‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 108 sur 158 · EVREUX · texte numérisé non relu

EVREUX

Or sus donques, ainsi soit fait. 12,495

La chose est très bien advisée,

Que s'i se trouvent là endroit,

Leur vie n'aura plus de durée.

Faire y fault une grande allée

Afin qui viengnent à monceaulx, 12,600

Que se l'on mange chair sallée,

On leur fera boire des eaux.

MENTE

Faire le fault secrètement Devers la nuyt, comment qui soit, Sans faire bruit aucunement, ia.5o5

Par bons ouvriers et gens de fait.

Et, qui vouldra, j'en prans le fait F" 317 v°. De ceste chose là parfaire,

ùhé LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Et de faire vostre l'elrait,

Que j'entend toute ia matière. i -2,510

GLASIDAS.

Monseigneur, mes je vous emprie

Qu'i vous plaise en prendre ia charge:

Que ceste femme trop m'ennuye

Et qui nous a fait tant ouitraige.

Mesmement, si luy meult coraige, 12,51 5

Elle nous vendra assaillir;

Faisons dont à vostre avantaige

Pour les François faire périr.

MENTE

Ne vous en doubtez nullement.

Je feray si bien la besoigne «2,520

Que il en morra largement,

Dont François auront grant vergoigne.

Et se la folle ne s'esloigne,

Elle pourra venir cy près

Qu'elle y demourra, qui qu'an groigne, 12,525

Et ceulx qui la suyvent après.

Lors yront rompre deux arches du pont, et feront une planche. — Pose longue. — Et puis dit F°3iSr'. NOSTRE DAME.

, 0 chier filz, doulcement vous prie, * Vueillez conduire la Pucelle;

Que la chose soit acomplie.

Ainsi l'avez promis à elle. 12.530

' Elle vous est très humble et belle,

Obéissant en tous voz dis;

Plaise vous donc par icelle

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. /i81l

De recouvrer les fleurs de lis.

C'est voslre petite servante; 12,535

Veuillez la, mou chier filz, conduire.

En vous elle met son entante,

Comme luy avez fait produire.

Elle est en danger de martire,

Et très grant besoigne entrepris; 12,540

Secourez la, mon très doulx sire,

A confondre ses anemis.

SAINT EUVERTRE.

Mon chier seigneur, tant que je puis, Vueillez vostre fille garder.

Et ceulx d'Orléans, vos bons amis, 13,545

Vueillez en pitié regarder; Que se ne les contregardez, Il auront de bref fort à faire. Père, se vous n'y entendez, F'.'iiSv». Pourront cheoir en grant misère. 19,550

SAINT AIGNAN

0 Dieu très digne et glorieux, Ayez pitié de vostre fille, Laquelle est en dangier périlleux, Qu'i n'en est de plus diflicille; ' Aussi à vostre povre ville, 12,555

Dont vous pleust que fusse patron.

Que par fortune layde et ville Ne soit mis à destruction.

DIEU

J'ay bien à mon intention

490 LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS.

La vouloir garder et deffendre, i2,56o

Et mectre à exécution

Ainsi que luy ay fait entendre.

Non pourtant qu'elle est jeune et tendre,

Endurra beaucoup de diffame;

Mes, à la fin, je la vueil prandre 1 3,565

Et mectre en mon royaulme son ame.

Ad ce que je dis parvendra, Dont ne sera sans grant torment, Et beaucoup de peine endurra

Pour le royaulme tant seullement. 12,670

Le Roy aura recouvrement Par elle, ainsi que je l'ay dit, F° 3i(j r°. Sans que les François nullement

Y ayent honneur ne esdit.

^__ Vous Euvertre, et vous Aignan, 12,575

Allez à Orléans la garder, Et aydez sur toute rien A la Pucelle et entendez.

Gardez la ville et deffendez

Que ne soit gastée et destruicte, 1 3,580

^•^ Et à ceste fin contendez;

Je vous en baille la conduicte.

SAINT EUVERTRE.

Chier sire, je vous remercye

De l'onneur et du grant plaisir

Que la cité ne soit perye, 1 3,585

Laquelle estoit en grant péril.

Nous voulons à vous obeyr

Et ensuyvre vostre ordonnance.

Puis qui vous plaist la secourir,

C'est par vostre begnivolance. 13,590

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. /i91

SAINT AIGNAN

0 Dieu, de divine puissance Quel don faictes vous à Orléans, Quant leur raonstrez tel excellaace Et leur conservez tant de biens!

James ne sera eulx ne les siens, 19,595

P'° -^'9 "■'■ Toute leur generacion,

Que de ce ne soyent souvenant Vers vous, en grant devocion.

DIEU

Allez et partez d'icy sus;

Voz anemis convainquerez 12,600

Par la Pucelle et subjuguerez,

D'icy à cent ans, voire plus.

SAINT EUVERTRE.

Puisque ainsi avez conclus.

Nous yrons Orléans conserver.

DIEU

Allez et partez d'icy sus; il!,6o5

~ Voz anemis convainquerez.

SAINT AIGNAN

Vostre voloir sera mis sus Et les anemis conjurez.

Qui ne pourront persévérer A leurs faulx deliz et abus.

DIEU

Allez et partez d'icy sus :

/i9-2 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Voz anemis convainquerez F° 330 1°. Par la Pucelle et subjuguerez

D'icy à cent ans, voire plus.

Adont y a pause de tous iuslrunicns. — Et viendront saint Euverte et saint Aigiian sur les murs de la ville d'Orléans, et puis feront le signe de la croix par toute la ville, et sur les Anglois les soigneront, et benisteront la Pucelle et les François. Puis dit

LA PLCELLE.

