‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 90 sur 222 · VERD1LI.E · texte numérisé non relu

VERD1LI.E

Monseigneur, n’ayez nulle double Que de bon ceur nous le fairons;

Sans faire noise ne riote

S’i vous piaist, nous l’acomplirons:

Et vostre herault euvoyrons Savoir leur plaisir et vouloir.

Deux contre deux, nous leur offrons La joustc, pour le dire voir.

CAQUET

Et se ne s’i veullent trouver,

Bien nous en rapportons à eux.

Ou, si ci veullent comparoir,

Nous semble que sommes pour eux.

Et de nous n’ayez nulle peux Que nous vous facions deshonneur:

S’i piaist à Dieu, victorieux

Nous serons, mon très chier seigneur.

U HIRB. \

Je ne scay qui vous meult le ceur Vouloir guerroyer à oultrance.

Homme ne s’en doit tenir seur En cuider faire à sa plaisance.

Mais revient de ce que fol pence: >

Que y n’est si grant chevalier

LE MI STERE DU SIEGE D’ORLEAtNS. >91

A qui souvent tourne la chance Et luy vient ung grant destourhier.

F* Et en joustes sont grans dangiers

Que bien souvent le plus puissant , 75*0

Ou ne voit1 perdre volen tiers,

Et le niaindrc vient en avant, il n'est si hardi 11e vaillant Qui ne doit la joustc craindre;

Bien souvent le plus excellant 7530

On le voit abatre du maindre.

Et vous, qui vous tenez si fors,

Ne savez quiculx gens y viendront.

Agilles et puissans de corps,

Inconlinaut vous abattront, 7585

Et ne pourrez leurs orions Soustenir, ne leurs coups de lance;

Que Anglois sont fiers et félons,

, Et si a en eux grant vaillance.

Depportez vous de voz emprises 754t>

Et vous gardez songneusement,

Que sur vous en riens y 11e puissent Mal faire ou dire aucunement.

Vous les voyez incessamment,

Tous les jours, venir à la fille A nous conlinuelment, •

Pour cuidcr avoir ceste ville.

Bel y avez vous esprouver Et y faire champs de bataille,

' Voit, au subjonctif.

Encontre eux ce vouloir trouver,

Rasibus de nostre muraille.

Saillez, que chascun de vous veille Acquérir loucnge et honneur,

Et frappez d’estoc et de taille;

On verra qui sera le milleur.

GAQUET.

Ce n’est pas cela, monseigneur.

Et nous pardonnez, s’il vous plaist;

En vous priant du bon du cueur Nous volons voir ce qu’en nous est.

En tel cas ne fusmes jamès Ne ne vismes telle journée;

Mais nous le faisons par exprès,

Pour le dernier jour de l’année.

VERDILLB.

11 est vray, ce sont les estraines Que nous leur volons présenter. 7565

Si leur sont bonnes et certaines,

On n’eu saroit discuter,

Mès bien sommes entoilantes De l’acomplir, s’i vous agrée.

LA RIRE

Bien voy que estes enhortez, 757°

Dieu vous dont bonne destinée !

Allez , et prenez mon herault;

Je m’en rapporte bien à vous.

Bien voy que de rien ne vous chault,

Et que voilez faire les foulz. 7575

7»oo

LE MISTERE Dli SIEGE D’ORLEANS.

Puisque vous l’avez en propoux,

Dieu vous en veille bien oyr;

Mès je fais double et ay grant poux,

Quelc’un s’en pourra repentir.

(ÙQliET.

Vous nous donnez joye et plaisir,

Monseigneur, à Dieu vous comment.

Nous en allons présentement,

Pour nostre hesoigne acornplir.

u inné.

Je doubte qu’à vostre désir

Vous n’en laciez aucunement. • 75*5

VERDILLE.

Vous nous donnez joye et plaisir.

Monseigneur, à Dieu vous comment.

LA HIRE

Or donques, pour vous advertir,

Quant viendra au commencement.

Ne vous effrayez nullement; 7590

Lessez voz anemis venir.

CAQUET

Vous nous donnez joye et plaisir.

Monseigneur, à Dieu vous comment.

VERDILLE.

Nous en allons présentement.

Pour nostre besoigne acornplir. 7».j5

2»A • tan-s y

Pose.

pause de trompetes. — Puis dit CAQUET.

Sà, advisons qu'il est de faire.

Y nous fault avoir le herault,

Lu y dire par bonne maniéré Tout ce que à faire nous fault;

Kl que, tantost et sans deffault.

Droit en l'ost des Anglois s’en aille Parler es princes des plus hault Présentement, comment qu’il aille.

VERDILLE.

Voylà venir le messagier,

Allons à luy sans tarder plus. 7605

Nostre cas convient abréger El incontinent mectrc sus.

GAQUET.

Puisque ainsi qu’il est conclus,

Y le fault faire en diligence.

Et n’arrestons ne sus ne jus; 7810

Voilà le herault en presence.

