‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 135 sur 158 · LE R · texte numérisé non relu

LE R

Amy, bien soye tu venu.

De tes nouvelles j'ay grant joye, Et du cas qui est advenu.

Plus plaisir avoir ne pourroye. 17.660

F /i38 r°. Que je cognois en toute voye

Ma belle fille prospère, Dont je pry Dieu qui luy octroyé Bien parvenir à son affaire.

De Jargueau je suis très joyeux 'T'^to

Qu'i soit en nostre obéissance.

Que y nous estoit fort nuyseux Et nous povoit faire nuyssance.

Mes voy que divine puissance

Y a mis la main en ce cas, 17,675 Que tous les jours sans differance

Ma puissance croist hault et bas.

Et onques puis que ceste fille

Fut arrivée en ce pais,

De toutes pars gens à la fille 17,680

Sont venuz comme vrais amis.

El mes anciens anemis ,

Sur eux a tousjours eu victoire.

Et du tout les a au bas mis

Que à tousjours en sera mémoire. > 7.685

Je say que c'est chose divine

Et à moy de Dieu envoyée ,

Comme à son servant moy indigne.

Si ;i ma terre recouvrée

(}ui estoit fort debiletée, nMo

Degastée et mise au néant, Dont Dieu et la Vierge lionnorée, Je les remercye en tous sans.

Messager, je suis fort joyeux F' /i38 v°. Des nouvelles que me ]'apporte: 'T'^g^

Loé en soit le roy des cieux Qui en tous sens me reconforte !

Vat en diligemment et porte Mes nouvelles à la Pucelle,

C'est que à son plaisir ne déporte 17 7»"

Et acomplir le voloir d'elle.

Dy lui que je me recommande A elle tant comme je puis, A tous les seigneurs de sa bande,

Qui sont noz parens et amis, 17,705

Et que de bon cueui- les mercis De leur bault' et bonne victoire Qu'il ont eu sus mes anemis :

A Dieu et à eulx soit la gloire !

Pareillement tu leur diras >7'7'o

Que devers eulx je veil aller, De bref tu leur rapporteras Et que à eulx je veil parler, Pour noz besoignes conseiller

D'aucuns faiz que j'é en propoux. '7'7'y

Et à Orléans leur reveller Gomme à mes amis par sus tous.

Or, va et leur faiz ce messaige Diligemment, et je t'en prie,

A la Pucelle noble et saige 17-720

Et à toute la seigneurie :

Que de très bon cueur les mercie Et que à eux suis fort tenu , Dont leur rendrai la courtoisie, Fv'i:^9 r°. Et autant au grant que au menu. 17.72.J

MESSAGIER

Sire roy, en grant diligence

Je leur vois faire le message,

A la Pucelle d'excellence

Et à tout le noble bernage ,

Comment leur mandez de corage 17.730

Que à eux vous recommandez.

Et que de bref prandrez voyage

Vers eux, ainsi que l'entendez.

LE ROY

Messagier, tu es bon et saige.

Di leur bien que fort suis joyeux 17,73.5

Du très hault et bel vacelage.

Que pour moy font si vertueux.

MESSAGIER

A l'ayde du vray roy des cieux

Feray vostre commandement

Vers la Pucelle, et à tous ceulx 17,740

Qui ont tout le gouvernement.

F" 439 v°. Pose. — El puis dit

MESSAGIER

Or, me convient, sans séjourner Ne sans arrester pas ne heure , Devers la belle retourner

La excellant oultre mesure, 17.765

Qu'i n'*est au monde créature Pour donner victoire aux François, Et est eureux qui sa faiture Une foiz le jour la peut vois.

Pose.

Or sui ge. Dieu mercy, venu 17.750

Bien à point quant je vois la belle; Tout plaisir si m'est- survenu INe riens ne en mon cueur rebelle.

Que au monde croy que c'est celle Qui convincra noz ennemis, 17.755

Et les François metra en selle En relevant les fleurs de lis.

