‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 213 sur 222 · MESSIRE SIMON MOYER · texte numérisé non relu

MESSIRE SIMON MOYER

Bien je conseille c’on s’avance

De partir tout à ce matin En estât et en ordonnance Vers Ycnville, le droit chemin.

Bien say Tallebot n’est pas loing; Aujourd'uy les devrez trouver.

Puis ensemble verrons à plein Comment François pourrons avoir.

F* iS7 r*. MESSIRE THOMAS RAMETON.

Cappitaine, je vous asseurc Qu’i nous convient ainsi le faire, Et'partons d’ici sans demeure Pour en Ycnville nous retraire,

Laquelle est ville de frontière Et près de Chartres et Paris,

Pour faire aux François cemetiere Comine à Rouveray Saint Denis.

FOQUAMBERGE.

Y fault mander à Tallebot

Que y viengne au devant de nous.

Luv et le sire Faccstot,

Et qu’il assemblent leurs gens tous, Pour vois ce François seront si foux De venir à nous à Ycnville.

S’il y vennent, seront estoux D’y adresser leur bastille.

Messager, va diligemment Vois se noz gens tu trouverras;

1*487 *’• Qu i viegnent à nous vistement Dy leur bien, et ne faille pas.

Vers Ycnville tu en devras Certaines nouvelles ouyr,

•gjSÿS

Et de par nous tu leur diras Qu’i se hastent d’eux en venir.

MESSAGER

Messeigncurs, à vostre plaisir.

Je m’en vois dont parmy la Bausse,

Pour cscouter et pour ouyr,

Ainçois (jue nuluy ne débauché.

Se je trouve vilain qui fauche i 9.730

Et y ne me die le chemin.

Conviendra que mon bras lui hausse Pour luy assener sur le groin.

Lors part et y a pose. — Puis dit :

Or ay ge tant fait par mes pas

Que je suis bien à point venu, 19.735

Quand je voy droit le contrebas Du peuple très grant et menu.

688 r*. Si est, comme j’é apperceu,

De Tallcbot droit son enseigne,

Qui porte un espagneau velu 19.760

Et ung petit gars qui le peigne.

Si m'en voys droit à eux parler Et leur dénoncer mon message.

Comme y se veille haster

De venir et tout son barnage. 19,745

Pose. — Lors vient et dit

MKSSAGIEH.

Dieu sault de danger et dommaige Les seigneurs et la compaignie.

Et sur tous avoir adventage Par puissance et chcvallerie.

Messeigneurs, je vien devers vous 19.750

Pour vous dire que vous hastez De venir, et voz gens treslous,

Pour vos amis réconforter,

Qui se sont sus les champs boutez

Pour aller droit dedans Yen ville. «9.700

F* 488 v\ TALLEBOT.

Messaiger, veille m’en compter :

Ont il desemparé leur ville?

MESSAGIER

Aussi vray comme l’cvangille

Y tennent les champs vaillamment,

Et croy qu’i sont plus de .vi. mille «9.760

Abillez bien notablement;

Et marchent très puissantement .

Et les ay lessez près d’ici.

TALLEBOT.

Esbay suis trop grandement

Se il ont laissé Baugenci. 19,765

Allons à eux, je vous empry:

Y fault qu’il y ait eu utin.

Depuis deux jours suis adverti Que le siégé y estoit à plain,

Et qu’i combaloicnt main à main «9.770

Devant Baugeuci proprement.

Et dont nous estions à chemain Pour siégé lever vray ment.

LP MISTERS Dl SIEGE D'ORLEANS.

PACESTOT.

Allons à eux diligemment,

Puis nous déduiront leur «faire,

Et sarons d’eux entièrement Toute la vérité entière.

Quant à moy, tout bien j’esperc Puisque noz gens n’ont point de mal, Et tenent bataille planiere Eslant à pié et à cheval.

D’BSCALLES.

.le les voy venir là aval Et sont une belle puissance,

Armez en cspecial,

Garniz de hamois et de lance.

Et prans en moy rejouyssance De vois une si belle armée,

Pour combatre trestoutc France,

Quant et seroit ci assemblée.

DUC DF. SOMBRES ET

Je les voy ci de rendonnée,

•A8<*v°. Et s’apressent très fort de nous;

De pieca ne vy assemblée Mieulx en point, je le dy à tous.

