‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 70 sur 222 · LE SIRE D’ESCALES · texte numérisé non relu

LE SIRE D’ESCALES

Messcigneurs, que chascun entende Qu'i n’y faille plus retourner;

Se vous faillez de ceste bende,

A peine pourrez recouvrer.

Pensez de tout perdre ou ovoir.

En si très notable puissance,

Au inonde en pourroit on trouver Armée de si liaulte exccllancc?

MESSIIIE JEHAN DE LA POLLE.

Quant à moy, je ne fais nulle double

Que ne soyons victorieux, r>:>n<.

Et que n’ayons en somme toute

Tous les François, jeunes et vieulx.

Ne jamès parlé ne sera d'euix , k* i38 t'. Se chascun vicult faire devoir.

Soyons donc hardiz, vertueux,

Orléans sera en vostre manoir.

LANCELOT DE LISLE

Sà, messcigneurs, quant vous vouidrez Voicy voz gens en ordonnance.

Quant il vous plaisa, assaudrez Orléans, et à vostre plaisance.

Voy les cy en vostre presence.

Et les voyez tous en grant point De haches, d’espées et de lance,

Arcqs, arbalcstres et engins.

TALLEBOT.

Or sus, trompetes et clairons, .r>3<,5

Sonnez pour assembler l’armée,

Adfin que ensemble nous partions Et y allons d’une assemblée.

Faisans grant hue, de randonnée1,

Grant hue, grande huée, grand bruit; d'nù hueher, synonyme de huer.-— Ile rcndonner. vivement, rapidement.

Pour vos encmis espovcnter,

Qui convient en cestc journée Que les François vous surmontez.

Lors les Irompetes sonneront des Anglois, et s'assembleront pour Orléans. Puis dit

F* i3y r*. Ut BASTAItD D’OllLKANS.

Seigneurs, en toute diligence Armez vous tous inconlinant.

On m’a rapporté en présence Anglois font grant amast de gens Et en point pour tenir les rans.

Si croy que y nous assauidront.

Pour ce soyez tous dilligens,

Hommes, femmes et citoyens.

LA HIHtt.

Monseigneur, ainsi que j’enlend,

Aujourd’uy ont iutencion Assaillir la ville d’Orléans,

Et. la mectre à destruction ;

El leur deliberacion

Est de mectrc à feu et à sang.

Sans ch avoir remission,

Ainsi que chascun d’eulx prétend.

SAINTK SUAIItit.

Seigneurs, que chascun preigne garde A soy, et monter sus les murs,

Et ung chascun voysc en sa garde.

Pour soy garder des premiers heurs.

Oultre plus, entre vous, seigneurs F* t3y *\ Et gens d’armes, conscilleroye

56ou

venir assaillir

56ofi

56qo

De saillir hors en grant fureurs sr>as

Pour résister à leur voye.

CHABANNBS.

Pour voir, entre nous gens de guerre Nous convient saillir au devant,

Pour les garder de prendre terre.

Et qu’i ne viengnent plus avant. 56So

Que s’i vous estoient surprenant,

Nous pourrions bien estre en dangier.

Et de ne venir pas à tant

Pour nous donner grant destourbier.

POTON

Messeigneurs, pour tout abréger, :>6S5

Y nous convient tous saillir hors.

Se voyent que vous ne vous bougez,

Contre vous se tiendront plus forts.

Cependant, ferez vous elîors

De bien garder vostre muraille; 5fiào

Se nous ne sommes assez fors.

Retrayons nous de la bataille.

THBAULDE DE VALLEPAIGNB.

Je ne scay comment on l’entend ,

F* iAo Ne m’en saroye conseiller;

C’est ung conseil doubteux et pesant 56*5

Et dangereux, à mon cuider.

Se d’avanture vous saillez Et contre eulx ne soyez puissant,

Vous ne vous pourrez recullcr

De la presse bien aisément. 565n

LE SIRE DE VILLARS

Messeigneurs, de vouloir saillir C’est bien fait de résister;

Mais y ne fauldroit pas faillir,

Que vous ne peussiez retourner.

S’il advenoit que vous perdez 5655

Et que ne fussiez les plus fors.

Vous y estes tous dcmorez,

Et finalement trestous mors.

MESSIRB MATHIAS.

Messeigneurs , se nous vous perdions,

H aroient de legier la ville; 566o

Y vault mieuix que nous demeurions Sans saillir ainsi à la fille.

Y sont plus de quarante mille,

Et tous les jours leur vient secours;

Gardons bien nostre domicilie 5665

F* i4o »'• Et nostre muraille et noz tours.

LE SIRE DE GUITRY

H me semble que de saillir, ^

Messeigneurs, que ce seroif simplesse;

Que, s’i vous convenoit faillir,

Vous leur donricz granl hardiesse, 5670

Et vous pourroient mectre en presse.

