LAVAL
Y fault bien adviser comment, F° 495 r°. Que de saillir seroit simplesse
Qui ne saroit premièrement 20,000
De leur estât savoir et qu'esse.
Je say bien qu'i sont grant noblesse,
Et Tallebot est avec eulx;
Et de ce trouver fort en presse
Aucune foiz n'est pas le mieulx. -30.005
LA HIRE
Prenons qu'i soyent tous ensemble,
Sy y convient il y aller,
Et nous vault trop mieulx, ce me semble.
Se haster que dissimuler.
S'unne foiz y sont assemblez 20,010
Tous ensemble en champs de bataille
Et que les puissiez subcomber.
D'eux je ne dorois une maille.
Y ne se doubtent point de nous,
Je le say véritablement ; 20,015
F" /J95 V . Pensent que soyons à repoux
Sans penser à eulx nullement.
Y s'en vont là tout bellement FortilBer dedans Ycnville,
Que pour les avoir bonnement 2o,oao
Leans costera jjlus de deux mille.
JAMET DU TILLAY
Puisque nous volons nestoyer
Le pays de ces Anglois ci,
Et que les voyons en gibier,
Pour quoy demoront il ainsi? 20,025
Conseille de partir d'ici
Sans plus en parler ne enquerre.
Que à tousjours seront ainsi.
Sans avoir fin de ceste guerre.
AMBROISE DE LORÉ
Y ne les fault lesser aller 3o,o3o Ne en ville ne en village,
Qu'i sont vostres, se vous voilez, F' 696 r'. Et y avez grant avantage.
Il n'y a ne bois ne bocaige
Qui vous nuyse pour les avoir. 2o,o35
Si vous taillez, ce sera dommage, Et ne les pourrez recouvrer.
DUC D'ALANSON.
Çà, Jehanne, vous voyez assez
Que toutes les oppinions
Sont contans que vous parfacez 20,0^10
A voz bonnes intencions;
Que ce que voudrez nous ferons
Sans en plus de parlement faire,
Et tous ensemble nous volons
Du tout vostre plaisir parfaire. ^«>o''''
LA PUCELLE
En non Dieu, c'est bien mon advis Que nous y devons tous aller; En plain champs et sus le pays Nous ne devons point reçu lier.
Nostre puissance, à vray parler, 3o,o.')o
F" 4o6 ^'- Est plus grant qu'elle ne fut onques;
Pour tant riens craindre ne veillez Et ne vous esbayssez doncques.
Sa vous, lieutenant gênerai,
Les gens que vous avez à pris, ^"-^'^'^
Et vous trestous en gênerai, Lesquieux vous ont esté commis, Y n'en fault plus faire de pris Ne vous ordonner nullement;
Faictes connue avez apris : "^-"^^
Plus ne vous fault d'ordenement.
Mes très bien prier vous voudroye, La Hire, que vous et voz gens Vous allissiez la droite voye
Vers nos anemis anciens, ^0°^^
Pour les arrester sur les champs Par manière de deflier, Qu'i ne s'avansissent pas tant En quelque lieu fortiCTier; Que s'une fois y sont logez En quelque ville, en quelque bourc, Nous ne les pourions dévoyer
76f) LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.
Et nous seroit ung mais destourt.
Mes enmy les champs, à plain jour, Que vous les puissiez retenir, 20,075
Ce nous sera ung grant secour F" 497 1°. Pour en faire à nostre plaisir.
LA HIRE
Ne vous souciez, j'entant bien;
Devant les vois à ce drader',
Lesquieux n'osent pas, comme je tien, ao,o8o
Ville ne chasteau regarder
Que je ne les face tarder
Tant que vostre armée soit venue;
Et me fais fort de les garder
Ainsi que les berbiz en mue. 20,085
LA PUCELLE
Or allez , nous allons après Tout bellement en ordonnance.
En bataille tous par exprès, Sans que nul de nous trop s'avrince.
Et que nului par son oultrance 20,090
Ne perde son pas ne alaine.
