‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 125 sur 158 · ROY · texte numérisé non relu

ROY

Ma belle fllle, levez vous, Et soyez la très bien venue ;

Vostre maintien plaisant et doux li.fiSo

Me resjouyst dont vous ay veiie.

A grant joye serez receue Et toute vostre compaignie, Que riens ne sera soubz la nue

Qu'espargné vous soit, chiere aniye. ii,655

Et s'i vous plaist riens demander En mon royaulme que faire puisse, Je vueil que vous y entendez, F' 36() \ ". Vostre voloir qu'on acomplisse ;

Et tout ce qui vous sera propice, 1/1,660

Jebanne, que vueil que vous l'ayez, Sans que aucun vous contredise, Ne autrement en délayer.

J'ay lousjoui's eu de vous nouvelles Depuis vosti'c département, i'i,i>'i5

Lesquelles sont doulces et licllos, Par vous conduites saigemcnt; Que ouvré avez tellement Sus Anglois, et fait reculler

De devant Orléans tellement i '1,670

Que leur siège avez lait lever.

Dont, de ce je vous remercie, De vostre conduite et proesse, Ne jamès ne vous fauldray mie

Que de mes biens n'ayez largesse. 1 '1,075

Ayez en vous joye et leesse • Comme faire le povez bien; Que pour vous n'est or ne ricbesse Que j'espargne, ne doublez rien.

Or est donqucs, la mercy Dieu, i'i.68o

Le siège de devant Orléans Par vous levé, comme j'ay sceu:

En fait d'armes ont esté grans Par vous faits et ])ar voz moyens. Ainsi comme j'é peu savoir. '''-<i8:)

Dont, fille, salut je vous rens De vostre excellant devoir; F°370!". Que je scay véritablement

De vostre très baulte proesse

Y avez fait si vaillamment ' '>■*'<.)"

Que le renon dura grant piesse.

Et vostre nom en grant noblessi?

Sera à tousjours renonnné.

Et vostre très gi'ant bardiesse

Sera de tous gens confermé. iixS'Ç)ô

Si ne vous doubtez du contraire.

LE MISTERE DU SIEGE DOULEANS. 571

Jchaiiuc, que ainsi sera fait Que tout temps de vous sera mémoire De vostre hault excellant fait.

Mon bon voloir avez pai'fait i '1,700

D'avoir chassé dehors d'Orléans L'oust des Anglois, qui me «revoit Et dont j'estoyc desplaisant.

Sachez que jamès ne sera

Qui ne me souviengne de vous, i'j,7o5

Et qui mal faire vous vouldra De moy ne sera à repoux.

Je vous garderay pardessus tous, Ainsi (jue ma fille et amye,

De tous perilz et de tous couroux, 1^,710

Je le vous proniez et allie.

Or çà, bien soyez vous venue, Et vostre compaignie aussi; Pour vous ay eu paine et souci Qu'esclande vous fust advenue. 1/1,715

LA PUCELLE

Sire roy, à vous suis tenue Du bien que me offrez ainsi.

LE ROY

Or çà, bien soyez vous venue, Et vostre compaignie aussi.

LA PUCELLE

Sire, moy de pauvre value 1^,720

Très humblement je vous mercy; A moy n'appartient pas cecy.

Ne telle chose ne m'est deue.

572 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAiNS.

LE ROY

Or çà, bien soyez vous venue,

Et vostre conipaignie aussi; 14,725

Pour vous ay eu peine et souci

Qu'esciande vous fust advenue.

Pour vous joye m'est survenue,

Quant vostre santé corporelle

Devant mes yeulx ay apperçue, 1/1,780

Qui m'est une joye nouvelle.

LA PUCELLE

De vostre bonté éternelle, v° 371 1°. Noble roy, je vous remercie.

A nioy n'appartient chose telle;

C'est de vostre grant courtoisie 1/1,735

Et de vostre grâce planie

Que me présentez tant de biens :

Dont, vous et vostre seigneurie

Salut et grâces je vous rens.

S'i vous plaist, en bref vous diray 1 '1.7/10

Du siège d'Orléans dont je viens.

Comme il a esté délivré

De voz anemis anciens.

Sachez, Sire, que ceulx d'Orléans

Y ont fait grandement devoir; ''■*■■/''■'

Tant hommes, femmes et enffans.

Vous ont servy de bon voloir.

Et lesquelz de très bon coraige

Ont employé eulx et leurs biens:

En detïendant vostre heritaige •''./^o

N'ont espargné or ne argent.

Et à moy, du service grant

M'ont l'ait, Sire, ne doubtez point.

Et sont François bons et vaillans,

Désirant venir à voz fins. i4,75r.

