‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 133 sur 158 · ALIXANDRE · texte numérisé non relu

ALIXANDRE

J'aynie trop cher mieul.v à niorir ig,5oo

Que me rendre es mains des François.

Encontre tous me vueil oflrir

A combattre seul contre trois,

Disant que vous estes Vaudois

De soustenir une querelle, 16,00.")

De croire une fille des bois

Et que vous abourez Pucelle.

P lti-2 1°. Lors Guillaume Regnault et Alixandre s'entrebateront, et puis clierra

tout mort Alixaudre à terre. El dit après au conte de Suffort, qui rencontre en sa voye,

GUILLAUME REGNAULT

Rendez vous, conte de Suffort,

Ou morir vous fré de mort dure;

James vous n'en n'arez support 16,5 10

A ce coup, je le vous asseure.

Je vous ay poursuiveu une beure

Et fait (jue je vous ay ataint;

Rendez vous à moy, ou je jure

Par moy serez mort et estaint. i6,5i5

SUFFORT

Je suis contant estre en tes mains, Mes que tu soyes gentil homme.

GUILLAUME REGNAULT

Gentil bomme suis, c'est du mains.

SUFFORT

Je suis contant estre en tes mains.

F" ii3 v°. GUILLAUME RENAULT.

Ren toy à moy à toutes fins, 16,020

Ou morir te feray en somme.

SUFFORT

Je suis conlanl estre en tes mains, Mes que tu soyes gentil homme.

GUILLAUME RENAULT

Suiïort, ren toy!

SUFFORT

A qui?

GUILLAUME RENAULT

A mov.

SUFFORT

Qui es tu?

GUILLAUME RENAULT

Guillaume Renault. i6,.'i25

SUFFORT

Es tu gentil homme?

GUILLAUME RENAULT

Ouy.

I^iiSr". SUFFORT.

« Je le croy.

GUILLAUME REGNAULT

Sufl'ort, ren toy!

SUFFORT

A qui?

LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. 039

GUILLAUME REGNAULT

A inoy.

SUPPORT

Es tu chevalier?

GUILLAUME REGNAULT

Neiiny; pour quoy?

SUPPORT

Faire le te vuei1, qu'i le fault.

GUILLAUME REGNAULT

Suffort, ren toy!

SUPPORT

A qui?

GUILLAUME REGNAULT

A moy. i6,53o

f°!ijZ\'. suffort.

Qui es tu?

GUILLAUME RENAULT

Guillaume Renault.

support.

Chevalier vous fray sans defiault, Et puis à vous je me rendray, A faire du tout bas et haut ' De moy, et tout acompliray. ii;,û35

Je vous sains de l'espée dorée

<;'iO LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS.

Comme preux vaillant chevalier,

Que vous ne refusez journée

En quelrrue lieu où vous aillez;

Aussi les espérons dorez, 16,3/10

Que voyez que je vous présente,

Foy de noblesse garderez

A vostre povoir et entante.

Lois le bnise ot luy saint Lospée dorée :

Or çà dont, messire Guillaume,

Prisonnier vous suis de présent; t6,5/i0

Guaingné dont vous avez mon heaulme, F'/ii'i I-. Que vostre je suis maintenant

A acomplir vostre tallant, Ainsi qu'à chevallier doit foire.

Et comme à noblesse appartient; i6,55o

Que ne le veillez point forl'aire.

MESSIRE GIILLVIME UEGNAULT.

Conte de SufTort, ne doubtez

Que traicté serez honnestement ,

Ne ne vous veil molester.

Mes vous tenir paisiblement. i6,55i

Vous estes mien certainement

Que pris vous ay en bonne guerre,

Si vous garderay soigneusement

Sans que souft'rcz nulle malerre.

Ordonné m'avez clievalier, i6,56o

Et de ce je vous remercye;

Si croyez de bon cueur entier

Je maintiendray toute ma vye

Bonne ordre de chevallerie,

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 6il

Tant soit à petit ou t\ grant : ir),5()5

Traicté sera en ma compaignie Tout ainsi comme il appartient.

nONTE DE SUFFORT.

Vous ferez que vaillant seigneur; V' 'i''' v°- Par ce acquerrez renommée,

C4omme prince de grant valeur 10,570

Et à qui louenge est donnée.

N'ayez en vous lîere pencée,

Soyez tousjours humble et courtois;

De tout le monde sera prisée

Vostre personne, et entre roys. ir,,575

MESSIRE GUILLAUME RENAULT

Ne vous en doubtcz du contraire

Que faire le veille autrement;

Mon voloir est du tout parfaire

Voz diz et voz enseignement,

Dont vous remercye humblement. ifi.sso

Mes, de présent, il est saison

Vous retraire présentement

Et vous mener en ma maison,

Que de ce soir sans plus atandre

Vous meneray dedans Orléans, i6,5«.5

Que sur vous on ne veille prandre

Aucun débat d'aucunes gens.

Et pourroit inconvénient

Advenir sur vostre personne.

Par quoy seroie mal contant, 10,590

Si vous advenoit quelque essoine;

Que desjà j'é ouy débat.

Et menacer les prisonniers p/iifjr". De les tuer et mectre à plat

Par commune gens et archiers. 16,590

Si vuei] que partions des premiers Pour doubte de leur destourbier, Qu'il en peut sourdre des dangiers Et iing très vilain encombrier.

SUFFORT

Faictes en à vostre plaisance, • 16,600

Et croy bien que ce sera le mieulx.

