LE HERAULT ANGLOIS
Monseigneur conte de Suffort,
Je viens à vous dire nouvelles : 15.950
François vennent à grant effort,
Espanduz par champs et ruelles, i
Reluisant comme estincelles
De blans harnois ainsi que signes;
Et si sont leurs volantez telles 1 0,010
Mectre voz villes en ruynes.
F° 3c)7 r'. CONTE DE SUPPORT.
Comment, herault, les a tu veuz?
Sont il beaucoup? dy nioy comment.
Sont il grosses gens ou menuz,
Quel nombre sont il proprement? 15,915
HERAULT
Bien dix mille sont vrayement Qui venent devant ceste ville, Bien en point merveilleusement, Et vray est comme l'evangille.
CONTE DE SUPPORT
Çà, messeigneurs, chascun entande : lO.o-io
Je voi cy les François venir;
Arcs et arbalestes en bande
Nous convient avoir sans faillir,
Et artillerie à plaisir;
En ceste première rencontre i.'i.gaô
Et que chascun à son loisir
Son voloir et sa force monstre.
Lors icy arrivera la Pucelie devant Jargueau en belle ordonnance. F'Sçivv". Et y a pause. — Et puis mectront le siège devant la ville. Et puis
dit
LA PUCELLE
Seigneurs, nous sommes arrivez
Devant la ville de .Jargueau ,
Laquelle fault, comme savez, 15,930
L'enclorre autour pour le plus beau.
Chascun advise son créneau
Métro au droit son artillerie, Et de bon trait frais et nouveau
Pour y tirer, je vous eniprie. ih,ç)in
Faictes la Bergiere asouoir Et tous les canons à l'entour Pour muraille abatre et avoir, Et au droit de la grosse tour,
Puis y faire assault gros et lourt 15,9/10
Pour les Anglois espoventer, Qu i ne sachent par quelque tour Encontre nous résister.
Çà, bailler leur fault ung assault
A nostre première venue, 15,96:1
Qui leur soit fort boillant et chault, ' Et gecter à pierre perdue.
Que sus leurs meurs ne en leur rue
Nul d'eulx ne s'i ose trouvoir;
D'artillerie grosse et menue 15,900
Donques servir vous les povoir.
F° 398 r°. Lors les trompetes sonneront et fera on ung merveilleux cry ; que ceulx de dedens la ville cryent à l'arme ! les François à Tassault ! Et sera gecté trait tant de ceulx de dedans comme de ceulx de dehors, à grant confusion et impétuosité, et plusieurs navrez, tuez; et gecter gens et eschelles au bas des fossez, par grant force de couleuvrines et canons de ceulx de dedans et de ceulx de dehors pareillement. Et entre les autres ung noble chevallier du pays d'Anjou, de la compaignie de Monseigneur d'Alanson, y aura esté tué, dont ledit seigneur d'Alanson en fera deul et sera fort desplaisant. Et après ce que l'assault et bataille aura duré longuement, les trompetes des François sonneront une retraicte, et se retireront à part lesdits François, et ne feront riens contre les Anglois en cestuy assault. Et puis dit
MARESCHAL SAINTE SLAIRE.
Messeigneurs , adverti je suis
Dune besoigne très doubteuse, Par quoy bien dire je vous puis F 3ç)8 >'. Que nous peut estre dommageuse. i.").;).").')
\oas avez veu la sumplueuse Delïence qu'Anglois nous ont faicte, Qui a esté moult merveilleuse Et encontre nous mal extraicte,
Et dont y se termcnt si fors; 10,960
Je vous dire chose pourquoy, Comme j'é ouy les rappors Et comme on le dit tout de vray :
Si est qu'i leur vient grant charroy De vivres et de très grant demaine 1.5,965
De devers Paris, et le croy; Chascun le dit et acertaine.
Si me semble qu'i seroit bon De lever le siège d'yci,
Et que audevant nous aillons, 15,970
Que nous ne faisons rien yci Fors y estre en paine et souci, \ oir tuer noz gens à foison :
Bien avons le cueur endurci De souffrir telle desraison. i-").975
FLEUR,«T D'ILLIERS
Il est commune renommée Que secours leur vient voirement.