Sont ceulx d'Orléans, ne doubtez mie,

Pour vous servir jusques à nioi'ir,

Et ne vous fauldront de leur vie.

Que y vous ayment sans faillir.

Et tousjours prest à vous servir 1/1,700

Comme à leur roy souverain;

Si les vueillez entretenir.

Je vous en supply, de cueur tiii.

Oultre plus, vers vous suis venue

Vous deprier et dénoncer, 1 '1,765

Ainsi comme je suis tenue

De le vous dire et prononcer.

Vous plaise vous disposer

A faire ce présent voyaige,

Vous mener à Rains couronner, '1.770

Vous noble roy, prudent et saige.

Et sachez le temps est venu.

Ainsi que à vous appartient,

Comme de Dieu estes esleu

Vray roy sur tous les crestiens,

Roy de France noble et puissant.

Je vous pry, plus n'en différez.

Que ainsi faire le convient;

A Rains je vous mené sacrer

LE ROY

Ma fille, vostre beau parler Me plaist moult, je vous certiliie.

Ce qui vous plaist me conseiller Acomply sera, ne doubtez mie.

De ceulx dOrleans, où je me fie, Je les tiens de mes bons amis, l'i,;».")

Et s'i vous ont loyaument servy.

Croyez que très joyeux, en suis.

F" 372 r'. Je say bien véritablement

Que pour niorir ne me fauldront;

James ne firent autrement. ii,79o

Y me sont très loyaulx et bons,

Et très grant joye ay dont y soni

Délivrez de iioz anemis,

Que grant travail eu il ont;

Dont à vous fort tenu je suis. l'i.Toâ

Reposez vous, vous et voz gens,

Puis de nostre fait penserons.

Et vous pry que n'espargnez riens

Tout ce que l'aire nous pourrons,

Que voz plaisirs faire volons, .1/1,800

Voz bons enseignemcns et dis.

Que bon conseil trouvé avojis

En vous, fille de très hault pris.

Voyez cy Jeban, duc d'Alanson,

Qui de nouvel est cy venu 1 1,800

D'Angleterre, paiant renson

En laquelle il esloit tenu;

Si sera de par nous esleu,

Jehanne, vous tenir compaigme.

Il est puissant et de hault Heu, 16,810

De guerre apris, ne doubtez mie.

LA PUCELLE

Noble roy, je vous remercie Dont de tant de biens me oflrez.

Que à moy y n'appartient mie.

LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. 575

fii-^^"- Ne faire pas ne le devez. ,',,81.",

De monseigneur dont vous parlez, J'ay ouy de sa retournée, Qu'il est à priser et louer Et pour gouverner une armée.

Quant à nioy, bien je suis joyeuse . '1,8-20

Que monseigneur duc d'Alenson, Qui a puissance vertueuse Et est prince de grant façon.

Que ensemble nous parfason

Le remenant de ceste guerre, i',,â95

Et croy que ensemble y feron Autant que nulz qui soient sus terre.

LE ROY

Çà, ma fille, reposez vous

Pour mesbuy, et je vous emprie;

Et de tout ce qui sera en nous, i/i,83o

Jehanne, ne nous espargnez mie.

LA PUCELLE

Vostre volante acomplie, Ghier Sire, de par moy sera.

A Dieu toute la compaignie.

LE ROY

Ce que vous plaisa on fera. ,4,835

F° 878 r°. Lors icy y a pause. — Et dit

LE ROY

Mes amis et mes bons seigneurs, A qui sont deuz toutes honneurs,

Plaise vous icy nous entendre :

Vous estes mes conservateurs

Et aussi mes protecteurs, i'i,8'io

Ainsi comme je puis coinprandre:

Vueillez nostre conseil entendre En ce cas icy, et espandre De ce que volons proposer.

Afin que ne puissons mesprandre. ii,8'i5

A ceste voye volons tandre Sur nous on ne puisse gloser.

Or est il, comme chascun sait, Des Anglois le grief et méfiait

Que devant Orléans ont commis, i4,85()

Lesquelz pensoient bien de fait Les avoir, et bien leur sembloit.

Quant il y ont le siège mis Et assemblé tous leurs amis.

Tous les plus vaillans et iiardis ii,855

Que il ont onques peu acquerre.

Et y ont esté là assis Neuf mois entiers et acomplis A incessamment faire guerre.

Et ainsi (jue je croy de vray, i '1,860

F" 878 \°. Ceulx d'Orléans en grant desarroy

Y ont souffert douleur et paine, Lesquelz y ont fait, je le croy. Tout. leur devoir de bonne loy;

Cela, c'est chose bien certaine. 1 6,865

Leurs corps, leurs biens et leur domaine Ont employé en voye plaine.

Sans espargner chose qui soit.

