‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 128 sur 158 · LE CONTE DE VENDOSME · texte numérisé non relu

LE CONTE DE VENDOSME

Vous dictes toute vérité :

Le délayer rien ne nous vault;

Point ne sommes en seureté, 10,370

Et semble que ne nous en chault.

On ne doit point craindre l'assault

De Jargueau ou en autre part;

Mes y doit on, sans nul deffault,

Les assaillir de part en part. 15,375

Noz gens sont frais et refraichiz,

Et perdent leur force et coraige

Pour tant en repoux les tenir

Que ainsi que en reclusaige.

Y convient faire ce voyage iô,38o Di'oit à Jargueau, y n'est pas loing,

Et la Polie qui est en cage, La resvciller à ung matin ^

MESSIRE FLEURANT D'ILLIERS

Messire Jehan et Alixandre,

Ses deux frères, sont avec lui; 15,385

De là les fault faire descendre

Et leur donner ung peu d'ennuy.

Si vouldroye que aujourd'uy

Jeu de mots sur le nom du chef anglais, qu'on prononçait La Poule

F° 385 1°. Nous partissions pour y aller;

Croyez que desplaisant je suy 15,390

Que je ne les vois resveiller.

JAMET DU TILLAY

Dame, ne fault que commander

A partir quant y vous plaisa.

Faictes comme vous lantendez,

Et ung cliascun si vous suyvra; 15,395

Tout vostre voloir on fera,

Chiere dame, n'ayez doubtance.

Et chascun de nous s'armera

Pour acomplir vostre ordonnance.

SAINTE SUAIRE

De ce qu'i dit ayez fiance, . i5,4oo

Que nul ne le vcult autrement.

Ordonner à vostre plaisance,

On le fera totallcment.

Propposé avez vrayement

Comme il est licite de faire; i5,4o5

S'i vous plaist, dame, entièrement

Vueillez la besoigne parfaire.

LA PUCELLE

A voz dis je vueH bien complaire.

F° 385 v°. Faictes tantoust et sans atendre

Que on mette sus la Bergère; i5,/iio

Pour la mener y fault entandre.

Pareillement y nous fault prandre

Une partie de voz canons.

Que, ainsi que je puis comprandre,

Je say bien qui se détiendront. 1 5,4 15

DUC D'ALANSON.

Tout vostre plaisir nous ferons,

Madame, ne doublez de rien.

La Bergère nous mènerons

Et des canons tout aussi bien.

Et dès anuyt, comme je tien, ro,u-io

Tout sera chargé pour mener,

Sans y faillir, fer ne lien;

Demain y sera à desjeuner.

LA PUCELLE

Oultre plus, aussi je vous prie

Que demain tous soyez armez, 15,625

Au plus malin, je vous supplie, Pour nostre besoigne allermer Tellement que puissions fermer Demain et tenir siège clos,

El qui puissent estre enfermez. i5,i3o

F" 386 r'. Ainsi comme j'ay en propoux.

Et que pour resveiller noz gens Vous faciez trompeles sonner, Au plus matin, soyez contant;

Partir je vueil sans séjourner 15,685

Et dès demain assault donner Es Anglois qui sont à Jargueau :

Par moy seront abandonnez.

Et y feray ung peuple nouveau.

ALANSON.

Tout vostre voloir sera fait, ,5,r,4o

Et ne vous doublez du contraire.

Cliascun suyvra voslre bannière De coraige et de cueur parfait.

VENDOSME

Y m'est bien tart que demani soit Pour vois les Anglois en frontière.

THUDUAL DE CARMOISI.

Tout vostre voloir sera fait,

Et ne vous doubtez du contraire.

LA PUCELLE

Mes bons seigneurs, comment qui .«oit, F" 3S(î v°. Vueillez y demain si bien faire

Que en puissiez louenge et gloire Acquérir tant que monde soit.

ALANSON.

Tout vostre voloir sera fait,

Et ne vous doubtez du contraire.

