ROY
Ma belle fllle, levez vous, Et soyez la très bien venue ;
Vostre maintien plaisant et doux li.fiSo
Me resjouyst dont vous ay veiie.
A grant joye serez receue Et toute vostre compaignie, Que riens ne sera soubz la nue
Qu'espargné vous soit, chiere aniye. ii,655
Et s'i vous plaist riens demander En mon royaulme que faire puisse, Je vueil que vous y entendez, F' 36() \ ". Vostre voloir qu'on acomplisse ;
Et tout ce qui vous sera propice, 1/1,660
Jebanne, que vueil que vous l'ayez, Sans que aucun vous contredise, Ne autrement en délayer.
J'ay lousjoui's eu de vous nouvelles Depuis vosti'c département, i'i,i>'i5
Lesquelles sont doulces et licllos, Par vous conduites saigemcnt; Que ouvré avez tellement Sus Anglois, et fait reculler
De devant Orléans tellement i '1,670
Que leur siège avez lait lever.
Dont, de ce je vous remercie, De vostre conduite et proesse, Ne jamès ne vous fauldray mie
Que de mes biens n'ayez largesse. 1 '1,075
Ayez en vous joye et leesse • Comme faire le povez bien; Que pour vous n'est or ne ricbesse Que j'espargne, ne doublez rien.
Or est donqucs, la mercy Dieu, i'i.68o
Le siège de devant Orléans Par vous levé, comme j'ay sceu:
En fait d'armes ont esté grans Par vous faits et ])ar voz moyens. Ainsi comme j'é peu savoir. '''-<i8:)
Dont, fille, salut je vous rens De vostre excellant devoir; F°370!". Que je scay véritablement
De vostre très baulte proesse
Y avez fait si vaillamment ' '>■*'<.)"
Que le renon dura grant piesse.
Et vostre nom en grant noblessi?
Sera à tousjours renonnné.
Et vostre très gi'ant bardiesse
Sera de tous gens confermé. iixS'Ç)ô
Si ne vous doubtez du contraire.
LE MISTERE DU SIEGE DOULEANS. 571
Jchaiiuc, que ainsi sera fait Que tout temps de vous sera mémoire De vostre hault excellant fait.
Mon bon voloir avez pai'fait i '1,700
D'avoir chassé dehors d'Orléans L'oust des Anglois, qui me «revoit Et dont j'estoyc desplaisant.
Sachez que jamès ne sera
Qui ne me souviengne de vous, i'j,7o5
Et qui mal faire vous vouldra De moy ne sera à repoux.
Je vous garderay pardessus tous, Ainsi (jue ma fille et amye,
De tous perilz et de tous couroux, 1^,710
Je le vous proniez et allie.
Or çà, bien soyez vous venue, Et vostre compaignie aussi; Pour vous ay eu paine et souci Qu'esclande vous fust advenue. 1/1,715
LA PUCELLE
Sire roy, à vous suis tenue Du bien que me offrez ainsi.
LE ROY
Or çà, bien soyez vous venue, Et vostre compaignie aussi.
LA PUCELLE
Sire, moy de pauvre value 1^,720
Très humblement je vous mercy; A moy n'appartient pas cecy.
Ne telle chose ne m'est deue.
572 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAiNS.
LE ROY
Or çà, bien soyez vous venue,
Et vostre conipaignie aussi; 14,725
Pour vous ay eu peine et souci
Qu'esciande vous fust advenue.
Pour vous joye m'est survenue,
Quant vostre santé corporelle
Devant mes yeulx ay apperçue, 1/1,780
Qui m'est une joye nouvelle.
LA PUCELLE
De vostre bonté éternelle, v° 371 1°. Noble roy, je vous remercie.
A nioy n'appartient chose telle;
C'est de vostre grant courtoisie 1/1,735
Et de vostre grâce planie
Que me présentez tant de biens :
Dont, vous et vostre seigneurie
Salut et grâces je vous rens.
S'i vous plaist, en bref vous diray 1 '1.7/10
Du siège d'Orléans dont je viens.
Comme il a esté délivré
De voz anemis anciens.
Sachez, Sire, que ceulx d'Orléans
Y ont fait grandement devoir; ''■*■■/''■'
Tant hommes, femmes et enffans.
Vous ont servy de bon voloir.
Et lesquelz de très bon coraige
Ont employé eulx et leurs biens:
En detïendant vostre heritaige •''./^o
N'ont espargné or ne argent.
Et à moy, du service grant
M'ont l'ait, Sire, ne doubtez point.
Et sont François bons et vaillans,
Désirant venir à voz fins. i4,75r.
Sont ceulx d'Orléans, ne doubtez mie,
Pour vous servir jusques à nioi'ir,
Et ne vous fauldront de leur vie.
