LE SIRE DR FAUQUAMBERGE
Durant que nous avons loisir, N’arcstons plus ne tant ne quant.
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Il ne nous fault plus cy tenir;
# Partons d’icy, il en est temps.
SALLEBRY.
Messagier, va^egierement A Roan, sans faire demeure,
Et fais bien mon commandement.
Sans arrester ne pas ne neure.
Tu t’en yras de grant alcure Au sire Tallebot noncer Comment, mais que Dieu nous secourre, Nous arriverons demain au soir.
LE MESSAGIER
Vostre messaige tout au long Acompliray, mon très chier sire.
Devant les princes qui là sont,
Je leur sauray à tous bien dire.
A eulx je m’en voys, droit de tire, «65
Dénoncer voz bonnes nouvelles.
SAU.EBRY.
Or, fais tant qu’il doyc suffire, .*
Car ilz seront joyeulx d’icelles.
Pose. — Et va le messagier, qui dit : •
MESSAGIER
Voylà le prince Tallebot,
Avecques des seigneurs foison , 670
Et le sire de Hougresfort,
Qui est prince de grand renom;
Fuis y est ce noble baron,
Le vaillant duc de Sombrcset,
Avecques des princes de nom , • 675
F* 17 «*• • Qui sont en armes tout parfait.
■ Très liaulx et très puissans seigneurs,
Sallebry devers vous m’envie.
Et autres notables greigneurs.
Qui viennent vers vous à grant joye, 6so
• Lesquelz se sont tous mis en voye.
Pour vous donner joye et confort;
Et si y est, qui les convoyé,
Le puissant conte de Suflort.
Enchargé m’ont que je vous dye <.sr.
Que demain ilz arriveront,
Avec notable conipaignic,
Et tous les seigneurs qui là sont.
A vous tous, messeigneurs barons.
Je vous dénoncé mon messaige, C90
Ainsi que commandé le m’ont Tous les seigneurs du barnaige.
LE DUC DE SOMBRKSKT
Pour te respondre en brief langaige.
Amy, tu soyes le bien venu ;
Joyeulx je suis de ton voyaige, <»/>
Que tu nous a cy recongnu.
Saiche qu’il n’est grant ne menu Qu’il ne soit joyeulx de la chose.
Et ung chascun d’eulx sera receu
K* 17 '*• A grant joye, je le suppose. -,
Que dictes vous, seigneurs barons?
Voicy les princes de la terre,
Qui devers vous venuz ilz sont.
Pour nous secourir à la guerre.
Je croy qu’il n’est dessus la terre ;o&
Plus puissant ost que nous aurons.
LF. MISTERE DU SIEGE D’ORLEANS.
Et est tout lu fleur d’Engleterre,
Ainsi que nous espérons.
TALLEBOT.
A grant joye receuz seront De par nous, et leur seigneurie, 71» ■
Que je congnois bien qu’i y sont Une très noble compaignie. .
Faire leur devons chiere lye Et les recevoir de bon cueur;
C’est la fleur de chevalerie, 71»
Et aussi gens de grant valleur.
LE SIRE DE HONGRESFORT
Ce sont gens de bien et d’honneur, .
De proesse et de vaillautise,
Et de hardyesse la fleur,
Pour faire une bonne entreprise. 7*"
Nous pourrons bien à nostre guise Faire d’ores en avant de France,
Et entre noz mains sera mise.
Sans aucune resistence.
LE DUC DE SOMBRESET
Messagier, va toust et t’avance, 7*&
Pour aller leur dire au devant Que nous avons rejoissance,
Et qu’i soient les bien venant.
Si sommes icy attendant
Pour les recevoir à grant joye, 73»
Et sommes très fort désirant,
Qu’i nous est bien tart qu’on les voye.
MESSAGIER
Je m’en revoys la droicte voye,
Mes chiers seigneurs, ne doublez pas,
Et, tant que devers eulx je soye, 730
Je n'aresteray heure ne pas;
Lesquelz auront joye et soûlas De vostre très bonne responce.
