LE BAILLY D’EVREUX
Monseigneur, je vous remercie 18.90O
Dont ne me volez escondire.
Monseigneur, comme vous savez De l’introduction de guerre,
Ing chascun appete à gaigner
Et il voloir son droit aquerre. «8,905
Pour Henry, le roy d’Engleterre ,
Qui est pour le présent enflant.
Droit est que lui gardons sa terre, .
Ainsi que le droit appartient.
Voloir sostenir nostre roy,
Cela est de droit et raison Que le facions de lionne foy En tout temps et toute saison.
Garder, delTendre sa maison,
Comme à son souverain seigneur,
Et le garder de trayson De tout mal et de tout doleur.
Pareillement pour nulle riens Nous ne luy devons défaillir,
Mès le garder luy et les siens.
En ce cas et vivre et morir.
Et s’i vous plaist à me ouvr Tant pour la fortune ovier Qui à chascun peut encourir,
Où nullui ne se peut lier, Messeigneurs, s’i vous plaist, ferons Pour différer le sang espandre,
Qui de fortune ne savons A qui sera le fort ou mendre :
Geste place vous volons rendre Moyennant noz vies et noz corps, Tous noz biens emporter et prendre Et saillir anuyt trestous hors De la bastille du pont.
Pour iceulx je me tien bien fort Que pareillement vous lerront En paix et sans nul discort.
Nului ne se doit tenir fort
LE Ml ST EUE DU SIEGE D’ORLEANS.
En la fortune de la guerre,
Que cil qui cuide avoir le fort Bien souvent est rué par terre.
S’i vous plaist de ainsi le faire Et voyent que ce soit du mieux,
Pour la vie à plusieurs retraire Et le dangier trefurieux A nobles et à vertueux,
Autant de nous comme des vostres, Nous nous en yrons aultres lieux Enmenant les biens qui sont nostres.
Et de ce nous donnez responce K* 6c,r *\ De vostre bonne volante
A ce que vous dy et prononce,
Et tout à la vraye équité,
Que en bonne fidelité Le tendrons ferme et cstable Ce que par nous sera apoinlé.
Et par edit irrevocable.
ALANSON.
Monseigneur le bailly d’Evreux ,
Je vous ay volontiers ouy,
Et pour vous seray curieux.
Si ne le métré en oubly.
Nonnostanl je suis celuy Avccques plusieurs gratis seigneurs Qui par nous serez assailly De gens de fait et vertueux.
Mès, pour l’onneur de gentillesse, Vostre message je feray A la fieur de toute noblesse,
C’est à la Pucelle, où y ray
1 S.y.'ij
LE MISTERE Dl' SIEGE D’ORLEANS.
Et vostre cas je luy diray >8,97°
En la présence des seigneurs,
Et tantoust vous rapportera)'
Tout la volanté de leurs ceurs.
Çà, monseigneur de Richemont,
Vous avez ouy comme moy >8=975
L’csdit que les Angloys nous font;
Se tenir en leur doit l’autroy,
Qu’en dictes-vous? Comme je croy.
Nul de nous n’en sera contant,
Que nostres sont, comme je voy, >8,980
Et ne sont envers nous puissant.
RICHEMONT
Puisque vous leur avez promis,
Ne leur fault faillir de promesse,
Mès fault aller vers noz amys
Et devant toute la noblesse; >8.985
Que à culx la chose s’adresse,
Pour en dire et déterminer Par leur sens et [par] leur sagesse Comme on s’i devra gouverner.
Et bien appartient ceste chose >8,990
Leur dire et magnifester,
Que de guerre, homme en proppose Mès fortune en veult discuter.
8y les povons nous surmonter
Et les avoir sans nul deflault; «8,995
De cela y n’en fault doubter A les avoir de plain assault.
Allons, et ferons diligence
F* 46g v*. Four savoir leur oppinion ,
Et leur declairer en présence Des Anglois leur affection.
RICHEMONT
Plus n’en fault de dilacion Ne plus en faire de séjour;
Breve deliberacion
Requiert ce cas et sans demour.
Lors vont, et y a pose. — Puis dit
U Pl.CELLE.