Que y vous ayment sans faillir.
Et tousjours prest à vous servir 1/1,700
Comme à leur roy souverain;
Si les vueillez entretenir.
Je vous en supply, de cueur tiii.
Oultre plus, vers vous suis venue
Vous deprier et dénoncer, 1 '1,765
Ainsi comme je suis tenue
De le vous dire et prononcer.
Vous plaise vous disposer
A faire ce présent voyaige,
Vous mener à Rains couronner, '1.770
Vous noble roy, prudent et saige.
Et sachez le temps est venu.
Ainsi que à vous appartient,
Comme de Dieu estes esleu
Vray roy sur tous les crestiens,
Roy de France noble et puissant.
Je vous pry, plus n'en différez.
Que ainsi faire le convient;
A Rains je vous mené sacrer
LE ROY
Ma fille, vostre beau parler Me plaist moult, je vous certiliie.
Ce qui vous plaist me conseiller Acomply sera, ne doubtez mie.
De ceulx dOrleans, où je me fie, Je les tiens de mes bons amis, l'i,;».")
Et s'i vous ont loyaument servy.
Croyez que très joyeux, en suis.
F" 372 r'. Je say bien véritablement
Que pour niorir ne me fauldront;
James ne firent autrement. ii,79o
Y me sont très loyaulx et bons,
Et très grant joye ay dont y soni
Délivrez de iioz anemis,
Que grant travail eu il ont;
Dont à vous fort tenu je suis. l'i.Toâ
Reposez vous, vous et voz gens,
Puis de nostre fait penserons.
Et vous pry que n'espargnez riens
Tout ce que l'aire nous pourrons,
Que voz plaisirs faire volons, .1/1,800
Voz bons enseignemcns et dis.
Que bon conseil trouvé avojis
En vous, fille de très hault pris.
Voyez cy Jeban, duc d'Alanson,
Qui de nouvel est cy venu 1 1,800
D'Angleterre, paiant renson
En laquelle il esloit tenu;
Si sera de par nous esleu,
Jehanne, vous tenir compaigme.
Il est puissant et de hault Heu, 16,810
De guerre apris, ne doubtez mie.
LA PUCELLE
Noble roy, je vous remercie Dont de tant de biens me oflrez.
Que à moy y n'appartient mie.
LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. 575
fii-^^"- Ne faire pas ne le devez. ,',,81.",
De monseigneur dont vous parlez, J'ay ouy de sa retournée, Qu'il est à priser et louer Et pour gouverner une armée.
Quant à nioy, bien je suis joyeuse . '1,8-20
Que monseigneur duc d'Alenson, Qui a puissance vertueuse Et est prince de grant façon.
Que ensemble nous parfason
Le remenant de ceste guerre, i',,â95
Et croy que ensemble y feron Autant que nulz qui soient sus terre.
LE ROY
Çà, ma fille, reposez vous
Pour mesbuy, et je vous emprie;
Et de tout ce qui sera en nous, i/i,83o
Jehanne, ne nous espargnez mie.
LA PUCELLE
Vostre volante acomplie, Ghier Sire, de par moy sera.
A Dieu toute la compaignie.
LE ROY
Ce que vous plaisa on fera. ,4,835
F° 878 r°. Lors icy y a pause. — Et dit
LE ROY
Mes amis et mes bons seigneurs, A qui sont deuz toutes honneurs,
Plaise vous icy nous entendre :
Vous estes mes conservateurs
Et aussi mes protecteurs, i'i,8'io
Ainsi comme je puis coinprandre:
Vueillez nostre conseil entendre En ce cas icy, et espandre De ce que volons proposer.
Afin que ne puissons mesprandre. ii,8'i5
A ceste voye volons tandre Sur nous on ne puisse gloser.
Or est il, comme chascun sait, Des Anglois le grief et méfiait
Que devant Orléans ont commis, i4,85()
Lesquelz pensoient bien de fait Les avoir, et bien leur sembloit.
Quant il y ont le siège mis Et assemblé tous leurs amis.
Tous les plus vaillans et iiardis ii,855
Que il ont onques peu acquerre.
Et y ont esté là assis Neuf mois entiers et acomplis A incessamment faire guerre.
Et ainsi (jue je croy de vray, i '1,860
F" 878 \°. Ceulx d'Orléans en grant desarroy
Y ont souffert douleur et paine, Lesquelz y ont fait, je le croy. Tout. leur devoir de bonne loy;
Cela, c'est chose bien certaine. 1 6,865
Leurs corps, leurs biens et leur domaine Ont employé en voye plaine.
Sans espargner chose qui soit.