VENDOSME

Chascun suyvra vostre baniere

De coraige et de cueur parfait. 1 5.65.5

Lor.s la Pucelle et tous les seigneurs se rttrayeront et se arriveiorit. Et cependant nn[j herault angiois dit :

LE HERAULT

Je m'envoys, sans atendre plus,

A Jargueau dire la nouvelle

Comment François se mectent sus,

Acompagnez de la Pucelle,

Par une façon très cruelle, -i5.46o

Qui demain au matin s'en part.

LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. 599

Si convient que je le revelle A mon niaistre, aius qu'i soit plus tart.

F" H87 r». Pose.

LE HERAULT

Monseigneur conte de Suffort,

Plaise vous ouyr et entandre i.î,46.5

Dont je vous vois faire rapport

Et à monseigneur Alixandre.

Deux jours a que j'é volu prandre

Mon chemin aller à Orléans,

Pour ouyr, pour vois et aprandre 15, '.70

Et savoir qu'on faisoit leans;

Si est bien mauvaise nouvelle,

Et me pardonnez, s'i vous plaist.

Que demain sera la Pucelle

Devant Jargueau, dont me desplaist. 15,47.5

Et suis venu tout exprès

Pour vous dénoncer ccste chose,

Et plusieurs François sont après

Pour vous venir cy tous enclose.

CONTE DE SUFFORT

Comment, messagier, que dy tu? 1 5.480

Est il vray ce que tu me dis?

Mon coraige en est fort esmeu, Et ne say en quel point je suis.

Je te rcquier tant que je puis

Que tu me comptes hault et bas : i5,4«5

Bien certin je cuide estre et suis F" .387 v°. Que la Pucelle n'y est pas.

LE HERAULT

Monseigneur, ne le croyez pas,

Que, par ma foy, je lui ay veue;

Et ovec des gens ung grant tas lô/iyo

Depuis deux jours elle est venue.

Et disoit on parmi la rue

Que demain elle doit venir.

C'est vérité toute congnue;

Ne m'en sachez nul desplaisir.

CONTE DE SL'FFORT

Par tous les sains, j'ay grant despil De ceste maudite truende; Assez croy ce que tu as dit :

Faire me vouldra quelque escande.

Maudit sois tu, toy et ta bande, i5,5oo

Faulce, desloyale, putin!

En un gibet veil qu'on me pande Se par moy tu n'es mise à fin.

Çà, messeigneurs, pensez ici;

Je me double de la Pucelle, i5,5o5

Et mettra nos gens en souci, Que ung chascun si a peur d'elle.

Je croy qu'elle soit innnortelle F' 388 1". Ou que au deable et soit donnée;

Jayniès n'ouyz parler de telle, i:..rno

Je ne say s'elle est deable en fer'.

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Ma pencée en est fort troblée, Et en ay deul en mon coraige.

Je pansois que s'en fust allée

' Sic. l'eiil-êti-e faut-il lire ou fer, a moins de restituer :

Je ne saj s'est deable d'enfer.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. (iOl

Demeurer en quelque villalge, 10,515

Faire du lait et du fromage,

Qu'il y a desjà plus d'un mois,

Guidant que fust en reclusage.

Et ne pansoye plus la vois.

Mes quoy! y nous fault tenir tous 15,520

Et faire bon guait jour et nuyt.

Garder noz murailles et tours

Très gentement, sans mener bruit.

Que cliascun de noz gens soit duit

A gouverner l'artillerie, 15,595

Pour bien la tirer à proffit,

Et que on ne leur faille mie.

MESSIRE ALIX ANDRE

Plus à elle je ne pansoye, Et depuis le siège d'Orléans F°388 v". On disoit qu'elle estoit en voye i5,53o

Et que d'elle n'estoit plus riens.

Elle a fait du mal si très grant Que nul ne le saroit pencer :

Par ces fais, ainsi que j'entant.

Elle fist Glasidas noyer, 15,535

Qui estoit puissant cappitaine, Très fort hardi et corageux; Si luy Ost souffrir tant de paine, Puis l'a mort oveques plusieurs,

Par assaulx si très merveilleux i5,54o

Que nul ne les pourroit comprandre.