Et sont deux mille en l'assemblée, Tous gens de fait certainement;
Si nous pourroient encombrement 15,980
F°399i°. Donner, se cy les atandons,
Et vaudroit mieulx faire autrement :
Si est que vers eulx nous aillons,
618 LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS.
Que y sont leaiis poiu' tenir
D'icy à ung mois ou à deux, i.i,y8o
Et povons avoir desplaisir,
Se une foiz sommes surpris d'euh.
Vous voyez qu'i sont corageux,
Qu'is atandent bien le secours;
Si dy que le cas est douteux • 5,990
Et que on n'en doit avoir pours.
JAMET DE TILLAY
De cela n'est rien plus certin, Que messire Jehan Facestot Conduit l'armée et tout le train.
Et messire Jehan Tallebot. '5,995
Si dy que nul ne soit si sot Soy plus tenir devant la ville.
Que on nous pourroit en ung hlot Tous tuer icy à la fdle.
Mes pour aller au devant d'eulx iC,ooo
Les deroquer aucunement.
Me semble que ce seroit le mieuh Sans le voloir faire autrement.
Vous voyez icy clairement
Que riens n'y povons conquester. i6.oo5
F" 399 V. Mes noz gens morir à torment.
Les ungs blessez et degastez.
THUDUAL, le Bourgeois.
On dit que la chose est certaine ,
Qui sont deux mille combatant,
Et que Facestot les amaine 16,010
Avecques vivres largement.
Par quoy me semble bonnement
Que nous devons desaniparer
Plus toust que tenir longuement,
Et nous y devons préparer. ui.oi.'i
Vous aurez veu la griefve paine
Qu'il a convenu endurer;
Il n'y a eu ne ner ne vaine
Qui n'y ait falu labourer.
De noz gens plusieurs sont blessez 16,09.0
Et mors une grant quantité;
Dont de plus icy se amuser
11 n'est point de neccessité.
DUC D'ALANSON.
Messeigneurs, vous dictes tous !uen, Que pas n'avons eu le milleur; 16,025
Mes, comme je croy et soustien, Point n'y avons de deshonneur.
l'° 'lûo r . Gliascun y a fait grant labeur.
Et tant d'un cousté comme d'autre;
Eu ont la moictié de la peur ir^o.s..
Et n'y ont riens gaigné du nostre.
Mes pour desamparer ce siège.
Je n'en say bonnement que dire;
Vostre voloir voulantiers ferè ge,
Et ne veil nul aucun dédire. i6,o35
Toutes foiz faut il bien élire
D'un chascun les oppinions.
Faire tant que doyve souffire,
Puis faire les conclusions.
Ung de mes amis y est mort, iG.o^o
Et estoit d'Anjou proprement,
Dont j'en ay deul et desconfort
Et m'en desplaist bien grandement.
Et sans atandre longuement,
Mes que Dieu nie preste santé, ifi,o'i5
Quelq'un en fera le paiement,
Se je puis, à ma volante.
VENDOSME
Messeigneurs, nous ne faisons rien; Y fault savoir de la Pucelle,
Que, s'i vient inconvénient, iG.oôo
Tout le resort tournera sur elle.
F° 'loo \°. Elle est si très savante et belle
Et en ses diz, qu'i n'est riens mieulx
Que à son plaisir m'apareille,
Et luy obbayr en tous lieux. i6,or)5
BASTARD D'ORLEANS
-Mon beau cousin, vous dictes bien :
Savoir fault son oppinion,
Luy obbayr sur toute rien,
Acomplir son inlanciori.
Remplye est de devocion, 16,060
Saincté et debonnaireté.
Que à tousjours mes mencion
En sera de sa sainteté.
Çà, dame Jehanne, que vous semble
De cest assault ici dernier? 16,065
Tant que sommes ici ensemble.
Bon seroit de en adviser.
Plusieurs en sont fort esmayez
Dont n'avons esté les plus fors;
Les ungs sont las, aultres blessez, 16,070
Et autres plusieurs en sont mors.