Mes j'ay au cueur grant desplaisance, Que les larmes me cheent des yeulx, De mes frères tant vertueux,

Tant honnestes, tant excellant; i6,6o5

Or ne sai ge où d sont eulx deux.

Dont je souffre doleur moult grant.

Du jeune, mon IVere Alixandre, Je doubte qui soit mis à moi't.

Tant plaisant, tant jeune et tant tandre! 16,610

Helas! quel deul! quel desconfort!

Hai'di, corageux estant fort, Plus que nuluy de sa jeunesse!

Hé Dieux! François, vous avez tort D'avoir occis telle noblesse. i6,6i5

A peine que le cueur me fault.

Tant de doleur je suis surpi'is; L'un est mort et l'autre autant vault : Je ne say s'il est mort ou viz.

F° /n.') v°. Mais se d advient que y soit pris, 16,620

A son maistre le recommande.

Que d'or et d'argent ung grant pris Il ara, mes qu'i me le rende.

LE MISTERE DU SIEGE DORLE.VNS. US

MESSIRE GUILLAUME RENAULT

Çà, gentil conte de Sulïort,

Venez vous en diligemment, i6,6a5

Que j'é ung basteau sur le porl

Qui vous merra courtoisement.

Et n'ayez esbayssement

De voz deux frères vifz ou mors;

Pensez de vous tant seullement, i6,63o

Et à préserver vostre corps.

Lors Je mené, et les trompetes sonneront, et sera pillée la ville de Jargueau : vesselle d'argent, estain, liz, niesnaige, draps, couvertures et tous autres utancilies de niesnaige, qui à prise d'assault se doit i'aire ou que on a acoustumé de faire, et pris prisonniers, que ung chascun fendra son prisonnier lyé de cordes, et mené devant luy, et descliassé F°iiGr". deshonnetement. Et après ce, y a pouse. — Et dit la Pucelle :

LA PUCELLE

0 nobles et vaillans seigneurs,

Bien devez eslever voz cueurs

Envers le vray Dieu tout puissant

Des grans biens et des grans honneurs, 1 6,635

Que sur terre ne sont greigneurs,

Qu"i vous a donnez de présent.

Dont vous seriez trop mal faisant.

Se vous n'allez recongnoissant

La belle louenge et gloire i6,6?io

Qui produicte a de présent,

Quant y vous a fait premenant

D'avoir eu si noble victoire.

Or est il, comme vous savez,

Que ceste ville cy avez 16.645

Guaingnée, et est à vous soumise,

iO,65o

Dont très bien garder la devez.

Et de noz bons amis privez Devez lesser tant que suHise ; Et que garnison y soit mise De noz gens, et qu'on y advise Au nom du noble roy François, Afin que plus on ne nous nuyse, Ne nul n'y lioute sa devise

Ne autres armes que Valois. 1 6,655

F'.'ii6v°. Puis après, je conseilleroye

Que ung cbascun si prist la voye

De retourner droit à Orléans,

Et là y emmener sa proye,

Soit prisonnier, or, ou monnoye, 16,660

Que desamparer il est tant.

Duc d'Alanson, soyez contant

De voloir commectre des gens

A la garnison de Jargueau,

Que vous y estes suffisant, i6,665

Bien expert, saigc et prudent;

Faictes comme il vous semblera beau.

DCC D'ALANSON.

A y mectre gens, c'est raison,

Avecques ung chef capitaine

Qui pourra garder la maison, 16,670

Ayant puissance toute plaine.

Voire de la cour souveraine.

Et estre lieutenant du Roy

De toute la terre et demaine

De Jargueau; ainsi je l'octroy. 16,675

Voilà messire Thudual;

Luy et ses gens je luy octroyé

LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. 045

A en faire amont et aval, A son plaisir, de ceste voye.

Et autant que nul que je voye, 16.680

F" Al 7 1°. Sans nul blasmer, est suffisant;

Dont, s'il luy plaist, à très grant joye. De Jargueau sera gouvernant.

VENDOSME

Il est bien expédient

Garnison y soit ordonnée, 1 6,685

Et y mectre gens suffisant,

A qui la charge soit donnée

Pour gouverner ceste contrée.

Dont ma voix si sera baillée

Au bon messire Thudual, 16,690

Et tandray la chose asseurée;

Chevalier est droit et loyal.

BASTARD D'ORLEANS

Messeigneurs, cy en gênerai

Avez fait bonne ellection :

C'est que messire Thudual 16,695

Aura ceste commission

De garder ceste région;

Et suffisant y est sans faulte,

Que, selon mon intencion.

On [n']en doit point élire d'autre.

MESSIRE THLDUAL.

Messeigneurs, je vous remercye F° ii7 v°. De Tonneur que vous me voloir;

Mes la charge ne accepteré mie, Que c'est tout contre mon voloir.

e'if) LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Et plusieurs sont pour y provoir, 16,700

Qui sont que moy plus suffisant Pour gouverner ung tel manoir Que je ne suis, et plus (luisant.

SAINTE SUAIRE

Quant la charge vous est donnée,

Plus ne le devez reffuser; 16,710

Vostre personne est honnorée

Dont on vous y veult imposer.

Aussi y saurez disposer,

Et y estes propre et savant;

Ne vous y veillez opposer, 16,715

Que la chose vous appartient.

LA HIRE

Je vous ayderay de mes gens

Moy mesmes, se besoing avez;

N'en soyez point contredisant,

Que ainsi faire le devez, • 16,720

Quant honneur aquis y avez.

Et pour ce n'en différez plus;

Nous sommes vos amis privez

A vous servir de plus en plus.

