‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 210 sur 222 · LK SIRE DE LAVAL · texte numérisé non relu

LK SIRE DE LAVAL

De cestc oppinion je suis Qu’i vident hors diligemment,

Que de Chartres ou de Paris Peult avoir secours bonnement.

Et si dit on certainement Que mesure Jehan Tallebot * *7$ Vient, et Anglois largement,

Et messirc Jehan Facestot.

Pour ce dont, sans plus différer,

Et veu que de ce vous requièrent.

On ne leur doit point refuser.

Et puisqu’i viennent par prières,

En ce cas ne perderez vous gueres Et sera l’onneur des François;

Puis en quelque lieu de frontières Aultrefoiz les pourrez revois.

LE SIRE DE LOYAT

Je suis de ce consentement Et qu’y videz 1 sans différence ,

Dès aujourd’uv présentement Partent, et en nostre présence.

1 Lisez : qu'ils vident, c'est-à-dire partent.

736 LE MISTERE Dü SIEGE D’ORLEANS.

Sans plus en faire demorancc,

Ne sans atandrc pas ne heure,

Sur peine de désobéissance Et estrc réputé parjure.

De ce (jue leur voudrez donner Je m’en rapporte bien à vous;

Faictes en et en ordonnez,

Je le vous dy ci devant tous,

Ce qui vous viendra à prepoux.

K* S75 v*. Je croy bien que seront contant,

Qu’i ce voyent de nous enclos Et en ung dangier très fort grant.

LA PIJCKI.LL.

Donques, monseigneur d'Alanson.

V ous oyez les oppinions :

Si est temps que nous parfacion Sans en plus de dilacions;

Responce fault que leur donnons Comme leur avez acordé,

Et, s’i vous plaist, adviscrons Touchant ce qu’il ont demandé.

Vous voyez la vois des seigneurs El lesquelles sont différantes,

Bien dictes et de grans faveurs,

Et aussi sont très excellantes.

Très haultes et magnificentes; Nonpourtant fault faire devoir Que de noz personnes présentes Anglois puissent response avoir.

Sy me semble que sera bon,

Sauve l’onneur de vous tretous,

Que responce nous leur donnon

Et que soit de pré d’entre vous.

Leur sera octroyé par non Que le traicté leur acordons, Moiennant que ferme et bien clos Sans deffaillir le garderons :

Si est que pour le sang humain Eviter et garder d’espandre,

Et que noslre roy est begnain ,

Prcst à tous de à mcrcy prandre, Dès aujourd’uy, sans plus a ta mire, Partiront et n’arestront plus;

Le chasteau et le pont nous rendent En bonne paix et sans abus,

Et par ce s’en pourront aller,

Leur vie sauve et en seureté.

Leurs harnois, leurs chevaux sellez.

Sans nulle difliculté,

E11 promectant de vérité Que de dix jours ne s’armeront.

Pour guerre en quelque cousté Ne en quelque lieu que facions.

Oultre plus leur sera delfandu Que de leur ménagé et biens,

Et à paine d’estre pandu A celui qui en portera riens Qui vaille plus d’un marc d’argent En bagues ne or ne monnoye.

Et se de ce ne sont contons,

Du traicté plus on ne les oye.

Dont, monseigneur le lieutenant Du roy, vous ferez le rapport,

Et que chascun en soit contant Vous tous, messeigneurs, de l’acort.

>9.3io

Y fait bon éviter leur mort,

Et sans estre trop furieux ,

Que y rccongnoissent leur tort,

Y convient leur estre piteux. ig.Saô

ALANSON.

Nuluy ne saurait dire mieux,

Et est la chose fort honnestc.

Si veil aller par devers eux,

Afin que je leur magnifeste.

Et puis qu’il m’ont fait la requeste, 19.3.I0

Moy mesmes y vois de présent.

Sans plus tarder ne faire enquesle,

De vous, messcigneurs, congié prant.

Lors y a pose de trompe tes longuement. — Puis vient le baillv d’Esvreux à la fenestre, et puis dit monseigneur d’Alanson :

ALANSON.

*•'•'177 r*. Monseigneur le hailly d’Evreux,

J’ay acompii vostre message, 19.335

Et si ay assemblé plusieurs

Des plus gratis de nostre barnage.