Que cela donne grant grevance, Grant inconvénient et paine.
Et est par ce que maintefois F» 497 V''. Plusieurs ont perdu la journée, 20.095
Mains barons, ducs, contes et roys.
De n'avoir alaine gardée; Que, quant ce vient à la meslée, Et que ung bons est hors d'alaine,
' Sic. Serait-ce un verbe fait sur l'anglais dread, terrible , redouté (je vais devant les lenir en respect]'!
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 7(i7
Sa vertu si est demeurée ao,ioo
Et n'en est sa force certaine.
Lors icy y a pause. — Puis s'en va La Hire visiter les Anglois, et regardent iiiii l'autre, et y a pose de trompetes d'une part et d'autre. — Puis vient le messagier de La Hire à la Pucelle, et luy dit
Madame, voici les Anglois Qui sont auprès d'ung gros village ; Sont lassez, ainsi que je crois,
Mes y sont trestant que c'est rage, 2o,io5
En plain champs, sans bois ni bocaige, Cuidans dedans le bourc entrer, F" igs r". Qui est très fort puissant et large
Et lequel se nomme Patay.
LA PUCELLE
Je les voy là tous espanduz 20,110
Sus les champs, auprès du village,
Mal acostrez et mal vestuz,
Matez de corps et de corage.
Si leur fault garder le passage
Que dedans Patay nullement 20,1 15
Ne se boutent, que advantage
Seroit pour eulx aucunement.
Connestable, je vous supplie
Leur aller trancher le chemin,
Que de Patay n'apressent mye, 20,120
Mes les tenez qui soient en plain
Pour combatre à eux main à main,
Puisque fortune nous demonstre.
Et n'ayez le corage vain,
Mes qui sara rien si le monstre. 20,1 aS
Duc d'Alanson, et vous, Vendosme, Vous tandrez Telle de la destre.
Richemont, et vous autres en somme, F'igs v". Vous tandrez le costé senestre,
Qui garderont la ville champestre ao.iSo
Que les Anglois ne s'i retrayent.
Je voy qu'il y tirent y estre.
Dont leans se fortiffiroyent.
Or sus, marchons par ordonnance,
Sans soy trop haster nullement, 20,135
De ceur, de corage et puissance,
Sans avoir peur aucunement;
Et je m'en vois premièrement
Les assaillir de plaine face.
Or et avoir abondamment ao.iio
Vous gaingnerez en ceste place.
TALLEBOT.
Vous, Facestot, et vous, d'Escalles, Et vous trestous mes bons amys.
Pour Dieu, tenez vous icy fermes Quant vous voyez voz anemis. 20,145
S'une fois vous guaingnez le pris Et que vous ayez la victoire, François seront si au bas mys Que jaymès n'en sera mémoire.
F'iggr". Bien voy que la faulce putin 20,160
Y est à toute sa baniere; Que puisse cheoir en ma main!
Elle morra de mort amere, La faulce vaudoise, sorcière, Truande et putin publicque, ao.iss
Malleuscuse povre bergère (Jiii à telle folie s'aplicjue !
FACESTOT.
Mectez vous tous en ordonnance,
Que je voy que sur nous s'aprochent,
En bataille et en grant puissance, a... 160
Et que furieusement marchent.
Sy congnois que y nous prochassent
Et que y requièrent journée :
Fauit que leur voloir et menassent
Soit par nous anuyt subjuguée. ^o.uîâ
DUC DE SOMBRESSET.
Je voy qu'i sont très grosse armée Et se sont mis en trois parties, Si requièrent avoir meslée F' igg v°. Et batailler à quelque pris.
Noz gens sont matez et pensis, 20,170
Que de ce y ne se doubtoyent; Si fault avoir frans ceur hardis, Puisque on voit qu'i nous assaillent.
HO\GRESFORT.
Lieutenant, faictes arrester
Voz gens en reprenant alaine; 30,175
Je doubte que seront basiez
Que je les voy enmy la plaine.
