehanne, nous prions Que en veillez parler au Roy.
Artus, conte de Richemont,
Si est noble et de grant arroy,
Et pour ayder, je le croy,
Au Roy à recouvrer son royauime, N’est plus puissant ne mieux de quoy Que luy qui soit portant heaulme.
VENDOSME
Dame Jehanuc, vous le ferez;
Nous vous en prions lous ensemble.
e* 465 r\ Ce que demandrez vous Tarez
Et plus grand chose, ce me samble,
Que vous estes son oridambe Et celle en qui mieux y se fie;
Son affection est plus ample En vous que nul, quoy qu’on en die.
U PIXKLLE.
Messeigneurs, saiebez de bon ceur Que volontiers le rcquerray,
Et au Roy mon loyal seigneur Très volontiers l’en supplirav,
Et tout au mieux que je pouray Pour aquerir sa délivrance,
De bon ceur je m’y emploiray,
Croyez, de toute ma puissance.
Oultrc plus, y nous fault penccr De voloir ce siégé parfaire,
Et ces Anglois ci desloger En aquerant sur eulx victoire,
Lesquel/, se sont voluz retraire Ou cbasteau et ou bout du pont,
Les assiger devant, derrière,
Et les avoir tout tant qu i sont.
Y convient que devers la Beaussc K* 460**. Nous y ayons un siège assis,
Que de leur art et façon faulce Se fault garder d’estre surpris.
Secours de Chartres ou Paris
i8,8oâ
LE MISTERE Dl! SIEGE D’ORLEANS.
Leur pourroit venir plainement, Qui pourroit donner des ennuys A nostre année certainement.
Vous, monseigneur duc d’Alanson, Voz gens et vostre artillerie,
Y serez là pour tenir bon,
S'i vous plaist, et je vous en prie; Et pour vous tenir compaignie,
Le bon conte de llichcinont Et ses gens à c.here hardie,
Qui de bon ceur vous serviront.
Après, pour le siégé du pont Où ils ont une bastille,
Tantoust nous en ordonnerons Et mcctre gardes pour la ville.
Que nul ne sera si abillc D’Anglois, si osé ne hardi De saillir hors son domicile Qu’i ne soit tantoust reverdi.
ALANSON.
De monseigneur le connestablc r\ Vieu ge bien avec moy avoir,
Que il est ung prince notable De corps, de biens et de savoir.
Et sachez que y ferons devoir Encontre ceste forteresse.
On s’en pourra appercevoir D’ici à lonc temps, et grant presse.
BICIIEMONT.
Monseigneur, je vous remercie De vostre honneur et plaisir.
Quant y vous plaist ma compagnie,
Je le vous voudray desservir,
Et à vous je veil obbayr Et mes gens durant ceste guerre,
Pour vous à vivre et à morir,
En quel part les voudrez requerre.
Monseigneur, ne doubtez en riens Que je vous ayme de bon ceur;
Pour frere d’armes je vous liens A faire plaisir et honneur, fvi66ï*. Et vous tenez hardiment seur
Pour nulle rien ne vous fauldrav,
Pour quelque cause ne couleur.
A tousjours tant que je vivray.
Mès dont, puis que sommes commis Assiger ceste forteresse,
Noz alicz et nos amys Et toute nostre grant noblesse Fault que vers nous viengne et appresse Avequcs nostre artillerie.
Et que par très grant hardiesse Elle soit par nous assaillie.
RICHEHONT.
Mon cher seigneur, vous dictes bien ; Assemblez voz gens, il est temps.
Que le délayer n’y vault rien :
Y fault tirer droit et avant.
ALANSON.
Or sus dont, chascun en son rant.
iS.805
Trompetes, faictes assembler Tous mes gens icy en presant
Pour faire ces Anglois trambler. 1 8,885
F* 467 r'. Lors icy les (rompeles sonneront. Et gens d'armes de tout cousiez.
viendront devant Alanson, Richemont en graut puissance, la Purclle estant d'autre coustë aveques une autre grosse armfe. Puis dit le bailli d’Evreux qui vient es fenestres du chasteau :
LF, BAILLY D’EVREUX.
Messeigneurs, très bien je voudroye,
Mes que ce fust vostre plaisir,
Parlamenter par bonne voye A l'un de vous; c’est, sans mentir,
Pour le mains de mal advenir 18,890
Ainsi que d’une part et d’aullre.
S’i vous plaist me faire venir Monseigneur d'Alanson ou aultre?
MONSEIGNEUR D’ALANSON.
Cappitaine, que dictes vous?
Sachez que Alanson je suis, 18,895
El se avez rien en propoux,
Escouté sera et voz dis,
F* 467 v*. Promtemcnt, présent nos atnys,
S'aucune chose volez dire.