‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 154 sur 158 · CHARLES ROY DE FR.OCE · texte numérisé non relu

CHARLES ROY DE FR.OCE

Verray-je donc tousjom's souz la forte influence Des destins courroucez misérable ma France? Verray-je donc tousjours en proye son repos. Et voillé le soleil de son antique los? Ses champs couvers de morts , ses villes de carnage , Et ses antiques ioi.x mourantes en servage?

LE SIEL'R DE BAUDRINCOURT.

Sire , Dieu qui veut prendre en main vostre querelle . M'a fait vous emmener une jeune Pucelle Fille de peu de nom, mais d'un vaillant effort.

fjiii a pour sdii seul chef le Dieu [luissanl el lorl : De sa voix inspirée . et de son ordonnance . Elle promet de mettre en repos vostre France . Vous en rendre i'estat en dechassant tous ceux Oui pour le posséder combattent outrageux. C'est un miracle vray. Sire, auriez- vous envie D oiiir cette pucelie . et ses faits . et sa vie ?

(.HAKLES.

Qu une fille ait l'honneur de ce que tant d'héros Efl'ectuei' n'ont peu ? Cela n'est à propos.

BALDRINCOLRT.

Que Dieu ne puisse bien luy donner la puissance De parfaire cp fait? Ce n'est hors de créance.

l'.HARLES.

Poui'quoy nous feroit-il un si étrange bien?

BAUDRINCOURT.

Pour montrer cpiil peut tout, et les monarques rien.

CHARLES

Un fait contre nature est tousjours rejetable.

BAUDRINCOl'RT.

Un fait contre nature est plustost admirable.

CHARLES

Il porte en luy souvent le mensonge inventé.

BACDRINCOERÏ.

Ce qui de Dieu provient est plein de vérité.

CHARLES

Pensez-vous que ce fait provienne de sa dextre?

BAIJDRINCOCRÏ.

.le le croy. pour divin en tous actes parestre.

QiH vous en fait juger

CHARLES

BAL'DRINCOURT.

Le propos , la fierté De la fiUe inspirée, et sa simplicité.

CHARLES

Un démon seroit bien autheur de cette ruse.

BAUDRINCOURT.

Il n"est point de démon qui ne trompe ou abuse.

CHARLES

Pensez-vous qu'il y ait du vray en tout cecy ?

BAUDRINCOCRT.

Je le croy sans douter, et du divin aussy.

CHARLES

Une fille auroit donc plus que nous de vaillance V

B.AUDRINCOURT.

Dieu exerce où il veut sa divine puissance.

CHARLES

Une fille combatre ?

B.iUDRlNCOURT.

Et combien autrefois En a l'on veu combatre , et défaire des Roys V

CHARLES

.le ne croiray jamais une telle merveille.

BAUDRlPiCOURT.

Faut croire ce qu'on void . et qu'on oit par l'oreille.

CH.UILES.

Une fille remettre en vigueur nostre estât !

BAUDRINCOCRT.

Ce n'est pas ime fille, ains c'est Dieu tpii combat.

CHARLES

Ce lait aussi n'cst-ii à son sexe contraire "'

BALDRINC.OtRT.

En tout sexe, en tout âge, et en tout Dieu opère.

NicoLAi Vernci.ei, publici eloquentiae professoris in Acadeniia Lovaniensi, Joanna Darcia, vulgo Puella Aurelianensis, tragœdia. Lovanii, typis Phiiippi Dornialii, i Gag , in-8° de 02 f. (en cinq actes et en vers latins).

{Catal. de la Bibliot. dram. de M. de Soieinne, n" ii5.)

Edition très-rare, dédiée au cardinal de Richelieu, que l'auteur compare à Jeanne d'Arc.

Nous n'avons point vu cette édition , mais seulement les deux recueils ci-après indiqués dont fait partie Joanna Darcia:

NicoLAi Vebnul.ei, historiographi regii, publici eloquenti* professoris tragœdi* deceni nunc primum siniul editae. Lovanii, a|i. Joanneni Oliverium, et Corn. Coenesteniuni , 1 63 1 , in- 8".

Ce volume contient dix tragédies, toutes en cinq actes et en vers : Conradinus, Crispus , Theodoricus , Henricus octavus, seu schisma anglicanum; Joanna Darcia, vulgo Puella Aurelianensis; D. Stanislaus; Ottocarus, Bohemiœ rex ; Thomas Cantuariensis. Diinis Emtachius, Gorcomienses.

Editio IP, priore aliquot tragœdiis, nunc primum in lucem edilis auctior. Lovanii, i656. (2 vol. in-12.)

