XVI PREFACE
qui au rosle n'en jugeait point de visu, que cette e'crituie soit une
•rcursive gothique du commencement du xvi'^ siècle'. 75
Ainsi, c'est de i4a() à 1^70 ou environ qu'a été' composé ie Mystère (lu siège d'Orléans. La date du siège d'un côté, de l'autre celle de l'écriture du manuscrit, nous renferment dans ces limites. Mais rien n'établit que ce manuscrit soit le manuscrit original, et, |)ar conséquent, alors même qu'il paraîtrait dater de i^iyo seulement, rien n empêcherait de croire le poëme plus ancien. On v est d'autant plus disposé, que si la pièce a été représentée, on ne ^' comprend guère qu'elle ait pu l'être après i66n. Et quelle l'ait été ou non, peu im|)orte; il sutlit que 1 auteur la destinât à la représentation. De si près qu'il vouliit suivre l'histoire, il aurait pu, en ce cas. se dispenser d'évoquer lombre maudite de Gilles de Rais: il l'aurait pu. disons-nous, et aurait senti qu'il le devait, ne fût-ce que dans l'intérêt de son œuvre.
Or, si nos conjectures sur la représentation du Mystère à Orléans ne paraissent pas suffisamment fondées, si le fait est révoqué en doute faute de témoignages contemporains plus directs et plus explicites, au moins est-il impossible de ne point admettre ({ue dans l'intention de l'auteur cette pièce fût destinée à être jouée sur le théâtre? G est ce qui ressort presque à chaque page de l'attention avec laquelle il a noté les pauses, c'est-à-dire les interjnèdes musicaux qui séparaient les principales scènes, indiqué les instruments qui devaient être emjjloyés pour chacune de ces pauses: pause de trompettes, pause d'orgues, etc. réglé enfin, lorsque de la parole on passe à l'action, tous les incidents, tous les détails du tableau placé sous les yeux du public. Gette préoccupation de mise en scène est frappante et ne laisse aucun doute. Evidemment l'auteur voulait que son œuvre fût rejirésentée.
Procès (le Jeanne d'An . t. V. p. 711.
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Elle la été, selon nous, à la date que nous avons intli(juée. el sans doute à grands frais. A raison de quoi on dira |ieul-étre (jue les comptes de la commune, précédemment cités, ne mentionnent, pour les fêtes de i/i35 et i^3c), que des articles d'une bien faible nnportance eu égard aux dépenses considérables (ptc devait entraîner la représentation d'un mystère comme celui que nous publions. En effet, il contient plus de cent personnages parlants, sans compter une armée de figurants et de comparses: et comme les jeux du théâtre étaient loin d'être à cette époque aussi simples et aussi primitifs qu'on serait tenté de le supposer, il exigeait un appareil immense.
On peut répondre, dabord, que toutes les dépenses de la ville d Orléans ne figurent pas sur les registres des comptes que rendaient les receveurs des deniers communs. C est ce que prouvent une assez grande quantité de cédules ou quittances parliciiiières conservées dans les dépôts publics de cette ville.
L objection, d ailleurs, ne saurait avoir aucune valeur aux yeux de ceux qui savent comment sorganisaient, au xv'' siècle, les représentations théâtrales. A cette époque, lorsqu il s agissait de réjouissances publiques, on comptait plus que de nos jours sur linitiative de chacun. La main de lautorit'^ ou de l'administration locale ne se montrait pas partout. Les municipalités pouvaieni sans doute contribuer pour une certaine part aux frais fies spectacles ])opulaires, aider les compagnons qui les entreprenaient à soutenir leurs dépenses, comme il est dit dans I un des articles lapporiés ci-dessus; mais, en général, et de nombreuses preuves l'établissent, les représentations de mystères étaient organisées par des associations de bourgeois et artisans, sous le patronage et avec l'assistance pécuniaire de riches personnages, de seigneurs du pavs ou même de seigneurs étrangers. Nous avons déjà dit qu en cette circonstance il était bien naturel de voir dans le maréchal de Rais
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le |jatron, l'organisateur de la solennité dramati({ue où il put prendre plaisir à se voir repre'senter lui-même, et où sans doute, coinme ailleurs, sa main prodigue s'ouvrit toute grande.
Si d'autres objections que nous n'apercevons pas ne viennent ruiner Tédifice de nos conjectures, si Ton accepte comme probables les propositions que nous avons cherché à établir, on sera conduit du même train à reconnaître que le Mystère du siège cVOrléans, composé et représenté à une époque encore aussi voisine A des événements, par un auteur qui avait du y prendre part ou les \oir se dérouler sous ses yeux, et devant un public encore tout plein du sujet, on sera conduit, disons-nous, à reconnaître que ce mystère ne doit pas être sans valeur historique. Examinons cette question.
Ce n'est pas, d'ordinaire, dans un monument de ce genre ([u on est tenté d'aller chercher les matériaux de l'histoire. On peut toujours craindre que la fiction ne se soit fait une trop large part aux dépens de la réalité, et que l'imagination de l'auteur ne se soit trop volontiers donné carrière. Rien de semblable ne peut être reproché à l'auteur du Mystère du siège d'Orléans. A part deux ou trois scènes où il a usé du merveilleux selon le goût de son temps, c'est-à-dire où il a fait intervenir Dieu, la Vierge et les saints, il s'est proposé surtout de mettre en action et de faire passer sous les yeux des spectateurs, dans leur ordre chronologique, les événements qui signalèrent la mémorable défense d'Orléans en 1/128 et liac). et la délivrance de cette ville par l'intervention de la Pucelle.
Cette exactitude rigoureuse, ce réalisme, comme on dirait aujourd'hui, aurait semblé de nature à faire classer cet ouvrage parmi les monuments historiques qui nous sont parvenus sur la