Puis on dit qui leur vient secours
LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. 0-21
De Paris, à très grant puissance; Plusieurs de noz gens en ont pours Que surpris soyent par oultrance, i(i,o7r>
F-ioi r". Disant qu'an toute diligence
En doit aller au devant d'eulx, Sans soy tenir ci eu doubtance, Et disent tous que c'est le niieulx.
LA PUCELLE
0 mes bons amis vertueux, 16,080
Monstrez icy vostre vaillance, Ne vous souciez, n'ayez peux; Tout fera bien, n'ayez doubtance.
Ayez en Dieu ferme fiance
A garder le bon loyal droit, t6.os5
Et soyez tous en asseurance.
Sans avoir peur de rien qui soil.
Vous, La Hire, que dictes vous?
Ne veillez point desamparer
Et ne vous doubtez de secours, 16,090
Que point ne vous pourra grever; Et avant deux jours vous aurez Geste ville à vostre bandon, Où grans avoir y guaingneron.
Helas! ne la lessez pas don! 16,095
Si ne vous devez esbayr Pour ung seul assault seullement.
Vous qui estes à parvenir En si grans honneurs noblement.
Vous avez fait si vaillamment 16,100
F° ioi v°. Qu'on peust jamès dire de bouche,
Puis voloir deshonnestement Desamparer à grant reproche!
Je vous requiers tant que je puis
Que vous ne veillez départir, hj.io:.
Et ayez cueurs preux et hardis
Pour voz aneniis assaillir.
Aujourd'uy pensez parvenir
A aquerir louenge et gloire,
Que à tousjours mes, sans mentir, 16,110
De voz grans faiz sera mémoire.
LA HIRE
Dame Jehanne, ne vous doublez
Que je vous tiendray compaignie,
Et où il vous plaist me boutez;
Je ne vous en dediré mie ifi.nO
INe tous mes gens, je vous afTie.
Pour vostre voloir acomplir,
\ emploiray mon corps et vie.
Croyez de vray, et pour morir.
DUC D'ALANSON.
Certes, dame, j'ay grant désir kî.uci
De faire à vostre volante, V" iio-i r". Et quel qu'i m'en doye advenir,
Vous servir suis entalanté; Nonobstant que j'ay esté
Très fort pressé en cest assault, 16,12.^
Mes vous proviez de vérité.
Que morir ved, se je vous fault.
VENDOS.ME.
Ne moy aussy paredlement,
Jà n'en veil faire la retraicte.
Combien je say certainement i6,i3o
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 6'i3
Que aucuns si l'ont flesjà faicte.
Mes faictes sonner la trompeté,
Puis ung chascun s'assemblera,
Et par vous sera la chose faicte;
Ung chascun vous obbayra. i6,i35
BASTARD D'ORLEANS
Dame, tout vostre bon plaisir Acompli sera sus toute chose, Et tous volons vivre et morir Aveques vous, bien dire l'ose.
L'amour de vous si est enclose i6,iio
Aveques nous si ardamnient, Desobbayr nul ne vous ose F- io2 \'. Pour vostre hault gouvernement.
SAINTE SUAIRE
Faictes en ce qui vous plaira.
Que à vous du tout m'en atant; iD,ii5
.Te ne say comme il en yra.
Se Dieu plaist, bien comme j'entant.
De nous tenir icy devant,
(Juant c'est le gré de la Pucelle
De demeurer, j'en suis contant; iG,i5o
Je m'en rapporte bien à elle.
FLEURANT D'ILLIERS
En ce cas, je ne say que dire :
La chose me semble doubtable; 'Mes nului je n'en veil dédire;
En soit fait le plus convenable. 16,1 55
La compaignie est tant notable, Par quoy à vous tous me sommes.
(i-2à LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEA.NS.
Et à avoir tout agréable
Tous voz beaux diz et tous voz l'aiz.
JAMET DU TILLAY
Pas n'estoie cVoppinion 16,160
Que nous deussions plus demeurer; F /io3 1°. Mes je voy la conclusion,
Par quoy je n'y veil dilTeror,
Mes veil à tous obtempérer
Et mesmement en dame Jehanne, '6,io:.
Que ces faiz sont délibérez
De Dieu, comme la sainte manne.
THUDUAL.
