JAMET DU TILLAY
Puisque nous volons nestoyer Le pays de ces Anglois ci,
Et que les voyons en gibier,
Pour quoy demoront il ainsi?
Conseille de partir d’ici
Sans plus en parler ne enquerre,
Que à tousjours seront ainsi,
Sans avoir fin de ccste guerre.
AMBROISE DE LORÉ
Y ne les fouit lesser aller Ne en ville ne en village,
Qu’i sont vostres, se vous voilez,
Et y avez grant avantage.
Il n’y a ne bois 11e bocaigc Qui vous nuyse pour les avoir.
Si vous faillez, ce sera dommage.
Et ne les pourrez recouvrer.
DUC D’ALANSON.
Çà, Jehanne, vous voyez assez Que toutes les oppinions Sont conlans que vous parfacez A voz bonnes intcncions;
*o,o'io
Que ce que voudrez nous ferons Sans en plus de parlement faire.
Et tous ensemble nous volons
Du tout vostre plaisir parfaire. mo.o'iS
LA PUCBLLE.
En non Dieu, c'est bien mon advis Que nous y devons tous aller;
Eu plain champs et sus le pays Nous 11e devons point recoller.
Nostre puissance, à vray parler, «o.o5»
Est plus grant qu’elle ne fut onqucs;
Pour tant riens craindre ne veillez Et ne vous esbaysscz doncques.
Sà vous, lieutenant general,
Les gens que vous avez à pris, >0.00:»
Et vous trcstous en general,
Lesquieux vous ont esté commis,
Y n’en fault plus faire de pris Ne vous ordonner nullement;
Faictes comme avez apris : 10.060
Plus ne vous fault d’ordenement.
Mès très bien prier vous voudroye,
La Hire, que vous et voz gens Vous allissiez la droite voye
Vers nos anemis anciens, 00.065
Pour les arrcster sur les champs Par maniéré de déliter,
Qu’i ne s’avansissent pas tant En quelque lieu fortiflier;
Que s’unc fois y sont logez 00.070
En quelque ville, en quelque bourc,
Nous 11e les pourions devoyer
7*if> LE MISTERE DU SIEGE D ORLEANS.
Et nous seroit ung mais destourt.
Mès cnmy les champs, à plain jour,
Que vous les puissiez retenir, 20,075
Ce nous sera ung grant secour r Cit>7 r*. Pour en faire à nostre plaisir.
u H I II K.
Ne vous souciez, j’entant bien;
Devant les vois à ce drader1,
Lesquieux n’osent pas, comme je tien, so.080
Ville ne chasteau regarder
Que je ne les face tarder
Tant que vostre armée soit venue;
Et me fais fort de les garder
Ainsi que les bcrbiz eu mue. 20,085
LA PUCELLE
Or allez, nous allons après , Tout bellement en ordonnance,
En bataille tous par exprès.
Sans que nul de nous trop s’avance.
Et que nului par son oultrance 20,090
Ne perde son pas ne alaine,
Que cela donne grant grevancc,
Grant inconvénient et paine.
Et est par ce que maintcfois
. r A97 v. Plusieurs ont perdu la journée, 30.09&
Mains barons, ducs, contes et roys,
De n’avoir alaine gardée;
Que, quant ce vient à la meslée,
Et que ung hons est hors d’alaine,
' Sic. Serait-ce un verbe fait sur l'anglais dread, terrible, redouté (je vais devant les tenir en respect)?
Sa vertu si est demourée *0.100
Et n’en est sa force certaine.
Lors icv y a pause. — Puis s’en va La H ire visiter les Anglois, et regardent l’un l'autre, et y a pose de trompe tes d’une part et d’autre. — Puis vient le inessagier de La Dire à la Pucellc, cl luy dit
LE UESSAGIER.
Madame, voici les Anglois
Qui sont auprès d’ung gros village ;
Sont lassez, ainsi que je crois,
Mès y sont trestant que c’est rage, io.«o5
En plain champs, sans bois ni bocaigc,
Cuidans dedans le bourc entrer,
F* 4gR r*. Qui est très fort puissant et large Et lequel se nomme Patay.
LA PUCELIE.
Je les voy là tous espanduz Sus les champs, auprès du village,
Mal acostrez et mal vestuz,
Matez de corps et de corage.
Si leur fault garder le passage Que dedans Patay nullement Ne se boutent, que advantage Seroit pour eulx aucunement.
Connestable, je vous supplie Leur aller trancher le chemin.
Que de Patay n’apressent mye,
Mès les tenez qui soient en plain Pour combatre à eux main à main,
Puisque fortune nous demonstre.
Et n’ayez le corage vain.
Mes qui sara rien si le monstre.
Duc d’Aiansou, et vous, Yendosme, Vous tondrez Telle de la destre.