La folle y est, qui les amaine
Et qui tient toute l'avangarde.
Qui sera pour nous donner paine jo.iSo
C'en nostre cas ne prenons garde.
DUC DE BETESFORT.
Faictes noz trompetes sonner Et que chacun à soy entande, Que y viendront sans séjourner;
Si t'ault que chascun se detïande. ao.tSa
Y sont une très grosse bande Et de propoux délibérez; F° soo r°. A son lait chascun pence et tande
Pour encontre eulx résister.
ESCALLES.
Messeigneurs, ayez bon corage 50.1 no
Sans vous esbayr nullement,
Que jamès vous n'eustes pillage
Où vous amendissiez de tant.
Et ce que vous demandez tant,
Qui vous fait trestant de rudesse, 30,195
C'est la Pucelle, que je atant
Pour faire morir à destresse.
PREVOST DE PARIS
De riens ne se fault esbayr, Pour tant se voyez les François
Plus de .VIII. mille sans mentir. , so.aoo
Sommes tous bons loyaulx Anglois, Tous les principaulx de hault pris; Ayons tous corage et vigeur, Que, se plus trois foiz il estois, F' 5oo v". Si les mectrons nous à doleur. 90,200
ROBIN HERON
Tallebot, faictes l'avangarde
Et ung chascun vous suyvra;
Escailes sera l'arriére garde
Et Facestot o luy sera.
Entre nous autres, on fera 20,210
Par eilles ce qu'il appartient,
Si croy que victoire on aura
Comme à la journée des Harant.
DUC DE SOMBUESSET.
Dix estoient contre nous ung,
Et si guangnasmes la journée; 00,215
Si ne doit s'ebayr aucung
Pour vois des François leur armée.
Se n'est rien que vent et fumée
De toute leur force et leur dis;
Et, se par nous est consommée, 20.220
Maistres sommes des fleurs de lis.
F''.5oi i". THOMAS REMETON.
Mes se nous avons leur Pucelle
Que je voy venir là devant,
Jointe comme une creserelle
Et armée d'un harnois blanc, 20,225
Vous les verrez aller fuyant
Parmy le pays çà et là.
En elle chascun d'eux s'atant;
N'ont espoir que cestuy là.
TALLEBOT.
Messeigneurs, sans plus de langage, 20,280
Mectez vous trestous en bataille, Et ayez aussi tous corage A frapper d'estot et de taille.
Faictes ung cry, comment qu'il aille,
Los espouentez aucunement, ïo,93r)
Que prestement fouit que je y aille
Tout le premier frapper dedans.
Lor.s tous les Anglois feront uiig nierveiHeux cry, ul si feront les Fran-
K'joi v". çois. El y a une merveilleuse bataille tant dun cousté que d'autre. Et
toutes lromj)etes sonneront durant la bataille, main à main; et enfin
d'icelle bataille les Anglois seront trestous tuez et en fuicte. Et demeure
debout Tallebot, pris des François, d'Escalles Et dura la bataille
longuement. Puis enfin la Pucelle va pai'my les mors qui sont à terre et dit :
LA PUCELLE
Messeigneurs et mes bons amys, Or avons nous eu la victoire
De ces Angloys, noz anemis, aù,aio
Dont a tousjours sera mémoire, j^i Sachez que le vray Dieu de gloire / L'a volu donner à nous tous; Ne le veillez auti"ement croire.
Qu'elle n'est pas venue de vous. ao,3^i5
F' 5o2 r'. Bien .VI. mille, comme je pence.
Sont demeurez mors sur les champs,
Tous gens de grant magnificence.
Nobles chevaliers et puissans.
Et croy s'estoyent les plus vaillans 20,950
Qui saillirent onc d'Angleterre,
Dont ce pays ci en tous sans
En demora en paix sans guerre.
Amenez tous voz prisonniers
A Orléans, ce que pris avez, 2o,aâ5
Sans leur faire nulz destourbiers ,
Ne nullement ne les grevez.