Donques, vous orrez mon langage Et le rapport que je vous fais.

BAILLY D’ESVREL’X.

Monseigneur, du tout mon corage 19..V10

Vous remectré, puis qu’il vous plaisl.

ALANSON.

Je vous diray comme il en est

Et du propoux délibéré Ordonné comme par arrest.

Tout le cas je le vous dirav :

Qu’i vous a esté octroyé,

Grâce de pitié et concorde Envers vous, ce présent traicté Dont en vous fait miséricorde.

Que qui eust volu aucuns croire F* *77 t’. Et selon leur intencion,

Pour vérité c’est chose voire,

Point n'eussiez de remission;

Mès Jehannc, qui de devocion Et qui est toujours piteable,

Vous donne composicion Comme très bonne et charitable.

Si est qu’au jourd'uv pour le jour Vous partirez de ccste place,

Tant du pont, du chasteau et tour; D’Anglois n’y en demorra trace,

Et de voz vies vous en fait grâce ,

Que vous partirez seurement Sans aucune fraude ou falace Ne sans aucun empeschemcnt.

Ovequcs pourrez enmencr Tous voz harnois et voz chevaux Enarnochez et abiilez Des abillcment qu’i leur fault,

Sans vous en faire nul deffault Ne nul empeschement quicunques,

Qui vous est ung don qui vous vault : Refuser ne devez pas donques.

Oultre ne pourrez enporter De voz biens meubles seulleinent

■ 9,3fi5

Qui vaille oultre nombre et compter

Que la valleur d'un marc d’argent.

Se aucuns le font autrement, Sommis à juridicion

De mort souffrir amerement Sans nulle autre informacion.

Oultre plus, on doffant à tous Que nul d’entre vous, «juel qu’i soit.

Vous ne vous armez de dix jours

19«3So

Que le terme passé 11c soit.

Et le prometrez orandroit De l’avoir et tenir estable.

Sans contredire en riens qui soit, Que vous l’ayez tous agréable,

Ou, si non, je n’é aultre charge Que de savoir vostre responce,

Sans en plus faire de langage A faire ce que vous dénoncé.

Ou s’aucuus de vous le renonce.

Le me die sans plus atandre.

Que nous n’en rabatrons une once.

Si veillez à ce fait entandre.

LE BAILLY D’ESVREl X.

Monscijpieur, je vous remercie De la paine que avez eue;

Mès le traicté, je vous allie, Mous seroit de petite vallue, Qui avons nostre revenue

19,'iou

Atirée en ce pays ci.

Et qu’elle nous fust retenue,

Souffrir 11c le devez ainsi.

Pour nostre harnois et chevaux

El ne nous armer de dix jours,

Puisque ainsi faire le fault,

Nous consentons bien ce propoux;

Mès que nul qui soit d’entre nous 19.410

N’enporte que ung marc d’argent,

S’i vous plaist et advisez tous Et que ne soyons tant perdans.

ALANSON.

Se vous volez, n’en faiclcs riens,

Que vous n’en aurez autre chose; i9,Si5

Et plusieurs en sont mal contant Que la chose ainsi se compose.

Et encor bien dire vous ose Que se présent le refusez

El que 11e soit promise et close, «9.630

Jamès vous n’y recouverez.

BAILLY D’BSVREUX.

Monseigneur, puisque le voloir,

De vous le consent et l’acorde.

Vous estes volu travailler

Pour moy, par amour et concorde; 19,4*5

Si ne veil avoir discorde A vous ne à tous les François.

Puisqu i leur plaist, je m’y acorde Faire leur volonté ainçois,

Nonostant que nous soit grief. 19,430

Mès, puisqu’il vous plcst, le ferons,

Et dont que le voloir si hrief,

Dès aujourd’uy nous partirons,

Et ainsi le vous prometons

Et sans aucune chose enfraindre , .9.M5

Ihi

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAIVS.

Et nous tous nous l'acomplirons Autant Lien le grant que le maindre.

ALAXSON.

Je vois dont faire le rapport Que de ce faire estes contant,

Et partirez incontinant, 'a'f|io

(■'*'179**. Ensemble, d’un commun accorl.

ESVREUX.

De moy et mes gens me fais fort.

Que nul n’en sera contredisant.

