‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 102 sur 158 · LE PROCUREUR · texte numérisé non relu

LE PROCUREUR

Très chiers et honnorez seigneurs, Grans nouvelles sont survenus.

Qui fort esjoïssent nos cueurs,

Ainsi que les avons cognus : 11,570

Que nagueres si sont venus

Grant force vivres à la ville,

Artillerie grosse, menus.

Qui est proullilahle et utille.

Et sachez que c'est la Pucelle 11,570

()ui les a conduit jusques cy.

Laquelle, très courtoise et belle,

Est arrivée devant Checy,

Qui nous vient secourir ainsi

Comme pieça nous fut promis; 11,580

Si vous pry, advisez dessy

Qu'il est de faire, à voz advis.

BASTARD D'ORLEANS

Bien devons estre resjoyz Des nouvelles que vous nous dictes, Et croyez que joyeulx en suis; ii.585

Dieu nous aydera par ces mérites.

F' agô !•'. Je cognois qu'il nous est licites

Que nous voisions par devers elle, Pour l'amener, à grant conduicte, A Orléans, la noble Pucelle. 11,590

SAINTE SUAIRE

Vous devez aller au devant.

L'aller quérir et luy faire bonjieur;

Et très bien y luy appartient.

Qu'elle est digne de grant valeur

Et Pucelle en noble cueur. 11,595

Puisque le Roy la nous envoyé,

Pensez que Dieu le créateur

Lui a permis, c'est chose vraye.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. /i53

VILLARS

Je suis bien contant y aller

Pour la conduire jusques cy. 11,600

Bien la vouldroye ouyr parler,

Et aller vers elle à Cliecy,

Si m'y ofl're à aller dessi

Avecques vous en compaignie,

Et dy qu'on le doit faire ainsi; ii,0o5

Elle en sera plus resjouye.

F" 395 V». LE l'IlOCLREL R.

Nous sommes plusieurs de la ville

Lesquelz yront avecques vous,

Pour recevoir la noble fille

Et la mener icy à nous, ii,Gio

Pour la conserver devant tous,

Et qu'elle ne soit rencontrée

Des Anglois; que il ont propoux

Que par eulx sera arse et brullée.

BASTARD D'ORLEANS

Messeigneurs, qui vouldra venir ii.6i5

Droit à Checy, nous y allons;

Mes aussi, pour vous advertir.

A Saint Loup' les Anglois y sont.

Et ung grant bouloart y font.

Dangier y est, comme je croy; n^Cao

Pour y passer, ne le ferons.

Mais yrons passer à Semoy.

' Ancien couvent situé à 3 liiioniètres d'Orléans, où les Anglais avaient tunstruil un^ forte bastille.

Lors le Bastard d'Orléans accompaigné de plusieurs seigneurs, avec- F° 396 r". (|ues des bourgeois de la ville, yront à Cliecy, et là trouveront la Pncelle, toute armée à blanc, et la salue le Bastard d'Orléans :

LE BASTAtîD D'ORLEANS.

Jehanne de excellant renom,

En qui est vertu et prudence,

Dieu vous dont faire à vostre bon 11,625

Et acomplir vostre plaisence!

Je viens devant vostre presance

Vous recevoir pour les François,

Qui ont en vous grant confiance

Et très joieulx sont de vous vois. ii,63o

Je voi cy aussi les bourgeois

De la ville et cité d'Orléans,

Qui sont gens humbles et courtois

Et nous ont fait beaucoup de biens.

Voy les cy, je les vous présente, ii,635

Et Itien je les vous recommande :

Ayment leur roy sur toutes riens;

James amour ne fut si grande.

LA PLCELLE.

De vostre salut humblement,

Monseigneur, je vous remercye; nM.,

F" 29G v". Et estre venu si avant

Devers moy y n'appartient mye.

Dieu vous rende la courtoisie,

Et à vous, mes amys d'Orléans.

En vostre ville la jolye ^M-i

Je vueil aller incontinant.

LE RECEVEUR

Dame, bien soyez vous venue

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. /i55

Et toute vostre conipaignie.

Vous serez à joye receue

A Orléans, la cité garnie, ii,65o

Et toute vostre baronnie,

En ce que faire nous pourrons,

Sans nous espargner, je vous prie.

Mais tous obbeyr vous voulons.