TALLEBOT.
Messagier, va et n’oublye pas.
Et noz nouvelles leur dénoncé. 7A0
Pose. -
- S’en va le messagier et puis dit
MESSAGIER
Puissans seigneurs et redoublez,
De Rouan je suis revenu.
Et là j’ay trouvé, ne doubtez.
Où j’ay esté le bien venu.
De tous les princes j’ay congnu 7 i5
Qu’i désirent vostre venue.
Et joyculx sont, grant et menu, *
Quant vostre nouvelle ilz ont sceue.
SALLEBRY.
Tu es messagier de vallue,
Dont tu as fait grant diligence. 70»
Messeigneurs , à nostre venue Mectons nous tous en ordonnance.
Là devant, voyez en presence
Roan, la fleur de Normandie, .•
Nostre séjour, nostre esperanCe. 755
Et où chascun (le nous se fye.
Les princes sont qui nous attendent.
Qui sont fort joyeux de nous veois , *
Et croy bien qu’i nous y demandent,
H y a passé quatre mois. 760
Ci pourrons nous, à cesle l'oiz,
Bien vengier de noz anemis.
Encontre contes, duez ou roys.
Mais que nous l’ayons entrepris.
Je ne croy pas qui soit pays 765
Qui nous donne resistence,
Ne qu’il y ait gens si hardis Qui attendent nostre puissance.
MESSIRE GUILLAUME DE LA POLLE
Mcsscigneurs, faisons diligence,
Voy là les princes au devant, 770
Qui viennent en grant aliance;
Saluer les fault bonnement.
Dont icy y a longue pause. — Et viennent au devant l'un du l'autre; puis dit
LE DUC DE SOMBRESET
Messeigneurs et noz bons amys,
Vous soyez tous les biens venuz.
Long temps y a qu’en ce pays 775
En 1 vous a toujours atendus.
SALLEBRY.
Nous fussions plus toust revenuz.
Mais nous avons eu à faire
En pour Ou.
LE MISTERE DU SIEGE D ORLEA.NS.
D’aucuns faiz qui sont survenuz
A nostre roy plein de bonn’airc. 780
. TALLEBOT.
Comment se porte nostre roy?
* Que dit il? Fait il bonne ohiere?
Nous sommes cy en son aflaire.
Pour le servir de bonne foy.
LF, SI RK DE FAUQUAMHERGE.
Par voz bcaulx faiz, comme je crov. 780
Ne trouverra nully contraire.
F* -Kl I*. LE DUC DE SOMBRESF.T.
Comment se porte nostre roy?
TALLEBOT.
Que dit il? Fait il bonne chiere?
MESSIRE JEHAN DE LA POLLK
Il n’a cause d’estre en esmoy.
Dieu mercy, par vostre exemplaire, 790
Quant ainsi luy voulez retrairc Ce qui ly appartient à soy.
LE SIRE DK HONGRESFORT
Comment se porte nostre roy?
Que dit il? Fait il bonne chiere?
Nous sommes cy eu son alfaire, -y<
Pour le servir de bonne foy. ^
LF. DUC DK SOMBRKSKT Il u’v a celuy, je le croy,
Qui autrement le vueille faire, li n’est point plus notable roy ; Pareillement estoit son pere,
Le plus preux qui portast bannière.
Ne qui fut onques sur la terre;
Le plus vaillant dont soit mémoire.
Qui saillit oneques d’Angleterre.
MESSIRK GUILLAUME DE LA FOLLE
N’y avoit que luy pour conquerre, Ne à vaincre ses anemys.
Vous avez veu que, par sa guerre.
11 a toute France soubz mis,
Et si en a du tout desmis Charles, soy disant roy de France, Et sa grant ville de Paris,
L'a mise en son obéissance.
GLACIDES.