J'estoie tout prcst à partir
Et tous mes gens certenement;
Mes je vous voy tous subvertiz 10,170
De demeurer entièrement :
Jà à Dieu ne plaise nullement
Que je desampare l'armée,
Lessez ung tel gouvernement
Ne une si noble assemblée. 113,17.")
LK PIXELLE.
Messeigncurs, je vous remercie De Tonneur et du bon plaisir, Que, à l'ayde Dieu, ne sera mye Ne ne tournera à desplaisir.
Et tant que nous avons loisir, iCmSu
Que on cbarge l'artillerie Diligennnent, sans deffaillir, F" io3 ï°. Et qu'elle soit bien assortye.
Premièrement, devant la tour
Y sera assis la Bergère, 16,185
Et des canons tout à l'antour, Qu'i n'y demorra pierre entière.
Et nioy, presenteray ma baniere Jusques auprès de la muraille,
Et commanceray la première. 16,190
Aujourd'uy, en ceste bataille Ne soyons point ici venuz Que ne facions aucun fait d'armes; Nous nous sommes tousjours tenuz En fait et en diz tretous fermes. )6,i<)5
Nous avons aussi des gendarmes Qui est la fleur de tonte France, Si devons dont tenir bons termes Allencontre toute puissance.
Se de présent nous retournyons i6,-2oo
Sans ceste ville subjuguer, Désormais honneur nous n'arions.
Et, de toutes gens évoquez, Chascun disoit que desroquez
Arions esté de peu de gens, i6,3o5
Qui seroit pour nous desvroquez En nostre deshonneur très grant; En vous priant tant que je puis Que ung chascun preigne coraige.
Et faire tant que soient sommis, 16,310
F' Uoii r\ Deschassez hors de l'eritaige
Du noble roy puissant et saige,
A qui le bon droit appartient.
Voz anemis sont ci en caige
A en faire à vostre talant; i6,ai5
Croyez qu'i seront esbaïz
De nous vois retourner sus eulx,
Que y sont las el refroidiz
Et si n'ont eu guiere de mieulx;
Que j'é veu de leurs gens plussieux 1 6,3^0
Tuez, navrez et fort blessez :
Si devons dont estre soigneux
De aujourd'iiy les prochasser.
Lors iey Y ^ ""e pelite pose de trompetes, ce pendant que chasoun soy assortisi son ariillerie et prépare pour bailler l'assaut. — El puis dit
CONTE DE SUFFORT
Mes frères et mes bons seigneurs, Vous savez les très grans labeurs 16,235
En ce présent assault premier, F°io'i \\ Le traved et les villains heurs,
Dont plusieurs sont en grans dolents
Tant des mors comme des blessez.
François nous ont fort oppressez, i(i,a:3o
Très fort matez et fort lassez.
Par une euvre fort oultrageuse;
Ne say qu'en dire ne penser.
Mes nos malades fault penser
Par une voie très [sjoigneuse. 1 6,235
ToutelToiz, quant bien je regarde,
Nous avons eu si bonne garde
Et gens de si bonne deffance
Que les François (que feu les arde
Aveques leur faulce paillarde i6,a4o
Remplie de toute insolance!)
N'y ont eu nulle recouvrance.
Fort maleureté et meschance.
Sans aucune chose y aquerre,
Leurs gens tuez à grant oultrance, i6,2i5
Navrez el blessez abondance Qu'on en eust peu couvrir la terre.
De retourner je n'en say plus; Mes y n'aront pas le dessus
De leur desloyalle entreprise. i(i,''5o
Y pert bien de leur faulx abus, De penser estre remis sus Par une fille mal aprise, Qui de faulceté est reprise F"/io5i\ Et de padlardise surprise : 1 0,255
Cela il est tout évident.
Mes, par la mort Dieu! s'el' est prise, Nue comme ung ver, sera mise Toute vive en ung feu ardant.
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Mon très chier frère, je vous prie 16,260
Que ne vous esmayez de riens;
Victoire arez, je vous affie,
Contre ces desloyaulx cbiens.
Que à nous y ne sont puissant.
Quant victoire avons eu sur eulx. i6,a65
Le coup premier vault toujours cent;
Qui bien en fait ung en fait deux.