F» 6181°. MESSIRE FLEURANT D'ILLIERS

Mon cher amy, je vous supplie 16,735

Que vous veillez obtempérer

A ceste charge, et si vous prie

Que ne la veillez reffuser.

Je ne vous puis excuser

Que vous ne le doyez bien faire; 16,780

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 6/i7

Et n'en veillez j^oiiil Jiflerer, Que c'est à vostre honneur et gloire.

JAMET DE TILLAY

Beau cousin, vous ne devez pas

Delesser ceste charge cy,

Que la chose est pour vostre cas 10,730

Hors de dangier, la Dieu mercy.

Que se hesoing aviez icy,

Ou gens qui vous vousissent close,

N'en ayez en vous nul soucy;

Secours aurez sus toute chose. 10,740

LA PUCELLE

Çà, niessire Jehan Thudual,

Y vous fault garder ceste place; Vous estes chevalier loyal

F°/ii8v". Et de chascun estes en grâce.

N'ayez peur que nul vous mefface; i0,7'i5

Que s'aucun est qui viengne à vous.

Nous ferons après telle chace

Qu'i ne relorront pas trestous.

Croyez nous, ne vous lairons point

De loing sans avoir voz nouvelles, 10,750

Et des nostres, à toutes fins,

Y vous seront continuelles.

Et s'aucuns vers vous sont rebelles,

Ou que mestier ayez de nous,

Nous nous trouverons soubz voz elles 16,755

Incontinant et devant tous.

THDDUAL.

Vous, dame, et tous messeigneurs.

r,'i8 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Qui vous a pieu de nioy eslire, Vous remercye de voz honneurs

Sans plus vous vouloir contredire. 16,760

Combien pour la chose conduire En sont cy de plus suffisant Et plus savant, je le veil dire; Mais vous veil estre obéissant.

El du tout au niieulx que pourray 16,765

.le leray, ne vous doubtez mie, Et la place vous garderay Soigneusement et sus ma vye.

En priant Dieu qui vous conduie F^'iigr". Et VOUS face tousjours joyeux, 16,770

Et en tous lieux, à chère lie, Puissiez estre victorieux.

Pose.

LA PUCELLE

Çà, messeigneurs, sans plus enquerre,

Que chascun tire vers Orléans,

Et tant par eaue comme par terre. 16,775

Partez, mes amis, \\ est tant;

N'arestons plus ne tant ne quant.

Sus, trompetes, venez en place.

Nostre artillerie quant et quant,

Faictes qu'après nous on la chace. 16,780

Lors trompetes sonneront. Et partiront tous en belle ordonnance, et chascun ennierra ses prisonniers, le conte de Suffort, Messire Jehan de la Polie et plusieurs autres. Puis eeulx d'Orléans dient ce qui s'en suit :

LE RECEPVEL'R.

Messeigneurs et mes compaignons,

Vous savez assez les nouvelles F" 4iç) v°. De noz gens et que fail il ont

Euvres très puissantes et belles,

Qu'i n'en fut onques les pareilles, ^r>.^su

Ne fait de guerre si vaillant :

Senibloit qu'i fussent immortelles.

Ainsi que disent les passant.

Et est vray, comme vous savez,

La ville de Jargueau est prise, ''>w9o

Les gens de dedans pris, tuez,

Prisonniers et fait à leur guise.

Par les haulx fais et vaillantise

De la noble excellant Pucelle :

A la paine qu'elle y a mise i6,79r>

Jargueau est de nostre querelle.

PREMIER BOURGEOIS

Y n'en fault point faire de doubte Que tout ce fait par sa conduite; Ce que dit et fait, somme toute.

Est toute besoigne d'élite. 16,800

C'est Dieu qui la nous a produite Et envoyée en ce pays, Que par elle et par sa mérite Sont confonduz nos anemis.

Touttefoiz, il est grant nouvelle i6,8o5

Que aujourd'uy vient à Orléans, Et tous les princes d'entour elle.

Qui sont très nobles et vaillant.

F' !xio r". Si conseille que au devant

Nous y aillons les saluer, lO.Sio

Quant des anemis anciens

Y nous ont volu délivrer.

C'est raison, on y doit aller

Et les mercyer humblement.

Que il ont esté travaillez 16,81 5

Et mitrayez bien longuement.

Aussi ont il honteusement

Deschacé par force et puissance

Les Anglois, qui villainement

Ont tenu le pays de France. i6,8ao

Il ont usurpé le pays

A tort, sans cause et sans raison,

Guidant guaingner la fleur de liz

Qui est de si noble maison.

Où y n'avoient nul acjioison 16,825

Y venir en nulle manière.

Si l'ont tenue longue saison;

Mes plus n'y feront leur repère.

Pose. — Et trompetes sonneront et se appresseront de ta ville; et, à l'entrée, dit le recepveur :

F" 420 V». LK RECEPVEUR.

Dame, bien soyez vous venue,

Et tous messeigneurs que ci sont; i6,83o

A joye vous serez receue

De tout ce que faire pourrons,

Et de telz biens que nous avons

Cy en nostre ville d'Orléans,

Faire plaisir vous en voulons, i6,835

Ainsi comme il vous appartient.

Mes amis, je vous remercye;

Tenue suis à vous grandement.

Dieu vous rende la courtoisie

Et vous rémunère voz biens! iCS'u.

Ghascun pregne pour le présent

Son logis pour soy reposer,

Puis demain, ainsi que j'entant,

Voudrons quelque edit proposer.