Et dit :

Gentil herault. Dieu vous dont joye El acomplir vostre désir t

Y fault que vous preignez la voye

En l’ost des Anglois sans mentir. 761.1

Nous sommes icy de loisir

Deux compagnons de nostre maistre,

Qui est bien contant, sans mentir,

Que ce fait vous veillez congnoistre :

Si est que en l’oust des Anglois Vous aillez par bonne ordonnance,

Et que soyez saige et courtois,

Savant et remply de prudence;

Car ce cas gist en grant doubtance.

Et fauit leur parler buiubleinent,

En leur faisant grant reverence.

Dénoncent amyablement.

Premièrement au cappitaine Tallebot ou autre seigueur Luy diras, en la bonne estraine,

Que le saluons par honneur.

Deux que sommes à monseigneur Le cappitaine dit La Dire.

Pour passer ennuy et labeure Ainsi que le jour le desire,

C’est que par vous luv envoyons Üng plaisant gaige de bataille :

Que, se il ont deux compagnons De nostre estât, de noslre taille,

Pour demonstrer à qui mieulx vaille.

Soit de hache, d’espée ou lance,

Deux contre deux, vaille qui vaille,

Nous les combastons à oultrancc.

7dS<i

r *>Zm>

Aujourd’uy, en cestc journée.

Qui est la veille jour de l’an,

Se vendent trouver sus la prée, En tout honneur et eu tout bien.

Entendez vous, n’oubliez rien.

Et de par vous nous soit mandé

Tout leur voloir et leur maintien,

Et ce qu’il auront ordonné.

K* 188 r". LE HERAULT.

Messcigneurs, voulentiers iray Eu l’ost des Anglois prontement.

Et le -voyage acompliray De très bon ceur entièrement;

Et de tout leur fray parlement De ce que m’avez recité ,

Et en rapporteray pleinement A vous leur plaine voulcnté.

CAQUET

Voylà le gaige de bataille.

Qui est jolis, plaisant et beau;

Vous leur porterez, comment qu’il aille; Fait faire l’avons tout nouveau.

Vous voyez, c’est ung rossigneau Qui tout mélodieusement chante :

Présenter leur ce bel joyau ;

La chose si est belle et gente.

MESSAIGEU.

Messeigneurs , ayez ferme entente Que je feray vostre messaige:

Et m’y en voys la droictc sente Par devers eux, et de coraige.

Si leur presenteray le gaige Et comment vous les deüiez , Deux contre deux, à oultraige, Vous voulez encontre eux luytcz.

7fir»o

VEBOILLE.

Vous dictes bien; si n’arrestez Ne tant ne quant, je vous emprie.

Veillez nous bien tout rapporter.

Et aujourd’uy, à chere Ive.

MESSA1GER

Messeigneurs , que Dieu vous begnyet 7<>h<.

F* «89 r“. Je m’y en vois tout de ce pas;

Croyez que je n’arrestray mye,

Quanfd] auray parfait vostre cas.

Lors s’en part, et y a pause. — Puis dit

LE HER AL LT

Messeigneurs, Dieu vous sault et gart,

Et à toute la baronnie! ?$8'>

Devers vous je viens ceste pari Pour une ambassade jolye.

Il est vray que de la partie

Des François sont deux compagnons,

Suyvant l’armée et seigneurie 7690

De La Mire, et sont gascons.

Auquieulx leur est pris volante De dcftier deux de voz gens.

Et selon leur faculté

Ainsi comm’eux, qui sont servent; 7695

Et si m’ont dit eux deux présent,

Soit de hache, d’espée ou lance.

Deux contre deux, voloir justant.

Disant que ce soit à oultrance.

Et en signe, mes bons seigneurs,

Voylà leur gaige de bataille Qu’i vous présentent en honneurs.

Aussi que la chose le vaille.

Y sont deux de petite taille.

Qui esprouver se vcullent bien,

Et en partie le font, sans faille.

Tout pour la veille jour de l’an.

TALLEBOT.

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Messagier, je ne doubte rien :

Ce sont deux foulx adventureux,

El, ainsi comme je soustien,

Y veullent faire parler d’eux.

Ne savent s’il auront du mieulx.

Se la chose vient à ellect;

Que j’é des compagnons plusieurs Qui leur rabesseront leur caquet.

■ .fie. î

p i«i<. r\ Sà, mcsscigncurs, que dictes vous ?

Vous avez oy ce messaige,. ,j Qui a declairé son propoux, >

Darde vant vous, en briefJangaige:

Lequel a présenté ung gaige ,

En dédiant deux de noz gens Voire batailler à oultraige,

Qui n’est pas expédient, j

CONTE SOMBKKOET.

. • ti" ' •••-•. ■ vr. • •••; . •> • !■«.•/>

Y lault savoir quelz gens ce sont Qui entreprennent la follie, j

Savoir ce sont duc;; ou bar,o,ns 1»

De leur estât, e^sf^éurift,, ^

77ai‘

Selon les gens, Dieu les begnye!

Pensez que ung prince d’cstat Ne fera pas telle villanie D’aller luister contre un soudart!

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