Très noble et excellant princesse, De devers le Roy suis venu.

Ainsi que par vostre autesse 17.760

Y m'estoit par vous convenu, Et auquel tout le contenu De vostre hault et bon message F /i4o r". Dit luy ay, et l'a retenu,

Dont y vous mercie de corage, 17,765

Pareillement tous les seigneurs

De son sang et ses vrais amis.

Et de leurs paines et labeurs

Leur en rant grâces et mercis.

Et de Jargueau que avez pris »7'77o

Si en est son ceur fort joyeux.

Dont avez sur ces anemis

Ainsi esté victorieux.

Et si m'a dit que je vous die

Que dedans Orléans, en ])i"et' jours, '7.77-'

Vous viendra vois à chiere lie.

Ainsi comme il a de propous.

Et que grant désir a lousjours

De complaire à voz volantez,

Comme à ses amis par sus tous. 17,780

A voz desiz et libériez.

LA PUCELLE

Messagier, bien soye tu venu.

De tes nouvelles suis joyeuse Et dont tu as le contenu

De ma nouvelle souteneuse 17,7'^»

Dit au Roy, que fort bien eureuse Est pour luy et doit avoir joye:

F" i4o v'. Que c'est chose miraculeuse

De Dieu, lequel en tient la voye.

Or sa, messeigneurs et amis, ■7-79»

Nous convient mectre en ordonnance,

En vous priant tant que je puis

Ordonner à vostre plaisance,

Que en vous est toute prudence

En faiz d'armes et autrement. '7.79-''

Pour conduire nostre puissance

Et l'ordonner entièrement.

ALANSON.

Dame Jehanne, totallement

De ceste armée aurez la charge,

Pour l'ordonner certainement. i7-'*oo

Aultre que vous pour le voyage,

Vous y estes prudente et sage

Et à vous tous nous somme tous.

Ne m'en parlez plus de langage,

Que ainsi faire le voulons. 17.800

LA PUCELLE

Puis que sont voz oppinions Et qu'i vous plaist ainsi de faire, A voz dis ni'acorderay dont Et pour voslre voloir complaire, viihi T°. Combien que le pourez mieux faire 17,810

Que nioy plus magnifiquement.

Mes pour la chose ainsi parfaire, Feray à mon entendement.

Jaymès je ne me suis trouvée

En si bel nombre que nous sonmies, 17.815

N'en si très excellante armée Tant de gens de fait et nobles hommes; Et croy bien de vray que en sommes Estes quatre mille et mieux.

Si devons avoir ainsi commes 17,820

Geurs de lions fiers, corageux.

Et sommes assez, ce me semble, Pour confondre noz anemis.

Et, fussent il trestous ensemble,

Par nous devroient estre soumis, 17,835

El eu nestoyer le païs De France, la loyalle terre.

Et tous Anglois grans et petits Les renvoyer en Angleterre.

Et dont pour ordonner l'armée, 17,880

Puis qu'il vous plaist, l'ordonneray.

Prient Dieu qu'elle soit gardée.

Et à voz dis obtemperay.

Du tout ou mieux que je pouray

Feray la preparacion i7.«h5

Et comme faire le sauray,

Puis que c'est vostre intencion.

¥° ii'-ii v". Vous, monseigneur duc d'Alanson,

Mènerez la première armée,

En quelque lieu que nous aillon i7.8'io

Voire ou en quelque contrée,

Aveques gens de renonnnée

Qui aveques vous se tiendront,

Gens de fait, de chère asseurée

Qui pour morir ne vous faudronl. i7,8'i5

Si est le seigneur de Laval ,

S'i luy plaist et je l'en supplie.

Avec le seigneur de Lochat

Son frère, à la chère hardie.

Qui ont très belle compaignie i7,85o

De quatre à cinq cens combatant,

Qui sont pour faire une saillie

Allencontre de tout venant.

