LE CAPPITAINE DE BAUGENCI
Messeigneuis, voici grant merveille
De ces nouvelles advenus!
FvviSv". Onques je n'ouy la pareille;
Je croy que sommes tous perclus. iS.io»
Mes d'où procède ces abus,
Les griefvesaies pertes et essoines?
Il y a cent ans, voire plus,
Qu'Anglois n'eurent de si viliaines.
Esbay suis dont vient ceci, iS.no
Nous vois telle desconfilure ,
Ne comment nous perdons ainsi
Noz corps et biens oïdtre mesure.
Que ce n'est d'Anglois créature
Qui François ose plus ataudre, iS,ti5
Que devant eux n'est nul qui dure :
Ce cas yci ne puis entandre.
Or, ay ge veu depuis .s. ans
Qui ne furent que .\x. Anglois,
Qui deroquerent de tous sans 18.120
La quantité de cent François;
N'en réchappa ne deux ne trois
Que tous ne fussent à l'epée.
Fors aucuns qui furent de pris :
Par ranson fut leur vie sauvée. 18,125
De présent va bien autrement;
Jargueau nagueres a esté pris.
Où d'Angleterre entièrement
Estoient chevalliers de pris;
En moins d'un jour estre sommis i8,i3o
Et y faire tel desarroy F' iig r°. Que tout a esté mort ou pris
En ung moment, comme je croy.
Puis en après le pont de Meung,
Là où estoit la garnison i8,i35
Si très noble que d'un chascun De toutes gens avoit le non, Fortitllez de tel façon, Guidant que nul le peust surprandre :
En ce cas n'est nulle raison 18,1/10
Ne ce fait je ne puis coniprandre.
Il est bien vray que ouques puis Que ceste mauldicte Pucellc Vint en France et en ce pais.
Guerre nous a esté rebelle; i8,i/i5
Si croy qu'elle soit infidelle Ou engendrée de l'Antecrist, Voire ou ung deable en lieu d'elle, Et que Lucifer la conduit.
Je voy que, s'elle règne plus 18,1^0
Par sa faulcc et daninable voye, Nous tous Anglois sommes confus, Que nous metra en malle voye.
Lucifer luy dont malle joye,
Satlian et le faulx Belezebust 18,1 50
El l'étrangle d'une coroye, Puis es enfers soit son tribust !
Çà, messeigneurs, je vous diray Penser nous fault de nostre affaire.
K''/i/i9v°. Vers nous viendront, très bien le say, 18,160
Pour nous voloir aucun mal faire.
Et ]iour nous gecter du repère De Baugenci, là où nous sommes.
Pour nous occire et mectre en bierre, Petitz enffans, femmes et hommes. iSitt»
LE SIRE D'ESCALLES.
Capitaine, bien je voudroye
Que vous n'eussiez point tant de peur :
Frayeur souvent l'omme devoye
Et n'en est on point si fort seur.
Y fault que vous ayez bon ceur 18,170
Pour encontre eux résister,
Soy monstrant reniply de fureur
Devant voz gens, sans rens doubter,
Vous demonstrant fort et hardi,
Et que François on ne doit craindre, is.175
Sans soy se monstrer esbay
Envers nui tant que grant ou maindre;
Que en ce cas ne se fault faindre,
Mes se tenir très vertueux.
Sans soy voloir doloir ou plaindre, i8,i«o
Ainsi comme victorieux.
F» 45o r». PREVOST DE PARIS.
Vous doubtez que les François viengnent
En bref temps devant ceste ville,
Comme les heraulx le tesmoignent
Et comme est le commun setille; iS.iSr,
Si fault trouver voye utille
Pour encontre eulx remédier,
Par cautelle bonne, sutille
Sonieusement y ovier.
Premièrement, je vous diray '8,190
Qu'i sera bon que nous facions
Ainsi comme j'é advisay.
Et que ensi faire devons.
Vous savez bien que nous avons
698 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAî\S.
Foison masures et cavernes 18,195
Qui sont vers la porte du pont, Caves en façons de citernes Où vous pourez de voz gens mètre, .V. ou .vi'^. bons combatant
Embuclier leans et sommettre, i8,aoo
Des plus fors et des plus puissant.
François voudront entrer dedans Et y faire leur grant eiTort, Puis alors sortiront voz gens
Qui les pourront tous mectre à mort. 18,205
Et quant y ce verront surpris, F"i5o v°. Croyez qu'i seront esbayz,
Et par ce point seront sommis.
Enclos seront comme berbiz
Et ne saront que part fouyz, 18,210
Que là sera leur semetiere
Et en ferez à vostre plaisiz ;
NuHuy ne vous sera contraire.
ROBIN HERON
Ce conseil yci devez croire
Et acomplir sans differance, 18,216
Si le devez du tout parfaire
En toute bonne diligence;
Que, ainsi que je croy et pence
Et comme est le dit d'ung chascuii.
François viendront, et leur puissance, 18,220
Que desjà sont au pont de Meung,
Et croyez que n'arresteront guieres
A venir juques ci devant.
Trouver fault façons et manières
Résister quant il est temps, 18,235
LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. 699
Afin que inconvenyent .
\ ne nous en puisse advenir.
Et que soyons resistans
Pour nous garder d'en encourir.
Si est que devez sans atandre 18,980
F" 45i r°. Eslire de vos gens de fait
Et leur baillez le cas entendre ,
Qui jour et nuyt seront d'aguet,
Armez de bon harnois comptant,
Gens puissant et fors corageux, i8,a3r.
Pour sus les François faire exploit
Tant qu'i soyent victorieux.
SENESCHAL BOYENCY.
Nous autres, nous tandrons armée
Encontr'eulx et résistance
A force de lance et espée. iS.a/lo
Pour eulx avons assez puissance
A tenir l'oust en instance
Tant que noz gens soient sailliz,
Lesquieux qui à grant abondance
^iendront sus les François ferir, tS.ais
Qui leur sera grant destourbier
Par ce point et très grant oultrage.
Et pourront bien estre en danger,
Qui leur sera uug grant dommage,
Pour y perdre leur vasselaige i8.q5(
Esbaïz et estre confus,
Quant y verront par tel ouvrage
Estre enclos et ruez tous jus.