Lieutenant, y fauldra que vous Les recepvoir honnestement,

Sans leur montrer aucun coroux,

Mès liesse et csbatcment.

Lors yci y a pose de trompeles d'un couslé cl d'aulre. — Puis dit

aâ.

TALLEROT.

Messeigneurs, Dieu vous dont honneur Et joyc pard tiraillement!

Si vous dont Dieu telle vigueur 19.800

Que puissiez avoir vengement

De voz anentis, tellement

Que à tous temps en soit mémoire.

ESVREüX.

Nous espérons vrayement

De bref avoir sus eux victoire. i«*,8o5

TALLEBOT.

Or çà, messeigneurs, qui vous maine Ne où tirez vous à présent?

Je voy bien, c’est chose certaine,

Que de Baugenci n’est plus riens.

Et que nul de vous n’est dedans >5.810

Ne de Meung, ainsi que je tien;

Si venyons à vous acourant Vous secourir sur toute rien.

ESVREÜX.

Lieutenant, je vous en croy bien Et tous les jours vous alandions: 19,815

Mès n'avons seu trouver moyen.

Que trop pressez esté avons.

Ceux de Meung perdirent leur pont,

Le .xvc. jour de jeuing,

Et lequel y 11’arresta ont Pas deux heures, ce dit chascun.

Puis lendemain, ou point du jour, Nous vindrent bailler ung assault Si orrible que nul séjour Juques au soir, cruel et cliault.

F' S90 »•. Et n’y eut si grant ne si hault Qui nous peust nullement avoir, Par ung moyen soubtil et cault Que nous y fismes, pour tout voir.

Et si vous y eussiez esté,

François estaient tous perduz Sans nulle difficulté,

Que y se trouvèrent dcccuz;

Car bien .vic. furent esleuz D’eulx allez musser en cavernes, Puis sus François vindrent si dru/.

Assailliz d’espieux et jusarmes.

Toutesfois à leur grant puissance Nous ne peusmes résister.

Combien que très bonne défiance Encontr’culx fismes, ne doublez.

De leurs gens occire et tuer1 Furent à grant confusion,

Qu i les convenoit emporter Sus clayes sans remission.

A la fin nous fusines contraint Nous relrairc au port et chasleau.

Et après que tout fut estaint.

Nous parlâmes par ung créneau A eux, et qui leur sembla beau, Que traité de paix accordasmes, Par ung appoinetement nouveau

ijl,83o

iii.hSo

1 Pour occis et tues. Cet emploi de l'inlinitir ou lieu du participe , qui revient fréquemment . nuit beaucoup In clarté du sens.

K* Api rv. Ville et chaste.iu leur lessasmcs.

Puis après nous advisasmes Que de nous tenir dedans Meung N’cstoit pas scur; puis consommasmes En saillir dehors ung chascun,

Pour sauver le peuple commun.

Que tous partirent à la lille Delessans Baugcnci et Meung El pour nous retraire en Yenville.

Si est encore pour le mieux Que nous tous y aillons retraire.

Elle est en pays southeneux Pour nous garder de nul mal faire,

Que elle est ville de frontière En pays plat, de tontes gens":

Ung siège y auroit fort à faire De nous assiger en tous sens.

TALLEBOT.

Ce nous est ung desplaisir grant Que autrement n’avez tenu Ung jour ou deux tant seullement; Vostrc honneur eussiez obtenu Et aveu n’eussiez riens perdu,

Mès eussiez eu honneur et gloire,

Et l’ost des François confondu p Api »*. Eust esté et à nous victoire.

Mès quoy! y n’en fault plus parler; Aller à Yenville nous fault,

Ayllc comme en pourra aller!

Mès de deul tout le cucur me fault Quant je voy que l’onneur dcITault A une si très noble année.

ip.Stto

ip.870

F” Iga

J'en suis si très emeu et chault,

En désirant ma vie iinéc.

D’ESCAJLLES.

Lieutenant, de ce ne vous chault:

De Meung et liaugcnci n’est riens;

Quant nous voudrons de plaid assault Nous les aurons incontinent.

Puisque perduz n’avons nos gens Et qu’i sont sains, la merci Dieu, Ainçois qu’i soit gueres de temps Se vengeront en place et lieu.