ALANSON.

Je vois donc faire le rapport

Que de ce faire estes contant. «j.sas

ESVREUX.

Je m’en voys aussi sans depporl Faire appareiller tous mes gens,

Qu’i soient tretous diligcns De partir sans nul discort.

ALAXSON.

Je vois dont faire le rapport 19.AS0

Que de ce faire estes contant ,

Et partirez incontinant,

F* &80 f. Ensemble, d’un commun acort.

Lors y a pause. — Puis Alauson vient devant la Pucetle et seigneurs, et «lit

ALAXSON.

Dieu vous sault, Jehanne! je revient

De devers le bailly d’Esvreux,

Auquel j’é esté dénonçant Le voloir de vous et plusieurs,

Et tous les poins j’é, ce mes Dieux,

Leur recitez en brief langaige,

Dont, s’i sont dotant ou joyeux,

Présent vous lessent ce passage.

Ont promis qu’i n’enporteront Aveq leurs chevaux et harnois C’ung marc d'argent, et ne s’armeront De dix jours que passez ne sois.

Et s i vous plaist les venir vois A faire leur depparteraent;

Que à leur fait y fault provois Pour acomplir leur tellement,

Accordé tout entièrement F* .180 v\ Promis et juré sus la foy

Qu’i ne i’enfraindront nullement.

Mais l’acompliront sans delay.

Vous rcrnercyant et le Roy En vous delessant ceste terre.

Ainsi que contient vostre octroy De leurs biens et de leur deferre.

LA PUCELLE

C’est bien dit, il y fault aller Pour les vois devant nous partir,

Car prestement, sans reculer,

Je les veuls vois tretous saillir.

Plaise vous vous tous y venir,

Et vous tenez en ordonnance.

Pour les vois à nostre plaisir Départir de nostre presence.

VENDOSME

Très volantiers leur contenance Verray et leur façon de faire,

Que à tousjours mès sans doubtance Leur doit souvenir du repere,

Et en avoir toutemps mémoire Du mois de juing le .xvui.,

De la redempeion planierc De Baugcnci sans contredit.

RICHEMONT

De ces Anglois en estoit fait Que ung seul n’en fusl réchappé, Qui n’eust esté mort et défiait,

Ne nul d’eux n’en fust eschappé.

Leur perluys estoit estouppé Et n’en savovent plus saillir;

Cil qui a ci développé

Leur a fait ung très grant plaisir.

BASTARD D’ORLEANS

Je say bien de vray, sans mentir, lncontinant, en peu d’espasse.

On les eust fait tretous morir,

Qui ne leur eust fait ccstc grâce.

Pris estoient comme en une nasse, Si n’eussent trouvé cest accort;

Mès ils ont eu temps et espassc Qu’i se sont garantiz de mort.

GRAVILLE

Messeigneurs, ils ont fait que sages

Avoir trouvé l’abilleté,

Qu'i n’estoyent pas pour noz pages; Et i'ont bien seu üe vérité,

Qu’i n’estoyent pas en seureté,

Et se de leur vie ont proveu,

Bon rnestier leur en a esté Que il leur en fust mal venu.

LA BIRE

Puisque la chose si est faicte El que le conseil en est pris,

Y convient qu’elle soit parfaite Et à execucion mys.

Puisque l’acort leur est promis

Y n’en fault plus parier ne dire; Quant il prironl pour leurs amis La priere ne vous peut nuyre.

Mès fault aller présentement

F* ')8a r\ Les faire de céans partir.

Et qu’i vident diligemment,

Sur peine de mort encourir.

LA PUCELLE

Or sus dont, faictes ci venir Les trompetes, et sans atandre,

El en ordre ce maintenir Qu’i n’y ait nulluy à reprandre.

i9,5ao

Lors pose de trompetes. — Et yront tous en ordonnance devant le chasteau, tous armez. Et cculx du pont se mettront avec ceulx du chasteau, et puis par ordonnance sortiront tous, deux et deux, la teste nue, combien qu’il* soient tous armez, tours salades en leurs mains, et passeront entre les François et la Pucelle, et s'en yront tous hors de Baugenci, en saluant la Pucelle et les seigneurs. Puis, après que tout sera parly, la Pucelle dit :

Je croy bien que tout est party

Et que ung seul n’est demeuray, ig.535

Si s’en vont en aultrc party :

Dieu en soit benys et loué !