En luy estoit toute vaillance.
Proesse et toute vertu ;
Pour ceste heure eust toute France, S’il euist encoires ung peu vescu ; Mais j’espoir, à l’ayde de Dieu,
Que, avant l’année soit passée.
Il n’y aura place ne lieu Qui ne soit à nous subjuguée.
MESSIRE JEHAN UC LA FOLLE
La chose est très bien coinmaucée, Et avons bon commancement;
Mais, messeigneurs, si vous agrée.
Je conseilleroie bonnement
Qu’on se repose piaillement,
Jusques à demain le malin;
Puis après ferons parlement De noz alfaires plus à plain.
LF. DUC DE BETEFORT.
C’est bien dit; (jiie en son repaire Cliascun s’en voise reposer.
El en son logcis sov rctrairc.
Pour son corps bien disposer.
Demain l’on pourra propposer De noz affaires plus à plain ,
Et tous ensemble en composer.
A Dieu tous, jusques à demain.
Sî3
F’,*i i*. Gliascun se ti[rc]ra en son ticu, et y a pause longue. — Et puis dit
LF. DUC DE S OMBRES ET
Marcbeault, es tu point icv?
Leve sus toust, legiercment.
MARCHEAULT.
Etoyl, monseigneur, me voicy, Tout prest à vo commandement.
LE DUC DE SOMBRESET
Va-t-en dire premièrement Au bon conte de Sallebry,
Que viengne à nou? présentement.
^Et aux autres seigneurs aussi.
En luy disant que je luy prie <85
Que tous ceulx qui sont arrivés Nagucres en sa compaignie,
Comme à noz amys privez,
Qu’il leur plaise eulx tous trouver .
Prestement en nostre cliasteau.
F* aa r\ • MESSAGIER.
Je in’v en voys sans arrcsler.
Je l’accompliray bien et beau.
Pose. — Lors vient et dit
MESSAGIER
Très chier et rcdoubté seigneur,
Je vous viens annoncer messaige, De par le duc, prince donneur,
Qui est garny d’un gent couraige.
Si est très noble prince et saige Le vaillant duc de Sombreset ,
• Qui vous mande, en brief langaige, Aillez ou chasteau où il est;
Lequel m’a dit que je vous dye Que les princes qui sont venuz Avecques vous en compaignie,
Que pas vous n’en retenez nulz, Que les menez, gratis et menuz,
Ne scay pour quelle cause c’est.
Pose.
F* aa v‘.
SALLBBRY.
Y ne luy seront retenuz,
Dy luy que nous sommes tous prest.
MESSAGIER
Monseigneur, j'ay fait par exprès A tous vostre commandement;
Viennent devers vous, sans arrest,
Vous obeyr entièrement.
LE DUC DE SOMBRESET
Tu as bien fait certainement, .
Je suis joyeulx de leur venue.
Trompetcs, sonnez vistement,
En attendant leur survenue.
Après la pose des trompetcs dira
SALLEBRY.
Messeigneurs , il nous fault aller Au chasteau, tout présentement,
Là, de nos bcsoignes parler A messeigneur9 entièrement. *>»<>
N arrestons icy longuement;
F* a3 r*. Car il nous a esté mandé,
Et puis trestous assemblement Verrons qui sera ordonné.
LE SIRE GUILLAUME DE LA POLLK
Vous dictez bien, allons y tous,
Sans faire cy plus de demeure,
Que il ne tiengne à nul de nous,
Et y allons tou9 de ceste heure.
Il est temps que Dieu nous- secourre
De penser du fait de la guerre, *»!>«
Et que chascun bien y labeure;
Car c’est ce que devons requerre.
LE SEIGNEUR D’KSCALLES.
Vous dictes toute vérité,
Le séjour ne prouffite mye.
Durant ia prospérité, 895
Navons point la chiere endormye;
Allons devers la seigneurie,
Quelle nous attend dès pieça.