L'auteur se nommait de son vrai nom Nicolas de Vernulz; né à Robeliuont. duché de Luxembourg, en i583, il mourut en lOZig. C'était un écrivain d'une grande fécondité, qui a laissé nombre d'ouvrages politiques, littéraires, religieux, etc.

Lv PccELLE d'Orléans, tragédie en prose. Selon la vérité de l'histoire et les rigueurs du théâtre. A Paris, chez François Targa, au premier pillier de la grand'salle du Palais. tG/ia. Avec privilège du Roy. Pet. in-ia de 167 p.

(Bibl. iinp. y 5632 , réserve.)

A la suite du privilège, on lit cette mention: Acha^é d'imprimer le ii mars i6âa.

Cette pièce est du précieux François Hedelin, abbé d'Aubignac, comme nous l'apprend l'avertissement. Il paraît qu'il en courut des copies manuscrites bien avantla publication, et que, soit du consentement de l'auteur, soit à son insu, sa

tragédie l'ut mise cii vers et représentée ainsi en i6/ji. Mais l'impression de la prose de l'abbé d'Aubignac précéda de deux mois relie des vers de Benserade. ou de la Mesnardière (car c'est à l'un ou à l'autre qu'on attribue cette espèce de traduction). S'il faut en croire le libraire Targa, il fit imprimer la Pucelle d'Orléans et la Cymiiide, aulrc Iragédie de l'abbé d'Aubignac, sur des copies qui lui tombèrent entre les mains, sans counailie l'auteur de ces deux ouvrages; ce qu'ayant appris, l'abbé se fàcba.

«Cette pièce avec la Cyminde estans presque achevées d'imprimer, dit le libraire, les exemplaires en furent saisis, et moy poursuivy sur la confiscation. Je fus certes bien surpris de cet accident, mais un peu consolé pourtant d'avoir ajipris par ce moyen que ces ouvrages estoient do Monsieur l'abbé Hedelin.ii

Le libraire fit amende honorable, l'abbé se radoucit, et il y a tout lieu de croire qu'il prêta sa })lumc à Targa pour écrire le curieux avertissement qui précède la pièce. Les comédiens n'y sont pas épargnés, -lis ne savent lire qu'à grande peine

les roUes manuscrits La plus grande part n'ayant aucune connoissance

des bonnes lettres, a fait souvent des exclamations pour des inlerrogaus ou des ironies, et criaillé quand il falloit modérer sa voix.Ti etc. etc.

Ils sont signalés encore comme '• ignorant l'art des machines et refusant par avarice d'en l'aire la despence. -^ Par exemple, "au lieu de faire paroistre un Ange dans un grand ciel dont l'ouverture eût fait celle du théâtre, ils l'ont fait venir quelques fois à pied, et quelques fois dans une machine impertinemmeut faite et impertinemment conduite: au lieu de faire voir dans le renfondrement et en perspective, l'image de la Pucelle au milieu d'un feu allumé et environné d'un grand peuple, comme on leur en avoit enseigné le moyen, ils firent peindre un méchaiil tableau sans art, sans raison et tout contraire au suhjel," etc.

Dans la Préface sur la tragédie de la PuceUe (|ue l'abbé d'Aubignac a placée à la suite de l'avertissement se trouve exposé le plan de la pièce avec un commentaire justificatif qui ne laisse pas d'avoir son intérêt.

()n v lit, entre autres, ces passages : ,

"Pour y mettre une intrigue qui donnast le moyen de faire joiier le théâtre, j'ay supposé que le comte de Warvick en estoit amoureux (de Jeanne), et sa femme jalouse: car bien que l'histoire n'en parle point, elle ne dit rien au contraire; de sorte que cela vrav-semblablement a peu estre, les historiens françois l'ayant ignoré, et les Anglois ne l'ayant pas voulu dire.»

Et encore :

fPour donner de la grâce et de la force au cinquiesme acte, je faicts que le baron de Talbot, qui n'avoit point esté d'advis de sa mort en vient faire le récit au comte de Warvick extrêmement affligé et à la comtesse, que le remords de la

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conscience rend insensée. Puis iKnir jetler sur le tlipnlre l;i terreur (|ui cloil clorre cette pièce, j'ay advancé le chastinient de trois de ses juges, dont l'un est chassé, l'autre meurt subitement et le Iroisiesnie Uii\)\n' de lèpre comme elle leur avoit prédit, n

Voici le début de la pièce:

L'ANGE, LA l'UCELLE.

(Le ciel s'ouvre par un grand esclair, it l'Ange paroist sui' une iiiachine eslevée. i

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