‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 218 sur 222 · I.K SIEUR DR BAUDRINCOORT · texte numérisé non relu

I.K SIEUR DR BAUDRINCOORT

Sire. Pieu qui veut prendre en main voslre querelle, M'a fait vous emmener une jeune Pucelle Pille île peu de nom. mais d’un vaillant eflort,

APPENDICE

Qui a pour son seul chef le Dieu puissant et loti : De sa voix inspirée, et «le son ortlonnanre .

Elle promet de mettre en repus vostre France .

Vous eu rendre l'estai en dechnssanl tous ceux Qui pour le posséder combattent outrngcux.

C'est uu miracle vray. Sire, auriez-vous envie D’oiiir cette pucelie, et ses faits, et sa vie?

CHARLES

Qu'une lille ait fbonneur de ce i|ue tant d'heros Effectuer n'ont peu ? Cela n'est à propos.

BMIMIIKCOVHT

Que Dieu ne puisse bien luy donner la puissance De |iarfaire ce fait? Ce n’est hors de creance.

CHARLES

Pourquoy nous feroil-il un si étrange bien?

BAIIDRIAT.OIJRT.

Pour montrer qu'il peut tout . et les monarques rien.

CHARLES

Un fait contre nature est tousjours rejetable.

• tUODRINCOUBT.

lin lait contre nature est plustosl admirable

CHARLES

Il porte en luy souvent le mensonge inventé.

RACDRIHCOUHT.

Ce qui «le Dieu provient est plein de vérité.

CHARLES

Penser -vous que ce lait provienne de sa «lextre?

RAUDRIKCOURT.

Je leenoy. pour divin en tous actes parestre.

CHARLES

Qui vous en fait juger?

lOo

APPENDICE

BAUDRIACOORT.

IjC pro|K>s , ia fierté

4 l)e la fille inspirée, et sa simplicité.

CHARLES

Un démon seroit bien autheur de cette nise.

BAUDRIRCOURT.

Il n'est |K)inl de démon qui 11e trompe ou abuse.

CHARLES

Pensez-vous qu'il y ait du vray en tout cecv ?

BADDRIACOURT.

Je le cnoy sans douter, et du divin aussy.

■ CHARLES

Une lille auroit donc plus que nous de vaillance 1

BAODRINCOURT.

Dieu exerce où il veut sa divine puissance.

CHARLES

Une fille combalre?

BACDRI.VCOÜRT.

Et combien autrefois

En a I on veu combalre , et défaire des Roys V CHARLES.

Je ne croiray jamais une telle merveille.

BAUDRIKCOURT.

Faut croire ce qu'on void . et qu'on oit par l'oreille.

CHARLES

Une fille remettre en vigueur uostre estât !

BAUDRIKCOURT.

Ce n'est pas une fille, ains c’est Di. u qui combat.

APPENDICE

CHARLES

Ce fait aussi n’est-il à son sexe contraire?

BAIDRINCOIRT.

En tout sexe , en tout âge , et en tout Dieu opéré.

Nicoui Verm'i.ei, publiai eloquentiœ professons in Academia Lovaniensi, Joanna Darcia, vulgo Puella Aurelianensis, trageedia. Lovanii, lypis Phüippi Dormalii, 1 639 , in-8° de 5a f. (en cinq actes et en vers latins).

( Calai. de la Bihliot. dram. de M. de Solcinnc, n* 645.)

Édition très-rare, dédiée nu cardinal de Richelieu, que i'aulcur compare à Jeanne d’Arc.

Nous n’avons point vu celle édition, mais seulement les deux recueils ci-après indiqués dont fait partie Joanna Darcia:

Nicoui Vbas'clei, liistoriographi rcgii, publici elorjuentiæ professons tragrrdiæ decem nunc primuni simul édita1. Lovanii, ap. Joannem Oliverium, et Corn. Coenestenium , 1 63 1 , in- 8".

Ce volume contient dix tragédies, toutes en cinq actes et en vers: Conradinu *, Crispas , Theodoricus, Henrietu octants, seu schisma anglicanum; Joanna Darcia, vulgo Puella Aurelianensis; D. Slanislaus; Ollocarus, Iiohemitc rex ; Thomas Canluarietuis , Divus Euslachius , (lorcomienses.

Editio IP, priore aliquot tragœdiis, nunc primum in lucem editis auclior. Lovanii, i656. (2 vol. in-ia.)

L'auteur se nommait de sou vrai nom Nicolas de Vurnulz; né à Hobelmonl. duché de Luxembourg, en i583, il mourut en 16A9. C’était un écrivain d'une jp-ande fécondité, qui a laissé nombre d'ouvrages politiques, littéraires, religieux, etc.

Lr Pccei.lb d'Orléans, tragédie en prose. Selon la vérité de l’histoire et les rigueurs du théâtre. A Paris, chez François Targa, au premier pillier de la grand’salle du Palais. i64a. Avec privilège du Roy. Pet. in-ia de 167 p.