Nous avons de leurs gens à mort
Mis, des plus hault et plus vaillant;
Je les ay veuz charger au port 16,270
En ung basteau devers Orléans.
Ceulx là n'apresseront plus avant ,
Ne ceulx qui sont en noz fossez,
Qui y gisent là tout edant \
Murtriz, mors et tous renversez. 16,975
' Sans cloute pour adeiw, à plat ventre.
Toutes foiz j'é veu la Pucelle; Mieulx luy fust filler sa qiienoille Que procéder ceste querelle, F°/io5v°. Ou qu'on luy monstrat à l'escolle.
Et si n'a pas esté si folle 16,280
Soy voloir trouver en mon rent;
La teste luy eusse fait molle :
James n'eust esté plus avant.
Ne vous doublez, nous les arons,
Se gueros sont icy devant, 16,385
(Jue noz gens qui viengnent seront
Arrivez cy incontinant,
Et n'y ara petit ne grans
Des François qui s'ose monstrer,
Ne la Pucelle tant ne quant; 16,290
Pensera ses bagues trousser.
MESSIRE ALIXANDRE
Je advise à leurs façons; Mes tousjours sont en parlement, Et ne say se y c'en yront
Ou s'i demouront longuement. 16,295
Et si croy, à mon jugement, Qu'i pourront icy séjourner, Que partiz en estoit gramment Dont lesquelz j'é veu retourner.
Et selon mon inlencion, i6,3oo
Y font une grosse assemblée, Et sont là comme en ficquecion, Comme à deviser leur armée.
p .'106 r°. Leur volenté ne leur pencée
Je ne le puis pas bien savoir; i6,3o5
Mes faire guet jour et nuytée
Nous en devons faire devoir.
S'i retournent et nous guaingnons,
Destruiz seront à tousjours mes;
Plus puissance sur nous n'aront 16,010
Et desconfiz seront désormais.
Que serviz les avons d'un mes
Oui pain et potaige a valu;
S'il ont encore ung entrâmes,
11 [IJ'aront tous cuit et mollu. i6,3i5
Pensons à nostre artillerie.
Et la charger, comment qui soit.
Afin qu'i ne nous preignent mie
En dcsarroy par nul endroil.
Qui bien se garde, bien se voit 16,3-20
Et bien se treuve bien souvent :
Qui deflault, souvent se déçoit
Et en vient inconvénient.
CONTE DE SUFFORT
Messeigneurs, à vous m'en atant :
Faictes tous à vostre plaisir, 16,825
Que non n'arreste tant ne quant A voz volantez acomplir.
Faictes charger sans deffaillir F° âo<i >°. L'artillerie grosse et menue,
Que quant viendra à l'assaillir, i6,33o
Que leur armée soit confondue.
Puis après, faictes porter pierres
De fais tantoust sus la muraille.
Broches ardant à grosses quarres
Pour percer jaserans à maille, i6,335
Maillez de pion, autre ferraille,
Aussi ars, piques et raillons,
Jusarmes, liallebardes de taille,
Vouges et grant bec de faucons,
Salades et grans bassinez, i6,3?io
Oveq arbalestes de passe,
Lances et fers bien affinez,
Qui ne soit riens qu'on ne trespasse.
Et pour batailler face à face,
Espées fines, dagues d'acier : |6'3''5
De tout ce diligence on face.
D'eu finer qu'il en est luestier.
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
De tout ce ne vous souciez.
Que en ren n'y aura deffault;
De ce que nous avons mestier i6,35o
Fourny en sera bas et bault.
Ne ne say comment il leur chaull r i<)7 r'. De voloir sur nous retourner;
Y semble qu'i ne leur en cliault D'eulx volloir faire definer. >6,35r,
MESSIRE ALIXANDRE DE LA POLLE
Ne vous en cbaille, mon cher frère.
Que se celle folle y retourne,
La venue luy costera si chère
Que vouldroit estre en Babillonne.
Veu fais à Marie de Bolongne i6,36o
Que, se entre mes mains repère.
Morir la fray de tel vergoigne
Plus que Néron ne fist sa mère!