Messeigneurs et mes bons amis, ia,6i5

Il est temps d'icy de partir, Pour aller voir noz anemis Qu'i sont ainsi volu venir.

Il les fault faire deppartir

Et les cbasser d'autre cousté, 12,620

Qu'i vous ont fait granl desplaisir Bien buit mois qu'il y ont esté.

Traverser nous fault la rivière , Puis aller à Saint Jeban le Blanc\ Desployer là nostre baniere, 12,620

Qui sont fortifiiez dedans.

P 320 v°. Soyez vertueux et puissans,

Aujourd'uy aurez fort à faire ;

Mes en Dieu soyez coniians,

Et y vous donra la victoire. ' i3,63o

LE BASTARD D'ORLEANS

Dame Jebanne, à vostre voloir

Nous ferons et vostre ordonnance,

Et chascun y fera devoir

A frapper d'espieu et de lance.

Et avons fait grant diligence 12,635

' Village sLU'In rive gauche delà Loire, qui tnuclu' aujourd'hui iui faiiinnuf; ihi l'orteicau.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. im

Que on a besoigné ceste nuyt , Et lait très grande provoyance, Sans avoir fait noise ne bruyt.

LA HIRE

Quant y vous plaisa partirons,

Que tous voz gens sont appoinctez, .2,660

Abillez, gentilz coinpaignons.

De quatre mille bien comptez.

Où y vous plaisa les bouter

Et employer à vostre guise.

A vous servir de tous coustez

Et en faire à vostre devise.

12,()/lô

F"3:>ir°. GRAVIUE.

Vous voyez très belle entreprise.

Dame Jebanne, et bien ordonnée,

De grant façon gens exquise

Et tous de très grant renommée, ,2,(550

Pour vous servir disposée

En tous cas à vivre et morir.

Si partez dont, si vous agrée:

Loyaulment vous veullent servu'.

LA PLCELLE.

En nom Dieu, je pr-ans grant plaisir ,2,650

Et croy qu'i sont loyaulx et bons;

Aujourd'uy pourront acquérir

Victoire dessus ces Godons.

Et vous pry que advisez dont

A y aller sans plus attendre, ,2,660

Et comme au droit des Bouterons

Nous conviendra là tous descendre.

YLLIERS.

Tout est prest, n'en différez plus, Et toute vostre artillerie;

N'est celuy qui ne soit mis sus i2,6C5

A vous servir à chiere lye.

F' 3:M v'. Vous avez belle compaignie,

Dame Jehanne, et très fort honneste.

LA PUCELLE

Vous tous, raesseigneurs, vous mercye.

De par Dieu! partons; je suis preste. 12,670

Adout icy y a pause de trompetos, clairons. — Et tous, en belle ordonnance, leurs estandars desployez, partent et yront descendre au droit des Boulerons, et là s'asspmblornnt tout ensemble. Puis dit

LA PUCELLE

Vous. Bastard d'Orléans, je vous prie

Que nous pragnions Saint Jehan le Blanc;

Derrière ne les lessons mie,

Que y nous seroit trop nuysant.

Soyez hardy, preux et vaillant. 12,675

Et gardez que nul n'en escliappe : •

Suyvez moy, venez en avant.

Que je vois assaillir la place.

F° 822 1^ Puis icy les François feront ung grand cry, et viendra la Pucelle contre

Saint Jelian le Blanc et tous les François, qui impétueusement, de force d'armes, praudront Saint Jelian le Blanc; et ce pendant do là saillent ceulx des Torrelles : sonneront leur beffray et se armeront et se metteront tous en belle ordonnance pour venir secourir Saint Jehan le Blanc; uK's avant la Pucelle entrera dedans la bastille Saint Jehan le Blanc, l't tueront tous les Anglois de dedans. Puis dit

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 'iî)5

GLASSIDAS

Messeigneurs, voilà les François

Qui assaillent Saint Jehan le Blanc; 12.680

Ad ce nous y fault bien provois,

Qu'i mettront à mort tous noz gens.

Mes amys, soyez diligens,

Et les allons tous secourir,

Si ne soyons negligens, i2,68r>

Qui sont pour les faire morir.

FOUQUAMBERGE.

G est ceste infâme paillarde Qui a les François amenez; F» 322 v'. Y nous fault prandre la coquarde,

Qui veult les François gouverner. 12,690

Or sommes nous mal fortune/ Que, pour ceste faulce truande.

Nous ne savons quel part tourner, Qui nous est une grande osrande.

BAILLY D'ESVREUX.

Pour y aller nous fault entendre 12,695

Sans nous etïrayor nullement.

Et tacher tous la voloir prandre,

Y entendre soigneusement.

En armes tous généralement

Nous sommes de cin(j à six mille, 12,700

Pour les destruire vaillamment

Et pour prandre aujourd uy leur ville.

MENTE

Messeigneurs, tous en ordonnance

Voy ies ià vers le champ aux cordes;

Monstrer nous fault nostre vaillance. 12,705

N'ayez en vous nulles discordes,

Et tuez sans miséricordes

Les François, sans les espargner.

Et n'ayez pas peur qu'i vous mordent:

En leur sanc me feray baigner. '2,7"^

F" :i23 r". MOLINS.

Regardez, voylà l'estandart

De ceste maudicte sorcière.

Je congnois qu'elle est ceste part,

Et est la première en frontière.

Se nous est ung grant vitupère, 12.715

Se de par nous n'est confondue ,

L'orde, vile, faulce lodiere ;

Elle deust tenir la charrue.

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