LE CONTE DE VENDOSME
Vous dictes toute vérité :
Le délayer rien ne nous vault;
Point ne sommes en seureté, 10,370
Et semble que ne nous en chault.
On ne doit point craindre l'assault
De Jargueau ou en autre part;
Mes y doit on, sans nul deffault,
Les assaillir de part en part. 15,375
Noz gens sont frais et refraichiz,
Et perdent leur force et coraige
Pour tant en repoux les tenir
Que ainsi que en reclusaige.
Y convient faire ce voyage iô,38o Di'oit à Jargueau, y n'est pas loing,
Et la Polie qui est en cage, La resvciller à ung matin ^
MESSIRE FLEURANT D'ILLIERS
Messire Jehan et Alixandre,
Ses deux frères, sont avec lui; 15,385
De là les fault faire descendre
Et leur donner ung peu d'ennuy.
Si vouldroye que aujourd'uy
Jeu de mots sur le nom du chef anglais, qu'on prononçait La Poule
F° 385 1°. Nous partissions pour y aller;
Croyez que desplaisant je suy 15,390
Que je ne les vois resveiller.
JAMET DU TILLAY
Dame, ne fault que commander
A partir quant y vous plaisa.
Faictes comme vous lantendez,
Et ung cliascun si vous suyvra; 15,395
Tout vostre voloir on fera,
Chiere dame, n'ayez doubtance.
Et chascun de nous s'armera
Pour acomplir vostre ordonnance.
SAINTE SUAIRE
De ce qu'i dit ayez fiance, . i5,4oo
Que nul ne le vcult autrement.
Ordonner à vostre plaisance,
On le fera totallcment.
Propposé avez vrayement
Comme il est licite de faire; i5,4o5
S'i vous plaist, dame, entièrement
Vueillez la besoigne parfaire.
LA PUCELLE
A voz dis je vueH bien complaire.
F° 385 v°. Faictes tantoust et sans atendre
Que on mette sus la Bergère; i5,/iio
Pour la mener y fault entandre.
Pareillement y nous fault prandre
Une partie de voz canons.
Que, ainsi que je puis comprandre,
Je say bien qui se détiendront. 1 5,4 15
DUC D'ALANSON.
Tout vostre plaisir nous ferons,
Madame, ne doublez de rien.
La Bergère nous mènerons
Et des canons tout aussi bien.
Et dès anuyt, comme je tien, ro,u-io
Tout sera chargé pour mener,
Sans y faillir, fer ne lien;
Demain y sera à desjeuner.
LA PUCELLE
Oultre plus, aussi je vous prie
Que demain tous soyez armez, 15,625
Au plus malin, je vous supplie, Pour nostre besoigne allermer Tellement que puissions fermer Demain et tenir siège clos,
El qui puissent estre enfermez. i5,i3o
F" 386 r'. Ainsi comme j'ay en propoux.
Et que pour resveiller noz gens Vous faciez trompeles sonner, Au plus matin, soyez contant;
Partir je vueil sans séjourner 15,685
Et dès demain assault donner Es Anglois qui sont à Jargueau :
Par moy seront abandonnez.
Et y feray ung peuple nouveau.
ALANSON.
Tout vostre voloir sera fait, ,5,r,4o
Et ne vous doublez du contraire.
Cliascun suyvra voslre bannière De coraige et de cueur parfait.
VENDOSME
Y m'est bien tart que demani soit Pour vois les Anglois en frontière.
THUDUAL DE CARMOISI.
Tout vostre voloir sera fait,
Et ne vous doubtez du contraire.
LA PUCELLE
Mes bons seigneurs, comment qui .«oit, F" 3S(î v°. Vueillez y demain si bien faire
Que en puissiez louenge et gloire Acquérir tant que monde soit.
ALANSON.
Tout vostre voloir sera fait,
Et ne vous doubtez du contraire.