Mes une faulte fut en eulx Qu'i se lesserent trop surprandre. Il avoit divisé un pont Assis sur deux arches coppées; i5,5û5

fi02 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Mes y n'y adviserent onc Quant vint es batailles données.

Dessus ce pont à grant volées Vindrent chacer leurs adversaires, Puis la pesanteur fonsa les pées, i5,55o

Dont en l'eau Irestous trébuchèrent.

Non pourtant ne la devons craindre Ne tant doubter; je suis asseure Que nul ne pence de ce faire,

Mes tous à elle courrir seure. 10,555

Que se je la tiens, je vous jure, Trayner je la feray es champs, F'3S9i". Et niorir de mort laide et dure.

Et estrangier à mes chiens.

MESSIRE GUILLAUME DE LA POLLE, coule de SiiiTort.

Or SUS, pensons du renienant, i5,56o

Et ne soyons point esbaiz Quant nous les verrons ci devant.

Soyons preux, vaillans et hardis.

Et, tant que nous avons loisir,

Y nous convient fortifller 1 5,565 De bois, de terre et de paliz.

Que y nous vendront défier.

Y sont gens pour nous cuider praiidre^ A ung soir ou à ung matin ;

Je vous pry, mon frère Alixandre, 15,570

Que vous y tiengnez bien la main.

Vous, messire Jehan, de cueur fin

Je vous en pry tant que je puis;

Faisons tellement qu'en la fin

François soient par nous desconfis. 15,575

Qui pourroit avoir la Pucelle

Ou de Iret la faire niorir, François n'ont fiance qu'en elle, Par ce pouriés à chef venir.

Par les champs les verriés fouyr i5,58o

En tel voye et en tel façon Que sus vous jamès revenir F" 3Ho \\ Ne les verriés, je vous faiz bon.

Si convient le faire assavoir

A tous noz vaillans chevaliers, i5,58.5

Comment chascun face devoir.

Bourgois, marchans, gens de mestiers, Que tous y facent volontiers Devoir pour deffendre la ville,

Tant archiers et arbalestriers, 15,690

Ung chascun selon son stille.

Et qu'i soit crié, publié Par tout la ville de Jargueau.

Es environs notiffié,

A Saint Denis ' et de çà l'eau, 15,59»

Pour mectre à ung chascun créneau Gens et garniz d'abilleraent.

Qui sara riens le monstre beau Et se den'ende vaillamment.

Puis fault avoir des chauces trapes, 15,600

Des gresses et huylles boylantes, Puis en croix soit cloué des sacles Et autres choses excellantes ,' Qui les assaillant fort tonnantes

Et leur font de grief le possible. i5,6o5

Que tous y boutent leurs entantes A leur faire chose nuysible.

' Saiiit-Uenis-de-i'Hôtel, sur la rive droite de la Loire, vis-à-vis Jargeau.

MESSIRE JEHAN

Ce que vous dictes sera fait, p 390 r". Mon très beau frcre, incontinant;

Chascun y fera si bon guet i5,6io

Que vous en serez bien content.

Et de vray, ainsi que j'entant.

Devant trois jours cerlin je suis

Que secours nous aui'ons très grans

Amenant vivres de Paris., i5,Gi5

Le conte de SufTort y est

Qui nous a promis, vous savez,

Et l'a mandé tout par exprès ,

Qu'i nous viendra avitailler,

Et avequcs luy amener 10,620

Mille hommes de fait, j'en suis seur.

Dont, ne vous devez esmayer :

François n'aront pas le milleur.

MESSIRE ALIXANDRE

.le vous pry que prenez bon cueur, Que, s'il y venent, j'é couraige i5,6n5

De leur faire telle rigeur Qu'i ne l'aront pas daventaige.

Leur souvient il point du voyage Qu'i nous vindrent ci assaillir.

Dont plusieurs d'eulx sont en ostage i5,C3o

En terre, oveques les fromiz?

Ung de leur puissant cappitaine, Qui se nommoit le Gasecon, E''3r)o^^ Pour sa bien venue, à l'estraine.