Hicbemont, et vous autres en somme, F*Ai)8 Vous tondrez le costé senestre,
Qui garderont la ville champestre Que les Anglois ne s’i retrayent.
Je voy qu’il y tirent y estre.
Dont leans se forlifliroyent.
Or sus, marchons par ordonnance, Sans soy trop haslcr nullement,
De ceur, de corage et puissance,
Sans avoir peur aucunement;
Et je rn’cn vois premièrement Les assaillir de plaine face.
Or et avoir abondamment Vous gaingnerez en ceste place.
TALLEBOT.
Vous, Faccstot, et vous, d'Escalles, Et vous trestous mes bons amys.
Pour Dieu, tenez vous icy fermes Quant vous voyez voz anemis.
S’une fois vous guaingnez le pris Et que vous ayez la victoire,
François seront si au bas mys Que jaymès n’en sera mémoire.
F* *991». Bien voy que la faulce putin Y est à toute sa baniere;
Que puisse chcoir en ma main!
Elle morra de mort amere,
La faulce vaudoise, sorcière,
Truande et putin publicque,
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•jo.iSu
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ao.i5o
Malleuseuse povre bergcre Qui à telle folie s’aplique !
FACESTOT.
Mectez vous tous en ordonnance,
Que je voy que sur nous s'aprochent.
En bataille et en grant puissance, ao,iGo
Et que furieusement marchent.
Sy congnois que y nous prochassent Et que y requièrent journée :
Fault que leur voloir et menassent
Soit par nous anuyt subjuguée. io,i65
DUC DE SOMBRESSET.
Je voy qu’i sont très grosse armée Et se sont mis en trois parties.
Si requièrent avoir meslée Et batailler à quelque pris.
Noz gens sont matez et pcnsis, *..,170
Que de ce y ne se doubtoyent;
Si fault avoir frans ceur hardis,
Puisque on voit qu’i nous assaillent.
HONüRESFORT.
Lieutenant, faictes arrester
Voz gens en reprenant aiaine; 30.17»
Je doubte que seront basiez Que je les voy enmy la plaine.
La folle y est, qui les amaine Et qui tient toute l’avangarde ,
Qui sera pour nous donner paine 30,180
C’en nostre cas 11e prenons garde.
DUC DE BETESPORT.
Faictcs uoz trompetas sonner Et que chacun à soy entande.
Que y viendront sans séjourner;
Si fault que chascun se deiïandc.
Y sont une très grosse bande Et de propoux délibérez;
K* 5oo r\ A son fait chascun pence et tande Pour encontre eulx résister.
ESCALLES.
Messeigneurs, ayez bon corage Sans vous esbayr nullement,
Que jamès vous n’eustes pillage Où vous amendissiez de tant.
Et ce que vous demandez tant,
Qui vous fait trestant de rudesse, C’est la Pucellc, que je alant.
Pour faire morir à destresse.
PREVOST DE PARIS
De riens ne se fault esbayr.
Pour tant se voyez les François Plus de .vui. mille sans mentir.
Sommes tous bons loyaulx Anglois, Tous les principaulx de hault pris; Ayons tous corage et vigeur,
Que, se plus trois foiz il estois,
P* âoo **• . Si les mectrons nous à doleur.
ROBIN nERON.
• Tallebot, faictes l’avangarde
30,aofi
Et ung chascun vous suyvra;
Escalles sera l’arriére garde Et Facestot o luy sera.
Entre nous autres, on fera Par eilles ce qu’il appartient,
Si croy que victoire on aura Comme à la journée des Harant.
DUC DE SOMBRESSBT.
Dix estoient contre nous ung,
Et si guangnasmes la journée;
Si ne doit s’ebayr aucung Pour vois des François leur armée.
Se n’est rien que vent et fumée De toute leur force et leur dis;
Et, se par nous est consommée, Maistres sommes des fleurs de lis.
F* 5oi r*. THOMAS RBMETON.
Mès se nous avons leur Pucelle Que je voy venir là devant,
Jointe comme une creserelle Et armée d’un harnois blanc,
Vous les verrez aller fuyant Parmy le pays çà et là.
En elle chascun d’eux s’atant;
N’ont espoir que cestuy là.
TALLBBOT.
Messeigneurs, sans plus de langage, Mectez vous trestous en bataille,
Et ayez aussi tous corage A frapper d’estot et de taille.
ao.iiCi
Faictes ung cry, comment qu’il aille,
Les espouentez aucunement, io,»35
Que prestement fault que je y aille Tout le premier frapper dedans.
Lors tous les Anglais feront ung merveilleux cry, et si feront les Fran- K*5ot V. çois. El y a une merveilleuse bataille tant d’un cousit que d’autre. Et toutes trompetes sonneront durant la bataille, main à main; et eniin d’icelle bataille les Anglois seront trestous tuez et en fuicte. Et demeure
debout Tallebot, pris des François, d’EscalIes Et dura la bataille
longuement. Puis enfin la Purclle va parmy les mors qui sont a terre et dit :
l.t PUCELLB.
