‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 126 sur 158 · LE BARON DE COLONCES · texte numérisé non relu

LE BARON DE COLONCES

Je suis de ceste oppinion

Que à Orléans devez aller i''.o85

Avecques la fille de nom,

Cela je vueil bien conseiller

Et que vous devez regaller

Voz villes d'environ Orléans,

Et faire Anglois tant reculler 14.990

Qui n'y reviengnent de mil ans.

Après, pour la Pucelle entendre, •

Pour vous mener à Rains sacrer,

Je croy que y devez entendre

Et n'en devez point différer. l'i-ggS

Elle est à priser et aymer;

Ghascun d'elle bien en proppose :

De toutes gens est à louer Et de Dieu est, je le suppose.

F" 376 r°. DUC D'ALANSON.

Faictes la Pucellc venir, 1 5,000

Que la voir ^ d'un cliascun est telle

Si est que voloir acomplir

Le bon voloir qui est en elle,

Et que par vous on luy revelle

Vostre volante en ce cas; ■ i5,oo5

Si la trouverrez bonne et belle,

Qu'elle ne vous desdira pas.

LE ROY

Messeigneurs, par vostre ordonnance

Faire vueil, et selon voz dis;

Si feray venir en présence 1 5,0 10

La Pucelle de très liault pris.

Qui n'a encore en riens mespris,

Mes chascun la craint et la doubte.

Et n'est nul ne grans ne petis

Que de ses dis cbascun l'escoute. i5,oi5

Messagier, va diligemment

Devers la Pucelle, et luy dy

Qu'elle viengne à nous presleiuenl.

Sans tardei", et que je l'empry

MESSAGIER

Chier seigneur, tantoust devers lui 1 5,020

F° 376 v". Vostre messaige à la Pucelle

' Pour voix, opinion ?

Par moy sera fait et acompli, Que bref en orrez ia nouvelle.

Pase.

Madame, Dieu a'ous doint honneur, Joye, santé et bonne vie!

Le Roy si vous pry de bon cueur Qu'aillez vers luy sans tarder mie.

LA PUCELLE

Sa volante sera acomplie,

Mon chier amy, incontinant.

\at en devant, et je t'eniprie, i5,o.3n

Sans arrester ne tant ne quant.

MESSAGIER

Plaise vous savoir que je viens,

Chier Sire, de vers la Pucelle,

Laquelle verrez en presant

Par devers vous, plaisant et belle. i5,o35

Lms y a pose. — Et dit

LA PUCELLE

Noble roy. Dieu vous dont salut Et à tout vostre seigneurie, F' 377 r°. Du hault paradis le tribut.

Duquel si est joye infinie!

LE ROY

Grant mercy, ma fdle et amve. i5,o4c

Sachez que je vous ay mandée Pour nous tenir cy compaignie, Et pour savoir vostre pencée.

Nous sommes icy assemblez

Touchant ce que nous avez dit, i5,o4â

Pour en faire et en deviser Tout selon vostre bon esdit; Et sommes tous sans contredit A en faire à vostre ordonnance,

Et de nul ne sera escondit i5,o5o

Vostre bon voloir et plaisance.

Vous les voyez ci en présence, Lesquelz sont d'un comuiun accort A vostre grant sens et science,

De l'aconiplir sans nul déport; i5,o55

Et ung chascun d'eulx se fait fort De compaignie vous tenir Où vouldrez aller à l'efort, Et avec vous vivre et morir.

Pour tant, fdle, si est concleu, 15,060

Sauve qui vous plaise le faire, Tout bien considéré et veu Que c'est chose neccessaire; Que sus la rivière de Loire F" 377 ï°. Au tour d'Orléans a plusieurs places i5,o65

Que tiennent Anglois pour frontières, Pour faire des maulx et falaces :

C'est Jargucau, Meung et Baugenci.

Vous savez, Anglois sont dedans.

Et comme chascun sait aussi 15,070

Que il ne sont point loing d'Orléans, Et y pevent faire amast de gens Pour Orléans encore défier, Bon seroit les gecter de leans

Et aultre part les envoyer. 15,075

Je ordonne duc d'Alanson

Pour mon lieiitenaiit gênerai.

Avecques gens de grant façon,

Et tant à pié comme à cheval,

Vous servir à mont et à val 1 5,080

A tout vostre bon plaisir faire,

Enjoinct, en especial,

Du tout vostre plaisir parfaire.

Puis après, tout incontinant.