FACESTOT.

On ne se doit point esbaïr De Baugenci, qu’i l’ont lessé.

Et n’y ont en riens dcfïailli.

Mes ainçois ont bien prochassé,

Et à leur proüit ont pensé;

Et au déshonneur des François On peut dire qu’i n’ont ousé Assaillir contre les Anglois.

BETEFORT.

En ce fait n’y a que tout bien De leur conseil et leur advis ;

Si ont fait comme gens de bien De lesser là leurs anemis Par promesse et par compromis.

Ce n’est pas por force de guerre;

Mes François si se sont soumis Ad ce qu’il ont voulu requerre.

iy,885

LE M1STEBE DU SIEGE D’OHLEANS.

PREVOST DE PARIS

Tout veu et bien considéré Qu i sont bien de .vil. à .vin. mille, En eux ont mal délibéré El ont bien le corage ville, k* 49* v*. Veu aussi qu’i tenoyent la ville,

Puis à noz gens traicté donner :

A puissans gens y n’est facille En voloir ainsi ordonner.

MESSIRE THOMAS REMETON.

Tallebot, de ce ne vous chaillc ;

Je dy que noz gens ont bien fait.

Y les failli trouver en bataille;

A ung jour leur ost sera déliait Et nostre bon voloir parfait,

Sans que du nostre enportent riens.

Là recongnoistrons leur méfiait.

Comme à la journée des Harans.

TALLEROT.

De dire ne vous veil de riens Contre voz bonnes volantez,

Et à tous voz dis je consans En tous voz faiz et libériez.

Et dont, puisque vous consentez Que à Ycnville nous aillons,

K* A 93 r°. Contre vous ne veil répéter Que voz volantez ne facions;

Mès prie à tous, comment qu'i soit, Chacun se tiengne sus sa garde :

Des aventures nul ne sait.

Pour tant que en se donne garde :

Y ne fault qu’un coup pour tout perdre Ou pour estre victorieux.

Aliotis, et que Dieu bien nous garde 19.960

En ordre tous, jeunes et vieux.

Lors icy y a pose de trompetes tant des Angiois que des François longuement. — Et partiront les Angiois par l'ordonnance de Tallebot. Puis dit

LA PICELLE.

En non Dieu, seigneurs, il est temps De prochacer nos anemiz.

On m’a dit qu’i sont sus les champs En grans pompes et en grans pris,

F* 4g3 v*. Et en oultre que de Paris

Tallebot et plusieurs seigneurs Sont ensemble sus le pays,

En triomphe et en grans honneurs.

Si conseille que nous aillons Courir sur eulx à quelque pris.

Et ainsi faire le devons,

Les suyvre tous, grans et petis.

En plain champ sont, ce m’est advis,

Ainsi comme on m’a rapporté;

Avoir les fault à quelque pris •

En ce beau plaisant jour d’esté.

ALANSON.

Bien suis de ce consentement Que nous y aillons en présence.

De Meung ont fait deppartement, 19.960

Je le say de vrav, sans doubtance,

Que aujourd’uy en ma présence

76 2 LE Ml STERE DU SIEGE D’ORLEANS.

M’a dit ung homme de village Qu’i les a veuz en ordonnance Saillir de Meung et leur bagage.

r fi9* r*. VBNDOSME.

Plus n’en fault tenir de langage,

Partiz sont de Meung voirement,

Et s’en vont à leur avantage Si ne sait on où proprement.

Mès disent qu’i sont largement.

Voire et en belle ordonnance,

Et s’en vont, mès quoy ne comment,

Je ne say en ma conscience.

R1CHEM0NT

J’en ay aucune congnoissance D’un de mes gens qui est venu,

Qui leur départ et contenance De leur fait a aujourd’uy veu ,

Et que ensemble il ont conclu Eulx aller rctrairc en Yen ville;

Et ont lessé Meung deproveu.

Fors seullement ceux de la ville.

K* kgi v'. BASTART D'ORLEANS.

Je l’é bien ainsi ouy dire;

Et vont au devant Tallebot,

Du conte d’Escalles et desire De leur lieutenant Facestot.

Et croy que tous en ung tripot Se doivent trouver tous ensemble;

Qui leur feroit payer l’escot Ce seroit bien fait, ce me semble.

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