Messeigncurs et mes bons antys,
Or avons nous eu la victoire
De ces Angloys, noz anemis, ao.a/to
Dont a tousjours sera mémoire.
Sachez que le vray Dieu de gloire L’a volu donner à nous tous;
Ne le veillez autrement croire,
Qu’elle n’est pas venue de vous. *o,»v5
POoar*. Bien .vi. mille, comme je pence.
Sont demeurez mors sur les champs,
Tous gens de grant magnificence,
Nobles chevaliers et puissans.
Et croy s’estoyent les plus vailians ao,a5o
Qui saillirent onc d'Angleterre,
Dont ce pays ci en tous sans En demora en paix sans guerre.
Amenez tous voz prisonniers
A Orléans, ce que pris avez, ao,»55
Sans leur faire nulz destourbiers,
Ne nullement ne les grevez.
Entretenir vous les devez
Selon leur estât noblement,
Ainsi que bien faire savez,
Ne molester nullement.
Je croy que tenez Tallebot,
Qui est lieutenant general, D’Escalles et Facestot,
Qui ne sont pas à mectre aval.
Vous pry leur soyez cordial Sans les traicter de faire elfort, Aussi en especial Sire Gaultier de Hongresfort.
Tous prisonniers vous recommande Que leur soyez douz et traytis ;
Et est vertu très noble et grande Estrc envers cil qui est soumis, Quant il s'est rendu à mercis,
A la deliberacion,
Traiter et mectre à juste pris Par bonne composicion.
ALAMSON.
Dame Jehanne, que dictes vous?
Voici belle desconfiture:
Que mors, que pris, y luy sont tous; Eschappé n’en est créature.
Si non, et est bien d’avanture,
On m’a dit que en grant travail Que Facestot à grant aleurc S’en est fouy juqu’à Gorbeil;
Et croy ne le verrez du mois Venir contre nous faire guerre,
Que la puissance des Angloys Aujourd’uy est rué par terre.
*jtoka65
ao.375
iG.ifco
ao,:t85
Jamès n’yront en Angleterre Bien .vi. mille que voyez mors F”âo3r'. Estanduz lessé là de ferre,
Tous les plus liardiz et plus fors; Puis messire Jehan Tallebol Et aussi le seigneur d’Escalles.
Ne souele que Facestot Qui cmmene ses triqueballes Dedans Corbeil, enmy les halles.
Qui s’est recullé de l’elfort,
Mès n’a pas emmené ses malles.
Non n’a pas messire Hongresfort Ne messire Jehan Rameton, Lcsquicux nous tenons prisonniers.
Plusieurs autres de grant renon,
Qui nous rendront de grans deniers; Et les paines et destourbiers Que par icculx nous avons euz,
De jour et de nuyt en dangiers,
Nous seront de présent renduz.
Desormaiz devra souvenir Es Anglois de cesle journée ,
Que à tousjours mès sans mentir Sera de Patay renommée;
Que leur puissance y est finée.
Et croy que pardurablement F* 5oS »*. En auront malle destinée
Les Anglois, je croy fermement.
u PUCELLE.
Louer en devez haultemenl Le glorieux Dieu et sa mere;
Que c’est luy mesmes proprement
*o.3oo
io,3 10
io,3 1 5
ao.3ao
Qui vous a donné la victoire De ceste besoigne parfaire Ainsi comme vous la voyez,
Ne aultrement ne devez croire :
Conduit nous a et convoyez.
Si nous fault aller à Orléans Et les prisonniers y mener,
Fuis à ces mors commettre gens Qui les veillent tous enterrer,
Et qu’i soyent d’ici hostez
Qu’i ne soyent mengez des bestes,
Ne leurs corps aussi degastez :
Cresticns sont comme vous estes.
VBNDOSME.
Dame Jehanne, onn’y a proveu,
Que les bonnes gens du villaige Y sont desjà à nous venuz,
A qui on a baillé la charge.
Si ne reste plus du veage Que de retourner à Orléans,
Et enmencr nostre bagage,
Noz prisonniers, nous et noz biens.
LA PUCELLE
Or partons donques de présent En louant Dieu de paradis,
Qui nous a fait grâce si grant D’avoir guaingné noz anemis;
Que doresenavant, je vous dis.
Plus sus vous rien ne guaingneront.
Mès désormais de pys en pys Piteusement defineront.
io,3a 5
io,3&5
F' OoA v\
Lors icv trompâtes sonneront. Et s’en yront à Orléans eniiiennant Tallcbol et autres prisonniers et en grant solentpnité. Puis dit