Faictes noz trompetes sonner
Pour ralyer tousjours noz gens, i6,365
Et sus les murs, sans séjourner.
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. G.Hl
Soit porté pierres de grant pesant,
Pour acraventer toutes gent
Qui voudront monter par escheiles;
Sans espargner petit ne grant, 16,370
Faictes y euvres innnorteiles.
Lors icy ceulx de la ville feront leurs ajjrestes de pierre, lances et F° '107 ^ ". autres habillemens de guerre qui se doivent faire en assault, et y a une pose de trompâtes et taborins, clairons. — Puis après, la Pucelle vient et dit
LA PUCELLE
Au nom Dieu, mes loyaulx amis.
Il est heure les assaillir.
Soyez tous vaillant et hardis
Et prenez coraige et plaisir, 10,875
Afin que puissiez parvenir
A acquérir louenge et gloire.
Que Dieu vous donra, sans faillir.
Grâce aujourd'uy d'avoir victoire.
Lors icy, après que la Pucelle aura parlé , tous ensemble les François cryrout : à l'assault, à mort! Ceux de dedans pareillement feront ung merveilleux cry et cryeront : à l'arme ! sonneront trompetes et clairons; bien effrement comme en ung assault sonneront. Et ceulx de dedans gecteront huilles, sacles, pierres, coulevrines, canons, et durera cest F» '108 r'. assault assez longuement. Puis les trompetes sonneront une refraicte, et les François se retrayront. Et demourra la Pucelle seulle au pie de la muraille de ladite ville; et ung Anglois prandra une grant pierre forz grosse et espe'e et la gectera droit sur la teste de la Pucelle. Et de ce coup ladite Pucelle cberra sur les genoux et les mains ta terre, et dont ladite pierre se doit emyer en pièces, combien qu'elle fust de pierre de taille et pesante, et chascun la doit voir cbeoir sur la teste de la Pucelle. Puis dit Monseigneur d'Alanson :
MONSEIGNEUR D'ALANSON.
Trompetes, sonnez la retraicte. i6,38o
La Pucelle est morte ou blessée.
Que je véu choir sus sa teste
Une pierre grosse et carrée,
Pesante et desmesurée,
Qui l'a fait à terre chéoir. 1 6,385
Y convient que soit gouvernée,
Vois aussi qu'elle peut avoir.
F' /io8 \°. MONSEIGNEUR DE VENDOSME.
J'é veu la pierre proprement
Grant et large comme de fais,
Si suis esmerveillé comment 16,390
Elle a peu soustenir ce fais.
Allons à elle par exprès
Et savoir comment elle se porte.
Que je croy, moy, que loing ou près
Qu'elle en mourra, s'elle n'est morte. 16,395
Lors viennent et la trouverronl assise au long de la muraille. Et dit
LE BASTARD D'ORLEANS
Dame Jehanne, comment vous est
De ce coup que vous avez eu
D'une grosse pierre de fais?
Choir sur vous chascun la véu.
J'en ay le cueur si fort esmeu i6,.'ioo
Que je ne say que dire doye.
Et de vray je suis resoleu
De vous bouter hors de la voye.
F' /109 r'. MARESCHAL SAINTE SUAIRE.
J'é esté fort espoventé
Quant j'é véu choir ceste pierre, i6,4o5
Qui tout droit sus elle a esté;
Mes s'est esgrenée comme ung verre.
Toutesfoiz si est clieute à terre
Pour le moins, les genonlx flochiz,
Et bien pensons sans plus enquerre iG,?iio
Qu'elle deust de ce coup morir.
LA HIRE
Je say bien comment il en va,
Que j'estoys tout au plus près d'elle.
L'Anglois qui la pierre lâcha
Estoit auprès d'une torrelle; i6,4i5
La pierre estoit grosse à merveille
Et droit sus sa teste est chouate,
Cuydant luy frucer sa cervelle,
Mes c'est emyée comme paste.
MESSIRE FLEURANT D'ILLIERS
Messeigneurs, je conseilleroie i6,4ao
Chascun retourner en sa tente, F' 'log ^". Et puis demain prandre la voye,
Devers Orléans la droicte santé ; Que je vous asseure et me vente
Que icy nous ne ferons riens, i6,4a5
Et n'y perdons que nostre atante, Morir noz gens en degoustant.