VENDOSME
Chascun suyvra vostre baniere
De coraige et de cueur parfait. 1 5.65.5
Lor.s la Pucelle et tous les seigneurs se rttrayeront et se arriveiorit. Et cependant nn[j herault angiois dit :
LE HERAULT
Je m'envoys, sans atendre plus,
A Jargueau dire la nouvelle
Comment François se mectent sus,
Acompagnez de la Pucelle,
Par une façon très cruelle, -i5.46o
Qui demain au matin s'en part.
LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. 599
Si convient que je le revelle A mon niaistre, aius qu'i soit plus tart.
F" H87 r». Pose.
LE HERAULT
Monseigneur conte de Suffort,
Plaise vous ouyr et entandre i.î,46.5
Dont je vous vois faire rapport
Et à monseigneur Alixandre.
Deux jours a que j'é volu prandre
Mon chemin aller à Orléans,
Pour ouyr, pour vois et aprandre 15, '.70
Et savoir qu'on faisoit leans;
Si est bien mauvaise nouvelle,
Et me pardonnez, s'i vous plaist.
Que demain sera la Pucelle
Devant Jargueau, dont me desplaist. 15,47.5
Et suis venu tout exprès
Pour vous dénoncer ccste chose,
Et plusieurs François sont après
Pour vous venir cy tous enclose.
CONTE DE SUFFORT
Comment, messagier, que dy tu? 1 5.480
Est il vray ce que tu me dis?
Mon coraige en est fort esmeu, Et ne say en quel point je suis.
Je te rcquier tant que je puis
Que tu me comptes hault et bas : i5,4«5
Bien certin je cuide estre et suis F" .387 v°. Que la Pucelle n'y est pas.
LE HERAULT
Monseigneur, ne le croyez pas,
Que, par ma foy, je lui ay veue;
Et ovec des gens ung grant tas lô/iyo
Depuis deux jours elle est venue.
Et disoit on parmi la rue
Que demain elle doit venir.
C'est vérité toute congnue;
Ne m'en sachez nul desplaisir.
CONTE DE SL'FFORT
Par tous les sains, j'ay grant despil De ceste maudite truende; Assez croy ce que tu as dit :
Faire me vouldra quelque escande.
Maudit sois tu, toy et ta bande, i5,5oo
Faulce, desloyale, putin!
En un gibet veil qu'on me pande Se par moy tu n'es mise à fin.
Çà, messeigneurs, pensez ici;
Je me double de la Pucelle, i5,5o5
Et mettra nos gens en souci, Que ung chascun si a peur d'elle.
Je croy qu'elle soit innnortelle F' 388 1". Ou que au deable et soit donnée;
Jayniès n'ouyz parler de telle, i:..rno
Je ne say s'elle est deable en fer'.
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Ma pencée en est fort troblée, Et en ay deul en mon coraige.
Je pansois que s'en fust allée
' Sic. l'eiil-êti-e faut-il lire ou fer, a moins de restituer :
Je ne saj s'est deable d'enfer.
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. (iOl
Demeurer en quelque villalge, 10,515
Faire du lait et du fromage,
Qu'il y a desjà plus d'un mois,
Guidant que fust en reclusage.
Et ne pansoye plus la vois.
Mes quoy! y nous fault tenir tous 15,520
Et faire bon guait jour et nuyt.
Garder noz murailles et tours
Très gentement, sans mener bruit.
Que cliascun de noz gens soit duit
A gouverner l'artillerie, 15,595
Pour bien la tirer à proffit,
Et que on ne leur faille mie.
MESSIRE ALIX ANDRE
Plus à elle je ne pansoye, Et depuis le siège d'Orléans F°388 v". On disoit qu'elle estoit en voye i5,53o
Et que d'elle n'estoit plus riens.
Elle a fait du mal si très grant Que nul ne le saroit pencer :
Par ces fais, ainsi que j'entant.
Elle fist Glasidas noyer, 15,535
Qui estoit puissant cappitaine, Très fort hardi et corageux; Si luy Ost souffrir tant de paine, Puis l'a mort oveques plusieurs,
Par assaulx si très merveilleux i5,54o
Que nul ne les pourroit comprandre.