Pose. — Et [juis dit uu messagier auglois :

MESSAGIER

Or, me convient sans arrester 1 6,845

F°42i 1°. Aller en toute diligence

Devers messeigneurs, raconter

La doleur et la grant offence :

Que François, par oultrecuideuce,

Ont la noble ville destruite iG,85o

De Jargueau, et la grant puissance

Ont mis à mort et à la fuyte.

On m'a dit que dedans Estampes

Est messire Jehan Facestot,

Et sont en armes excellantes 1 6,855

Avec le sire Tallebot :

Lesquieux ensemble par complot

Venoyent Jargueau secourir;

Mes les princes tous en un g blot

Ont esté perduz et meurtriz. i6,86o

Je leur vois dire la nouvelle

Et la chose si très piteuse

Qu'i n'en fut onques point de telle,

Si villaine ne oultrageuse,

Et pour Anglois tant dommageuse 1 6,865

Que nului ne saroit pencer

D'euvre qui fust si inaleuseuse :

Ne say qui la pourra passer.

Pose. — El s'en va devers les seigneurs et princes anglois, et dit

MESSAGIER

Mes clîiers seigneurs, Dieu vous dont joye F' ''9 1 v°. Et acomplir vos bons desiz! 16,870

Devers vous me suis mis en voye Pour nouvelles vous advertiz; Que dire vous veil sans mentir De Jargueau, dont je suis venu,

Ung grant deul et grant desplaisir 16,875

Qui à voz gens est advenu.

Comment, Yallepas, qui a y?

Quieux nouvelles, que font noz gens?

Dy nous, ne soyes point esbay;

Compte nous tout cy en présent. 16,880

MESSAGIER VALLEPAS.

Has! messeigneurs, le cas est grant!

Il est vray que Jargueau est pris:

Tout tué, pillé, mis à sang.

Et d'assault ont esté surpris.

TALLEBOT.

Harou! sandieu! vecci le pis: 1 6,885

Tu me compte dure nouvelle.

V I122 r\ Des François desloyauh, fuytiz,

M'en vengeray, de l'euvre cruelle.

MESSAGIER

Chascun dit que c'est la Pucelle

Qui a conduit cest euvre cy. «6,890

TALLEBOT.

Comment dy tu? y estoit elle?

MESSAGIER

Ouy, monseigneur, certin en suy.

Et est le conte de Suffort

Prisonnier aveques son frère:

Le vaillant Alixandre mort : '^^gS

L'ont occis à grant vitupère:

Et bien vni'^ gisant en bière,

Gentilz hommes et chevaliers:

Puis ce sont tous allez retraire

A Orléans et leurs prisonniers. > 6-900

TALLEBOT.

Messeigneurs, je ne say que dire:

Tant ay de deul et desconfort, F'U-i-2 x". Et tant ay mon cueur rempli d'ire,

Ne say si je suis vif ou mort.

Et! vaillant conte de SulTort, '6;)o5

Avecques tes frères ensemble, Au monde n'estoit rien plus fort.

Pour vous subjuguer, ce me sendile, Fault qu'il y ait eu trayson;

Je ne le croy point autrement. '•'•O'^

Que jamès telle déraison Ne vous fust venue nullement , Vous, qui estiés totallement

La conduite de nostre guerre,

Et tout nostre gouvernement, 16,915

Tout des plus nobles d'Angleterre.

0 quel trésor avoir perdu! 0 quelle noblesse est soumise!

En vous estoit toute vertu

Et nostre espérance mise. 16,920

Et je fais veu à sainte église.

Avant qu'i soit ung mois entier, Sur François feray telle prise Cryer mercy leur sera mestier.

Et toy aussi, faulce Pucelle, 16,92.')

Qui au diable tu t'es donnée, Tu en auras froide nouvelle, Et en maudiras la journée.

Voire, de quoy tu fuz onc née

Et le père qui t'engendra. 16,930

Se entre mes mains es rencontrée, F" -'1-2.S r Nului ne te rachètera.

Par toi le vaillant Alixandre,

Tant noble et vaillant chevalier

Qu'on peut finer, tant jeune et tendre, 16.935

Si loyal, si franc et entier,

As tu eu coraige si fier

L'avoir volu ainsi occire?

Que vous l'eussiez pris prisonnier,

J'eusse paie qui deust suffire. 16,9/10

De messire Jehan, vostre frère.

Je ne say s'il est vif ou mort;

Se prisonnier est, n'y sera guiere.

Que je l'are, je m'en fais fort.

Et vous, le conte de Suffort, 16,9/15

A quelque renson soyez mis,

Je vous auray, soit droit ou tort, Par force d'argent ou amis.

LE SIRE FACESTOT.

Troublé suis merveilleusement

De ceste maudite adventure, 16,960

Qui venue est soudainement A iioz gens, sans en savoir Teure.

Allez y fussions sans demeure, Que nous n'en n'estions pas fort loing, Qui nous est une doleur dure 16,955

Avoir failly à ce besoin g.

F°423v°. Helas ! mes qu'il eussent tenu

Ung jour ou deux tant seullement,

Nostre oust à tant y fust venu ,

Je le say véritablement. 16,960

Has! faulte de gouvernement

Ou trayson y a esté,

Croire ne le puis autrement;

Aucuns est qui tout a gasté.

Tallebot, mon loyal ami, 16,965

Ne vous en troublez, je vous prie,

Ne en vous n'en prenez ennuy

Ne aucune melancollie.