Et par leur volante haultaine, Comme la chose est souveraine, 1^,870
Si ont deffendu le bon droit.
Après aussi devez savoir Que Dieu de son propre voloir Nous a envoyé ceste fiHe,
Laquelle j'ay fait esprouvoir 14,875
Et en mon grant conseil provoir, Savoir se c'estoit chose utille.
Interrogée de son stille.
De son savoir la plus habille
Que on peult au monde trou voir, ii,88o
Saige, prudente et fertille A respondre, honneste et agille, Sans luy savoir riens reprouvoir.
Ce dont par le rapport d'iceulx
Du conseil qu'ay trouvé en eulx, i'j,885
L'é fait abiller et armer, Et vers Orléans, de cueur joyeulx, Est allée avecques plusieulx Pour bien son voloir confermer, F° 376 1°. Laquelle me veult affermer i'i,89o
Que brief elle feroit defermer Le siège clos devant Orléans, Dont iceulx estoient enfermez Par Anglois venuz d'oultre mer.
Qui sont anemis anciens. i '1,895
\ous savez qu'elle y a esté.
Ainsi qu'elle avoit volante Y aller sans nulle differance.
Pour conserver de vérité
Orléans, la très noble cité, 16,900
Qui estoit en bien grant doubtance.
Dont y a fait par sa puissance, Par son sens et par sa prudence,
Que ledit siège a fait lever,
Et mis Anglois en grant soullVance, i '1,900
De chasser par grant diligence,
Que on ne les sayt où trouver.
Or est elle icy venue.
Ainsi comme vous l'avez veue,
Pour nioy mener sacrer à Rains; li.yio
Si vous supply sans atandue
Que vostre oppinion soit seue,
Se mettre me dois en ses mains.
Conseillez m'en à toutes fins
Que faire je doy sus ce point, i'i,i,ii5
Et qu'il est bon de luy respondre :
C'est une fille à tout le mains
Qui est bien venue à ses fins,
Et qui a eu bonne rencontre.
K° 376 \". DUC D'ALANSON, lieutenant j;..neral.
Sachez, Sire, de vérité 1^,920
Que grant vertu si est en elle.
Ainsi comme on a rapporté;
C'est une très noble pucelle,
Vertueuse, plaisant et belle,
Ti'ès honneste en fais et en dis, ■ '1,925
Et croy de vray que sera celle
Qui confondra noz anemis.
Vous devez faire son voloir
Et luy obbeyr, c'est raison;
Que Dieu l'a volu envoyer 1 '1,980
Garder vostre noble maison.
Si devez en toute saison
Luy faire service et plaisir.
Et luy bailler tout à bandon
Tout ce qu'elle vouldra choisir. l'i-oss
Au regard vous mener à Raiiis, Se c'est son plaisir, qu'el le face; Chascun le double, chascun le craint. N'ayez jà peur qu'on vous mefl'ace; Que je croy que soit en la grâce 1'1,9'jo
De Dieu qui a sus tout povoir :
Si devez en tous lieux et place Aconiplir tout son bon voloir.
Mes est ung point que vous diray.
Et me semble bien neccessaire, li, 9/1.5
F' 375 r . Ainsi comme de vray je say,
Et est aussi bien exemplaire.
Vous savez que le lonc de Loire
Y est Jargueau, Meung, Baugenci;
Seroit bon nestoyer le repère 1^,9^0
Des Anglois qui y sont ainsi.
Et de retourner à Orléans
Pour faire là une assemblée
A ces Anglois, maudites gens.
Pour les dechacer à l'espée. 1^,900
Et suis d'acort, s'i vous agrée,
Y aller avecq la Pucelle,
Et de combattre à main armée
En sa présence, avecques elle,
Puis après, vous mener sacrer; ii,9'Jo
C'est bien raison, ne doubtez raie.
Et à Orléans vous en vendrez.
Puis nous vous tiendrons compaignie.
Vous avez en présence ouye
Ma volunté et mon vouloir; 16,965
S'i n'est bon, que chascun en die.
Et au mieulx je vueil concevoir.
LE SIRE DE RAYS
Monseigneur a bien propposé Et a dit tout le voir sans doubte, Sy a bien le cas expos(^, ''■-o?"
Et n'en a on deffailli goutc.
De la Pucelle, en somme toute, F° 375 y". , ', On ne luy doit riens refuser, ' ' Et que son plaisir on escoute
Que bel vois luy fait propposer. , i''.975
Des places qui sont à avoir
Au lonc la rivière de Loire,
Bon seroit premier les avoir.
Que y nous sont trop en frontière,
Et en nestoyer le repère >'''9«"
Ains que procéder plus avant;
Et ne vous doubtez de victoire.
Que elle vous est preminant.