Je suis bien content de me rendre i5,o85

Avecques vous dedans Orléans,

Et que vous m'y voulez atendre.

De là yrons couronne prandre

A Rains, ainsi que avez dit,

Et se ad ce voulez entendre, i.o.o^o

Nous ferons à vostre appétit.

DUC D'ALANSON.

Dame Jehanne, je suis joyeux p 378 V. Vous faire service et plaisir

Et aller à vous en tous lieux;

Croyez que j'en ay grant désir. 15,095

Se plus toust j'eusse peu venir D'Angleterre, là où j'estoye.

Voulu vous eusse secourir; Mes acomplir ne le povoye.

Sachez que le renom de vous i5.ioo

Traverse de là Angleterre; A tous anemis faictes poux, Que nul n'y sait quel confort querre.

Anglois si ont tenu en serre

Le royaulme trente ans plainement; i5,io5

Mais par vous sera leur desserre, Leur fin et leur definement.

LA PUCELLE

Vostre voloir entièrement

Vueil acomplir de ma puissance :

C'est que voloir premièrement i5,iio

Mectre Anglois en obbeyssance,

Et les places à délivrance,

Baugenci, Meung et .largueau.

Bien je suis de ceste acordance

Ou on n'espargne bourc ne chasteau. i5,ii5

DUC D'ALANSON.

Jebanne, je le conseilleroye, F" 378 %°. Et me semble que c'est le mieulx.

Vostre plaisir faire vouldroye Plus toust que nul dessoubz les cieulx. Anglois sont en deux ou trois lieux i5,i9o

Environnez autour d'Orléans; De les avoir soyons soigneux Et les desloiger de leans.

LA PUCELLE

Puisque vous estes tous contans,

Desdire n'en vueil vostre entante, 1.5,12.5

Et à ce faire me consens,

Si en suis aussi bien contante.

Dont ne ferons ci plus d'atante,

Et y allons diligemment,

Que bref me fault prandre la santé i5,i3o

D'acomplir mon veil bonnement.

LE ROY

Ma fille, sachez, je désir

De faire ce qui vous plaira, Et vostre voloir acompiir;

Devei's moy, y s'acomplira. 1 5,1 35

Le duc d'Alanson s'en yra Avecques vous, fille très chère, Et lequel vous obbeyra En tout ce que aurez à faire.

F° 379 r". Or çà, beau cousin, je vous prie lô.i'io

Que la Pucelle conduisez.

Et pour Dieu ne luy faillez mie Que de dangier la préservez.

En vous priant que la gardez

Aussi chiere que vostre enfîant. i5,i'i5

Que j'aroye grand encornbrier Se mal avoit aucunement.

DUC D'ALANSON.

Croyez que j'en seray engrant

Et de la garder bien soigneux:

Si seroye trop desplaisant t5,iôo

Qu'elle eust mal, et bien doiouieux.

LE ROY

Je prie à Dieu le roy des cieulx

Qui vous tiengne tous en sa garde.

Et vous dont que victorieux

Puissez retourner, que qui tarde. 1.5,155

Adont les trompetes sonneront. Et puis dit

DUC D'ALANSON.

Dame Jehanne, estes vous preste?

F''379v°. Y nous convient d'ici partir.

A nioy plus rien y ne me reste

De qiioy y me peust souvenir.

Donques, se c'est vostre plaisir, i5,t6o

Je croy que de partir est heure :

Tous mes gens j'é fait ci venir;

Pour moy plus nului ne demeure.

LA PCCELLE.

Sire roy, de vous prans congié,

Vous remercyant de l'onneur; i5,i65

Et de vostre noble valeur

Soyez de Dieu l'egracié.

LE ROY

Fille, jamès ne vous fauldray; Je le vous proniès de bon cueur.

LA PUCELLE

Sire roy, de vous prans congié, 15,170

Vous remercyant de l'onneur.

LE ROY

En vous, belle, me suis fié

Où je trouve cause et couleur,

Tout bien en vous et tout honneur :

De ce je suis certilfié. 10,175

F° 38 0 !•'. LA PUCELLE

Sire roy, de vous prans congié.

Vous remercyant de l'onneur; Et de vostre bonne valleur Soyez de Dieu regracié;

Vous pryant par grant amytié i5,i8o

Que veillez faire diligence De aconiplir ce bel traictié, Estre couronné roy de France.

LE ROY

Fille, de ce n'ayez doubtance.

Vostre bon voloir je feray, iô.iS.ô

Croyez, en toute diligence.

Et de bon cueur l'aconipliray.

