LE MARESCHAL DE RAIS
Madame, tout incontinant v\. Vostre vouloir acomplirons; n.'iio
Nous ferons assembler noz gens,
Et présentement partirons.
\ Droit à Orléans nous vous menrons, ^ Dame Jehanne , sans plus atendre.
*"°'-'9' ^°- LA PUCELLE
Je vous empry, faictes le dont, ,i./ji5
Et vous pry y vueillez entendre.
MESSIRE AMBROISE DE LORÉ
Messeigneurs, il fault adviser Quel chemin il nous ft^^lt tenir, Et ensemble en disposer, Qu'i nous en puisse Lien venir, Sans nous vouloir aller offrir Dedans l'oust de noz anemis; Nous pourrions bien estre destruiz Par inconvénient et pris.
JEHAN DE MES
Vous qui congnoissez le pays Et le dangier, je vous emprie.
Que nous ne soyons point surpris Ne que nous n'ayons vdlannye.
A dame Jehanne ne chault mye Où elle voist, ne doubtez riens; Mes je crains fort et me deffye De doubte de inconvénient.
^'° 39a r°- BERTHRAN DE CONTES.
Je scay bien qu'elle ne vouldroit
Point différer le grant chemin,
Ne destourner ne s'en vouldroit; ,,,4(!5
1 i.lxCio
4i8'v LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.
Que ne demande que liutin
Et f[ue de rencontrer à plaiii
Les anomis, pour les combattre,
Et ne prétend à autre fin;
Mes ne scay comment m'y esbatre. 11,170
LE SIRE DE RAIS
Je double aller par la Beausse :
Le plus fort des Anglois y est, Toute leur puissance et force.
Et tout le pays à eulx est.
Y nous pourroient donner arrest, 11,675 Si savoyent nostre venue,
Et peut estre grant interest
Seroit à nostre survenue.
Si me semble que vauldroit mieulx
Y aller devers la Sauloigne; ii,'i8o Le dangier n'est pas si périlleux
Et n'y a pas fort grant esloigne.
Mieulx vault faire nostre besoigne Et le dangier passer ainsi,
Entrer par la porte Bourgoigne': ii,i85
F° :^92 v'. Et yrons passer à Checy^.
AMBROISE DE LORÉ
\ ous avez très bien devisé :
A Checy nous y fault aller,
Et est à vous bien advisé;
Vous ne pourriez mieulx conseiller. ii,/k)o
Si n'en conviendra point parler
A la Pucelle nullement,
' La porte Bourgogne ou de Saint-Aigiian . à l'est d'Orléans.
' P)ourg silué sur la rive droite de la Loire, à 10 kilomètres est d'Orlëans.
LE MISTERF-: DU SIEGE D'ORLEANS. 'l'i^
Si non que on la veult mener Droit à Orléans, tant seuHement.
JEHAN DE MES
Faictes à vostre entendement, ii,/i<)5
Messeigneurs : vous avez la charge,
Et y besoignez si saigement,
Au mieulx et à vostre advantaige.
Vous congnoissez tous le passaige,
Lequel est le bon ou mauvais; ii,5no
Regardez au mains de dommaige :
Vous avez la charge et le fais.
BERTHRAN DE CONTES.
Çà, messeigneurs, estes vous prest?
Y le convient dire à Madame,
Que je scay bien que preste elle est. ii,5o5
F° 993 r". Ne luy fault ardillon ne lame;
Elle n'atant heure ne ternie A partir, quant il vous plaisa.
RAIS
Je suis prest aussi, par mon ame, A aller quant elle vouldra.
Dame, se il vous plaist partir, Voicy en point trestouz voz gens.
Pour vostre vouloir acomplir A vous convoyer à Orléans.
En nom Dieu, croy que il est tant ii,5i5
Et avons beaucoup demeuré, Que, ainsi comme je l'entend.
Orléans a ])eaucoup entluiL-.
Or, mes amys, je vous diray
Cy, avant mon deppartement, 1 1,590
Et en ])ref vous remonstreray Par manière d'enseignement :
Si est, que à tous je command Dévotement vous confesser,
Et que aussi finablement n.ôss
Vos folles fammes delessez.
Ne jurez plus Dieu ne sa mère; F" 293 v°. Ne renyez, ne maugréez
Saints ne saintes, pour nul affaire
Ne quelque chose que ayez. ii,5.3o
Delessez tout sans délayer
Voz vices très déraisonnables,
Et aymez Dieu et le priez;
Tous voz faiz seront prouffitables.
Et gardez ces faiz et ces diz; n,535
Si le faictes, comment qui soit.
Vous serez à Dieu ses amys
Et vous gardera vostre bon droit,
Ne jamès ne vous delayroit
En gardant ses commandemens, n.Sio
Et sur tout, pour voir, vous donroit
Victoire et grans accroissemens.
Or, sus, enifans, honnestement
Partons, et que Dieu nous conduye,
Sans plus délayer nullement; u.a'ir,
Mes bons amys, je vous emprie.
RAIS
Dame, voyez la compaignie ' Oui est en point et en bataille.
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. ùQ
Pour vous servir à chiere lye
En quelque lieu que aller faille. ii,5oo
F" 39/1 r°. Lors partiront, et y a pause. — Et yront du cousté de la Souloigne,
- droit à Checy. Et dit
RAIS
Dame Jehanne, la Dieu mercy,
Vous estes bien icy venue,
En ceste ville de Checy,
Sans nulle fortune avoir eue.
Vous n'estes pas que à une lieue 11,555
D'Orléans, comme je puis entendre;
Ferons icy une repeue,
Puis à Orléans yrons descendre.
LA PUCELLE
Chascun pense soy refraicliir,
Et puis à Orléans nous yrons ii,56o
Pour bonnement les secourir, V'*
Ainsi que nous espérons.
Je scay bien que joyeulx seront
Aujourd'uy de nostre venue,
Que les pouvres gens, certes, l'ont ii,565
Bien et longuement atandue.
F° agi v°. Lors y a pause. — Puis dit