‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 153 sur 158 · SI · texte numérisé non relu

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,.p,'.,ieuis.Dou«'- d'une grande facilité, il s'en acquilU. diui> un délai restreini, et, .endu à de sérieux travaux, il n'attaciia pas d'importance à son œuvre, et n'en revendiqua pas la paternité. Sa Compagnie, contre son usage, ne la livra pas à

l'impression.

T Cette indifférence expli([ue comment .lean Barnet' s'en empara, et, feignant d'en ignorer l'auteur (ce qui est bien difficile à croire, puisque huit mois s'étaient à peine écoulés depuis la représentation), il annonce qu'il l'a revue. Il n'était pas lAclié qu'on crût qu'il l'avait même remaniée, puisqu'il permit qu'un ami complaisant le félicitât de ce qu'il

L'a trop niieulx agencé que son premier auteui'.

(Sonaetde C. Viill.-e. )

„ Si on lui doit d'avoir conservé L'histoire tragique, peu s'en est fallu

qui! ne nous dérobât le nom de l'auteur."

Le nouvel éditeur de L'histoire tragique nous apprend encore qu'un descendant de la famille de .leanne d'Arc, M. de Haldat, mort en 1862, avait publié une analyse de cette composition en 1 8/17 2, et qu'on en doit à M. Beaupré une notice plus étendue et de longs extraits^.

Enfin il ajoute que rr l'historien le plus récent comme le plus exact de la Lorranie fait remarquer que cette pièce est supérieure, sous tous les rapports, aux mystères et aux moralités tels que la Vendition de Joseph, Y Immolation dhoac, etc. que l'on jouait encore à cette époque.-^

Voici le début de Yavant-jeu ou prologue :

Messieurs, c'est à l'honneur du Pays de Lorraine. Au fruict de la jeunesse, affm qu'elle s'aprenne Aux iutz et aux vertus, que ce peuple joyeux Est venu poiu- ouyr. non des comiques jeux .

' Jean Barnet fut le premier éditeur de Uhis- Unre tragique, il signa répîlrc dédicaloire qui précède la pièce et qui est adressée à Monseigneur le comte de Salin Seigneur de Dom-

Remy la Pucelle, elc Mareschal de Loiraine ,

Gouverneur de Nancy, elc. Il disait à la fin de cette épitre, datée de Nancy et du 26 mai i58i : Cesie vnstre subjecte (la Pucelle) qui vous vient faire hommage, Monseigneur, m'a votdu choisir comme tres-humblc et Ires-ujfectionné Servitettr de vostre maison, pour la vous présenter en reste foiine tragique qui m'est tombée en mam , sans

que je congnoisse l'Aucteur. Pour le motngs j'ay pris la hardiesse et la peine de la reveoir, et tasché qu'elle soit mise en lumière, etc. M. Durand de Lançon nous apprend, dans une note de son avertissement, que ce Jean Barnet, tabellion , fut nnubli par le duc Charles III, le 22 avril i5Gj, et devint son conseiller et secrétaire.

- Nancy, in-8°, 19 p. et dans tes Mànoires de l'Académie de Nancy, 1847.

' Nouvelles recherches sur l'imprimei'ie en Lorraine, p. 22 à 59.

Mais, pluslost, en poulsaut ime voix pins hardie. L'on prétend vous nionstrer en une lrag;i!die . Un spectacle plus grave , alKn que gravement L'esprit se norissant, se forme sagement. Or on n'a point choisy ung argument estrange, Scachant que cil est fol, lequel ayant sa grange Plaine de grains eueilliz , emprunte à son voisin , Laissant pourrir chez soy son propre magasin. On a trouvé chez nous suffisante matière Pour d'un poëme tel fom'nir la charge entière : Prenant de ce païs ceux les gestes desquelz Sont dignes d'esgaler aux los des immortelz. On a donques choisy les faicts d'une Pueelle Qu'en France plus souvent d'Orléans on appelle : De Dom-Remy plustost nous la dirons icy :

(Aux terres de Lorraine elle uaquist aussy)

Affin qu'on [n']oye ceux qui ont osd escrire, Dentelant son honneur, et d'icellc mcsdire Contre la vérité : non ce n'est de ce temps Que Testât des François, Lorraine, tu deffendz.

Nous extrairons encore de L'histoire tragique le discours qu'adresse ta Pueelle au roi en se préseutaiit devant lui. (Acte I", scène m.)

LA PUCELLE

Je ne viens point vers vous poursuyvre par justice

Les droictz de mes parentz , ou bien par avarice

La ruine avancer de mes povres dehteurs ,

Ou d'un pupil destruict accuser les tuteurs :

C'est pour vous seuUement , pour voz propres affaires

Que je viens, pour froisser voz puissantz adversaires.