Quant vous vouldriez n’en saillir pas;

Et de perdre telle noblesse,

Le royaulme en seroit bien mis bas.

LE SIRE DE SAINTRAILLES

11 ne faull tant craindre et doubter '1675

LE MISTEllE DU SIEGE. D’ORLEA.VS.

N'en faire difficulté ;

Que, se y voyent que les doublez.

Plus vous feront de cruaulté,

Et plus leur niaise volonté Ce croistra de plus vous mal faire. Disans que hors de voslre hosté Vous n’oseriez saillir ne traire.

le sine UK B OEIL.

En guerre nulluy ne doit craindre Ne nul n’oseroil nul beau fait faire;

Aussi nulluy ne se doit faindre,

Mais tousjours acquérir victoire.

Se vous saillez, sera mémoire Que vous serez preux et hardis.

Et craindront plus de vous malfaire Cent fois que vous soyez faintis.

LE BASTARD D ORLEANS

Mes bons seigneurs, grans et petiz.

Meclez vous tous en ordonnance,

Soyez tous vaillans et hardis Et tous rcg)pliz de grant vaillance.

Monstrez icy vostre puissance Et allons tous audevant d’eulx;

Se nous voyons resistence.

Nous retournerons tous en noz lieux.

Entre vous, bourgeois de la ville,

Faictes bon guet sur la muraille;

Que chascun de vous soit habille Et que chascun monstre qui vaille.

Gardez que le cueur ne vous faille Allencontre voz anemis,

El frappez d’estoc et de taille, 570B

Vous ne serez jamèa soubzmis.

Admit icy les trompetes sonnei'unt t;m( des Anglois que des François; et viendront corageusemcnt les Anglois contre les François, qui K* 1 4 1 v*. seront sailliz de la ville; et y aura grant bruit et fait d’armes les ungs contre les autres; et sonnera le baiïray de la ville sans cesser durant la bataille, tellement que les François reculleront jusque» dedans leur ville . et le sieur Facetot viendra planter son estandart sur la (love des Toussez; et cscbelleronl les murailles, et de traict grant force, d’une part et d’autre, tellement que, en la fin, les Anglois retrnvront en leurs tantes et bastilles. Puis dit

LE BASTARD D'ORLEANS

Çà, messeigneurs, retrayez vous Et pensez de vous refraschir.

Si prenez ung peu de repoux

Pour voz grans travaulx alegir. «710

Je voy les Anglois départir,

Eulx retraire dedans leurs tentes.

Ne scay s’i veullcnt revenir;

Guet nous fault en chemins et sentes.

Pose. — Puis dit

LE BASTARD D’ORLEANS

Nous avons esté debatuz :'7,n

F* 169 r\ Par ces Anglois cruellement :

Mès nous nous sommes deffenduz.

Dieu mercy, bien et grandement.

Que nous avons resistamment

Obtenu contre leur emprise, 37»°

Que y pensoient bien fermement A venir à leur entreprise.

■lîh

LA MIRE

JY: cuidé aujourd’uy voir l’eure Que la ville estoit en dangier;

Ne failioit que ung coup de maleure 57*1

Pour nous griefinent dommager.

James ne les vy arrenger

Ne mieulx en plus grant ordonnance,

Et, pour tout dire et abréger,

Hz se sont trouvez grant puissance. 5730

SAINTE SL’AIRE

Mcsseigneurs, il me semble advis On doit aller devers le Roy,

Gens entendus et bien apris,

Pour luy remonstrer le desroy

Que nous sommes cy à le boy 0735

Sans oser les portes saillir;

Luy requérant que sans deloy Y luy plaise nous secourir.

r »*. CIIABANNES.

il est bien expédient

A y aller, comme il me semble, à-;Uo

Remonstrer l’inconvenient

Que povons avoir tous ensemble.

En l’ost des Anglois s’i assemble Des gens d’armes de toutes parts.

Puis prennent en nous mauvais exemple, 5745

Je voy que nous ne croissons pas.

THEAÜLDE DE VALLEPAIGNB.

Nous appetissons tous les jours,

Sic. Probablement & l'aboi, aux abois.

Les ungs sont mors, autres blessez,

Nous n’avons de nulluy secours Ne qui nous puissent ayder.

Si est bien, selon mon cuider.

Au Roy aller diligauunent Et tout le cas luv remonslrer,

La peine, le grief, le tonnent.

LE SIRE DE VILLAHS

Messeigneurs , c'est bien advisé.

Y envoyer de gens de bien,

Ainsi que avez propposé,

Faire le fault sur toute rien,

Luv remonstrer quoy et combien Et luy faire tout assavoir,

Le travail, la peine et i'ahan Qu’i fault tous les jours recevoir.

SAINTRAILLES

(.le cas cy n'est pas peu de chose De perdre une ytelle cité.

