PREFACE. XX
ont puisé à une source commune, la vérité? Sur ce point, M. Quicherat, aussi bien que nous pour le moins, sait à quoi s'en tenir.
Le point de droit étant hors de doute, on reconnaîtra, en lait, sans difficulté, que la versification du mystère ne rappelle en rien le style du journal du siège; et du moment que l'auteur du premier de ces ouvrages choisissait la méthode exégétique, c"est-àdire se bornait à suivre les faits et à les mettre en action dans l'ordre où ils s'étaient passés, il devait nécessairement se rencontrer avec le journal, dont le grand mérite est de raconter jour par jour tous les incidents du siège soutenu par les Orléanais.
Voyons maintenant si cette similitude est aussi complète que la jugée M. Quicherat, et si Ion ne trouve pas entre les deux ouvrages des différences assez notables, pour permettre de croire que l'un n'est pas la source unique de l'autre.
Le journal du siège ne commence qu à partir' du jeudi i ■> octobre 1628, jour de l'arrivée des Anglais devant Orléans. Le poëme remonte beaucoup plus haut, et ne consacre pas moins de quatre-vingt-cinq pages aux faits antérieurs.
Il souvre en Angleterre par une réunion des principaux chefs anglais, que le duc d Orléans vient supplier d'épargner son domaine. On assiste ensuite au départ des Anglais, qui arrivent à Rouen, puis à Chartres, où ils tiennent conseil. De là, fauteur conduit Salisbury et Glacidas ou Glasdale devant maître Jean des Boillons, célèbre astrologue, qu'ils veulent consulter sur leur future destinée. Enfin, il nous fait voir les préparatifs de défense des Orléanais, pendant que l'ennemi, après avoir passé la Loire à Meung, arrive devant Orléans, non sans avoir pillé, en passant, l'église de Notre-Dame de Cléry.
De tout cela, rien ne se trouve dans le journal du siège, si ce n'est une mention très-courte de la visite de Salisburv à Jean des
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Roillons et du pillage de Clëry, dont il n'est parlé qu'incidemment
et après la mort du ge'ne'ral en chef des Anglais.
En ce qui concerne les premières opérations militaires et la prise des Tourelles par les assiégeants, les deux documents donnent des renseignements identiques. Mais il faut remarquer que l'auteur du mystère nous transporte presque aussi souvent dans le camj) ennemi que dans le camp français, et qu'il se trouve, dans les passages où il fait parler et agir les Anglais, quelques traits curieux, dont les uns sont évidemment le produit de son imagination, tandis que les autres ont au moins pour eux la vraisemblance historique.
Citons-en un exemple. Dans un conseil que tiennent les chefs des assiégeants avant l'assaut des Tourelles, Salisbury raconte un songe qu'il a eu pendant la nuit et dont il tire un pronostic funeste. Assurément c'est là un re^cit imaginaire, une réminiscence qui fait honneur à l'érudition classique de notre auteur; mais lorsque, après la mort de leur général, les Anglais se décident à envoyer vers Talbot, et lorsque l'un d'eux insinue que le célèbre capitaine sera d'autant plus disposé à venir devant Orléans, qu'il n'aura plus au-dessus de lui Salisbury, dont il supportait avec peine l'autorité suprême, il est infiniment probable qu on entend là l'écho d un bruit qui avait couru sur la mésintelligence des deux principaux chefs anglais.
Si l'auteur du mystère omet certains faits de la défense de la ville, en revanche il donne plus de développement que le chroniqueur à ceux qu'il choisit pour les mettre en scène. Le journal du siège, à propos de la mort de Salisbury, tué, comme on saii. par un boulet, au moment où il regardait la ville par une embrasure du fort des Tourelles, se borne à dire quil fut atteint d'un canon tiré d une tour appelée Notre-Dame, «combien qu'il ne fut oncques .seu proprement de quelle part il avait été gectéri? et, quant aux
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conséquences de celte mort, que «ce fut grand donimaige aux Anglais et par le contraire grand prouffil aux François. 15 L'auleur du poème tire de ces faits plusieurs scènes qui ne manquent ni de vivacité ni d'intérêt, et que rien n empêche de croire conibrmes à 1 histoire (pag. 121, i33 et suivantes). On y voit le messager que les Anglais envoient à Talbot en Normandie pris par des compagnons français et amené à Orléans, où il apprend aux habitants et défenseurs de la ville la mort du chef de leurs ennemis, ce dont ils témoignent une grande joie. On y voit encore (p. 1 4 1) le receveur de la ville et plusieurs capitaines qui font laire par les canonniers la revue de leurs pièces, et, trouvant un canon vide que le canonnier certifie avoir chargé, en concluent que c'est Dieu lui-même qui 1 a tiré pour punir Salisbury de ses méfaits sacrilèges et de son manque de foi envers le duc d'Orléans.
En continuant cet examen, on voit dans le mystère les Orléanais envoyer au roi Charles MI plusieurs bourgeois, non-seulement pour réclamer du secours, mais aussi pour obtenir 1 autorisation de détruire, par mesure de sûreté, les monuments situés dans un certain rayon sous les murs de la ville. Le journal ne manque pas de mentionner cette destruction des édifices, mais il ne parle pas de la députation orléanaise, quil faut distinguer d'une autre ambassade postérieure, composée de gens de guerre. Villars, Xaintrailles, etc. et dont il est question dans le journal, page iih. et dans le mystère, pages 39^, 253 et suivantes.
Enfin, quand le Bâtard d Orléans, La Hire et autres capitaines français arrivent au secours de la ville assiégée, notre poëme place à Saint-Jean-le-Blanc un engagement entre leur troupe et les Anglais, qui sont repoussés, rencontre dont ne parle pas le journal, très-succinct, d ailleurs, pour tout ce qui se passa à la fin d'octobre et pendant le mois de novembre.
Si. à part ces différences, le mystère ressemble au journal da^^