Prince sage , n'ayés à mon calibre esgard ,

Mais à ce que je dis , comme et de quelle part

Je me présente à vous. Je ne suis envoyée

Par quelque Roy ou Duc pour la paix octroyée ,

Ou pour quelque alUance , ou poiu" des prisonniers

Moyenner la rançon et apporter deniers.

Mais du grand Roy du ciel vous voyez l'ambassade .

Toute telle que suis ignorante et maussade.

Je n'ay point seuUement ouy une ou deux foys

D'un ange bien heureux la menassante voix ,

Mincitant d'accomplir la volonté divine ,

Mais encore j'ay veu et sainete Cntlieiiiie

Et sainete Marguerite à nioy se ))resonter,

(De ce digne ne suis dont il me l'ault vanter) .

Et la Royne du ciel in"a dit, tout assurée,

Que son cher Filz ni'avoit à ce fait consacrée ,

A venir des Anglois l'ost mettre en desaj-roy.

Et puis mener h Rheins à son sacre le Roy.

Dieu le grand roy du ciel qui des princes a cure

A veu, comme il voit tout, la trop cuisante injure.

Sire . qu'il vous a fait ' et feroit tous les jours ,

S'il ne luy retranchoit de ses dessains le cours.

Il a veu d'autre part les pleurs et les prières

Qu à luy vous espandez, déplorant les misères

De voz peuples mangez , et que son chastiment

En voz cœurs a faict naistre un juste amendenienl :

Si qu'il vient désormais à l'injustice avide

De voz fiers ennemis serrer la lasche bride.

Car il a de voz maulx ja oidonné la fin.

Il veult que des Françoys soit Roy le seul Daulphin ,

Et le chef des Valois , non qu'à un Roy estrange

Du sang de ses vieux Roys la France face eschange.

Comme quand les himiains sont es vices plongés

La juste main de Dieu les poursuit affligez .

Aussi quand repentant du péché Ion se tire,

Son fléau de dessus nous quant et quant il retire.

KiNG Henry the sixth of William Shakespere.

On sait que cette tragédie se divise en trois parties. C'est dans la première que la Pucelie d'Orléans joue un rôle odieux, aussi indigne de l'héroine que du génie de Tauleur.

Le titre de la première partie de Henri VI était d'abord, selon Malone : The kistorical pîay of King Henry the sixth. On ne sait au juste à quelle époque elle lut représentée; on croit seulement que ce fut avant i5()2. C'est aussi une opinion accréditée que cette première partie n'est pas de Shakespeare et qu'il n'a fait qu'en retoucher quelques passages.

Tragédie de Jeanne d'Arqués dite la Pucelie d'Orléans, native du village d'Emprenne, près Voucouleurs en Lorraine. A Rouen, de l'imprimerie de

' Qn"i7 vous a fait. //, r'est-à-dire sans doute l'Anghns, quoiqu'on llsi> [ilns haut des Aiiglmx.

Raphaël du Petit Val, libraire et imprimeur du Roy. 1600, pet. in-12, de iS pages.

(Bibl. inip. 1 .563i, réserve.)

Cette trag(^die anonyme en cinq actes et en vers , avec un prologue et des cliœurs , l'ut plus tard comprise dans un recueil portant ce litre : Le théâtre des Tragédies françoises nouvellement mis en lumière. A Rouen, de l'imprimerie de Raphaël du Petit Val , chez David du Petit Val , libraire et imprimeur ordinaire du Roy. 1 6 1 5. Avec privilège de Sa Majesté.

Elle est altribuëe , par l'auteur du catalogue de la bibliothèque de M. de Soleinne ', et, d'après lui sans doute, par M. Henri Duval, dans sou Dictionnaire des ouvrages dramatiques^, à A. Virey, sieur des Graviers. (Peut-être Jean de Virey, sieur du Gravier, auteur dramatique et gentilhomme normand, mort vers iGio ^.j

M. Duval ajoute que la pièce fut représentée sur le théâtre de Rouen en i6oo, sur le théâtre du Marais, à Paris, en iGo3, et sur le théâtre de l'hôtei de Bourgogne , en 1 6 1 1 .

M. l'abbé Rarthélemy de Reauregard, qui n'indique pas dans son catalogue^ l'édition de i6oo, en meulionne d'autres que nous n'avons pas vues: Rouen, Raphaël du Petit Val, iCo3, 1607, 1G12, in-12. — Troyes, Nicolas Oudot, 1628, in-8°.