Reçut ung coup de vireton, i5,635

Qui trespersa son auqueton

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAAS. 605

Et son liarnois de fin acier.

Encore le Irouveroit on Gisant tout mort en ces ("ossez.

MESSIRE GUILLAUME DE LA POLLE

Je ne les crains point ne ne double, rs.fiio

Et y viengnent quant y vouldront;

Serviz seront en somme toute

De bombardes et de canons.

Arbalestes assez avons,

Foison de bonnes couleuvrines, i5,6i5

Tret de passe à gros raillons

Qui après ne fault medeyines'.

Frère, faictes aller crier

Parmy la ville et à trompeté

Cbascun se vueille préparer i5,65o

Pour demain et sa cbose preste.

MESSIRE JEHAN

Vostre volante sera faicle; Je le vois faire sans atandre.

F'Sgi 1°. Hérault, prenez vostre trompeté

A coup et vueillez ci entandre : i5,655

Cryer fault sus peine d'amende

A tous, de quelque estât qui soyent,

Demain au plus matin se rende.

Et de bon harnois se provoyent,

A soy sortir ainsi qu'i doyent, 1 5,660

Dont y savent le mieulx jouer,

Contre François qui sont en voyent^

Pour nous venir ci assiger.

' Sic. Il l'aut iii'e sans doute medessines, médecines. " Sic, pour en vote, afin de rimer pour l'œil.

Sw

GOC) LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

HERAULT

Je le vois haultemenl crier,

Ne vous en doublez du contraire, i.j,G65

A son de trompe publier

Qui à tous sera bien notoire.

Lors li-onip(>le sonnera; puis dit

HERAULT

Veillez tous ouyr et retraire.

De par le conte de Suflort,

Sur peine d'amende arbitraire, 15,670

Escoter tous sans nul déport :

Est que ledit seigneur vous mande PSgi \". Que tous, demain, diligemment.

Expressément vous commande

Que entendez soigneusement i:<,()-]j

A vous provoir de ferrement, Ung cbascun selon son estât, Pardevant luy, honnestement, Sans bruit, sans noise et sans débat; Que y luy est venu nouvelles ir),6bo

Comment François doyvent venir, Acompagnez de la Pucelle, Comme on l'a volu advertir.

Si ne vueille ung cbascun faillir,

Sur peine de pugnicion i."),685

Et sa malle grâce encourir.

Aussi son indignation.

Monseigneur, j'é tout acompli Ce que par vous m'est commandé.

Et n'en ay riens mis en obli i^.Cgo

De ce qui m'a esté mandé;

Et le cas ay recommandé

Que ung chascun fera devoir :

Arbaleste et à arc bandé

Demain les verrez comparoir. ir),G(j.')

SUPPORT

Çà, beaux frères, que dictes vous?

Sommes nous pas assez puissans A nous deffendre contre tous F'Sga i". Et garder la ville en tous sans?

Nous sommes de neuf à huit cens 10,700

Tous escuiers et chevalliers,

Expers et bons combatans,

Et garniz de bons artilliers.

En oultre, nous espérons

Secours du sire Facestot, 15,700

Et que vivres nous amerront

De Paris : en ont pris complot,

Et deux mille sont en ung blot

Qui partiz sont pour venir ci;

Et y est sire Tallebot, , 10,710

Qui ne nous laira pas ainsi.

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Ghier frère, ne vous en doubtez

Que François nous ne devons craindre;

S'i venent, y seront frotez.

Que je ne pence pas me faindre; 15,710

Et autant le grant que le maindre,

Ung chascun de nous a coraige.

Et se sur eulx povons ataindre,

Il en maudiront le voyage.

MESSIRE ALIXANDRE

Frères, bien je conseilleroye 13,720

F" ■■ig-î v". De nous rotraire pour meshuit;

Mes commectre gens par la voye, Sans en faire noise ne bruyt, Qui bon guet feront toute nuyt

Environ et sus la muraille, 15,7-25

Dont ung cbascun d'eulx sera duyl

Y entandre, comment qu'il aille.

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