Après, monseigneur de Vendosme,

Oveques La Hire et Poton, 17,855

Je croy que devant vous nul homme

Sur vous ne levra le menton,

Que de puissance et de renon

Avez sus tous chevallerie.

Informez et bien le savon, 17,860

Et n'est nul qui vous en dedye.

Vous aussi, le Bastard d'Orléans,

N'ayez point la chère esbaye;

Vostre personne en vaudra cent.

Et de ce en "VOUS je me fye. «7,865

F° 'j'i-2 v". Aurez en vostre compaignie

Le bon sire de Beaumanoir, '

Qui a chère noble et hardie Et pour y faire bon devoir.

Aussi, monseigneur de GraviUe, 17.870

Avec le sire de Culant, Que tous deux savez le sctille Vous entretenir en tous sans.

Vous estes nobles et vaillant

Autant que nulz qu'on peust liner, 17,875

Si ne soyez contredisant De voloir ainsi ordonner.

Messire Ambroise de Loré Et messire Fleurant d'Illiers,

Au plus près de vous je seray, 17,880

Aveques mes genz près à près, Qui vous secourent par exprès, S'aucun besoing avez de nous; Si acomplirez, s'i vous plaist,

A fournir à faire nostre oust. 17,885

Puis, monseigneur de Chammigny.

Avec le vidanie de Chartres, Vous fournirez tretout ainsi Et y ferez à bonnes certes.

Si vous garderons avoir pertes '7''^9o

Et qu'en l'ien ne soyez surpris.

Bien say de vous, Thibault de Termes, Que de guerre estes apris.

Le sire de la Tour d'Auvergne, F°/i42v°. Aveques Jaymet de Tillay '7-895

Et le sire de Vallepaigne, Aveques moy je meneray.

Et le remenant conduiray.

Nobles princes et chevaliers.

Ne point les abandonneray, 17,900

Quelque destourbier ou dangiers.

Donques, s'i vous plaist, partirons

Pour allei- vois noz anemis

Vers Baugenci, oii croy que sont.

Pour en despecher le pais. 17.(10.-,

Soyons tous vaillant et hardis.

Sans avoir peurs ne nulle doubte.

Que i'espoir à mon advis

Des Anglois de rompre leur rotte.

Faictes les tronipetes sonner, i7-9i''

Et allons, que Dieu nous conduye !

Qu'une si haute seigneurie

Ne doit jayniès craindre et doubter.

ALANSON.

Icy ne volons séjourner,

Que prest sommes, n'en doubtez mye. 11,9^^

LA PUCELLE

Faictes les trompetes sonner.

Et allons, que Dieu nous conduye!

VENDOSME

F° 443 r°. Comme avez volu ordonner,

Jehanne, vous serez obbaye,

Et du tout nostre compaignie 17.920

Se consent que la gouvernez.

LA PUCELLE

Faictes les trompetes sonner.

Et allons, que Dieu nous conduye!

G'une si haulte seigneurie

Ne doit jamès craindre et daubter. i7>925

Lors icy se parlent , et y a grant pause de instrumens et Irompetes. — ht font tant qu'ils viennent devant le port de Meung, ainsi par l'ordonnance de la Pucelle, chascun en son rant. Puis dit un Anglois eompaignon qui voit arrivei- de loing l'armée des François, dit

LA GLIETE, Anglois.

Messeigneurs, je voy gens venir Parmy les cliamps de toutes pars, F" 'l'i.'i v". Et sont François sans en mentir;

Je le voy à leurs estandars.

11 ont lances, vouges, pavast, '/'QS»

Et sont une grosse puissance Garniz d'arbalestes et ars.

Et vennent droit ci sans doubtance.

MESSIRE GAULTIER RONGEFORT, Anglois.

Que dy tu ? voici grant offance.

Sont il guieres à ton advis? 17,93s

De François as tu congnoissance,

Y voi tu nulles fleurs de lis,

Ou qui soient de noz amis

Pour nous voloir donner secours?

Regarde bien, ce seroit le pis, ^1,9^0

Que François savent de faulx tours.

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