Donques, monseigneur de Vendosme, Avcques le bastard d’Orléans,
Vous deux ensemble serez comme Freres d’armes et très vaillans,
Avec de notables gens :
Vous aurez La Hire et Poton,
Qui ont gens hardiz et puissans Et en fait de guerre renon.
Vous après, sire de Loyal Et vostre frere, je vous prie,
Avec monseigneur l’amiral,
Lequel vous tiendra compaignie F* Û70 r\ Aveques noble seigneurie.
Garderez le pays de Sauloigne En noblesse et chevallerie,
Que nul Anglois ne s’en esloigne.
Lors Alanson et Richeinont arrivent devers la Pucelie, et dit
ALANSON’.
Dame Jeliannc, veillez ouyr
Les nouvelles que vous veil dire De par les Anglois sans faillir, Lesquelles m’ont volu produire Et dont je n é volu dedire Que rapport je ne vous en fisse, Considéré qu’i ne peut ouvre Et que riens ne nous préjudice.
Vray est ainsi que nous estions A regarder nostre entreprise El assiger noz pavillons Comme chascun doit et devise,
Et aussi ung cliascun advisc A bien sortir l’artillerie ,
Pour bien l’employer à sa guise Et qu’elle soit, bien assortie,
Et comme nous parlions ensemble Estant le connestable et moy,
Le bailly d’Evreux, ce me semble, Et est luy, ainsi que je croy.
Lequel en très notable arroy C’est monstré par une fcncslrc,
Me prient que lui fisse octroy Parlementer là enmy l’aistre, Disant des fortunes diverses Qui peuent à plusieurs advenir Et que souventes foiz renverses Cculx qui cuidcnt à bien venir,
Et que nul ne se doit tenir Seur de fortune, tant ne quant,
Et qu’elle peut tout survertir Qui n’est si petit ne si granl.
Et en toutes autres choses M’a prié que luy acordions
«ÿ.oaô
i y.oSo
Traicté de paix, fermes bien doses Et qu'ainsi faire vousions;
Si estoit que nous y lairont La ville et tout le chnsteau
Et la bastille du pont >9.060
Fortiffiée auprès de l’eau,
Moiennant aussi qu’i vous plaise Les lesser aller franchement, r* i7> r\ Sans leur donner aucun malaise,
Aveques aussi tous leurs biens. 19,06s
Sans que vous en retenez riens Soit or ou argent ou ménagé.
Et s’en yront incontinent En vous delessant l’eritage.
Et dont, s’i vous plaist, advisez >9.070
Que responce leur soit donnée,
Et de ce vous disposez,
S’elle leur sera accordée;
Que ma foy je leur ay jurée
Assavoir je le vous feroye >9,075
Aujourd’uy, et de relevée Vostre responce leur diroyc.
LA PUCELLE
Vostre bon plaisir je voudroyc Vous accorder sus toute rien,
Et est raison c’on y provoye, >9,080
Que en ce n’y a que tout bien,
Et de trouver aucun moyen De paix et bonne concordance Au proulïit du Roy, je soustien
On y doit meclre provoyance. >9.08'.
Vous tous, vous avez bien ouy
Que le lieutenant general Vous a recité de par lui,
Aussi comme bon et loyal :
Si nous a dit en principal 19,090
Que tous les Anglois de céans Partiront amont et aval,
Enmenant eux et tous leurs biens.
S’i vous plaist en disposer.
Ce qui vous en semble de faire, 19.096
Leur acorder ou dclesier Et en dire aucune maniéré,
Ung chascun de vous s’en dcclaire Présentement, sans plus atandre,
Et que nul de vous n’en difîaire : 19,100
Breve rcsponce leur fauit rendre.
VENDOSMK.
En ce cas y n'est que deux moz :
De le tenir ou delesser,
Et ne vient en riens à propoux Que on leur doyvc ceci passer.
Y voient bien et savent assez Qu’i sont nostres, si nous volons,
Et se trouvent si fort pressez Que plus ne savent qu’i feront ;
Mès, pour l’onneur duc d’Alanson Qui a rapporté ce message,
Aucune chose leur fcron,
Voire et ung grant avantaige.
Si est qu’i lessent ce passaige,
Leurs vies sauves tant seulement,
Sans enporter de leur bagage,
Arnois, chevaux, n’or ne argent.