Mes une faulte fut en eulx Qu'i se lesserent trop surprandre. Il avoit divisé un pont Assis sur deux arches coppées; i5,5û5
fi02 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.
Mes y n'y adviserent onc Quant vint es batailles données.
Dessus ce pont à grant volées Vindrent chacer leurs adversaires, Puis la pesanteur fonsa les pées, i5,55o
Dont en l'eau Irestous trébuchèrent.
Non pourtant ne la devons craindre Ne tant doubter; je suis asseure Que nul ne pence de ce faire,
Mes tous à elle courrir seure. 10,555
Que se je la tiens, je vous jure, Trayner je la feray es champs, F'3S9i". Et niorir de mort laide et dure.
Et estrangier à mes chiens.
MESSIRE GUILLAUME DE LA POLLE, coule de SiiiTort.
Or SUS, pensons du renienant, i5,56o
Et ne soyons point esbaiz Quant nous les verrons ci devant.
Soyons preux, vaillans et hardis.
Et, tant que nous avons loisir,
Y nous convient fortifller 1 5,565 De bois, de terre et de paliz.
Que y nous vendront défier.
Y sont gens pour nous cuider praiidre^ A ung soir ou à ung matin ;
Je vous pry, mon frère Alixandre, 15,570
Que vous y tiengnez bien la main.
Vous, messire Jehan, de cueur fin
Je vous en pry tant que je puis;
Faisons tellement qu'en la fin
François soient par nous desconfis. 15,575
Qui pourroit avoir la Pucelle
Ou de Iret la faire niorir, François n'ont fiance qu'en elle, Par ce pouriés à chef venir.
Par les champs les verriés fouyr i5,58o
En tel voye et en tel façon Que sus vous jamès revenir F" 3Ho \\ Ne les verriés, je vous faiz bon.
Si convient le faire assavoir
A tous noz vaillans chevaliers, i5,58.5
Comment chascun face devoir.
Bourgois, marchans, gens de mestiers, Que tous y facent volontiers Devoir pour deffendre la ville,
Tant archiers et arbalestriers, 15,690
Ung chascun selon son stille.
Et qu'i soit crié, publié Par tout la ville de Jargueau.
Es environs notiffié,
A Saint Denis ' et de çà l'eau, 15,59»
Pour mectre à ung chascun créneau Gens et garniz d'abilleraent.
Qui sara riens le monstre beau Et se den'ende vaillamment.
Puis fault avoir des chauces trapes, 15,600
Des gresses et huylles boylantes, Puis en croix soit cloué des sacles Et autres choses excellantes ,' Qui les assaillant fort tonnantes
Et leur font de grief le possible. i5,6o5
Que tous y boutent leurs entantes A leur faire chose nuysible.
' Saiiit-Uenis-de-i'Hôtel, sur la rive droite de la Loire, vis-à-vis Jargeau.
MESSIRE JEHAN
Ce que vous dictes sera fait, p 390 r". Mon très beau frcre, incontinant;
Chascun y fera si bon guet i5,6io
Que vous en serez bien content.
Et de vray, ainsi que j'entant.
Devant trois jours cerlin je suis
Que secours nous aui'ons très grans
Amenant vivres de Paris., i5,Gi5
Le conte de SufTort y est
Qui nous a promis, vous savez,
Et l'a mandé tout par exprès ,
Qu'i nous viendra avitailler,
Et avequcs luy amener 10,620
Mille hommes de fait, j'en suis seur.
Dont, ne vous devez esmayer :
François n'aront pas le milleur.
MESSIRE ALIXANDRE
.le vous pry que prenez bon cueur, Que, s'il y venent, j'é couraige i5,6n5
De leur faire telle rigeur Qu'i ne l'aront pas daventaige.
Leur souvient il point du voyage Qu'i nous vindrent ci assaillir.
Dont plusieurs d'eulx sont en ostage i5,C3o
En terre, oveques les fromiz?
Ung de leur puissant cappitaine, Qui se nommoit le Gasecon, E''3r)o^^ Pour sa bien venue, à l'estraine.