Puisque Suffort si est en vye

Et son frère, messire Jehan, 16,970

Bien les aurons, n'en doubtez mie,

Et si ne nous costera rien;

Que j'espoir avant ung mois

De me trouver en lieu et place

Où rencontreray les François, 16,970

Esquieux feray belle verdase;

Que sur eulx feray telle chace

656 LE iMISTERE DU SIEGE D ORLEANS.

Que maudiront Feure et le jour De leur naissance et leur entrace.

Ne dont sus nous fissent estour. 16,980

Y ne se fault de rien troubler, Seullement apecter vengence Et lieu où nous pourrons trouver Les avoir à nostre plaisance.

¥" ii-ii-i r\ Nous avons très grosse puissance 16,985

A Meuug, Baugenci et ailleurs, Chartres, à Paris l'excellence, Tous noz princes et les grigneurs.

Ne nous fault seullement mander

Que il nous cnvoyent secours, 16.990

Ou aultrement le commander.

Vous Tarez ains qu'i soit deux jours; Et des faulx abus et faulx tours Des François et de la Pucelle

Vengez serez, par tant de tours 16,995

Que d'eulx ne sera plus nouvelle.

LE SIRE D'ESCALLES.

Sire Tallebot, y dit voir,

Faire n'en fault tel inarrement :

Guerre est pour perdre ou avoir;

C'est l'eur qui ne fault ne ne ment. - 17,000

Vous arez veu évidemment

Que souvent ung peu de puissance

Abat grant oust certainement.

Et le met en obéissance.

Dont, se le conte de Suffort, 17,005

S'il a perdu aucunement,

Qu'i n'ait pas esté le plus fort

Ou qu'il ait eu encombrement.

On jiert et ne sait on comment;

Que celuy qui cuide estre maistre, 17,010

FVia/i v°. Par malheur et par aultrement,

Bien souvent on l'envoyé pestre.

Vous savez de l'eur de fortune Que cil qui cuide estre avancé,

En mains de cuiliir une prune, 17,015

Incontinant est renvercé, Et de nul n'est recompencé; Car ce que fortune ordonne Soit bien, soit mal, il est tancé :

A son voloir elle en besoigne. i7,oao

Moy, qui ay maintenu la guerre Il y a .XXX. ans plainement, J'é esté à perdre et conquerre Et veuz fais d'armes largement,

Sang espandre abondamment i7,oa5

Souventes foiz en ma présence; Esbayr ne se fault pour tant:

On a tousjours espérance.

MESSIRE THOMAS HLMETON.

Mes de quoy vous souciez vous,

Tallebot? A vous c'est simplesse. 17,080

Pour ung bien petit de corous Vous prenez une grant détresse.

Y fault que vostre deul se cesse Sans vous démener tellement, F" 425 r". Se volez acquei-ir proesse 17,035

Et à voz amis hardement.

Du vaillant conte de Suffort Ne de messire Jehan son frère, J'entant que nul d'eulx deux n'est mort,

Et que à Orléans font grant chère. 17,040

Pensez voloir la vendre chère

A quelcun la folle entreprise;

Que j'ay tousjours ung hai't derrière

Dont chascun ne sait pas la guise.

Depuis que party d'Angleterre, 17.045

Je né cessé d'estre en hutin

Tant à perdre comme à conquerre;

Tousjours j'ay esté au butin,

Et n'é cessé soir et matin

De tenir les rens roidement; 17,050

Si ne devez prandre desdin

De perdre ou guaingner nullement.

A la grant journée de Gincourt S

Paige estoye d'un chevalier

D'Angleterre, tenant estour 17,055

Autant vaillant qu'on peust fmer.

Des François y avoit assez.

Et toute la grant seigneurie

De France, comme vous savez,

Y fut là occis et murtry. 17,060 François estoient .x. contre ung.

Et pensions entre nous Anglois F° ias v°. Morir tous ensemble en corameung

Par les mains des tristres François, En disent tous à une vois 17,065

Que, pour nous, n'estions pour leurs pages; Mes eulx tous, ducs, contes et roys,

Y demeurèrent pour les gaiges.

Si ne se fault point esbayr

Pour une petite villete, 17.070

Que quant vouldrons la recouvrir, ' Sic, pour d'Azincourt.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. (i59

En peu d'eure l'aurons retraicte; Que Jargueau ne sert que pour guiecte Pour regarder les gens venir,

Ne que soit ville de retraicte 17,075

Point ne le voudrois soustenir.

Du vaillant conte de SufTort, Qui est prisonnier à Orléans, Et son frère, bien suis d'acort

Qu'on les recouvre pour argent, 17,080

Ou, si non, prandre de leurs gens Tant et à si grande foison.

Soient menuz, petis ou grans, Qu'i puissent paier leur renson.

Et croy que, ains d'un mois d'ici, 17,085

Les François, de leur bon coraige, Rendront Suffort, son frère aussi, Voulentiers et tout leur bagaige.

Sans paier argent ne truage.

Très volantiers les nous rendront, 17,090

\oire en despit de leur visaige, F° 496 r°. Et nostre injure repareront.

LE CAPPITAINE ROUGEFORT.

Messeigneurs, je congnois Jargueau

Et y ay esté aultrefois,

Ung petit lieu plaisant et beau, 17,095

Et est bien plaisant à le vois;

Mes que y nous soit de grant pois

Pour le tenir et le garder,

James consentir ne vouldroys :

Qui premier vient le doit avoir. 17,100

Se c'estoit ville de tenue,

Comme Orléans ou autre cité,

(iOO LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

(Ju qu'elle fust à la value De la tenir en seureté,

En puissance et auctorité, 17,105

De cela seroye d'acort La garder en solanité, Vaillamment juques à la mort.

