‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 151 sur 158 · LE RECEPVEUR DE LA VILLE · texte numérisé non relu

LE RECEPVEUR DE LA VILLE

Voicy nouvelles excellantes so,35o

De la glorieuse victoire,

Et comme par lectres patantes

Nous est mandé pour tout notoire.

A Dieu en soit louenge et gloire,

Et à la Pucelle de non, =0,355

Qui par son sens, c'est chose voire,

Elle en a acquis le renon.

Bien .vi. mille Anglois en flocte

Si sont demeurez sus les champs.

Et n'est réchappé de leur rocte ao,36o

Que ung bien peu, comme j'entant.

Tallehot est leur lieutenant;

Il est pris, et l'amené on,

D'Escalles, le noble vaillant,

Oveques Thomas Remeton. ="'^^65

Voire, et le sire d'Ongresfort, F'5o5r". L'amènent prisonnier aussi.

Qui est si vaillant et si fort; Nul n'osoit appresser de lui.

Et d'aultres nobles sans merci 30,870

Sont demeurez à la journée, Que cent ans a ne fut aussi Pour Anglois malle destinée.

On peut bien dire désormais

Que Anglois n'ont plus de puissance; t!o.37r.

Tel rencontre n'eussent jamais

Qui leur tournast à telle oflanco.

Perdu ont leur espérance

Et la fleur de toute proesse;

Car icy estoit l'excellance !o,3»o

De toute leur force et noblesse.

LE RECEPVEUR.

Y nous convient tous préparer Aller au devant de noz gens, F" 5o5 v^ Les regracier, honnorer

Et recepvoir joyeusement. .o,38r.

Nous voyons le definement

Des Anglois et de leur puissance,

Dont la Pucelle vrayement

Est cause de la délivrance.

Englois, vous devra souvenir jo,3yo

De Patay et de la journée

Qui vous tourne à grant déplaisir.

.VI. mille y ont la vie finée.

Ainsi comme il est renommée ,

Et des plus vaillans d'Engleterre. 30,39^

Dieu si a la terre gardée;

Ceux là ne feront plus de guerre.

Il* BOURGEOIS.

De vous, Anglois, suis esbays, Se jamès vous osez venir F' 5o6 r°. Devers Orléans n'en ce pays, 3o,4o(.

Qu'i vous en pourra souvenir.

A vostre très grant desplaisir

Et à doniniaige inreparable,

Vous y estes venuz finir

Par Jehanne, Pucelie honnorabie. f!(p,io5

Lors icy y a pose de tronipetes et clairons. — El vt-udroiit les seigneurs el la Pucelie dedans Orléans. Et ceulx de la ville viendront au devant, et rhasoiin crira \'oé !

LE RECEPVEUR.

Vous, dame, bien soyez venue Et voz très honnorez seigneurs !

De la victoire que avez eue Bien sommes joyeux en noz ceurs.

Et des plaisirs et des honneurs 20,610

Que nous faictes en ceste terre.

K°:)o(iv'. Gardes et conservateurs,

Vous mercyons de vostre guerre,

Et vous disons en gênerai

Que de nos biens n'espargnez mye. 90,41.5

Du bon du cueur franc et loyal

Les vous oflrons à chère lye,

A toute vostre seigneurie ,

Qui par puissance avez sonimis,

Toute la hault chevallerie ao.^ao

Des Anglois vous avez occis.

Dont liumblement vous mercyons.

Ainsi que nous sommes tenuz.

Et desservir le vous volons;

Et tous soyez les biens venuz. 20,62.',

LA PUCELLE

Mes amys, Dieu vous a proveuz,

Vous a regardez en pitié; Si ne soyez point deproveuz Que par vous ne soit niercié.

F" 507 r". Lors entreront tous dedans la viUe à grant joye, et y a une petite

pose de trompâtes. — Puis dit

LA PUCELLE

Vous tous, très hault et très puissant seigneurs, so/jh.. A qui louenge est due et tous honneurs, Parler je veil cy en vostre presance.

Comme mes gardes et mynistrateurs De mal avoir et mes conservateurs.

Dont vous mercie de toute ma puissance. 2,,, 4:^5

Or m'est il dont venu à cognoissance Que le dauphin, qui sera roy de France, Et que roy est aussi pour le présent.