A Dieu, tant que vous reveray.

Aurai double de vostre absence.

LA PUCELLE

Tenez vous pour moy asseuré 10,190

Que Dieu me gardera d'olTence.

Lors s'en part, et dit

LA PLCELLE.

Or sus, monseigneur d'Alanson .

Partons d'ici quant vous plaira ; F°38o%°. Il est tant que nous en pansion,

Que je vouldroye estre desjà. ir),!.).')

DUC D'ALANSON.

Trompetes, sonnez cà et là Pour assembler toutes noz gens.

Et tenez le chemin qui va Tout le plus droit juques Orléans.

Adou( icy y a une pause de trompetes et autres iustruiiieiis. — El vifiulnml vers Orléans, et au devant viennent les bourgeois de la ville, et dit

LE MISTERE DU SIEGE D ORLEA.\S. Ô89

LE RECEPTEUR.

Dame Jehanne, noble princesse, 1 5,300

Vous soyez la très bien venue ;

De vous vois nous est grant liesse

El très grant joye survenue.

Vous serez à Orléans receue,

Aussi monseigneur d'Alanson, i5,3o5

Qu'i ne sera riens soubz la nue

Que n'ayez à vostre bandon.

Plus de joye avoir ne penson , Noble dame, que de vous vois.

F°3Si r°. N'aultre chose ne desiron, lô.aio

Vous, le reconfort des François!

Quant par voz armes les Anglois Avez dechacez du pays, 11 y a desjà plus d'un mois, iNe en ne les a veuz depuis. t5,ai5

Cryer Noël, grans et petis,

Devons pour vous tous, noble dame;

Et sommes tous à vous soumis

De voz servir de corps et d'ame,

Que vous estes celle qu'on clame 15,220

La réduction de la ville.

Et ung chascun de nous l'alïerme :

Le vray est comme l'evangille.

LA PUCELLE

Mes amis, je vous remercie

De vostre honueur et plaisir, lô.aa.j

Et vostre suis, ne doubtez mie,

En ce que vous pourray servir;

Oue j'é bon voloir et désir

De vous rendre la courtoisie

Que vous m'avez volu oiïrir : lô.aSo

Je ne lobliray de ma vie.

p:Wi \\ Lors icy entreront dedans Orléans, tous cryant Xoel. El puis dit

LE BASTARD D'ORLEANS

Noble dame, comment vous va?

De vous vois je suis fort joyeux.

Depuis que ne fustes deçà,

Avons esté tousjours oyseux, i.j.^sô

Que il n'est Anglois soubz les cieulx

Qui ose plus sus nous venir.

Et sont de repoux en leurs lieux,

Qu'i ne savent que devenir.

Et vous, monseigneur d'Alanson, i5,9/.o

Vous avez fait longue demeure,

Dont, croyez, pas joyeux n'estion

De vostre mal, je vous asseure.

Bien soyez venu! je procure

Des Anglois, qui vous ont tenu. 15,2/15

Tel en paiera la forfaiture

Qui n'en sera en riens tenu.

MONSEIGNEUR D'ALANSON.

Soyez bien certain en ce cas

Que, ainçois qu'il soit peu de temps.

Je metray Anglois si au bas i5,95o

Que quelcun n'en sera pas contant.

Et sachez de vray, je prêtant Que de ma ranson et dommaige F° 383 1°. Aucun qui se fait fort du grant

En paiera partie du voyage; 1 5,2.55

Que, par tous les sains, j'emeroye

Mieulx morir que n'estre vengé ,

Et que je ne me trouve en voye

Pour en estre desdommaigé.

Jà Dieu ne plaise que songé i5,i6o

J'eusse aultrement de ce faire.

Et mon coraige fust changé

De delesser ce vitupère.

BASTARD D'ORLEANS

Nous vous ayderons à ce faire.

Ne vous doublez, et de bon cueur; 13,26.5

Voire et avant qu'i soit guaire.

Quelqu'un en paiera le maleur.

Mes pour estre le conducteur

Parler convient à la Pucelie,

Que de vaillantise et honneur 10,270

Le vray avons trouvé en elle.

DUC DWLANSON.

J'en ay ouy dire merveille De son sens et de son savoir, Si veil estre dessoubz son elle

Et la servir à mon povoir, 1.5,275

Que le Roy m'a prié pour voir Qu'en nulle façon ne la lesse.

F' 382 v°. Si y feray tout mon devoir

De la tirer hors de la presse.

592 LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS.

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