Espoir ay que les verray Ainçois qu’i soit guieres de temps.

Et ung assault je leur donray 19.540

Où y s’en iront bien avant.

Mais vcu que la nuyt si s’aproche Et tant de paine eu avons,

Que chascun s’en aille et se couche.

Et pour meshuit nous reposerons, 19.545

Que pour l’eurc garde n’avons De nul qui nous viengne assaillir.

Donques reposer nous devons Juques à demain à loisir ;

Puis en après nous penserons 19,050

Pour achever nostre entreprise.

Et sur ce conseil nous arons

D’aviser la façon et guise

Pour chasser hors ceste menuyse

D’Englichement très mal induicte. 19.555

Et que paix, union soit mise

En la terre de Dieu eslicte.

Dame Jehanne, vostre plaisir Sera fait tout incontinant;

Pour ce reposez à loisir, 19.560

Faire le devons de présent,

Qu’en la ville ne au devant

N’est nul qui ose lever l’ueil.

Tant soit seigneur petit ou grant,

Mès sont trestous en très grant dueil.

VENDOSME

Messeigneurs, je conseilleroye Que on list sonner la trompeté,

Afin que chascun se provoye De son logis, de sa retraite.

Et ceux qui pour faire la guiecle 19.570

Sont commis à leur fait entandenl,

Et, s’il ont aucune directe,

Incontinent si le nous mandent.

F* 483 »*. RICIIEMONT.

ür sus, trompetes, vistemcnt

Trompillez, que savez assez, «9,575

Pour donner repoux noblement A noz gens qui sont fort lassez.

Que chascun se veille amasser Pour eulx rctraire en leur logis, .

Et aussi qui veillent pencer >9.5tto

D’eulx reposer à leur devis.

Lors les trompetes sonneront; chascun des François se retrayeront. Puis dit bailly d'Esvreux :

BAILLY D’ESVREUX.

le

Messeigneurs, je ne say que dire De cestc maudicte journée;

J’en ay le cueur si rempli d’yre,

Comme personne devoyée. «<,,585

Je voy bien que deshonnorée Est du tout nostre compaignie;

Tant que. le monde aura durée Nous n’endurons que villannie.

Quant je songe au vilain reproche Que nous arons, soit droit ou tort,

Et que je voy bien qui s’aprochc,

Je voudroys desjà estre mort.

De nului nous n’aurons confort En plus cpie ung povre questeux;

Le deshonneur tant me remort Que j’en suis tout mat et honteux.

Hélas! et Dieu! et que dira Le cappitaine Tallcbot,

Et pareillement que fera Le vaillant conte Facestot,

Quant nous avons de plain estot Ainsi delessé Baugenci ?

J’en ay au ceur un tel sanglot Qu’il est tout navré et noirci.

MESSIIIK THOMAS IUMBTON.

.N’en prenez point tant de souci.

Que nous avons fait pour le mieux.

Pcrduz estions et sans merci ,

Et tous occis, jeunes et vieux,

Que résister enconlr’eulx 19.610

Nous n’eussions peu par nulle guise.

Puissans estoyent et vertueux,

Et si avovent la ville prise ;

Qu’eussions nous fait quant au seurplus

Allencontre telle puissance? 19,613

Il estoyent .xx. contre deux,

Et y es toit la fleur de France.

Y n’y avoit nulle apparance

Résister aucunement;

Mès nous est belle délivrance Réchapper tel encombrement.

MBSSIRE SIMON MOYBR.

Si conseille que nous aillons Droit à Meung en grant diligence.

Là trouverions noz compagnons Qui sont une grosse puissance,

El confort et resjouyssancc D’eux aurons, ainsi que je croy,

De nostre grieve desplaisance,

Dont nous sommes en grant csmoy.

ESVREBX.

Allons y dont diligemment,

Sans plus yci faire demeure,

F* Ass r*. El ne arrestons nullement

A aller; que Dieu nous scccurc!

J’é le ceur aussi noir que meure Dont n’avons peu résister,

Qu’i nous est tourné à Iaideurc Et aussi bien grant encombrier.

Pose de trompetes. — Puis le rappitaine de Meung dit :

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