Il y en a aussi une édition de 161 1, Rouen, Raphaël du Petit Val. in-12. (Catalogue Soleinne, t. III, p. 55.)

Voici quelques extraits de cette tragédie, dont l'auteur inconnu croyait être le premier à c faire monter sur le théâtre des muses le très ample sujet que nous en

avoit donné par sa valeur ceste amazone masquée non d'un cache-nez ,

mais d'un heaume ^. 1

PROLOGDE.

Apelie industrieux par un docte pinceau ,

Tasche d'éterniser sur un large tableau

Les honneurs et le nom d'une dextre guerrière:

Lisippe sur le marbre et sur la dure pierre

Anime les esprits d'un portrait cizaillé :

Policlele se plaisl sur un œuvre éniaillé

Graver de son burin au temple de mémoire

■ T. III, p. 55. ' Histoire de Jeanne d'Arc, »uivio d'un cala-

^ Manuscrit de la Bibl. imp. suppl. fr. 5i i5. logiie, etc. Paris, 2 vol. in-8°. ^ Voyez , sous ce nom de Virey, le Manuel du ' Avertissement au lecteni .

bibliographe normand, par Edouard Frère.

D un héros les vertus, les palmes et In gloire. Mais le poêle saint, le nourrison des Cieux Par un chant Eternel l'avoisine des Dieux, .Mignarde tellement aux fredons de sa lire Le los d'un généreux et florissant Empire Qu'il endort, et la Parque, et les tartares sœurs Le chien à trois gosiers, les juges punisseurs Le fleuve Lethean et tout ce qui s'efl'orce De priver ses accords et de vie et de force.

Notre poëte, qui courait bien le risque d'endormir, par suicroit, ses lecteurs, fait ainsi parler la Pucelle (acte II, scène i) :

LA PUCELLE

C'est assez habite parray les froids ombrages :

Assez , assez dormy dans les antres sauvages :

C'est assez enlacé les printanieres fleurs :

Couru dessus les prez esmaillez de couleurs.

Escouté les amours des troujies forestières :

Ou des mignards oyseaux les complaintes légères :

Senty le doux gasoiiii des argentines eaux :

Et dans les bois muets retiré mes troupeaux .

Or sus il faut quitter les belles Oreades .

Les Nimphes , le plaisir de ces ondes jasardes :

Le carquois de Diane et son arc , et ses dards

Et toute me sacrer à l'homicide Mars .

Sauter dans les combats vestue de poussière .

Accabler l'ennemy de ma dextre guerrière :

Peindre le fer de sang , declorre les conduits :

Chasser la peste loin, pour guarir mon pays.

Hé quoy? que me servoit en ma tendre jeunesse

Pour tromper le repos . voler d'ime vistesse

Ore dessus la plaine or' en haut m'accrocher

Pour attaindre en grimpant sur le haut d'un rocherV

Or esbransler en vain de mes bras les grans chesnes V

Rompre im baston pointu ? si après tant de peines .

Tant d'exercices vains, tant de mal combalu :

Je ne donnois en fin preuve de ma vertu?

Ce casque martial pressant ma chevelure

Ne convient il pas mieux qu'une riche coiffure "Z

Ce harnois endossé œuvre Vulcanien

N'est-il pas plus plaisant que du froid Serien

Les robes peintes d'or, ou de Tyr empourprées ?

Ou les ronds diamans des indiques contrites?

Ce glaive furieux qui pend à mon costé

Ces grésves , ce boucler des Calibdes porté :

Ne m'ornent-iis pas mieux qu'une molle quenouille?

Qu'un fuseau tournoyant '? qn'inie riche dépoiiille

Des troupeaux porte-laine? ou d'un fragile ozier

De rameaux abatus pour en faire un pannier?

Ou qu'une esguile en main au liigis de mon père

Et ce rustique habit d'une simple bergère?

Maintenant je me plais d'œillader seulement

L'ivoirine splendeur de ce mien vestement :

Et cacher au dessous d'une face amoureuse

Un courage indomté ime ame généreuse?

Depuis que le sommeil sous les pied d'un ormeau

Me \oila les deux yeiLx, assise près de l'eau,

El les songes allez coulans dedans mon ame

Echaufl'erent mon cœur d'une divine flarae.

Puis comme messager du tout-puissant Jupin

Me dirent en tels mots le but de mon destin :

Fille le spul soucv de la chaste Lucine

Quite , quite les bois , arme , arme ta poitrine .

Venge l'injure faite à ton propre pays

Et chasse par le fer les douleurs, les ennuis

Qui comblent maintenant les subjets de ton Prince :

Arme-toy pour l'aider, et sa triste province.