Reçut ung coup de vireton, i5,635
Qui trespersa son auqueton
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAAS. 605
Et son liarnois de fin acier.
Encore le Irouveroit on Gisant tout mort en ces ("ossez.
MESSIRE GUILLAUME DE LA POLLE
Je ne les crains point ne ne double, rs.fiio
Et y viengnent quant y vouldront;
Serviz seront en somme toute
De bombardes et de canons.
Arbalestes assez avons,
Foison de bonnes couleuvrines, i5,6i5
Tret de passe à gros raillons
Qui après ne fault medeyines'.
Frère, faictes aller crier
Parmy la ville et à trompeté
Cbascun se vueille préparer i5,65o
Pour demain et sa cbose preste.
MESSIRE JEHAN
Vostre volante sera faicle; Je le vois faire sans atandre.
F'Sgi 1°. Hérault, prenez vostre trompeté
A coup et vueillez ci entandre : i5,655
Cryer fault sus peine d'amende
A tous, de quelque estât qui soyent,
Demain au plus matin se rende.
Et de bon harnois se provoyent,
A soy sortir ainsi qu'i doyent, 1 5,660
Dont y savent le mieulx jouer,
Contre François qui sont en voyent^
Pour nous venir ci assiger.
' Sic. Il l'aut iii'e sans doute medessines, médecines. " Sic, pour en vote, afin de rimer pour l'œil.
Sw
GOC) LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.
HERAULT
Je le vois haultemenl crier,
Ne vous en doublez du contraire, i.j,G65
A son de trompe publier
Qui à tous sera bien notoire.
Lors li-onip(>le sonnera; puis dit
HERAULT
Veillez tous ouyr et retraire.
De par le conte de Suflort,
Sur peine d'amende arbitraire, 15,670
Escoter tous sans nul déport :
Est que ledit seigneur vous mande PSgi \". Que tous, demain, diligemment.
Expressément vous commande
Que entendez soigneusement i:<,()-]j
A vous provoir de ferrement, Ung cbascun selon son estât, Pardevant luy, honnestement, Sans bruit, sans noise et sans débat; Que y luy est venu nouvelles ir),6bo
Comment François doyvent venir, Acompagnez de la Pucelle, Comme on l'a volu advertir.
Si ne vueille ung cbascun faillir,
Sur peine de pugnicion i."),685
Et sa malle grâce encourir.
Aussi son indignation.
Monseigneur, j'é tout acompli Ce que par vous m'est commandé.
Et n'en ay riens mis en obli i^.Cgo
De ce qui m'a esté mandé;
Et le cas ay recommandé
Que ung chascun fera devoir :
Arbaleste et à arc bandé
Demain les verrez comparoir. ir),G(j.')
SUPPORT
Çà, beaux frères, que dictes vous?
Sommes nous pas assez puissans A nous deffendre contre tous F'Sga i". Et garder la ville en tous sans?
Nous sommes de neuf à huit cens 10,700
Tous escuiers et chevalliers,
Expers et bons combatans,
Et garniz de bons artilliers.
En oultre, nous espérons
Secours du sire Facestot, 15,700
Et que vivres nous amerront
De Paris : en ont pris complot,
Et deux mille sont en ung blot
Qui partiz sont pour venir ci;
Et y est sire Tallebot, , 10,710
Qui ne nous laira pas ainsi.
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Ghier frère, ne vous en doubtez
Que François nous ne devons craindre;
S'i venent, y seront frotez.
Que je ne pence pas me faindre; 15,710
Et autant le grant que le maindre,
Ung chascun de nous a coraige.
Et se sur eulx povons ataindre,
Il en maudiront le voyage.
MESSIRE ALIXANDRE
Frères, bien je conseilleroye 13,720
F" ■■ig-î v". De nous rotraire pour meshuit;
Mes commectre gens par la voye, Sans en faire noise ne bruyt, Qui bon guet feront toute nuyt
Environ et sus la muraille, 15,7-25
Dont ung cbascun d'eulx sera duyl
Y entandre, comment qu'il aille.