Et par leur volante haultaine, Comme la chose est souveraine, 1^,870

Si ont deffendu le bon droit.

Après aussi devez savoir Que Dieu de son propre voloir Nous a envoyé ceste fiHe,

Laquelle j'ay fait esprouvoir 14,875

Et en mon grant conseil provoir, Savoir se c'estoit chose utille.

Interrogée de son stille.

De son savoir la plus habille

Que on peult au monde trou voir, ii,88o

Saige, prudente et fertille A respondre, honneste et agille, Sans luy savoir riens reprouvoir.

Ce dont par le rapport d'iceulx

Du conseil qu'ay trouvé en eulx, i'j,885

L'é fait abiller et armer, Et vers Orléans, de cueur joyeulx, Est allée avecques plusieulx Pour bien son voloir confermer, F° 376 1°. Laquelle me veult affermer i'i,89o

Que brief elle feroit defermer Le siège clos devant Orléans, Dont iceulx estoient enfermez Par Anglois venuz d'oultre mer.

Qui sont anemis anciens. i '1,895

\ous savez qu'elle y a esté.

Ainsi qu'elle avoit volante Y aller sans nulle differance.

Pour conserver de vérité

Orléans, la très noble cité, 16,900

Qui estoit en bien grant doubtance.

Dont y a fait par sa puissance, Par son sens et par sa prudence,

Que ledit siège a fait lever,

Et mis Anglois en grant soullVance, i '1,900

De chasser par grant diligence,

Que on ne les sayt où trouver.

Or est elle icy venue.

Ainsi comme vous l'avez veue,

Pour nioy mener sacrer à Rains; li.yio

Si vous supply sans atandue

Que vostre oppinion soit seue,

Se mettre me dois en ses mains.

Conseillez m'en à toutes fins

Que faire je doy sus ce point, i'i,i,ii5

Et qu'il est bon de luy respondre :

C'est une fille à tout le mains

Qui est bien venue à ses fins,

Et qui a eu bonne rencontre.

K° 376 \". DUC D'ALANSON, lieutenant j;..neral.

Sachez, Sire, de vérité 1^,920

Que grant vertu si est en elle.

Ainsi comme on a rapporté;

C'est une très noble pucelle,

Vertueuse, plaisant et belle,

Ti'ès honneste en fais et en dis, ■ '1,925

Et croy de vray que sera celle

Qui confondra noz anemis.

Vous devez faire son voloir

Et luy obbeyr, c'est raison;

Que Dieu l'a volu envoyer 1 '1,980

Garder vostre noble maison.

Si devez en toute saison

Luy faire service et plaisir.

Et luy bailler tout à bandon

Tout ce qu'elle vouldra choisir. l'i-oss

Au regard vous mener à Raiiis, Se c'est son plaisir, qu'el le face; Chascun le double, chascun le craint. N'ayez jà peur qu'on vous mefl'ace; Que je croy que soit en la grâce 1'1,9'jo

De Dieu qui a sus tout povoir :

Si devez en tous lieux et place Aconiplir tout son bon voloir.

Mes est ung point que vous diray.

Et me semble bien neccessaire, li, 9/1.5

F' 375 r . Ainsi comme de vray je say,

Et est aussi bien exemplaire.

Vous savez que le lonc de Loire

Y est Jargueau, Meung, Baugenci;

Seroit bon nestoyer le repère 1^,9^0

Des Anglois qui y sont ainsi.

Et de retourner à Orléans

Pour faire là une assemblée

A ces Anglois, maudites gens.

Pour les dechacer à l'espée. 1^,900

Et suis d'acort, s'i vous agrée,

Y aller avecq la Pucelle,

Et de combattre à main armée

En sa présence, avecques elle,

Puis après, vous mener sacrer; ii,9'Jo

C'est bien raison, ne doubtez raie.

Et à Orléans vous en vendrez.

Puis nous vous tiendrons compaignie.

Vous avez en présence ouye

Ma volunté et mon vouloir; 16,965

S'i n'est bon, que chascun en die.

Et au mieulx je vueil concevoir.

LE SIRE DE RAYS

Monseigneur a bien propposé Et a dit tout le voir sans doubte, Sy a bien le cas expos(^, ''■-o?"

Et n'en a on deffailli goutc.

De la Pucelle, en somme toute, F° 375 y". , ', On ne luy doit riens refuser, ' ' Et que son plaisir on escoute

Que bel vois luy fait propposer. , i''.975

Des places qui sont à avoir

Au lonc la rivière de Loire,

Bon seroit premier les avoir.

Que y nous sont trop en frontière,

Et en nestoyer le repère >'''9«"

Ains que procéder plus avant;

Et ne vous doubtez de victoire.

Que elle vous est preminant.

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