Mes que de l'uille et divine puissance Et estre oinct, comme c'est la plaisance ac^'io

De Jhesu Crist, qui est le tout puissant, Or tous pencions que vensist à Orléans, Comme mandé avoit par ses servant; Mes de vray say que il est à Seuli \ F°5o7 v". Et que là, vous et moy, il nous atant, 3o,4'i5

Comme mandé y le m'a de presant.

Et que nous tous nous aillons devers lui. Obayr tous nous devons à celui:

C'est nostre roy, c'est le bien obay, C'est nostre prince et nostre souverain. 2o,?j.5o

Mal fait seroit de luy avoir failli.

Lisez Sully.

El ne devons pas le mectre en obly,

Que c'est le roy qui est de droit divin.

Or sommes nous ci toute la noblesse

De toute France, de renom et proesse, îo/jô.t

Qui soit sus terre, je le croy fermement;

Si devons bien aller en grans liesse

Devers le roy courtois et plain d'umblesse,

Quant lui a pieu nous faire mandement, Pour aller aveq lui faire son sacrement. 20, 46c

Convoyer le devons tous honnorablement Et servir le devons de corps et de puissance:

Aultre que luy n'est soubz le firmament

N'a qui a Dieu donné gouvernement Ne se noble joyeu que la terre de France. 2o,'i6r)

Duc d'Alanson, vous conte de Vendosme,

Soyez tous prest sans en delfaillir domme:

Bastard d'Orléans, conte de Clairemont.

K° 5oK r'. Quant ce seroit pour aller jusqu'à Rome,

Le refuser ne le devez en somme, 20,470

Mes y aller à tabours et clairons.

Le sire de Loyal et voz gens tant qui sont, Et vostre frère aussi, qui est si vaillant bons.

C'est de Laval, et le sire de Rais, Le sire de Culan, le sire de Ghaumont, 20,67.5

Poton , La Hire et tous ses gassecons, Sans nulle difl'erence gardez que soyez prest. Et Jamet du Tillay et aussi le Bourgas, Le sire de la Brie et sire de Tourars, Qui tous avez esté à la desconfiture 20,480

De ces maudiz et déloyaux Anglois, (hii entour ceste ville ont esté bien .x. mois

Pour y cuider y faire leur demeure.

Et de fait il y ont fait grant laidure.

LE iMISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 781

Ung grant dommaigc, une grant forfaiture, ^!<l.48^)

(Jue de trente ans il n'est inreparable;

Mes sus eux est tourné niailaventure

Qu'an ceste terre est leur sépulture.

Et à tous tant leur sera doniniagable,

Que désormais ne feront que definer ao.i^o

b''5o8v°. Ne plus puissance n'aront de gouverner

En cestuy royaulrne, ainçois gueres de temps.

Que saiges feront de bien bref retourner

En leur pays, sans plus ci séjourner.

Qu finiront trestous piteusement. 30/195

Or çà, seigneur, partons legierement.

Prenons congié très bonnorablement

Des citoyens de la bonne cité,

Qui tant nous ont gouvernez noblement

(Jue à tousjours très magnifiquement .)o..^oo

Leur grant renon en sera augmenté.

Dont, mes amys, je prans congié de vous.

Vous mercyent ce qu'avez fait poui" nous,

Priant à Dieu qui le vous veille rendre.

Comme François loyaux pardessus tous. 2o,5o5

Bons et vaillans, ayez ferme propoux

Et bon corage de vous voulez deftendre.

Veillez chascun dévotement entendre,

Mercient Dieu et que veille en gré prandre Voz dévotes prières et bonnes oraisons, ^!o,5io

Que c'est celui qui a volu contandre K° .^oo r°. A vous garder de mal et de l'esclandre

Où vous e.stiés et voz biens et maisons.

Si vous encharge faire processions

Et louer Dieu et la vierge Marie, •.>.o,.5i5

Dont par Anglois n a point esté ravie

Vostre cité ne voz possessions.

LE RECEPVEUR.

Ha! noble dame, nous vous remercions Quant vous a pieu de nous sauver la vie.

LA PUCELLE

Si vous encharge faire processions 90,520

Et louer Dieu et la vierge Marie.

Très haulte dame, tous noz intencions P5o(,>*. Est louer Dieu de pensée infinie.

Et vous aussi, dame de Dieu amye,

Que par vous sommes en consolacions. ao,.525

Si vous encharge faire processions

Et louer Dieu et la vierge Marie, ^

Dont par Anglois n'a point esté ravie

Vostre cité ne voz possessions. 20,029

ExPLiciT. — Amen.

jHESliS. :M*RIA.

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