Mes de ce n'en fault plus parler

N'en faire lamentacion; 17,110

Fault penser de avant aller De corage et presunipcion, Et par deliberacion Les voloir confondre et destruire

De leur folle ostination i7.>i5

l'° I126 V". Qu'il ont volu sur nous produire.

DUC DE BETEFORT.

Puisque Jargueau avons perdu ,

Qui est peu de chose pour nous,

Pencer nous fault d'un autre lieu

Mectre noz vivres en repoux. 17,120

A Meung, à Baugenci sont tous

Noz chefs de guerre et nostre armée,

Si y devons pardessus tous

Aller vers eulx sans demeurée.

Nous sommes ici à Estampes, 17,125

Mes plus n'y devons séjourner,

Et aller par bois et par landes

Tant que François puissions trouver,

Pour nous voloir dédommager

De l'offance qu'i nous ont faicte, 17,180

Et tant aussi pour nous venger

De nostre petite villete.

Et ne devez plus différer

N'arrester icy longuement,

Ainçois nous devons préparer 17,135

Pour nous venger des faulx torniens, Et aller sur eulx plainement Les assaillir d'un franc coraige, Et les raectre à definenient.

'127 r°. Pour estre vengez de l'oultraige 17,160

Et pour prandre le droit chemin.

Tirer nous fault à Baugenci.

Vous savez que Meung n'est pas loing, A une lieue ou tout ainsi,

Où y avons des gens aussi, 17,1'ir)

Qui gardent la ville et le pont; Si devons tous partir d'ici Et aller là vois que y font.

TALLEBOT.

Messeigneurs et nobles barons.

Je vous ay voulentiers ouyz, 17,150

Escouté voz oppinions

Et bien je les veil ensuyvir;

Que pour vérité je désir

Faire tout par vostre ordonnance,

Et acomplir vostre plaisir 17,155

Par vostre bon sens et science.

Et par tout bien consideray

Voz oppinions en ce cas,

Mon volloir est deliberay

De vous obbayr en ce pas, 17,160

Et en faire, soit hault soit bas,

Voz volantez entièrement.

Qu'an riens dédire ne veil pas

Encontre voz enseignement,

Nonobstant la grant destresse «7,160

F" i27 \°. Que j'ay eu et ay en coraige

De Jargueau, nostre forteresse

Où estoit si noble bernage,

Estre si tost mis en servage

Des François, et hors de noz mains. 17,170

Endurer ne puis ce dommaige,

Et ay cause se je m'en plains;

Que, en mains de .xxnii. heures,

François baillèrent trois assault,

Dont les plus fors pas y ne furent, 17. '7-5

Que batuz furent sans deffault,

Si bien que si grant ne si hault

Y n'avoit cause de se plaindre.

Qui s'en allèrent, autant vault,

Que François vouloicnt leur mort craindre. 17,180

Mes la Pucelle soy voyant.

Ainsi comme on m'a rapporté.

Son fait estoit mis au néant

Et comme ell'avoit tout gasté,

Si luy fut de nécessité 17,185

Les ralyer à sa cordelle.

Que plus riens d'elle n'eust esté

Emplus que d'une patorelle.

Que maudit soit l'eure et le jour

Que ne m'y trouvé en présence! 17,190

Je vous eusse joué d'un tour

Que j'eusse fait à ma plaisance ,

Dont il eust esté remembrance

D'ici à cent ans, voire plus.

Et n'eussiez pas eu la licence <7i>95

F° Z128 r". De acomplir voz faulx abus.

Çà, messire Jehan Facestot,

Vous aussi, le conte d'Escalles, Fault il endurer ce sanglot

Ainsi comme huistres de Quancalles, 17,200

Et le porter dedans noz malles Tant qu'i les fadle deffermer; Après, montrons noz triqueballes Qui à aucuns seront amer.

Non pourtant que très bien me plaises i7.ao5

Voz dis, voz fais sus toute rien.

Et, quelques doleurs ou malaises.

Nous fault trouver aucun moyen, Et faire comme gens de bien

Pour nous venger des forfaitures tv.-iio

Que nous ont fait, comme je tien, A tort François, et grans injures.

Et ne nous fault tant seulleraent Que leur d'une bonne journée

Pour François mectre à saquement, 17,215

A fureur de pointe espée.

Et pour destruire leur armée Comme à la journée de Verneil :

Toute France y fut consommée,

Et encore en dure le deul. 17,220

Ne onques puis beau fait ne fisent.

Mes seuUement de definer; Que trop grant folie entreprisent Dont ilz furent ostinez,

Quant nous voudrent jour assigner 17,225

F" 428 v°. En journée et champs de bataille.

De leur coraige gros et fier Ne leur proffita une maille.

Jurèrent et firent serment Que nul homme de leur party, 17,280

S'i n'estoit noble et vaillant,

Chevalier ou seigneur genti,

Que de ce y fust adverti

Aveques eulx ne se trouvast,

Sur peine de en estre pugny 17,335

Et que tantoust s'en retournast;

Qu'i ne voloient seullement

Y avoir que toute noblesse.

Fut publié tout haultement,

Par tout leur oust, en grant liesse, 17,360

Que nul si hardi n'en apresse

S'i n'estoit duc, baron, ou conte

Ou chevalier, ne en noblesse,

Sans de tous autres tenir compte.

Et quant ce vint à l'assaillir, 17,2/15

Eulx reluisant en leur harnois.

Quant vint aux horions ferir.

Ne savoient oii il estois,

Ne savoient que devenir.