Vous voyez comme elle est enclose D’Englois, en grant adversité,

Tout le pays en vérité,

Beaugenci, Meung, Saint Loup, Jargueau, La Sauloigne d’aultre cousté;

11 ont en leurs mains terre et eau.

LE SIRE DE GUITRY

Nous ne pourrions résister Longuement à leur grant puissance,

Qu’i leur vient gens de tous cousiez.

Incessamment, de toute France.

fi76o

Avoir en pevent à leur plaisance, Paris, Flandres et Picardie;

Nostre cas est en granl doubtance Et en dangier, je vous aflic. •

POTON

Quant au regart de leur puissance Ne fault acomparoir la nostre :

En celu n’a nulle apparence ,

Gliascun scet ({lie la leur passe oultre; Et pour tout acomplir et soudre,

Il est bien de necccssité Que nostre bon roy et le vostre Luy soit tout ce cas recité.

MKSSIRE MATHIAS.

Messcigneurs, vous avez bien dit,

Y envoyer c’est bien raison.

Ordonnez à vostre appétit •

Pour y aller qui sera bon.

Vous estes tous princes de nom.

Et n'est nul qui bien ne le face.

Su disant, de noble maison Autant qu’on peut trouver en place.

LE BASTARD D’ORI.EANS

Très nobles et vaillans seigneurs.

Puis que vous plaist, nous envoyrons Au Roy dénoncer nos labeurs Et les affaires que avons.

Dont, pour y aller, nous prendrons Le vaillant sire de Villars ,

Poton, son frere, en baillerons Toute la charge hault et bas.

Après nie semble qu’i seroit bon • .

D'envoyer en l’oust des Anglois

Un herault, gentil compagnon , 58o5

Pour parler à eulx et les voir.

Et que puissons tant faire ainçois Avoir d’eux treves pour parler,

Comme de deux jours ou de trois,

£eullement à parlementer. ' 58i<>

LE SiRE UE VILLARS.

La chose seroit bien licite De treves avoir vraycmcnt.

Et pour faire aussi la poursuite Des mors et leur enterrement,

Et pour savoir aucunement '>8i5

De leur très mauvaise entreprise,

Adfin qu’on y peust bonnement

Y penser et qu’on y advise.

Oultre plus, si vous plaist, la charge A aultre que moy baillerez M*o

D'aller au Roy très noble et saige;

Autrement en disposerez,

Que entre vous, comme savez,

Y sont que moy plus suffisant :

S’i vous plaist, vous en depporterez 5**5

Et en commectcz plus (luisant.

PO TON

De moy aussi pareillement;

Que vous estes tous plus expers Que je ne suy certainement;

Donques vous en depporter est. 58So

An seurplus, je croy que bon est

Dr parlementer aux Anglois;

On pourra savoir loing ou près De leur secret, comme je crois.

saintraiu.es.

Entre vous vous m’avez esleu ,

C’est pour aller devers le Roy.

Je vous pry qu’un autre en ce lieu Vous prenez plus expert que moy;

Puis après, ainsi que je voy,

Treves vous devez demander.

Pour savoir d’eulx, comme je croy.

Ainsi comme bien l’entendez.

LA HIRK.

Messeigneurs, vous estes esleuz.

Poton, Saintrailles et Yillars:

Assez savez les contenuz Du gouvernement et estas.

Au Roy luy compterez le cas Que ne vous en fault jà rien dire;

Vous luy raconterez liault et bas.

Ainsi que le cas le desire.

En oultre, treves nous devons Demander, et est bien raison.

Qu i demandent nous ne savons Ne qui est leur occasion ,

Ouyr parler nous les devoti,

Et nul mal ne nous en peut estre.

Riens n’en ferons se ne vouion,

Ny n’en seront jà plus grant maistre.

SUAIRE

Messeigneurs, faictes diligence

JiS'io

bHhb

58âo

De partir très diligamment,

Sans plus cy faire deinourance, Nous vous en prions humblement; Que se le Roy aucunement Nous peut envoyer du secours.

Vous luy prirez que briefvement Que ce soit et bien en brief jours.

Et cependant, vous envoycrcz Devers les Anglois ung herault Pour les mors qui gisent là hault, Adfin qu’i soient mis en sault;

Et avccques ce leur offrez A ung ou deux de leur consault Vous voulez bien parlementer.

CHABANNES

La chose est bien raisonnable Demander trêves voirement,

Tel temps que leur sera agréable.

Deux ou trois jours tant seullement.

Ou, s'i veullent, plus largement; Vous vous en rapporterez à eulx.

Aussi de faire parlement,

De chascune part ung ou deux.

. themi.de de villbpaigne.

Envoyez y présentement

Ung herault qui soit bien propice

Pour parler à eulx proprement.

Et tout selon vostre notice.

Expert à faire l’office,

Qu’i ne le puissent point reprendre

fi8t>o

De chose et à nous préjudice,

Més luy baillerez à entendre.

Page 1