Entretenir vous les devez
Selon leur estât noblement,
Ainsi que bien faire savez, ■!o,36o
Ne molester nullement.
Je croy que tenez Tallebot, Qui est lieutenant gênerai, D'Escalles et Facestot,
Qui ne sont pas à mectre aval. 30,265
Vous pry leur soyez cordial Sans les traicter de faire effort, Aussi en especial Sire Gaultier de Hongresfort.
Tous prisonniers vous recommande 20,2-0
f°5o2n". Que leur soyez douz et traytis ;
Et est vertu très noble et grande Estre envers cil qui est soumis.
Quant il s'est rendu à niercis,
A la deliberacion, 20.275
Traiter et mectre à juste pris Par bonne composicion.
ALANSON.
Dame Jehanne, que dictes vous?
Voici belle desconfiture :
Que mors, que pris, y luy sont tous; 20,280
Eschappé n'eu est créature ,
Si non, et est bien d'avanture,
On m'a dit que en grant travail
Que Facestot à grant aleure
S'en est fouy juqu'à Corbeil; 20,285
Et croy ne le verrez du mois
Venir contre nous faire guerre,
Que la puissance des Angloys
Aujourd'uy est rué par terre.
James n'yront en Angleterre 20,290
Bien .vi. mille (jue voyez mors F 5o3 r\ Estanduz lessé là de ferre,
Tous les plus hardiz et plus fors;
Puis niessire Jehan Tallebot
Et aussi le seigneur d'Escalles. 30,295
Ne souete que Facestot
Qui emmené ses triqueballes
Dedans Corbeil, enmy les halles,
Qui s'est recullé de l'eflort,
Mes n'a pas emmené ses malles. 20,300
Non n'a pas messire Hongresfort
Ne messire Jehan Ranieton,
Lesquieux nous tenons prisonniers,
Plusieurs autres de grant renon,
Qui nous rendront de graiîs deniers; so,3o5
Et les paines et destourbiers
Que par iceulx nous avons euz,
De jour et de nuyt en dangiers,
Nous seront de présent renduz.
Desorniaiz devra souvenir 20,310
Es Anglois de ceste journée ,
Que à tousjours mes sans mentir
Sera de Patay renommée ;
Que leur puissance y est finée,
Et croy que pardurablement 2o,3i5
F' 5o3 \°. En auront malle destinée
Les Anglois, je croy fermement.
Louer en devez haultement *""i Le glorieux Dieu et sa mère;
Que c'est luy mesmes proprement 20,39.0
LR MISTRRE DU SIEGE D'ORLEANS. 775
(]ui vous a donné la victoire
De ceste besoigne parfaire
Ainsi comme vous la voyez,
Ne aultrement ne devez croire :
Conduit nous a et convoyez. ^o.aaô
Si nous fault aller à Orléans
Et les prisonniers y mener,
Puis à ces mors commettre gens
Qui les veillent tous enterrer,
Et qu'i soyent d'ici hostez -jo-SSo
Qu'i ne soyent mengez des bestes,
Ne leurs corps aussi degastez :
Crestiens sont comme vous estes.
F" 5o?i r". VENDOSME.
Dame Jehanne, onn'y a proveu,
Que les bonnes gens du villaige 20,335
Y sont desjà à nous venuz,
A qui on a baillé la charge.
Si ne reste plus du veage
Que de retourner à Orléans,
Et enmener nostre bagage, 20,340
Noz prisonniers, nous et noz biens.
LA PUCELLE
Or partons donques de présent
En louant Dieu de paradis,
Qui nous a fait grâce si grant
D'avoir guaingné noz anemis; 20.345
Que doresenavant, je vous dis.
Plus sus vous rien ne guaingneront.
Mes désormais de pys en pys
Piteusement defineront.
Lors icy trompetes sonneront. Et s'en yront à Orléans eiiinciinaiit F' 5o'i v". Tallehot et autres prisonniers et en grant solempnité. Puis dit