Et furent vingt contre nous trois; 17,300

Et les tuez on par les vois

Ainsi que motons et brebiz.

MESSIRE FACESTOT.

Et à la journée de Gincourt, F°4a9 r". Vous savez, en firent autant.

Y reluisoient comme le jour 17,355 Et ainsi que soleil ardant;

Mes, quant il advint au comptant A donner coups et horions,

Y fuyoyent parmy les champs,

Ainsi que brebiz et motons. 17,260

DUC DE BETEFORT.

Et encore nous en avons

Des plus hault et noble de France,

Qu'en nostre pays nous tenons

A nostre voloir et plaisance.

Et pour ce dont, n'ayez doubtance 17,265

Avoir François quelque matin,

Que souvent leur oultrecuidance

Les fait venir à malle fin.

TALLEBOT.

Mon intencion si est bien

Les voloir aller reveiller, ■ 71270

Et cbarcher la voye et moyen,

Le lieu où les pourray trouver.

Partons d'icy sans délayer

Et n'y faisons nul deniorance.

Que chascun s'en veille advancer, >7'275

Et tous bouter en ordonnance.

Que je ne puis en oubliance

Mectre mon deul et mon tourmant,

Juques ce que j'aye vengence

A mon voloir entièrement. 17,380

Endurci en suis tellement

De voloir les François conquerre,

Les dechacer si laidement

Qu'on ne les sara plus où querre.

Faictes charger l'artillerie, 17,285

Et que nous partions dès demain

De corage et chère hardie.

Et n'ayez en vous le cueur vain;

Que je n'espargneray sang humain,

rt66 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Du tout je métré à l'espée, 17,390

Que des François feray ia fin

Ou je mouray en la journée.

Plus ne le veult dissimuler,

Qu'i m'ont courroucé à oultrance.

Par devers eulx je veil aller • 7-295

A escu, d'espée et de lance,

Que venger me veil de Toflance

Que ainsi ont fait à Jargueau,

Et n'ay pas mis en oubliance

Glasidas et le Portereau. 17,300

HONGRESFORT.

On ne sauroit mieulx propouser, F° /i3o r". Sire Tallebot, c'est bien dit.

Vous estes saige et instruit; Partons d'icy quant vous voudrez.

TALLEBOT.

Faictes noz trompetes sonner, 17,805

Si acomplirons mon edit.

MESSIRE JEHAN FACESTOT.

On ne saroit mieulx propouser, Sire Tallebot, c'est bien dit.

MESSIRE THOMAS RAMETON.

Je me vueil du tout disposer

De partir, ains qui soit niynuyt, 17,810

Moy et mes gens, sans mener bruit;

D'Estampes veil desamparer.

CAPPITAINE RENGEFORT.

On ne saroit niieulx propouser, Sire Tallebot, c'est bien dit.

MESSIRE JEHAN FACESTOT.

Vous estes saige et instruit; 17,31 5

F" 43o v°. Partons d'icy quant vous voudrez.

Lors icy partiront, et sonneront trompetes et clairons. — Puis après la pose dit

LA PUCELLE

En nom Dieu, je voy qu'il est temps Et saison de partir d'ici, Que nous voyons ci le prinstemps Et le jour bel et esclarci. 17.320

Si ne fault plus demeurer ci.

Mes aler vois nos anemis, Qui ont fort le cueur endurci Encontre nous, certaine en suis.

Mes, nonobstant toute chose, 17,325

Au bon roy Charles fault mander De nostre estât, que je suppose Qu'i désire fort en savoir.

Dont, pour luy en faire apparoir, Envoyer lui fault un messaige, 17,330

Qui luy saura dire le voir De Jargueau, tout nostre voyage.

Messager, veille cy entendre :

Va incontinant vers le Roy,

Diligemment, sans plus atandre, 17.335

F° i3i r». Et le saluras de par moy,

Aussi de tout le noble arroy

De nostre haulte seigneurie, Qui est icy en grant conroy

Et en très noble conipaigine. 17,3/10

Tu luy diras que de Jargueau Qui est comme à .v. lieux d'Orléans, Sus la rivière auprès de l'eau.

Où estoient Angiois puissans.

Le tenoyent depuis lonc temps 17,^/15

Et en estoient seigneurs et maistres; Mes y sont ses obeissans Et de présent tous clercs et prestres.

Après aussi pareillement

Le suppli qu'i se veille rendre 17,350

Et qui luy plaist que à Orléans Y luy veille son cbemin prandre, Pour aller couronnement prandre Et partir ains qu'i soit ung mois.

Cependant, nous luy ferons rendre 17,353

Places que lenent les Angloys.

El luy dy que partir volons Pour aller droit à Beaugenci, Et à Meung, oîi les Angiois sont,

Lesquieulx font des raaulx sans merci. 17,860

Mes, avant .xv. jours d'ici, Dy luy que nostre intencion Est nestoyer ce pays ci F°i3i v°. Et les mectre à confusion.

LE MESSAGIER

Très noble dame de renom, 17,365

Vostre messaige acompliray Au bon roy, qui est à Chynon, Et tout le cas je luy diray.

Pose.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. im

Incontinant je partiray

De cest heure, sans plus atandre, 17,370

Et grant diligence feray Pour luy bailler mon fait entendre.

Madame, à Dieu vous comment, Que partir m'en voys de cest heure Faire vostre commandement 17,37.^)

Devers le Roy, et sans demeure.

