‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 77 sur 222 · LANCELOT · texte numérisé non relu

LANCELOT

Puisque c’est dont vostre plaisir,

fiySo

Je n’y vueil en riens contredire;

Mais vueil le voyage acomplir Sans vous voloir en riens desdire.

Vers les François, tout droit, de tire,

Vois à eulx pour parlementer; s«<)5

Puisqu’i vous a pieu moy eslire,

Vueil acomplir voz volentez.

Lors y a pause. — Et les heraulx d'une part et d'autre yront devant l'un l’autre; ce pendant les mors seront recueillis. Puis dit

LA MIRE

Messeigneurs nobles et vaillant,

Pour Pointeur de vostre noblesse,

Salut à vous tous je vous rends, r>3«o

Et à toute vostre gentillesse.

Devers vous cy présent maistresse.

Pour vous voloir dire et noncer F* iss»*. Par les François plains de proesse.

En deux motz vous vueil prononcer : f>3o»

Premièrement, dire vous vueil Que vous avez en Englctcrre Le duc d’Orléans en grant traveil,

Prisonnier dedans vostre terre;

Lequel vous a volu requerre 63io

Que en son pays n’en ses lieux Ne luy feissiez aucun mal erre.

Et que luy fussiez gracieux.

Et pour certain luy accordastes

Que à Orléans mal ne fériés, 63i5

Et sur les sains vous luy jurastes

Et luy promistes voulenticrs.

Or est il que cinq mois entiers Vous estes devant ceste ville.

Pour y faire des destourbiers Chascun jour à cent et à mille.

Puis après, comme vous savez,

Trêves vous avons demandées;

Dont voulcntiers les nous avez Libéralement accordées,

Bien brèves, qui seront finées Sans avoir loisir et espasse De bien declairer ses pensées;

. Pourtant fault que chascun s'en passe.

Mais, pour abréger, s’i vous plaist, v* iss r*. Départirez devant Orléans,

Sans y faire mal loing ne près Et sans autre inconvénient.

Nostre duc très noble et puissant Est en voz mains, si le savez;

Vous ne devez du remenant.

Se me semble, point le grever.

Mais que i soit venu, j’espere Que vous serez de luy contant.

Sans luy faire aucun vitupère A sa personne n’en ses biens,

A sa terre, ne tant ne quant;

Et n’y acquerrez jà honneur.

Voloir le corps, voloir les biens C’est fait à prince grant rigueur.

Pour donques vous deppartirez Des environs de ceste terre,

El de bref vous vous en yrez En vostre pays d’Englcterre.

Vous n’avez avoir ne acquerre A Orléans, c’est la vérité,

Kl y venez à tort le querre.

Contre bon droit et équité.

UNCELOT DE LfSLE.

Je vous ay escouté parler Et avez dit ce qui vous plaist :

Treves vous avons accordez.

Ainsi comme de raison est;

Puis dictes que par exprès A monseigneur le duc d’Orléans Promis luy avons que jamès Nous ne viendrons ycy devant.

Je vous rcsponds, tout pour certain.

Que jamais ne luy fut promis.

Puis dictes que en nostre main 1æ tenons et y est soubmis;

Cela est vray, à nous conquis En force d’armes et proesse;

Et que, par ce, en son pays Ne devons faire nulle oppresse.

Je vous dy que, en cest endroit.

Que ce pays nous appartient Par querelle et juste droit,

Et toute la terre d’Orléans.

Si vous dis encore plus avant :

A nous est la terre de France,

Et le pays tant qu’il est grant.

Par vraye et droicte sentence.

Roy de France et roy d’Engleterre ,

C’est le tiltre de nostre roy;

N’aultruy n’y doit avoir ne querre;

2'i8 • LE MISTERE DU SIEGE D’ORLEANS

A luy appartient, c’est autroy.

F* >57 r*. Si ne vous devez dont pour quoy Esmayer d’estre cv venuz:

Que Orléans aurons, je le croy.

Et en demourrez povres et nuz;

Ne janiès nous n'en partirons Sans parvenir à nostre entente.

Que vostre ville nous n’ayons.

Pour quelque delay ne atentc.

Et vaulsist miculx, selon m’entente,

N’estrc pas si résistant.

Que à la fin pileuse santé 1 Sera de vous comme j’entant.

LA MIRE

Vous parlez de hauitain coraige.

Sans savoir de la vérité «395

Du duc d’Orléans. Pour bref langaige.

De par vous luy fut contracté.

Par loy et par serment presté.

Que nul desplaisir en sa terre

Ne luy fériés, et protesté 6&«ù

Luy fut par vous en Engleterre.

. Puis dictes que vous avez droit

A Orléans, ou royaulme de France;

Jamès cela ne s’entendroit.

C’est parlé à vostre plaisance. fi*o5

F* 157 «*. Ne fault que ayez telle loquence;

* On congnoist bien vostre pays

Et aussi vostre appartenance;

Onques n’en saillit Heur de lyz.

1 Pileuse tonte, mauvaise voie? à moins que ce ne soit le mol tonte . altéré |r>ui' le besoin «le ta rime.

63go

LR M1STERE DU SIEGE D’ORLEANS.

Vostrc roy Henry d’Engleterrc Ne fait pas souvent grant miracles.

fiAio

On ne le va gueres requerre Pour faire éprouver ses synacles 1 ; Mès pour porter boctes, triades5, Et bailler bourdes en paiement.

En voz tentes et tabernacles,

Vous y estes très bien savant.

LANCELOT DE LISLE

Vous farccz voluntairement Entre vous François, en injurant*;

Mès ne demoura pas graioment Que congnoissiez voz forfaitures.

En nostre oust, sous des miches dures.

Que nous vous donrons voulenticrs.

Nul ne scet de scs adventures;

il n’est que fouyr des premiers.

LA HIRK.

Vous avez fait les treves courtes; Pour ce se fault cbascun retraire.

F* I58H. De voz frivollcs, de voz bourdes,

Anglois en savent très bien faire; Mais se il vous vient en mémoire

De cuider eslre roys de France, Fauldroit que le feissiez acroirc Aux foulz de vostre appartenance.

1 Synacle, ligniiculum , signe de croix. Peut-être ici marques d’ecrvuelUs?

’ Triade, thériaque, d'où triadeur, charlatan qui débite In thériaque.

J Sic. Supprimez en, ou prononcez eni’rout, François.

250 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAflS.

LANCELOT DE LISLE

Vous usez de grosses parrollcs,

Et autre chose n’y povoir.

Face chascun bien son devoir;

Le musir1 font les poires molles.

LA HIRE

Se voz intencions sont folles,

De vous oyr on fait devoir.

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