LA PUCELLE

Quant il vous plaisa partirons, ii,655

Messeigneui's, et je vous emprie, Et à Orléans nous en yrons Ensemble et nostre conipaignie.

BASTARD D'ORLEANS

• Dame, ne vous en basiez mie,

F° 297 r". Que le plus tart si vault le mieulx, 11,660

De peur du bruit, je vous alfie,

Et du peuple qui sera joyeulx.

LA PUCELLE

Ce qui vous plaisa je le vieulx.

Allons donques tout bellement;

Que pour aujourduy, ce mes dieux', ii,665

Toust ou tart, ne me chault comment.

Lors V a pause. — Et se metteront tous en ordonnance. Puis dit

LE BASTARD D'ORLEANS

Çà, dame Jehanne, y nous conAÏent

Aller, se c'est vostre plaisir;

Que l'eure si est convenant

Pour mieulx sus le soir parvenir. 11,670

' Pour se m'ait, si m'aide Dieu.

Et aussi, pour vous advertir, Anglois ont une bastille Sus nostre chemin, sans mentir, A Saint Loup, auprès de la ville; Mes nous yrons autre cousté, 11,675

De doubte avoir encombrement; Que si savoyent, de vérité, F' 3Q7 v". Nostre venue aucunement.

Nous donroyent empeschement

Et feroient des maulx merveilleux. 11,680

LA PUCELLE

Ne vous en chaille nullement; Passons hardiment devant eulx.

Adont partiront, et viennent le chemin tout droit, et y a pause. — El j)asseiont par devant Saint Loup où seront les Anglois en leur bastille, desquelz nul d'eulx ne sauldra ne ne feront aucun semblant de riens; et viendront à la porte Bourgogne. Et à l'entrée, la Pucelle fait porter son estandart, au soir, à torches devant elle, armée et montée sur ung gros cheval blanc. Et chascun de la ville va au devant d'elle. Et puis, après qu'elle est arrivée, dit

BASTARD D'ORLEANS

Dame Jehanne, la mercy Dieu, A Orléans vous estes venue.

K" 398 1°. En France n'est place ne lieu ii,6«D

Où vous soyez mieulx soustenue; Que y n'est chose soubz la nue Oii vous ayez vostre pensée, Soit petite, grande ou menue.

Qu'elle ne vous soit accordée. ii,6(jo

Les bons bourgeois de ceste ville Offrent vous faire tout plaisir De ce qui vous sera agille.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 'i57

Pour voz volenlez acomplir.

Et les bourgeoises, sans faillir, ii,«95

Sont prestes vous faire service.

Et vous festoyer à plaisir

En tout qui vous sera propice.

LA PUCELLE

Monseigneur, je vous reraercye.

Bourgeois et bourgeoises d'Orléans, 11.700

De vostre noble compaignie Et dont vous me offrez tant de biens.

Le Dieu du ciel qui trestout rent, Mes amys, le vous veuille rendre.

Et des anemis anciens 11,705

Vous veuille garder et defl'endre!

Je vueil de présent envoyer Deux lierault devers les Anglois, Qui me renvoyent mon messagier, F" i()8 v°. Ou'i'z ont retenu par faulx drois. 11.710

Et ont fait comme mal courtois Des lectres que leur envoyé; A tout le moins les povoient vois.

Mais retenir n'est pas la voye.

BASTARD DORLEANS.

Dame Jehanne, ainsi sera fait : 11,715

Vostre herault leur manderons,

El comment il oui trop forfait

Dont ainsi retenu [vous] l'ont.

Si croy que y le vous rendront

Si toust cjue leur auray mandé, 11.730

Ou tous les prisonniers que avons

Morront, que je l'é commandé.

458 LE lAlISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Sus, hcrault, faictes diligence Et entendez bien à mes dis :

Aller \ous fault sans demourance 11,735

Vers les Anglois, noz anemis, Leur dire que desplaisanl suis Du messagier de la Pucelle, Dont i l'ont retenu et pris,

Qui n'est ne licite ne belle; 11,7:^0

Qu'i lui renvoyent sans atendre Et qu'il en ont trop mal ouvré ; Que messagier n'est à reprandre Ne nul n'en doit savoir mal gré; ¥° 3991'. Que quant ung messaige est livré 11,735

Et leur allegances produictes, Le doit ung chascun prendre en gré, Et s'en doivent retourner quictes. Dy leur aussi pareillement

La Pucelle en est mal contante, 11,7^0

Qui le renvoyent diligamment, Sans en faire plus longue atente; El que je tiens plus de quarante En mes mains de leurs prisonniers, Que morir foray à tourmente, 11,745

Si ne le m'envoyent voulantiers.