LA PUCELLE

Je prie à Dieu qu'i te seceure,

Messager, va diligemment,

Et à bien parler met ta cure

Pour faire mon commandement. 17,380

LA PUCELLE

Or çà, messeigneurs, que vous sanble?

F" 'i32 r°. Il est droit que chascun s'asamble

Et vous veniez nouvellement.

Que depuis deux jours, ce me semble.

Deux frères sont venuz ensemble 17,385

Très nobles excellentement, Rempliz de très grant hardement :

Dont le premier certainement Si est le sire de Laval,

Son frère aussi pareillement 17,390

Renommé autentiquement.

Qui est le sire de Lochat.

Si est aussi ung cappitaine Qui est renommé en Touraine,

Nommé le sire Chammigny, 17,395

Qui a volante très haultaine,

Ainsi comme je suis certaine, De soustenir ce pays ci.

Pareillement certaine sui

Que il est arrivé aussi 17,400

Le sire de la To-ur d'Auvergne; A amené aveques lui Notables gens de son parti, Des plus vaillant de la Lymagne.

Donques à vous, seigneurs françois, 17,400

Qui tous icy estes venuz Pour voloir deft'endre les droiz, Ainsi que y sommes tenuz, F»432v'. Que faulx Anglois ont maintenu

Il y a .XXX. ans plainement, 17.410

Sans que y soient parvenuz

Y remédier nullement.

Mais bien voy que il ne plaist plus

A Dieu que soyent en ce royaulme ;

Fault qu'i soyent de leurs abus 17,415

Pugniz et chacez sans heaulme,

A ung seul baston en leur paulme,

Et definent piteusement,

Sans jamès retenir la baulme,

Qu'i l'ont tenu trop longuement. 17,420

Et pour poursuivre la besoigne.

Droit à Baugenci fault aller,

Comme chascun dit et tesmoigne,

Que les Anglois s'i sont logez,

Et que leans ce sont retraiz 17,495

Pour faire maulx impétueux.

Mes en leur logis et retraiz

Nous les irons vois pour le mieux,

Et nostre chemin passerons

Pardevant Meung, mes qu'i vous plaise, 17,6.^0

Et en passant savoir pourrons S'il y a riens qui nous desplaise, Qui nous puisse donner mallaise Ou quelque petit encombrier :

Sans faii'e guère bruyt ne noise 17,6:^5

Yrons à leurs portes hurter.

FV'i33 r». Et à vous tous, seigueurs, supplie

Que dire en veillez voz advis, Par vous soit la chose acomplie

En voz enseignemens et dis. 17,440

Vous estes saiges et subtilz Pour en dire et déterminer.

Plus expers que je ne suis :

Veillez en dire et ordonner.

DUC D'ALANSON.

Sauve à tous les bonnes raisons, 17,445

En deux mots dire je vous veil

Que faire cest edit devons,

Que il est digne de requeil.

Ne contredire ne le veil,

L'oppinion de dame Jehanne, 17.450

Ne en moy n'est milleur conseil

Que d'icelle; je m'y condampne.

VENDOSME

J'en suis de ceste oppinion

Que à Baugenci fault aller 17,45,'^

Et à Meung, comme nous verrou

Que nous nous devrons gouverner;

Si nous fault du tout nestoyer

Les villes d'icy à l'antour, FM33v'. Et iioz anemis decliacer i-jMo

A force de guerre et d'estour.

BASTARD D'ORLEANS

Jayinès n'é volu contredire

De dame Jehanne le voloir,

Ne en riens ne la veil desdire;

Mes son plaisir veil concepvoir i-^MJ

Et acomplir de mon povoir,

Moy et mes gens, en diligence,

Et y faire si grand devoir

Que à tousjours sera souvenance.

LE SIRE DE LAVAL

Messeigneurs, au regard de moy, l^,'-|■lo

Je suis venu nouvellement Pour vous servir, vous et le Roy, A mon povoir entièrement.

Et y faire toutallement

Tout à mon devoir et puissance, 't-^'t^

Y employer abondamment De mon or et de ma chevance.

Si ay desiray fort à voir Dame Jehanne, noble Pucelle,

Que sa grant prudence et savoir, 17, '180

En court loing d'ici la nouvelle, F' tiSii r°. Laquelle est plaisante et belle

Et en son parler et maintien.

Au monde n'en fut onc de telle.

Dédire ne la veil en rien, 17,485

Mes son voloir veil acomplir

Et faire par son ordonnance.

Avec elle vivre et morir,

C'est mon voloir et ma plaisance,

Que elle a belle contenance, 17,'i'in

Bien instruicte en l'ait de guerre.

Servir la veil sans differance

Autant que soit dessus la terre.

LE SIRE DE LOCHAT

Messeigneurs , vous devez savoir

Que nous sommes vers vous veniiz •v.'ioû

Pour vous ayder et consoloir, Et comme y sommes tenuz.

Nous et noz gens, grans et nienuz, Vous volons faire obéissance,

Sans que de nous espargnez nuz i7,.")0"

A acomplir vostre plaisance; Que nous sommes très désirant Servir le noble roy de France De nostre corps et de noz biens,

Sans espargner or ne chevance, i7,5o5

Et faire par vostre ordonnance, Soit en bataille ou autrement, F°à3hv-. Que des Angloys nostre espérance

Est de les mectre à finement.

Et vous, Pucelle de renon, 17,.'; 10

Où en vous est tant de prudence.

Que par tous pays est le non De vostre proesse excellance, Avecques vous veil ma puissance

Demonstrer, ma force et vertu, 17,51.5

Afin que ayez cognoissance Que avecques vous m'avez veu.

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