JAMET DU TILLAY
Y sont fort leans asseurez ,
Et croy qu'i sont grosse puissance;
Si dy que vous vous abusez
Et y avez folle fience.
Vous 'voyez morir à oultrance,
iCAio
63i LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.
^oz gens fiiier piteusement,
Et si n'y voyez apparance
En plus que du conimancement. i6.;i3û
THL'DUAL.
Mes pensez l'inconvénient Et le dangier de la Pucelle, Que le dommaige cust esté grant Déshonneur à nostre séquelle, Et par tout eust esté nouvelle ; James ne fust cheust le cliappeau Qu'on n'eust mené Jelianne la belle F" 'no t". Faire morir devant Jargueaii.
1 fi, .'l 'l 0
ALANSON.
Dame Jelianne, y fault tout cesser
Et reposer nous et noz gens; i6,i65
Trois heures a que, sans cesser.
N'avons eu repoux tant ne quant.
Puis vous avez eu traveil grant
Du grant coup que receu avez;
Si volons tous sur toutes riens i6,45o
Bien soigneusement vous garder.
VENDOSME
Jehanne, y nous fault retirer,
Et vous mesme, de ceste presse.
Anglois ne tachent qu'à tirer
Droit à vous, pour vous faire oppresse. i6,/i5ô
Et voy que chascun d'eulx ne cesse
De tacher à vous courir seure.
Qui nous seroit deul et destresse.
Si vous venoit quelque adventure.
LA PUCELLE
Mes amis, ad ce ne pensez, ifi.'ifiu
Que de partir n'est pas saison.
K"'iiov°. Quant verray qu'y (aille cesser,
Je le vous diray, c'est raison ; Mes perdre si noble maison
Qui vostre sera anjourd'uy, i6,4()5
Ce nous seroit grant déraison Avoir ainsi le cueur l'ailly.
De la pierre dessus moy cheutc, Je vous pry que ne vous en chaille; Le mal que m'a fait ne rebute. 16,670
Ce n'est riens que à parler faille Que je ne retourne en bataille; Ne jamès je n'en partiray D'icy auprès de la muraille,
Qu'i m'aront ou je les aray. 16,67.5
N'ayez point de peurs, je vous prie.
Et donnez dedans sans atandre.
Tirez la grosse artillerie Et me faictes la tour descendre,
Ceste grosse muraille fendre, 16, '18c.
Que nous puissions entrer dedans; La ville vous feray anuyt rendre Maugré tous les contredisans.
ALANSON.
Jà n'en seray contredisant;
Faire en veil à vostre devise. iG,/iS5
LA PUCELLE
Messeigneurs, tirez en avant.
636 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAiNS.
F 'i 1 1 ,'. VENDOSME.
Je n'en seray contredisant.
LA PLCELLE.
De la ville et des habitans Ferez anuyt à vostre guise.
LE RASTARD D'ORLEANS.
Jà n'en seray contredisant; i6,'i9o
Faire en veil à vostre devise.
Lois icy tous les François retounieronl à {jiaiid cry, et Jera on iing merveilleux assault, tant de dehors que de ceulx de dedans, qui se deftendront vaillamment. Et l'artillerie des François abalra la tour et de la muraille grant partie, et y aura grant tuerie. Et les François et In Putelle entreront dans la ville de Jargueau. Et en sortira pour guaignier le pont Messire Guillaume de la Polie, conte de Suflort, Messire Jehan 1'° 4 1 1 \". de la Polie, son frère , et Messire Alixandre, qui sauldra après; mais sera enclos de François qu'i sera occis avant qu'il soif au pont. Et dit un gentilhomme au dit Alixandre, nommé Guillaume Renault :
GUILLAUME RENAULT
Vaillant chevalier Alixandre,
A ce coup n'yras plus avant;
Pence hardiment de te deffendre:
Pas ne seras le plus puissant. 10,495
Où sont tes frères maintenant
Qu'i ne te viennent secourir?
Regarde à ce coup s'il est pesant,
Qu'i le te convient soustenir.