PREMIER MESSAGIER

Monseigneur, nous acomplirons

De très bon cueur vostre messaige.

Et en l'oust des Anglois yrons

Leur dénoncer en bref langaige. 11.750

II' MESSAGIER

Nous acomplirons le voyage.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 'i59

Et le messagier ramerrons

Par devers Jehanne, noble et saige,

Et tout leur voulloir rapporterons.

K° aiiç) V. LA PUCELLE.

Je vous pry que vous faciez dont 11,75.')

Que mon messagier je recouvre.

BASTARD DORLEANS.

Ne vous doublez que nous l'aurons, Et n'ayez jà peur qu'i demeure.

PREMIER MESSAGIER

Y nous fault aller grant aleure

Devers les princes des Anglois, ii,7tio

Qui sont de grant estature

Et fort terribles gens à vois.

I" MESSAGIER

Très nobles et puissans barons, Duc et contes de grant valleur,

Possidans terres, régions, 11,765

En qui est proesse et honneur, Ainsi que par ambassadeur.

De par le Bastart d'Orléans Et de par Jehanne, au noble cueur, Noble, saige et advenant, 11,770

Vous mandent que leur envoyez Le messagier de la Pucelle.

I'" 3oo 1°. Incontinant, sans délayer,

Sans extorcion cruelle,

Renvoyez le par devers elle n vyî

Et ne le vueillez retenir;

/iCO LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS.

Mal ne doit avoir pour icelle, Ne nulle autre peine encourir.

IP MESSAGIER

Monseigneur le Bastard vous prie

Que vous ne le retenez plus; 11.-80

Ung ambassadeur ne doit raye

Avoir aucun mal, sus ne jus.

Pour cjuelque façon ou abus

Ou quebiue chose qu'il apporte,

N'en doit avoir aucun rébus: 11,780

Tout temps messagier en supporte.

TALLEBOT.

C'est à toy parlé hardiment!

Et comment es tu si hardy De parler si villainement?

Saiche que tu en seras pugny. 11,79°

Ne comment ose tu venir Ambassader pour la paillarde, Que je l'eray en ung feu morir, F° 3oo v°. Et le luy promès, que qu'i tarde?

C'est une ribaude prouvée, "-79^'

Venue d'estrange pays;

Le diable l'a bien amenée

Et fait delesser ses amys.

En despit d'elle si est mis

Au plus destroit de mes prisons n.Suc

Son messagier, et est soubzmis

Endurer tous les jours grillons.

PREMIER MESSAGIER

Messeigneurs, je vous diray dont

LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. 'jOl

Que Baslard d'Orléans si vous mande Tous voz prisonniers qui là sont , , ,8oô

A Orléans et de vostre bande, En fera une grande escande.

Si est qu'i les fera tous raorii-, Si le niessagier qu'i demande, Ne le veuHent lesser venir. ,, «,„

II' MESSAGIER

Dit aussi voz ambassadeurs Qui de présent sont à Orléans, Pour paier les rançons d'iceulx Qui sont prisonniers de présent, Ne lerra venir plus avant, Se le dit herault ne rendez.

•'"■^o' '"'• TALLEBOT.

Il est maleureux et meschant De celle putin contanter!

FACESTOT.

Lieutenant, pour Dieu ne vous chaille Luy bailleroie leur messagier.

D'elle ne luy n'est rien qui vaille; Baillez leur pour tout abréger.

\ nous en peut venir dangier Et traveil à noz bons amis; Pour ung peu se vouloir vengier, Cela n'est que faulte d'avis.

SUFFORT

De ceste oppinion je suis, Et est bien raison voirement.

ii.8i5

1 i.Sao

462 LE MISTEIIE DU SIEGE DORLEANS.

Puisqu'elle a en sa teste mis, •

Ne s'en depportera autrement. ii,83o

Vous savez que communément

Que quant une femme s'arreste

A peu de chose ou autrement,

James n'en fera riens qu'à sa teste.

ESCALLES.

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