(BiDI. imp. Y 563a, réserve.)

A la suite du privilège, on lit cette mention: Achevé I imprimer le 11 mars riih a.

Celte pièce est du précieux François Iledclin, abbé d'Aubignac, comme nous l'apprend l'avertissement. Il paraît qu'il en courut des copies manuscrites bien avant la publication, et que, soit du consentement de l’auteur, soit à son insu, sa

APPENDICE

tragédie fut mise eu vers et représentée ainsi en 1 66 1 . Mais l'impression de la prose de l'abbé d’Aubignac précéda de deux mois celle des vers du Renscrade , ou de la Mesnardièrc (car c’est à l’un ou à l'autre qu’on attribue cette espèce de traduction], S’il faut en croire le libraire Targa, il fit imprimer la Pucellc (C Orléans et , la Cijmindf, autre tragédie de l'abbé d'Aubignac, sur des copies qui lui tombèrent entre les mains, sans connaître l'auteur de ces deux ouvrages; ce qu'ayant appris, l'abbé se fâcha.

t Cette piece avec la Cyminde estans presque achevées d'imprimer, dit le libraire, les exemplaires eu furent saisis, et moy poursuivy sur la confiscation. Je fus certes bien surpris de cet accident, mais un peu consolé pourtant d'avoir appris par ce moyen que ces ouvrages estoienl de Monsieur l’abbé Hcdclin.»

Le libraire fil amende honorable, l’abbé se radoucit, et il y a tout lieu de croire qu’il prêta sa plume à Targa pour écrire le curieux avertissement qui précède la pièce. Les comédiens n’y sont pus épargnés, «Ils ne savent lire qu’à grande peine

les rollcs manuscrits La plus grande part n’ayant aucune connaissance

des bonnes lettres, a fait souvent des exclamations pour des inlerrogans ou des ironies, et criaillé quand il fallait modérer sa voix, s etc. etc.

Ils sont signalés encore comme «ignorant l’art des machines et refusant par avarice d’en faire la despcnce.* Par exemple, «au lieu de faire paroistre un Auge dans un grand ciel dont l’ouverture cât fait celle du théâtre, ils l’unt fait venir quelques fois à pied, et quelques fois dans une machine impertinemmeut faite et imperlincmment conduite: au lieu de faire voir dans le renlbndrement et en perspective, l'image de la Puceile au milieu d’un feu allumé et environné d’un grand peuple, comme on leur en avoit enseigné le moyen, ils firent peindre un méchant tableau sans art, sans raison et tout contraire au subjet, s etc.

Dans la Préface sur lu tragédie de la Pucelle que l'abbé d’Aubignac a placée à la suite de l'avertissement se trouve exposé le plan de la pièce avec un commentaire justificatif qui ne laisse pas d'avoir son intérêt.

On y lit, entre autres, ces passages :

«Pour y mettre une intrigue qui donnas! le moyen de faire jouer le lheatre, j'ay supposé que le comte de Wnrvick en esloil amoureux (de Jeanne), et sa femme jalouse: car bien que l'histoire n’en parle point, elle ne dit rien au contraire, de sorte que cela vray-scmblablement a peu estre, les historiens françois l’ayant ignoré, et les Anglois ne l’ayant pas voulu dire.«

Et encore :

«Pour donner de la grâce et de la force au cinquiesme acte, je fnicls que le baron de Talbot, qui n’avoit point esté d'advis de sa mort en vient faire le récit au comte de Warvick extrêmement ailligé et à la comtesse, que le remords de la

APPENDICE

conscience rend insensée. Puis pour jcttcr sur le théâtre In terreur «pii doit clorro cette piece, j'ay advancé le chastiment de trois de ses jyges, dont l’un est chassé, l'autre meurt subitenicul et le troisiesme Irappé dedepre comme elle leur avoil prédit. *

Voici le début de la pièce:

L'AXGR. u PCCBLl.B.

(I.e ciel s’ouvre par un grand esclair. et l’Ange parois! sur une maebine eslevée. )

l.'A'GB.

Fille du ciel , incomparable Pucellc , puissant et miraculeux secours de Ion prince . voy tes prisons qui s’ouvrent, et tes choisîtes qui se brisent, sors, sors à la faveur des divines lumières qui t'environnent , et viens apprendre icy quel doit estre le dernier acte de la générosité et le comble de ta gloire.

LA l'CCHLLK.

Quels mouvements célestes délivrent mon corps de la captivité qui le presse, et donnent à mou aine une si sensible jove ? Est-ce donc toy, sacré Tutélaire de nia vie. Interprète secret des volonté?, du Dieu vivant? parie seulement et j’obey.

F*c duc de Somerset reproche ainsi au comte de Warvick les sentiments trop favorables que lui inspire la Pucelle :

ut DUC.

Enfin. Comte, rostre faveur envers celte sorcière csclallc à mon advis un peu trop.

Page 1