Deslors je n'eu désir sinon de manier.

En ma légère main, et le fer et l'acier,

Briser la lance au poin , respirer sous les armes ,

Fendre le Ciel de dards , vaincre entre les gendarmes ,

Porter la parque aux uns , et d'im masle courage

Semer les champs de corps , de testes et de targes.

11 faut doresnavant donc chanter les batailles

El peindre l'estomach du sang de leurs entrailles :

Il faut suyvre Ennon pom-quoy ne puis-je pas

Fille comme je suis m'endmcir aux combats?

Les escus enliraez, les mains Amazonides

Fendirent par le fer les ondes Thermonlides,

Et courant au secours du Troyen afligé

Chassèrent jusqu'au port l'exercite étranger.

Du Grégeois inhumain et là Panlhasilee

Vosmit la hache au poing une ame ensanglantée.

Les hoiuines pensent-ils qu'ils ayent seulement Le Ijras. le cœur, le fer jiour choquer vivement. Et que nous ne devons pour nos belles despouilles Que manier ehez-nous les fuseaux et quenouilles? Garder nostre maison, et pour tous nos malheurs Lire les braves laits des gendarmes vainqueurs ? Non . non , il faut dresser quelque heureuse conqueste , L'armeure nous convient aussi bien sur la teste (Jue la leur, et nos yeux, et nos pieds, et nos bras. Aussi bien que les leur cerchent les feux de Mars. Celles qui aiment mieux une joiie vermeille. Un beau chef rayé d or, un œil plein de merveille. Un front yvoiriné, un long col albastrin. Un sein chargé d'œillels , de roses et de thin , Quelles vivent à part sans honneur et sans gloire . Et non pas comme nous remplies de victoire. Puis donc que le renom à cent œles porté En faveur des guerriers fend l'air de tout costé. Et s'ouvrant h la fois cent bouches écumeuses Eclate les honneurs des femmes belliqueuses. Qu'attens-je plus long temps pai- un fait glorieux De pousser aussi bien ma teste dans les Gieux ? De cercher combatant parmy les morts la Parque . Et faire que Charon me traîne en mesme baïque , Et mon ame , et ma vie ? hé , que songé-je tant ? Empourprons, empourprons ce coutelas de sang! Si le destin le veut : si l'heur revient eu France Poursuyvons coup sur coup, ayons bonne espérance.

Le Bâtard d'Orléan.s lui répond :

Madame d'où renaist ceste divine ardeur

Qui vous brusle à la fois, et la main et le cœur?

Quel espoir vousnourrist qui vous fait entreprendre

Quels songes vains menteurs de nous vouloir défendre

El chasser l'ennemy par vos Scytiques dards

Plustost que par l'essay de vingt mille soldars?

Les Pasteurs Mœneans et ceux de l'Arcardie

Entre mille troupeaux fillent leur longue vie :

Or joiient sur la plaine , or pour tous leurs ébats

Contre les animaux exercent lem^s combats .

Et contre l'ennemy qui la forest enserre

Sans allei- plus avant osent mener la guerre.

Madame, ce n est pas chasser dedans les bois.

Ce n'est pas topier le fuseau dans les doigts

Qu'avoir le glaive en main quand deux épesses tropes

Choquent ihu et menu en forme de Cyclojios :

Que lair est ploiii de feux, de meuglemens de voix

Qu'on [ a \ entend rien de tout qu'un cliquot de harnois :

Que les chamjjs son( semez de bras, de pieds, de teste

Pied contre |)ied lichez et creste contre creste

(Jne les chevaux poudreux courent dessus les coi'ps

(}ue les écus froissez sont jiendus sur les morts ;

Advisez à loisli", car les l'oibles bergères

N'ont pas ainsi que nous les mains roides et lieres.

Les AM.tNTES ou la jjraiide paslorellc par Nicolas Chrestiea sieur des Croix Argentenois, en cinq actes, en vers, avec un prologue, enrichie de plusieurs belles et rares inventions, et relevée d'intermèdes heroyques à l'honneur des François. Dédié au Roy. A Rouen, chez Raphaël du Petit Val. i (i i ."i . ui-i •>.

Après le subjet de la pastorelle ou sommaire de la pièce, on lit :

Les argumensdes intermèdes son[t] lirez de l'histoire de France:

La conversion du Roy Clovis.

La prise de Compostelle par Charlemagne.

La prise de Hierusalem par Godefroy de Bouillon.

La prise de Damiette par S. Loys Roy de France.

La pucelle d'Orléans.

^ous tirons de ce dernier intermède le dialogue ci-après:

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