‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 43 sur 222 · LE I · texte numérisé non relu

LE I

Se tu nous bailles des abuz,

Je croy que tu auras le pire.

LE If.

Allons le dont mener, de tire,

F’ 87 »•. Devers messeigneurs les bourgeois;

Que, s’il est vray, c’est bien pour rire 3&ss

Et prouiüt pour tous les François. *

Puis amènent devant le receveur de la ville le messagicr, el y a pause. — Puis dit

1 Menons luy, lisez menons l'y.

LE Hl\

Messcignéurs, voicy ung Anglois Que nous avons pris là dehors, Lequel, ainsi connue je crois"

Pour les François fait bon rapport. Pour sauver sa vie ou son corps.

Pour quoy il le fait je ne scay,

Mais dit de vray et se tient fort Que Sallebry est trespassé.

LE RECEVEUR

Mon amy, tu es dont Angloys, Venu en la grant compaignie ?

Dy mov le voir, là où tu vois,

Ne quel lieu ne en quelle partie; Aussy que tu ne mentes mie,

Mais dire toute vérité,

Je te pronfès sauver la vie,

Te renvoyer en seurcté.

* Et dy, quant party tu de l’oust?

Dy le moy icy, je te prie,

Et là où tu t’en voys si toust.

Ne par devant quel seigneurie,

Et à qui tu es, ne mens mie.

Pareillement de Sallebry N’en parles point en mocquerie,

Ne n’en dy riens que bien dejuy.

MESSAGIBR.

Messeigneurs, je vous certiffie Que Glasidas si est mon maistre, Lequel m’envoye en Normendie

A Tallebot faire congnoistre Comment que, par une fenestre, SaUebry a esté frappé D’un canon, qui par la joue destre L’a piteusement atrappé.

LE RECEVEUR

Ce que tu dis je ne puis croire.

Que, dimenche derrcnierement,

De noz Tourelles eust victoire.

Et tous ses genz entièrement.

Trois jours y a tant seulement.

Onques puis ne fut fait bataille, Entendre ne puis bonnement.

Que tu ne dis chose qui vaille.

MESSAGIER

Monseigneur, il est tout certain Que, dimenche au soir proprement, Voult voir la ville plus à plain, Avecques mou maistre vrayement;

Et ainsi qu’en la regardant,

D’une tour saillit ung canon.

Qui le vint frapper droictement Parmy la joue et le menton.

Celle nuyt, fut mené à Meung,

Le cuidant bonnement guérir:

Mais, pour vérité, ung chasctin Dit qu’on l’a veu ensevelir.

Dont noz seigneurs, sans en mentir, En font tant de dueil que c’est rage. Qu’i ne savent que devenir,

Tant est de deul en leur coraige ;

Et n’a plus duré que trois jours,

Ce mercredi matin est mort.

LE RECEVEUR

Les Ànglois en font grant couroux, S’il est vray, et grant desconfort.

. MESSAG1RR.

Je vueil morir sans nul depport,

S’i n’est vray, en ma conscience.

LE RECEVEUR

Nonobstant, soit droit ou tort,

Tu auras plaine délivrance.

. LE MESSAG1ER.

Monseigneur, de vostre presence

Je prens congié, puis qu’i vous plaist.

LE RECEVEUR

Tu n’auras mal ne viollence,

Va t’en, sans plus faire d’arrest.

Puis s’^n va lout joyeulx, et y a pause. — Puis dit

LE RECEVEUR

Messeigneurs, vous voyez que c’est Des nouvelles de ce messaige;

Bien -devons du cueur, par exprès, Louer Dieu et de bon coraige.

LE SIRE DE VILLARS

Pour voir, je ne fais nulle doubte Qu'i ne soit mort certainement.

Que il eut esté en escoute,

lao LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Sans faire effroy aucunement;

p 89 »*. Mais esbay suis grandement

Du jour qu’i dit que fut frappé D’un coup de canon vrayement;

Se 1 soir n’en fut point cschappé.

LE SIRE DE SAINTRAILLES

Je m’esbays d’ont cecy vient.

Nous fault aller sur la muraille;

De noz canons ne s’en fault riens.

Et ne croy pas que ung s’en faille.

Sont tous chargez, pretz en bataille.

Dès le dimanche après disner;

Dont fault que le garson se raille,

Qu’i le face pour se moquer.

MESSIRE MATHIAS

Je vous diray, allons y voir, ,

Et y menons les canonniers,

Qui ont la charge à y prou voir.

Et qui y sont officiers.

La vérité vous congnoistriés Par ce point; le voir ou mensonge Chascun en dira voulentiers,

Et pour s’en donner la loucnge.

LE RECEVEUR

Sus dont, raesseigneurs, or allons.

Que ce fait n’est pas peu de chose;

F* 90 r*, Cea Sallebry perdu il ont,

Y sont troublez, je le suppose.

1 pour ce. •

’ Ce jMHir te, si.

POTON

Messeigncurs, bien dire vous ose Qu’il ont aucune affliction,

Mon cueur le dit et le proppose,

Ou bien mauvaise iuteucion. 35<(o

Fuis vont sur la muraille, et y a pause; — et regardent partout les canonniers, et trouvent le canon de la tour Nostre Dame, auquel il n'y a riens dedans; et puis

dit

LE RECEVEUR

Messeigneurs, voicy ung canon,

Qui est en la tour Nostre Dame,

Auquel riens trouvé nous n’avon.

Dont le maistre en doit avoir blasme.

S’i convenoit cryer à l’arme, S5g5

Ou que nous eussions quelque assnult*

Ce nous seroit vilain diffame,

Et aux maistres très grant deffault.

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